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Full text of "Oeuvres du comte de Lacépède : comprenant l'histoire naturelle des quadrupèdes ovipares, des serpents, des poissons et des cétacés; accompanées du portrait de l'auteur et d'environ 400 figures, exécutés pour cette édition par les meilleurs artistes"

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UJS. NATIOrlAL MUSEOM J>-*-^ 



OEUVRES 



DU COUTli 



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DE LACEPEDE 

TOME III. 



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QUADRUPEDES OVIPARES. 

IL 

SERPENTS. 

I. 



PARIS. IlVirniMERIE o'aD. MOESSARD, rue de FUnSTEMBfRG, N" 8 BIS. 



OEUVRES 



DU COMTE 



r \ 



DE LAGEPEDE, 



COMPRENANT 



L HISTOIRE NATURELLE DES QUADRUPEDES OVIPARES, 
DES SERPENTS, DES POISSONS ET DES CÉTACÉS ; 



ÙCt)Mi>AâXbBS 



I)U PORTRAIT DE l'aUTEUR ET d'enYIRON 4oO FIGURES, 

EXÉCUTÉS SUR ACIER POUR CETTE EDITION PAR 

LES MEILLEURS ARTISTES. 




À PARIS, 

CHEZ F. D. PILLOT, ÉDITEUR, 

RUE DE SEINE-SAINT-GEUMAIN, n" /|C), 



1Ô02. 



QUADRUPÈDES 

OVIPARES. 



IL 



LACEPEDE. Iir, 



13 



6c.«.g HISTOIRE 

NATURELLE 

DES QUADRUPÈDES 

OVIPARES. 

1788- 

SUITE DES LÉZARDS. 

I .S B^ nx; 



LA TETE-PLATE. 

tfroplatm fimbriatus ^ Fitz. — Gecko fimbriatus , 
Latr. , Merr. — Steliio fimbriatm ^ Schneid. — ^ 
Lacerta omalocephala^ Suckow. 



Nous nommons ainsi un lézard qui n'a encore été 
indiqué par aucun naturaliste. Peu de quadrupèdes 
ovipares sont aussi remarquables par la singularité de 
leur conformation. Il paroît faire la nuance entre 
plusieurs espèces de lézards : il semble particuliè- 
rement tenir le milieu entre le caméléon, le gecko 



8 HISTOIRE ISATURliLLE 

et la salamandre aquatique; il a les principaux ca- 
ractères de ces trois espèces. Sa tête, sa peau et la 
forme générale de son corps ressemblent à celles du 
caméléon ; sa queue à celle de la salamandre aquati- 
que, et ses pieds à ceux du gecko : aussi aucun lézard 
n'est-il plus aisé à reconnoître, à cause de la réunion 
de ces trois caractères saillants; il en a d'ailleurs de 
très marqués, qui lui sont particuliers. 

Sa tête, dont la forme nous a suggéré le nom que 
nous donnons à ce lézard, est très aplatie ; le dessous 
en est entièrement plat ; l'ouverture de la gueule 
s'étend jusqu'au delà des yeux; les dents sont très 
petites et en très grand nombre; la langue est plate, 
fendue, et assez semblable à celle du gecko. La mâ- 
choire inférieure est si mince, qu'au premier coup 
d'oeil on seroit tenté de croire que l'animal a perdu 
une portion de sa tête, et que cette mâchoire lui 
manque. La tête est d'ailleurs triangulaire comme 
celle du caméléon; mais le triangle qu'elle forme est 
trèsallongé, et elle ne présente point l'espèce de casque, 
ni les dentelures qu'on remarque sur cette dernière. 
Elle est articulée avec le corps, de manière à former 
en dessous un angle obtus, ce qui ne se retrouve pas 
(ians la plupart des autres quadrupèdes ovipares. Elle 
est très grande; sa longueur est à peu près la moitié 
de celle du corps ; les yeux sont très gros et très 
proéminents; la cornée laisse apercevoir fort distinc- 
tement l'iris, dont la prunelle consiste en une fente 
verticale, comme celle des yeux du gecko, et qui 
doit être très susceptible de se dilater ou de se con- 
tracter, pour recevoir ou repousser la lumière. Les 
aarines sont placées presque au bout du museau, qui 



DE LA TÈTE-rLATE. 9 

est mousse, et quifaitlesommclde J'espècede triangle 
allongé, formé par la tête. Les ouvertures des oreilles 
sont très petites ; elles occupent les deux autres angles 
du triangle, et sont placées auprès des coins de la gueule; 
la peau du dessous du cou forme des plis : le dessous du 
corps est entièrement plat. 

Les quatre pieds du lézard à tête plate sont chacun 
divisés en cinq doigts; ces doigts sont réunis à leur 
origine par la peau des jambes qui les recouvre par 
dessus et par dessous ; mais ils sont ensuite très divisés, 
surtout ceux de derrière, dont le doigt intérieur est 
séparé des autres, comme dans beaucoup de lézards, 
de manière à représenter une sorte de pouce. Vers 
leur extrémité ils sont garnis d'une membrane qui les 
élargit, comme ceux du gecko et du geckotte; et à 
cette même extrémité, ils sont revêtus par dessous de 
lames où écailles qui se recouvrent comme les ar- 
doises des toits ; elles sont communément au nombre 
de vingt, et placées sur deux rangs qui s'écartent un 
peu l'un de l'autre au bout du doigt ; le petit intervalle 
qui sépare ces deux rangs, renferme un ongle très 
crochu, très fort, et replié en dessous. 

La queue est menue , et beaucoup plus courte que 
le corps ; elle paroît très large et très aplatie, parce 
qu'elle est revêtu d'une membrane qui s'étend de 
chaque côté, et lui donne la forme d'une sorte de 
rame. Il est aisé cependant de distinguer la véritable 
queue que cette membrane recouvre, et qui présente 
par dessus et par dessous une petite saillie longitudi- 
nale. Cette partie membraneuse n'est point, comme 
dans la salamandre aquatique, placée verticalement. 



lO UISTOIKE NATURELLE 

mais elle forme des deux côtés une large bande ho- 
rizontale. 

La peau qui revêt la tête, le corps, les pattes et la 
queue du lézard à tête plate, tant dessus que dessous, 
est garnie d'un très grand nombre de petits points sail- 
lants plus ou moins apparents, qui se touchent et la 
font paroître chagrinée ; et ce qui constitue un carac- 
tère jusqu'à présent particulier au lézard à tête plate, 
c'est que la partie supérieure de tout le corps est 
distinguée de la partie inférieure par une prolongation 
de la peau qui règne en forme de membrane frangée., 
depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la queue, 
et qui s'étend également sur les quatre pattes, dont 
elle distingue de même le dessus d'avec le dessous. 

Ce lézard n'a encore été trouvé qu'en Afrique ; il 
paroît fort commun à Madagascar, puisque l'on peut 
voir, dans la collection du Cabinet du Roi, quatre 
individus de cette espèce envoyés de cette île. Cette 
collection en renferme aussi un cinquième , que 
M. Adanson a rapporté du Sénégal ; et c'est sur ces 
cinq individus, dont la conformation est parfaitement 
seiiiblable, que j'ai fait la description que l'on vient de 
lire. Le plus grand a de longueur totale huit pouces 
six lignes, et la queue a deux pouces quatre lignes 
de longueur. Aucun naturaliste n'a encore rien écrit 
touchant cet animal ; mais il a été vu à Madagascar 
par M. Bruyères, de la Société royale de Montpellier, 
qui a bien voulu me communiquer ses observations 
au sujet de ce quadrupède ovipare. La couleur du lé- 
zard à tête plate n'est point tixe, ainsi que celle de 
plusieurs au5res lézards; mais elle varie comme celle 



DE LA TÈTE-PLATï:. 1 1 

du caméléon, et présente successivement ou tout à la 
fois plusieurs nuances de rouge, de jaune , de vert et 
de bleu. Ces effets, observés par M. Bruyères, nous 
paroissent dépendre des différents états de l'animal , 
ainsi que dans le caméléon; et ce qui nous le per- 
suade, c'est que la peau du lézard à lete plate est 
presque entièrement semblable à celle du caméléon. 
Mais, dans ce de*rnier, les variations de couleur s'éten- 
dent sur la peau du ventre , au lieu que dans le lézard 
dont il est ici question, tout le dessous du corps, de- 
puis l'extrémité des mâchoires jusqu'au bout de là 
queue, présente toujours une couleur jaune et bril- 
lante. 

M. Bruyères pense, avec toute raison, que le lézard 
que nous nommons Tête-plate est le même que celui 
que Flaccourt a désigné par le nom de Famo-cantrata, 
et que ce voyageur a vu dans l'île de Madagascar*: 
c'est aussi le Famo-cantraton dont Dapper a parlé ^. 

Les Madégasses ne regardent le lézard à tête plate 
qu'avec une espèce d'horreur; dès qu'ils l'aperçoi- 
vent ils se détournent, se couvrent même les yeux, 
et fuient avec précipitation. Flaccourt dit qu'il est très 
dangereux, qu'il s'élance sur les nègres, et qu'il s'at- 
tache si fortement à leur poitrine^ par le moyen de 
la membrane frangée qui règne de chaque côté de 
son corps, qu'on ne peut l'en séparer qu'avec un ra- 

1. Histoire de Madagascar, par Flaccourt, chapitre XXXVIII , 
page i55. 

Diclionnaire d'Histoire naturelle de M. liomare , article du Famo- 
cantraton. 

2. Dapper, descriptiou de 1 Afiique , pa^e 4^^- 

5. Le nom de Famo-cantrata, que Ton a donné à ce lézard dans 
i'ile de Madagascar, signide qui saute d la poitrine. 



i2 HISTOIRE NATURELLE 

soir. M. Bruyères n'a rien vu de semblable ; il assure 
que les lézards à tête plate ne sont point venimeux; 
il en a souvent pris à la main ; ils lui serroient les 
doigts avec leurs mâchoires, sans que jamais il lui 
soit survenu aucun accident. Il est tenté de croire 
que la peur que cet animal inspire aux nègres vient 
de ce que ce lézard ne fuit point à leur approche, et 
qu'au contraire il va toujours au devant d'eux la 
gueule béante, quelque bruit que l'on fasse pour le 
détourner; c'est ce qui l'a fait nommer par des mate- 
lots françois le Sourd; nom que l'on a donné aussi 
dans quelques provinces de France à la salamandre 
terrestre. Ce lézard vit ordinairement sur les arbres, 
ainsi que le caméléon ; il s'y retire dans des trous, 
d'où il ne sort que la nuit ; et , dans les temps plu- 
vieux, on le voit alors sauter de branche en branche 
avec agilité; sa queue lui sert à se soutenir : quoique 
courte il la replie autour des petits rameaux; s'il 
tombe à terre, il ne peut plus s'élancer ; il se traîne 
jusqu'à l'arbre qui est le plus à sa portée ; il y grimpe, 
et y recommence à sauter de branche en branche. Il 
marche avec peine, ainsi que le caméléon; et ce qui 
nous paroît devoir ajouter à la difficulté avec laquelle 
i! se meut quand il est à terre, c'est que ses pattes 
de devant sont plus courtes que celles de derrière , 
ainsi que dans les autres lézards, et que cependant 
sa tête forme par dessous un angle avec le corps, de 
telle sorte qu'à chaque pas qu'il fait il doit donner du 
nez contre terre. Cette conformation lui est au con- 
traire favorable lorsqu'il s'élance sur les arbres, sa 
tête pouvant alors se trouver très souvent dans un 
plan horizontal. Le lézard à tète plafe ne se nour- 



DE L^V TÊTE-PLATE. \7) 

rit que d'insectes; il a presque loujours ia gueule 
ouverte pour les saisir, et elle est intérieurement 
enduite d'une matière visqueuse, qui les empêche 
de s'échapper. 

Séba a donné la figure d'un lézard qu'il dit fort 
rare, qui suivant lui se trouve en Egypte et en Arabie, 
et qui doit avoir beaucoup de rapports avec notre 
lézard à tête plate : mais si la description et le dessin 
en sont exacts , ils appartiennent à deux espèces dif- 
férentes. On s'en convaincra, en comparant la descrip- 
tion que nous venons de donner avec celle de Séba*. 
En effet, son lézard a comme le nôtre les doigts gar- 
nis de membranes , ainsi que les deux côtés de la 
queue ; mais il en diffère en ce que sa tête et son 
corps ne sont point aplatis; qu'il n'a point la mem- 
brane frangée dont nous avons parlé ; que les pieds 
de derrière sont presque entièrement palmés; que la 
queue est ronde, beaucoup plus longue que le corps; 
et que la membrane qui en garnit les côtés est assez 
profondément festonnée. 

1. Séba, vol. II, planche io3, fig. 2. 



l/f HISTOtr.E NATLIIELLE 



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SIXIEME DIVISION. 



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LEZARDS 



QUI N ONT QUE TROIS DOIGTS AUX PIEDS DE DEVANT 
ET AUX PIEDS DE DERRIÈRE. 



LE SEPS'. 

Zygnis clialcidicm ^ Frrz. — Seps chalcldica ^ Merr. 
— Lacerta Chalcides^ Linn. — Clialcides tetradac- 
tyldj, Laur. — Cliamœsaura Chalets,, Schneid. — 
Chalcldes Seps, Latr. — Seps tridactylus^ Daud. 



Le Seps doit être considéré de près, pour n'être 
pas confondu avec les serpents. Ce qui en efl'et dis- 
lingue principalement ces derniers d'avec les lé- 
zards, c'est le défaut de pattes et d'ouvertures pour 

i. La Cicigna , ca Sardaigne. 

Le Seps. M. Daubentou. Encyclopédie méthodique. 

Lacerta Seps, 17. Linn., Ainph. repL 



P1.2CI. 






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JS. SEPS _^ LE CA1:T!>TELE _ 3 LE CHALCIDE—^ LE PIED DU CAtJlCELE 
o PIED DE DEVANTDU CHAL CIDE 



DU SEPS. i5 

les oreilles : mais on ne peut remarquer que diffici- 
lement l'ouverture des oreilles du seps ; et ses pattes 
sont presque invisibles par leur extrême petitesse. 
Lorsqu'on le regarde, on croiroit voir un serpent qui, 
par une espèce de monstruosité, seroit né avec deux 
petites pattes auprès de la tête, et deux autres très 
éloignées, situées auprès de l'origine de la queue. 
On le croiroit d'autant plus, que le seps a le corps 
très long et très menu, et qu'il a l'habitude de se rou- 
ler sur lui-même comme les serpents ^. A une cer- 
taine distance, on seroit même tenté de ne prendre 
ses pieds que pour des appendices informes. Le seps 
fait donc une des nuances qui lient d'assez près les 
quadrupèdes ovipares avec les vrais reptiles. Sa forme 
peu prononcée, son caractère ambigu, doivent con- 
tribuer à le faire reconnoître. Ses yeux sont très pe- 
tits, les ouvertures des oreilles bien moins sensibles 
que dans la plupart des lézards : la queue finit par 
une pointe très aiguë ; elle est communément très 
courte; cependant elle étoil aussi longue que le corps 
dans l'individu décrit par Linnée , et qui faisoit partie 
de la collection du prince Adolphe. Le seps est cou- 
vert d'écaillés quadrangulaires , qui forment en tous 
sens des espèces de stries. 

La couleur de ce lézard est eu général moins fon- 
cée sous le ventre que sur le dos, le long duquel 
s'étendent deux bandes, dont la teinte est plus ou 
moins claire, et qui sont bordées de chaque côté 
d'une petite raie noire. 

La grandeur des seps, ainsi que celle des autres 

i. Histoire ualurelle de la Saidaigue, par M, François CeUi. 



\6 HISTOIRE NATir.ELLE 

lézards, varie suivant la température qu'ils éprouvent, 
la nourriture qu'ils trouvent, et la tranquillité dont 
ils jouissent. C'est donc avec raison que la plupart des 
naturalistes ont cru ne devoir pas assigner une gran- 
deur déterminée, comme un caractère rigoureux et 
distinctif de chaque espèce ; mais il n'en est pas moins 
intéressant d'indiquer les limites qui , dans les diverses 
espèces, circonscrivent la grandeur, et surtout d'en 
marquer les rapports, autant qu'il est possible, avec 
les différentes contrées, les habitudes, la chaleur, etc. 
Les seps , qui ne parviennent quelquefois en Pro- 
vence, et dans les autres provinces méridionales de 
France, qu'à la longueur de cinq ou six pouces , sont 
longs de douze ou quinze dans les pays plus confor- 
mes à leur nature. Il y en a un au Cabinet du Roi, 
dont la longueur totale est de neuf pouces neuf lignes; 
sa circonférence estde dix-huit lignes, à l'endroit le plus 
gros du corps; les pattes ont deux lignes de longueur, et 
la queue est longuedetroispouces trois lignes. Celui que 
M. François Cetti a décrit en Sardaigne,avoit douze pou- 
ces trois lignes de long (apparemment mesure sarde). 
Les pattes du seps sont si courtes, qu'elles n'ont 
quelquefois que deux lignes de long, quoique le corps 
ait plus de douze pouces de longueur*. A peine pa- 
roissent-elles pouvoir toucher à terre, et cependant 
ie seps les remue avec vitesse, et semble s'en servir 
avec beaucoup d'avantage lorsqu'il marche^. Les pieds 
sont divisés en trois doigts à peine visibles, et garnis 
d'ongles, comme ceux de la plupart des autres lézards. 
Linnée a compté cinq doigts dans le seps qui faisoit 

1. Histoire natureile de la Sardaignc , pages 28 et suiv. 

2. Ibid. 



DU SEPS. l'J 

partie de la collection du prince Adolphe de Suède; 
mais nous n'en avons jamais trouvé que trois dans les 
individus de différents pays que nous avons décrits, 
et qui sont au Cabinet du Roi, avec quelque attention 
que nous les ayons considérés, et quoique nous nous 
soyons servis de très fortes loupes. 

C'est au seps que l'on doit rapporter le lézard in- 
diqué par Rai, sous le nom de Seps , ou de Lézard 
Clialcide; Linnée nous paroît s'être trompé^ en appe- 
lant ce dernier lézard Clialcide^ et en le séparant du 
Seps 2. La description que l'on trouve dans Rai con- 
vient très bien à ce dernier animal ; les raies noires le 
long du dos, et la forme rhomboïdale des écailles, 
que Rai attribue à son lézard, sont en effet des ca- 
ractères distinctifs du seps^. Le lézard désigné par 
Golumna, sous le nom de Seps ou de Chalcide'^, sé- 
paré du seps par Linnée, et appelé Chalcide par ce 
grand naturaliste, est aussi une simple variété du 
seps, assez voisine de celle que l'on trouve aux en- 
virons de Rome, ainsi qu'en Provence, et dont on 
conserve un individu au Cabinet du Roi. Le lézard de 
Colurana avoit, à la vérité, deux pieds de long, tandis 
que le seps des environs de Rome, que l'on peut voir 
au Cabinet du Roi , n'a que sept pouces huit lignes 
de longueur; mais il présentoit les caractères qui dis- 
tinguent les véritables seps. 

1. Voyez , dans cette Histoire naturelle , l'article du Chalcide. 

2. Systema naturae Amphib. reptilia. Lacerta , edit. i5. 

5. a Seps serpens pedatus potius est quam Lacerta. Parvus erat, 
» rotundus, lineis nigris in dorso parallelis secundum longitudinem 

n daclis distinctus in acutarn caudam desinehat Squamae reti- 

» culatae, rhomboïdes. » Hai, Synopsis Auimalium, fol. 272. 

4. Fabii Columuie ecphra. Seps, Lucerta chalcidica, seu Chalcides. 



l8 HISTOIRE NATURELLE 

L'aniuial que Linnée a rangé parmi les serpents 
qu'il a appelé Anguis Quadrupède ^ et qu'il dit habi- 
ter dans l'île de Java*^, est de même un véritable seps; 
tous les caractères rapportés par Linnée conviennent 
à ce dernier lézard, excepté le défaut d'ouvertures 
pour les oreilles, et les cinq doigts de chaque pied; 
mais Linnée ajoutant que ces doigts sont si petits qu'on 
a bien de la peine à les apercevoir^ on peut croire 
que l'on en aura aisément compté deux de trop. 
D'ailleurs les ouvertures des oreilles du seps sont 
quelquefois si petites, qu'ilparoît en manquer ab- 
solument. 

C'est également au seps qu'il faut rapporter les lé- 
zards nommés vers serpentiformes d'Afrique, et dont 
Linnée a fait une espèce particulière sous le nom 
A' Anguina. Il suffit, pour s'en convaincre, de jefer 
les yeux sur la planche de Séba, citée par le natura- 
liste suédois ; la forme de la tête, la longueur du 
corps, la disposition des écailles, la position et la 
brièveté des quatre pattes, se retrouvent dans ces 
prétendus vers comme dans le seps^; et ce n'est que 
parce qu'on ne les a pas regardés d'assez près, qu'on 
a attribué des pieds non divisés à ces animaux, que 
Linnée s'est cru obligé par là de séparer des autres lé- 
zards. Suivant Séba, les Grecs ont connu ces quadru- 
pèdes; ils ont même cru être informés de leurs habi- 
tudes en certaines contrées, puisqu'ils les ont nom- 
més Acheloi et Elyoij pour désigner leur séjour au 
milieu des eaux troubles et bourbeuses. On les ren- 
contre au cap de Bonne-Espérance, vers la baie de la 

1. Systeina naturse amphib., edit. i5, toni. 1, fol. Sgo. 

2. Systema naturae Amphib. replilia, edit. i3, vol. I, page 571 



DU SEPS. 19 

table, parmi les rochers qui bordent Ja rivière. Sui- 
vant la figure de Séba , ces seps du cap de Bonne- 
Espérance ont la queue beaucoup plus longue que le 
corps^. 

Golumna, en disséquant un seps femelle, en tira 
quinze fœtus vivants, dont les uns étoient déjà sortis 
de leurs membranes, et les autres étoient encore en- 
veloppés dans une pellicule diaphane, et renfermés 
dans leurs œufs comme les petits des vipères. Nous 
remarquerons une manière semblable de venir au 
jour dans les petits de la salamandre terrestre; et 
ainsi, non seulement les diverses espèces de lézards 
ont entre elles de nouvelles analogies, mais l'ordre 
entier des quadrupèdes ovipares se lie de nouveau 
avec les serpents, avec les poissons cartilagineux et 
d'autres poissons de différents genres, parmi lesquels 
1er petits de plusieurs espèces sortent aussi de leurs 
œufs dans le ventre même de leur raèrCi 

Plusieurs naturalistes ont cru que le seps étoit une 
espèce de salamandre. On a accusé la salamandre 
d'être venimeuse; on a dit que le seps l'étoit aussi. 
Il y a même long-temps que l'on a regardé ce lézard 
comme un animal malfaisant; le nom de Seps que les 
anciens lui ont appliqué, ainsi qu'au chalcide, ayant 
été aussi attribué par ces mêmes anciens, à des ser- 
pents très venimeux, à des mille-pieds et à d'autres 
bêtes dangereuses. Ce mot Seps, dérivé du mot grec 
sepo, je corromps^ peut être regardé comme un nom 
générique que les anciens donnoient à la plupart des 

1. Séba 2 , planche 68, fig. 7 ot S. 



'20 ITISTOIKE NATURELLE 

animaux dont ils redoutoient les poisons, à quelque 
ordre d'ailleurs qu'ils les rapportassent. On peut 
croire aussi qu'ils ont très souvent confondu, ainsi 
que le plus grand nombre des naturalistes venus 
après eux, le chalcide et le seps, qu'ils ont appe- 
lés tous deux non seulement du nom générique de 
Seps, mais encore du nom particulier de Chalcide*. 
Quoi qu'il en soit, les observations de M. Sauvage 
paroissent prouver que le seps n'est point venimeux 
dans les provinces méridionales de France. Suivant 
ce naturaliste, la morsure des seps n'a jamais été sui- 
vie d'aucun accident : il rapporte en avoir vu manger 
par une poule, sans qu'elle en ait été incommodée. Il 
ajoute que la poule ayant avalé un petit seps par la 
tête sans l'écraser, il vit ce lézard s'échapper du corps 
de la poule , comme les vers de terre de celui des ca- 
nards. La poule le saisit de nouveau; il s'échappa de 
même; mais à la troisième fois elle le coupa en deux. 
M. Sauvage conclut même, de la facilité avec laquelle 
ce petit lézard se glisse dans les intestins, qu'il pro- 
duiroifc un meilleur effet dans certaines maladies, 
que le plomb et le vif argent^. M. François Cetti dit 
aussi que, dans toute la Sardaîgne, il n'a jamais en- 
tendu parler d'aucun accident causé par la morsure 
du seps, que tout le monde y regarde comme un 
animal innocent. Seulement, ajoute-t-il , lorsque les 
bœufs ou les chevaux en ont avalé avec l'herbe qu'ils 
paissent, leur ventre s'enfle, et ils sont en danger de 

1. Conratli Gesnfiri , Hist. anim., lib. II. De Quadr. ovip., fol. i. 

2. IMf'nioirp sur la nature des animaux venimeux , couronné par 
rAcadémie de Rouen, en lyS/i. 



DU SEPS. 21 

mourir si on ne leur fait pas prendre une liolsson pré- 
parée avec de l'huile, du vinaigre et du soufre^. 

Le seps paroît craindre le froid plus qu2 les tortues 
terrestres, et plusieurs autres quadrupèdes ovipares; 
il se cache plus tôt dans la terre aux approches de l'hi- 
ver. Il disparoît , en Sardaigne, dès !è commencement 
d'octobre, et on ne le trouve plus que dans des creux 
souterrains; il en sort au printemps pour aller dans 
les endroits garnis d'herbe, où il se tient encore pen- 
dant l'été, quoique l'ardeur du soleil l'ait desséchée -. 

M. Thunberof a donné, dans les Mémoires de l'Aca- 
demie de Suède ^, la description d'un lézard qu'il 
nomme Abdominal j, qui se trouve à Java et à Am- 
boine, qui a les plus grands rapports avec le seps, 
et qui n'en diffère que par la très grande brièveté 
de sa queue et le nombre de ses doigts. Mais comme 
il paroît que M. Thunberg n'a pas vu cet animal vivant, 
et que, dans la description qu'il en donne, il dit que 
l'extrémité de la queue étoit nue et sans écailles, ou 
peut croire que l'individu observé par ce savant pro- 
fesseur, avoit perdu une partie de sa queue par quel-^ 
que accident. D'ailleurs nous nous sommes assurés 
que la longueur de la queue des seps étoit en géné- 
ral très variable; D'un autre côté, M. Thunberg avoue 
qu'on ne peut, à l'œil nu, distinguer qu'avec beaucoup 
de peine les doigts de son lézard abdominal. Il pour- 
roit donc se faire que l'animal eût été altéré après sa 
mort, de manière à présenter l'apparence de cinq 

1. M. François CeUi, à l'endroit déjà cité. 

a. Ibid. 

3. Mémoires de l'Académie de Stockholm, trimestre d'avril 1787. 

LACÈPÈnE. m. a 



22 HISTOIRE NATURELLE 

petits doigts à chaque pied, quoique réellement i! n'y 
en ait que trois, ainsi que dans les seps, auxquels il 
faudroit dès lors le rapporter. Si au contraire le lézard 
abdomminal a véritablement cinq doigts à chaque 
pied , il faudra le regarder comme une espèce dis- 
tincte du seps, et le comprendre dans la quatrième 
division , où il pourroit être placé à la suite du spu- 
tateur. Au reste, personne ne peut mieux éclaircir 
ce point d'histoire naturelle que M. Thunberg. 



DU CHALCIDE. 20 



« nr cC^^c^Qjo *i.;^«^aft rt- ■ 41^ i»Qi o <a » Q>»ioi»oi&c &■ cd>0'«>C"'^9'9^ 



LE CHALCIDE. 



Chalets Coplùas, Merr, — Ckalcldes flavescensy Bonn. 
— Chamœsaura Cophias , Sghneid. — Ckalcldes 
tridactylus, Daud, 



Le seps n'est pas le seul lézard qui, par la petitesse 
de ses pattes à peine visibles, et la grande distance qui 
sépare celles de devant de celles de derrière, fasse la 
nuance entre les lézards et les serpents ; le chalcîde est 
également remarquable par la brièveté et la position de 
ses pattes, de même que par l'ai longemenlde son corps. 
Linnée et plusieurs autres naturalistes ont regardé, 
ainsi que nous, le chalcîde comme diflérent du seps, et 
ils ont dit que ces deux lézards sont distingués l'un de 
l'autre, en ce que le seps a la queue verticillée^ tandis que 
le chalcide l'a ronde, et plus longue que le corps. Quel- 
que sens qu'on attache à cette expression verticiltée, 
elle ne peut jamais représenter qu'un caractère vague 
et peu sensible. D'un autre côté, il n'y a rien de si 
variable que les longueurs des queues des lézards, et 
par conséquent toute distinction spécifique fondée 
sur ces longueurs, doit être regardée comme nulle, 
à moins que leurs différences ne soient très grandes. 
jNous avons pensé d'après cela que le lézard, appelé 



2q III.STOIIÎE NAïLRKLLi: 

Chalcidc par Linnée , pouiroit bien n'être qu'une 
variéloi du seps, dont plusieurs individus ont la queue 
à peu près aussi longue que le corps. Nous l'avons 
pensé d'autant plus qu'il paroît que Linnée n'a point 
vu le lézard qu'il nomme Chalcide*. JNous avons en 
conséquence examiné les divers passages des auteurs 
cités par Linnée. relativement à ce quadrupède ovi- 
pare. Nous avons comparé ce qu'ont écrit à ce sujet 
Aldrovande, Columna, Gronovius, Rai et Imperati : 
nous avons vu que tout ce que rapportent ces auteurs, 
tant dans leurs descriptions que dans la partie hislo- 
rique^ pouvoit s'appliquer au véritable seps^. Il paroît 
donc qu'on doit réduire à une seule espèce les deux 
lézards connus sous le nom de seps et de chalcide. 
Mais il y a , au Cabinet du Roi , un lézard qui res- 
semble au seps par l'allongement de son corps, la pe- 
titesse de ses pattes, le nombre de ses doigts, qui est 
cependant d'une espèce différente de celle du seps, 
ainsi que nous allons le prouver. Ce lézard n'a vrai-^ 
semblablement été connu d'aucun des naturalistes 
modernes qui ont écrit sur le chalcide : c'est, en 
quelque sorte , une espèce nouvelle que nous pré- 
sentons, et à laquelle nous appliquons ce nom de 
Chalcide , qui n'a été donné par Linnée et les natu- 
ralistes modernes qu'à une variété du seps. 

Notre chalcide. le seul que nous nommerons ainsi^ 

i. hacerla Chalcides, 4>' Linn., Amphjb. rept. 

Le Chalcide. M. Daubeaton, Rncjclopédié méthodique. 

2. Aldrov. de Quadrup. digit. ovipar., lib. T, fol. 638. 

Column. ecphr. i, fol. 55, t. 56. 

fironov. Zooph. 43. 

Rai , Quadr. 372. 

Jmperat. nat. 917. 



DU CIIALCIDE. 25 

diffère du seps par un caractère tjui doit empêcher 
de les confondre dans toutes les circonstances. Le 
dessus et !« dessous du corps et de !a queue sont 
garnis dans le seps de petites écailles, placées les unes 
sur les autres comme les ardoises qui couvrent nos 
toits; tandis que , dans ie chalcide , les écailles for- 
ment des anneaux circulaires très sensibles , séparés 
les uns des autres par des espèces de sillons, et qui 
revêtent non seulement le corps , mais encore la 
queue. 

Le corps de l'individu conservé au Cabinet du Roi, 
a deux pouces six lignes de longueur; il est plus court 
que la queue, et entouré de quarante-huit anneaux. 
Lu tête est assez semblable à celle du seps, ainsi que 
nous l'avons dit. mais il n'y a aucune ouverture pour 
les oreilles, ce qui donne au chalcide un rapport de 
plus avec les serpents. Le^ pattes sont encore plus 
courtes que celles du seps, en proportion de la lon- 
gueurdu corps ; elles n'ont qu'tme ligne de longueur. 
Celles de devant sont situées très près de la tête. 

Ce lézard n'a que trois doigts à chaque pied, ainsi 
que le seps. Il est d'une couleur sombre , qui peut- 
êlre est l'effet de l'esprit-de-viu dans lequel il a été 
conservé, mais qui approche de la couleur de l'airain, 
que les Grecs ont désignée par le nom de Clialcis 
(dérivé de calcos, airain), lorsqu'ils ont appliqué ce 
nom à un lézard. 

Cet animal , qui doit habiter les contrées chaudes , 
a , par la conformation de ses écailles et leur dispo- 
sition en anneaux, d'assez grands rapports avec le 
serpent Orvet, et les autres serpents, que Linnée a 
compris sous la dénomination générique d'Anguis, 



26 HISTOIRE NATURELLE 

Il en a aussi par là avec plusieurs espèces de vers, et 
surtout avec un reptile, dont nous donnons l'iiistoire 
à la suite de celle des quadrupèdes ovipares , et qui 
lie l'ordre de ces derniers avec celui des serpents en- 
core de plus près que le seps et le chalcide. 

Mais si les espèces de lézards, dont nous traitons 
maintenant, présentent, en quelque sorte, une con- 
formation intermédiaire entre celle des quadrupèdes 
ovipares, et celle des vrais reptiles, l'espèce suivante 
donne à ces mêmes quadrupèdes ovipares de nou- 
veaux rapports avec des animaux bien mieux orga- 
nisés, et particulièrement avec l'ordre des oiseaux, 
par les espèces d'ailes dont elle a été pourvue. 



Pl.a3 



OnAjirTip Ovip. 




LE DBAGOH 



DU DRAGON. 2'] 



^- %^ »ia»fr»«-w &^g » »a.»o»«»C'»o »c »c»<»<»9»9>»ci»e»c. » a.frci»a»»»«»«»o»ft»<»«i»<>Q^'#«»g»6»v»«»ti»g^tca^ 



SEPTIEME DIVISION. 



OAOdOaOOO 4«a400 (»«0O90 <»« 



LÉZARDS 



tJLI ONT DES MEMBRANES EN FORME D AILES. 



LE DRAGON*. 

Draco viridis, Daud. , Merr. — Draco volans etprœpos, 
LiNN. — Draco major et mmor, Laur, 



A ce nom de Dragon, l'on conçoit toujours une 
idée extraordinaîre.La mémoire rappelle, avec promp- 
titude, tout ce qu'on a lu, tout ce qu'on a ouï dire sur 
ce monstre fameux; l'imagination s'enflamme par le 

1. Le Dragon. M. Daubenton, Encyclopédie méthodique. 
Draco volans, i. Linn., Amphib, rept. 

Bout, jav., lib. V, cap. i . fol. Sg. Lacertas volans seu dracuncuius 
indlca. The flying indian lizard. 

Rai , Synopsis Quadrupedum , fol. •i']b, Laoerta volans. 

Brad. nat. t. 9, toi. 5. Lacerta volans. 

Grim. Lacerta volans. 

Séba, 1, tab. 86, fig. 3. 

Draco major, 7(3. Lauienli spécimen raedicum. 



28 HISTOIRE NATURELLE 

souvenir des grandes images qu'il a présentées au 
génie poétique : une sorte de frayeur saisit les cœurs 
timides, et la curiosité s'empare de tous les esprits. 
Les anciens, les modernes ont tous parlé du Dragon. 
Consacré par la religion des premiers peuples, de- 
venu l'objet de leurmythologie, ministre des volontés 
des dieux, gardien de leurs trésors, servant leur amour 
et leur haine, soumis au pouvoir des enchanteurs, 
vaincu par les demi-dieux des temps antiques, en- 
trant même dans les allégories sacrées du plus saint 
des recueils, il a été chanté par les premiers poètes, et 
représenté avec toutes les couleurs qui pouvoient en 
embellir l'image : principal ornement des fables pieu- 
ses, imaginées dgns des temps plus récents , dompté 
par les héros, et même par les jeunes héroïnes, qui 
combattoient pour une loi divine; adopté par une 
seconde mythologie, qui plaça les fées sur le trône 
des anciennes enchanteresses; devenu l'emblème des 
actions éclatantes des vaillants chevaliers, il a vivifié 
la poésie moderne, ainsi qu'il avoit animé l'ancienne : 
proclamé pai- la voix sévère de l'histoire, partout dé- 
crit, partout célébré , partout redouté, montré sous 
toutes les formes, toujours revêtu de la plus grande 
puissance, immolant ses victimes par son regard, se 
Iraîisportant au milieu des nuées, avec la rapidité de 
l'éclair, frappant comme la foudre, dissipant l'obscu- 
rité des nuits par l'éclat de ses yeux étincclants, réu- 
nissant l'agilité de l'aigle, !a force du lion, la grandeur 
du serpent^, présentant njôme quelquefois une figure 
Imuiaine , doué d'une intelligence presque divine, et 

1. U V a des serpents cjtii oui plus de quarante pieds de long. 



DU DUAGOK. 2g 

adoré de nos jours dans de grands empires de l'Orient, 
le dragon a été loul , et s'est trouvé partout, hors 
dans la nature. Il vivra cependant toujours, cet être 
fabuleux, dans les heureux produits d'une imagina- 
tion féconde. Il embellira ioug-tenips les images har- 
dies d'une poésie enchanteresse : le récit de sa puis- 
sance merveilleuse charmera les loisirs de ceux qui 
ont besoin d'être quelquefois transportés au milieu 
des chimères, et qui désirent de voir la vérité parée 
des ornemenis d'une fiction agréable : mais à la place 
de cet être fantastique, que trouvons-nous dans la 
réalité? Un animal , aussi petit que foibie, un lézaid 
innocent et tranquille, un des moins armés de tous 
les quadrupèdes ovipares, et qui, par une confor- 
mation particulière, a la facilité de se transporter avec 
agilité, et de voltiger de branche en branche dans 
les forêts qu'il habite. Les espèces d'ailes dont il a 
été pourvu, son corps de lézard, et tous ses rapports 
avec les serpents, ont fait trouver quelque sorte de 
ressemblance éloignée entre ce petit animal et le 
monstre imaginaire dont nons avons parlé, et lui ont 
lait donner le nom de Dragon par les naturalistes. 

Ces ailes sont composées de six espèces de rayons 
cartilagineux, situés horizontalement de chaque côté 
de l'épine du dos, et auprès des jambes de devant. 
Ces rayons sont courbés en arrière; ils soutiennent 
une membrane, qui s'étend ie long du rayon le plus 
antérieur jusqu'à son extrémité, et va ensuite se rat- 
tacher, en s'arrondissant un peu, auprès des jambes 
de derrière. Chaque aile représente ainsi un triangle, 
dont la base s'appuie sur l'épine du dos ; du sommet 
d'un triangle à celui de l'autre, il y a à peu près la 



3o HISTOIRE NATURELLE 

inêfoe dislance que des pattes de devant à celles de 
«lerrière. La membrane qui recouvre les rayons est 
garnie d'écaillés, ainsi qi:e le corps du lézard, que 
l'on ne peut bien voir qu'en regardant au dessous des 
ailes , et dont on ne distingue par dessus que la partie 
la plus élevée du dos. Ces ailes sont conformées comme 
les nageoires des poissons, surtout comme celles dont 
les poissons volants se servent pour se soutenir en 
l'air. Elles ne ressemblent pas aux ailes dont les chau- 
ves-souris sont pourvues, et qui sont composées d'une 
membrane placée entre les doigts très longs de leurs 
pieds de devant; elles diffèrent encore plus de celles 
des oiseaux formées de membres , que l'on a appelés 
leurs bras : elles ont plus de rapport avec les mem- 
branes qui s'étendent des jambes de devant à celles 
de derrière dans le polatouche et dans le taguan , et 
qui leur servent à voltiger. Voilà donc le dragon , qui 
placé, comme tous les lézards, entre les poissons et 
les quadrupèdes vivipares, se rapproche des uns par 
ses rapports avec les poissons volants , et des autres , 
par ses ressemblances avec les polatouches et les écu- 
reuils, dont il est l'analogue dans son ordre. 

Le dragon est aussi remarquable, par trois espèces 
de poches allongées et pointues, qui garnissent le 
dessous de la gorge, et qu'il peut enfler à volonté 
pour augmenter son volume, se rendre plus léger, et 
voler plus facilement. C'est ainsi qu'il peut un peu 
compenser l'infériorité de ses ailes, relativement à 
celles des oiseaux, et la facilité avec laquelle ces der- 
niers, lorsqu'ils veulent s'alléger, font parvenir l'air 
de leurs poumons dans diverses parties de leur corps. 

Si l'on ôtoit au dragon ses ailes et les espèces de 



DU DRAGON. 1 

poches qu'il porte sous son gosier, il seroit 1res sem- 
blable à la plupart des lézards. Sa gueule est très 
ouverte, et garnie de dents nombreuses et aiguës. 11 
a sur le dos trois rangées longitudinales de tubercules 
plus ou moins saillants, dont le nombre varie suivant 
les individus. Les deux rangées extérieures loi ment 
une ligne courbe, dont la convexité est en dehors. 
Les jambes sont assez longues; les doigts, au nombre 
de cinq à chaque pied, sont longs, séparés, et garnis 
d'ongles crochus. La queue est ordinairement très 
déliée , deux fois plus longue que le corps, et cou- 
verte d'écaillés un peu relevées en carène. La lon- 
gueur totale du dragon n'excède guère un pied. Le 
plus grand des individus de cette espèce conservés 
au Cabinet du Roi, a huit pouces deux lignes de long, 
depuis le bout du museau jusqu'à l'extrémité de la 
queue, qui est longue de quatre pouces dix lignes. 
Bien différent du dragon de la fable , il passe inno- 
cemment sa vie sur les arbres, où il vole de branche 
en branche, cherchant les fourmis, les mouches, les 
papillons, et les autres insectes dont il fait sa nour- 
riture. Lorsqu'il s'élance d'un arbre à un autre , il 
frappe l'air avec ses ailes , de manière à produire un 
bruil assez sensible, et il franchit quelquefois un es- 
pace de trente pas. Il habile en Asie*, en Afrique et 

1. « Dans une petite île voisine de celle de Java , La Barbinais vit des 
» lézards qui voloient d'arbres en arbres, comme des cigales. Il en tua 
B un dont les couleurs lui causèrent de 1 etonnement par leur variété, 
s Cet animal éloit long d'un pied ; il avoit quatre pattes comme les 
» lézards ordinaires. Sa tête étoit plate , et si bien percée au milieu , 
a qu'on y aurait pu passer une aiguille sans le blesser. Ses ailes étoient 
» fort déliées , et ressembloient à celles du poisson volant. Il avoit , 
c autour du cou , une espèce de fraise semblable à celle que les coqs 



5a HISTOIRE NATLUELLE 

en Amérique; il peut varier, suivant les différents 
climats, par la teinte de ses écailles ; mais il présente 
souvent un agréable mélange de couleurs noire , 
brune, presque blanche ou légèrement bleuâtre, 
formant des taches ou des raies. 

Quoiqu'il ait les doigts très séparés les uns des au- 
tres, il n'est point réduit à habiter la terre sèche et 
le sommet des arbres; ses poches qu'il développe et 
ses ailes qu'il étend, replie et contourne à volonté, 
lui servent non seulement pour s'élancer avec vitesse, 
mais encore pour nager avec facilité. Les membranes 
({ui composent ses ailes, peuvent lui tenir lieu de 
nageoires puissantes, parce qu'elles sont fort grandes 
à proportion de son corps; et les poches qu'il a sous 
la gorge doivent, lorsqu'elles sont gonflées, le rendre 
plus léger que l'eau. C^et animal privilégié a donc 
reçu tout ce qui peut être nécessaire pour grimper 
sur les arbres, pour marcher avec facilité, pour voler 
avec vitesse, pour nager avec force : la terre , les fo- 
rêts, l'air, les eaux lui appartiennent également; sa 
petite proie ne peut lui échapper; d'ailleurs aucun 
asile ne lui est fermé; aucun abri ne lui est interdit; 
s'il est poursuivi sur la terre , il s'enfuit au haut des 
branches, ou se réfugie au fond des rivières; il jouit 
donc d'un sort tranquille et d'une destinée heureuse, 
car ii peut encore , en s'élevant dans l'air, échapper 
^ux animaux que l'eau n'arrête pas. 

Linnée a compté deux espèces de lézards volants. 

» oui au dessous du gosier. Ou prit quelques soins poui' conserver un 
B .-inimal aussi rare ; loais la chaleur le corrompit avant la fin dn 
u jour. •> Voyage de La Barbinais le Gentil autour du monde. Histoire 
générale des Voyages , tome XLIV, in- 12. 



DU DRAGON. 55 

Il a placé, dans la première, ceux de l'ancien monde, 
dont les ailes ne tiennent pas aux pattes de devant , 
et dans la seconde, ceux d'Amérique dont les ailes 
y sont attachées^. Cette difFérence ne nous paroit 
pas suffire pour constituer une espèce distincte ; d'ail- 
leurs ce n'est que sur l'autorité de Séba-, dont les 
figures ne s^nt pas toujours exactes, que Liniiée a 
admis l'existence de lézards volants, dont les jambes 
de devant servent de premier rayon aux ailes; il n'en 
a jamais vu ainsi conformés; nous n'en avons jamais 
vu non plus; et nous n'avons rien trouvé qui y eûl 
rapport, dans aucun auteur, excepté Séba. Nous 
croyons donc ne devoir admettre qu'une espèce dans 
les lézards volants, jusqu'à ce que de nouvelles ob- 
servations nous obligent à en recontioître deux''^. 

i. Draco prœpos, Liiin., Amphib. vept. 
Drnco minor, 77. Laurent! spécimen medienra. 

2. Séba, 1, tab. 102, fig. 2. 

3. M. Daubenton n'a compté, comme nous, qu'une espèce de 
lézard volant. Histoire naturelle des Quadrupèdes ovipares, Encyclo- 
pédie méthodique. 



j4 histoiue naturelle 



>»^jo-»'>»fl.&9^t»»»»P(frc< a ;o( tf > a '0(»oe»»»et»ft!a'» a '0«»» fl M )< »»fto^a(ai» 



HUITIEME DIVISION. 



0<>a400 090490 dOa «M 490 OOQ 



LÉZARDS 



QUI ONT TROIS OU QUATRE DOIGTS AUX PIEDS 

DE DEVANT ET QUATRE OU CINQ AUX 

PIEDS DE DERRIÈRE. 



LA SALAMANDRE TERRESTRE*. 

Salamandra maculata, Meer. — Lacerta Salamandra, 
LiNN. — Salamandra macubsa, Laur. 



Il semble que plus les objets de la curiosité de 
l'homme sont éloignés de lui, et plus il se plaît à leur 

1. En grec , Salamandra. 

En latin , Salamandra, 

En Espagne, Salamanguesa et Salamantegua. 

Samabras ou Saambras , par les Arabes. 

Dans plusieurs provinces de France , le Sourd. 

Dans le Languedoc et la Provence , Blande. 



^najinxp .Ovip. 




'.ARD MONODACTYLE _2,LE PROTEE OU SALAMAI^IDRE TETRADAC'i'YL.E, 
3 LA SAL.AMANDRE TERRESTRE 



DE LA SALAMANDRE TERRESTRE. ."5 

attribuer des qualités merveilleuses , ou du moins à 
supposer à des degrés trop élevés, celles dont ces 
êtres, rarement bien connus, jouissent réellement. 
L'imagination a besoin, pour ainsi dire, d'être de 
temps en temps secouée par des merveilles; l'homme 
veut exercer sa croyance dans toute sa plénitude ; il 
lui semble qu'il n'en jouit pas d'une manière assez 
libre, quand il la soumet aux lois de la raison : ce 
n'est que par les excès qu'il croit en user; et il ne 
s'en regarde comme véritablement le maître, que lors- 
qu'il la refuse capricieusement à la réalité , ou qu'il 
l'accorde aux êtres les plus chimériques. Mais il ne 
peut exercer cet empire de sa fantaisie, que lorsque 
la lumière de la vérité ne tombe que de loin sur les 

En Dauphiné , Pluvine. 

Dans le Lyonnais, Laverne. 

En Bourgogne , Suisse, 

Dans le Poitou , Mirtil. 

Dans plusieurs autres provinces de France, Alebrenne cnArrassade. 

En Normandie, Mouron. 

En Flandre, Salemander. 

En quelques endroits d'Allemagne , Punter-Maal, 

Le Sourd. M. Daubenton , Encyclopédie méthodique. 

Lacerta Salamandra, 47. Mnn., Amphibia rept. 

Rai, Synopsis Quadrupedum , folio 275. Salamandra terreslris. 

Matilii. dioscor. 274, fol. 270. Salamandra. 

Aldrov. quadr. 64i. Salamandra terrestris. 

Jonst. Quadrup., t. 77, fol. 10. 

Imperat. nat. 918. 

Olear. mus. 1. 8, fig. 4- 

Wurfbainius. Salamandrologia , Norib. 16 83. 

Salamandra. Conrad Gesner, de Quadrup. ovip. 

Salamandra maculosa , 4- Laurenti spécimen medirum. 

Séba , 2, lab. 12, fig. 5. 



36 HISTOIRE NATURELLE 

objets de celle croyance arbitraire ; que lorsque l'es- 
pace , ie tem{3S ou leur nature les séparent de nous; 
et voilà pourquoi, parmi tous les ordres d'animaux, 
il n'en est peut être aucun qui ait donné lieu à tant 
de fables que celui des lézards. Nous avons déjà vu 
des propriétés aussi absurdes qu'imaginaires accor- 
dées à plusieurs espèces de ces quadrupèdes ovipares; 
mais nous voici maintenant à l'histoire d'un lézard 
pour lequel l'imaginaliou humaine s'est surpassée; 
on lui a attribué la plus merveilleuse de toutes les 
propriétés. Tandis que les corps les plus durs ne 
peuvent échapper à la force de l'élément du feu , on 
a voulu qu'un petit lézard non seulement ne fût pas 
consumé par les flamu^es , mais parvînt même à les 
éteindre. Et comme les iabîes agréables s'accréditent 
aisément, l'on s'est empressé d'accueillir celle d'un 
petit animal si privilégié, si supérieur à l'agent le plus 
actif de la nature, et qui devoit fournir tant d'objets 
de comparaison à la poésie , tant d'emblèmes galants 
à l'amour^ tant de brillantes devises à la valeur. Les 
anciens ont cru à celte propriété de la salamandre; 
désirant que son origine fût aussi surprenante que sa 
puissance, et voulant réaliser les Hctions ingénieuses 
des poëtes . ils ont écrit qu'elle devoit son existence 
au plus pur des éléments, qui ne pouvoit la consu- 
mer, et ils l'ont dite fille du feu^, en lui donnant 
cependant un corps de glace. Les modernes ont 
adopté les fables ridicules des anciens; et, comme 
on ne peut jamais s'arrêter quand on a dépassé les 

i. Conrad Gesner, de Quadrupedibiis oviparis. De Salamandra , 
toi. 79. 



DE LA SALAMANDRE TERRESTRE. 07 

bornes de la vraisemblance, on est allé jusqu'à penser 
que le feu le plus violent pouvoit être éteint par la 
salamandre terrestre. Des charlatans vendoient ce 
petit lézard , qui, jeté dans le pins grand incendie , 
dévoient, disoient-ils, en arrêter les progrès. Il a fallu 
que des physiciens , que des philosophes prissent la 
peine de prouver par le fait ce que la raison seule 
auroît dû démontrer; et ce n'est que lorsque les lu- 
mières de la science ont été très répandues, qu'on a 
cessé de croire à la propriété de la salamandre. 

Ce lézard , qui se trouve dans tant de pays de l'an- 
cien monde, et même à de très hautes latitudes^, a 
été cependant très peu observé, parce qu'on le voit 
rarement hors de son trou, et parce qu'il a, pendant 
loDg-temps , inspiré une assez grande frayeur : Aris- 
tote même ne paroît en parler que comme d'un ani- 
mal qu'il ne connoissoit presque point. 

Il est aisé à distinguer de tous ceux dont nous nous 
sommes occupés, par la conformation particulière de 
ses pieds de devant , où il n'a que quatre doigts, tan- 
dis qu'il en a cinq à ceux de derrière. Un des plus 
grands individus de cette espèce, conservés au Cabi- 
net du Roi, a sept pouces cinq lignes de longueur 
depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la 
queue, qui est longue de trois pouces huit lignes, 
La peau n'est revêtue d'aucune écaille sensible; mais 
elle est garnie d'une grande quantité de niainelons , 
et percée d'un grand nombre de petits ttous, dont 

1. « Aussi Uouvâtues au rivage du Pout des salamandres que nous 
» nonimons Sourds, Pluvines, Mirtils, sont quasi communs en tous 
» lieux. » Beloa , ouvrage déjà cité, livre III, chapitre 5 1 , page 9. 1 o. 

LACi.vkflE. III. 3 



38 HISTOIIIE NATURELLE 

plusieurs sont très sensibles à la vue simple , et par 
lesquels découle une sorte de lait , qui se répand or- 
dinairement de manière à former un vernis transpa- 
rent au dessus de la peau naturellement sèche de 
ce quadrupède ovipare. 

Les yeux de la salamandre sont placés à la partie 
supérieure de la tête, qui est un peu aplatie; leur 
orbile est saillante dans l'intérieur du palais, et elie 
y est presque entourée d'un rang de très petites dents, 
semblables à celles qui garnissent les mâchoires^. 
Ces dents établissent un nouveau rapport entre les 
lézards et les poissons, dont plusieurs espèces ont 
de même plusieurs dents placées dans le fond de la 
gueule. 

La couleur de ce lézard est très foncée ; elle prend 
une teinte bleuâtre sur le venlre , et présente des 
taches jaunes assez grandes, irrégulîères, et qui s'é- 
tendent sur tout le corps , même sur les pieds et sur 
les paupières. Quelques unes de ces taches sont par- 
semées de petits points noirs, et celles qui sont sur 
le dos se touchent souvent sans interruption , et for- 
ment deux longues bandes jaunes. La figure de ces 
taches a fait donner le nom de Stellion à la salaman- 
dre, ainsi qu'au lézard vert, au véritable stellion et an 
geckotte. Au reste, la couleur des salamandres ter- 
restres doit être sujette à varier, et il paroît qu'on en 
trouve dans les bois humides d'Allemagne , qui sont 
toutes noires par dessus et jaunes par dessous -. C'est 

1. Mémoires poui" servii' à l'Histoire des animaux, article de la 
Salamandre. 
'2. MaUliiole. 



DE LA SALAMANDRE TERRESTRE. Sq 

à cette variété qu'il faut rapporter, ce me semble, la 
salamandre noire que M. Laiirenti a trouvée dans les 
Alpes, qu'il a regardée comme une espèce distincte, 
et qui me paroît trop ressembler par sa forme à la 
salamandre ordinaire pour en être séparée*. 

La queue, presque cylindrique, paroît divisée en 
anneaux par des renflements d'une substance très 
molle. 

La salamandre terrestre n'a point de côtes, non 
plus que les grenouilles, auxquelles elle ressemble 
d'ailleurs par la forme générale de la partie anté^ 
rieure du corps. Lorsqu'on la touche, elle se couvre 
prompteraent de cette espèce d'enduit dont nous 
avons parlé; et elle peut également faire passer très 
rapidement sa peau de cet état humide à celui de sé- 
cheresse. Le lait qui sort par les petits trous que l'on 
voit sur sa surface, est très acre ; lorsqu'on en a mis 
sur la langue, on croit sentir une sorte de cicatrice 
à l'endroit où il a touché. Ce lait, qui est regardé 
comme un excellent dépilatoire^, ressemble un peu 
à celui qui découle des plantes appelées tithymales et 
des euphorbes. Quand on écrase, ou seulement quand 
on presse la salamandre , elle répand d'ailleurs une 
mauvaise odeur qui lui est particulière. 

Les salamandres terrestres aiment les lieux humides 
et froids, les ombres épaisses, les bois touffus des 
hautes montagnes, les bords des fontaines qui cou- 
lent dans les prés ; elles se retirent quelquefois en 
grand nombre dans les creux des arbres, dans les 

1. Salamandra alra. Laurent! spécimen medicum. Vienne, 1768, 
j;agc 1/19. 

2. Gesner, <Je Ouadrupedibiis oviparis , de Salamandra, page 79. 



40 IIISTOIIIE NATUUELLE 

haies, au dessous des vieilles souches pourries; et 
elles passent l'hiver des contrées trop élevées en la- 
titude, dans des espèces de terriers où on les trouve 
rassemblées, et entortillées plusieurs ensemble^. 

La salamandre étant dépourvue d'ongles, n'ayant 
que quatre doigts aux pieds de devant, et aucun avan- 
tage de conformation ne ren)plaçant ce qui lui man- 
que, ses mœurs doivent être et sont en elDfet très dii- 
férenles de celles de la plupart des lézards : elle est 
très lente dans sa marche ; bien loin de pouvoir 
grimper avec vitesse sur les arbres, elle paroît le 
plus souvent se traîner avec peine à la surface de la 
terre. Elle ne s'éloigne que peu des abris qu'elle a 
choisis. Elle passe sa vie sous terre, souvent au pied 
des vieilles murailles; pendant l'été, elle craint l'ar- 
deur du soleil, qui la dessécheroit; et ce n'est ordi- 
nairement que lorsque la pluie est prête à tomber, 
qu'elle sort de son asile secret , comme par une sorte 
de besoin de se baigner et de s'imbiber d'un élément 
qui lui est analogue. Peut-être aussi trouve-t-e!le 
alors avec plus de facilité les insectes dont elle se 
nourrit. Elle vit de mouches, de scarabées, de lima- 
çons et de vers de terre. Lorsqu'elle est en repos, 
elle se replie souvent sur elle-même comme les ser- 
pents^. Elle peut rester quelque temps dans l'eau 
sans y périr; elle s'y dépouille d'une pellicule mince 
d'un cendré-verdâtre. On a même conservé des sala- 
mandres pendant plus de six mois dans de l'eau de 
puits; on ne leur donnoit aucune nourriture ; on avoit 
seulement le soin de changer souvent l'eau. 

1. Gesner, de Quadriipcdihus oviparis , de Saiatnaiidra , page 79. 
^^, Laiireiiti ?pccinien nicdicsim , page i55. 



DE LA SALAMANDRE TERRESTRE- 4' 

Oa observe que toules les fois qu'on plonge une 
ïialainanclre terrestre dans l'eau, elle s'eflorce d'élever 
ses narines au dessus de la surface, comme si elle 
cherchoit l'air de l'atmosphère, ce qui est une nou- 
velle preuve du besoin qu'ont tous les quadrupèdes 
ovipares de respirer pendant tout le temps où ils ne 
sont point engourdis^. La salamandre terrestre n'a 
point d'oreilles apparentes; et eu ceci elle ressemble 
aux serpents. On a prétendu qu'elle n'entendoit point , 
et c'est ce qui lui a fait donner le nom de Sourd dans 
certaines provinces de France : on pourroit le pré- 
sumer, parce qu'on ne lui a jamais entendu jeler au- 
cun cri , et qu'en général le silence est lié avec la 
surdité. 

Ayant donc peut-être un sens de moins, et privée 
de la faculté de communiquer ses sensations aux ani- 
maux de son espèce, même par des sons imparfaits, 
elle doit être réduite à un bien moindre degré d'in- 
slinct; aussi est-elle stupide , et non pas courageuse 
comme on l'a écrit; elle ne brave pas le danger, 
ainsi qu'on l'a prétendu , mais elle ne l'aperçoit 
point; quelques gestes qu'on fasse pour l'effrayer, 
elle s'avance toujours sans se détourner de sa route ; 
cependant, comme aucun anijual n'est privé du sen- 
lim''nt nécessaire à sa conservation, elle comprime, 
dit-on . rapidement sa peau lorsqu'on la tourmente, et 
fait rejaillir contre ceux qui l'attaquent le lait acre que 
cette peau recouvre. Si on la frappe, elle commence 
par dresser sa queue ; elle devient ensuite immobile , 
coiumesi elle étoit saisie par une sorte de paralysie; car 

i. \ oyt'Z le Discours hui la naluie clt:s Quadru^>ècles o^iipaicp. 



42 IIISTOïllE iNATURELLÈ 

il ne faut pas, avec quelques naluralistes, allribuer à 
un animal si dénué d'instinct , assez de finesse et de ruse 
pour contrefaire la morte, ainsi qu'ils l'ont écrit. Au 
reste, il est difficile de la tuer, elle est très vivace; 
mais, trempée dans du vinaigre ou entourée de sel 
en poudre , elle périt bientôt dans des convulsions , 
ainsi que plusieurs autres lézards et les vers. 

Il semble que l'on ne peut accorder à un être une 
qualité chimérique , sans lui refuser en même temps 
une propriété réelle. On a regardé la froide salaman- 
dre comme un animal doué du pouvoir miraculeux 
de résister aux flammes, et même de les éteindre; 
mais en même temps on l'a rabaissée autant qu'on 
l'avoit élevée par ce privilège unique. On en a fait le 
plus funeste des animaux; les anciens, et même Pline, 
l'ont dévouée à une sorte d'anathôme , en la considé- 
rant comme celui dont le poison étoit le plus dange- 
reux^. Ils ont écrit qu'en infectant de son venin pres- 
que tous les végétaux d'une vaste contrée , elle pour- 
voit donner la mort à des nations entières. Les moder- 
nes ont aussi cru pendant long-temps au poison de 
la salamandre; on a dit que sa morsure étoit mor- 
telle, comme celle de la vipère^ : on a cherché et 
prescrit des remèdes contre son venin; ruais enfin 
on a eu recours aux observations par lesquelles on 
auroît dû commencer. Le fameux Bacon avoit voulu 
engager les physiciens à s'assurer de l'existence du 
venin de la salamandre; Gesner prouva par l'expé- 
rience qu'elle ne mordoil point , de quelque manière 
qu'on cherchât à l'irriter; et Wurfbainus fit voir 

1. Pline, livre XXIX, cliap. 4- 

2. Mallhiole , liv. VI, chap. 4- 



DE LA SAtAMANDRE TERRESTRE. 4^ 

qu'on ponvoit impunément ia toucher, ainsi que 
boire de l'eau des fontaines qu'elle habite. M, de 
Maupertuîs s'est aussi occupé de ce lézard^ : en 
recherchant ce que pouvoil être son prétendu poison, 
il a démontré, par l'expérience , l'action des flammes 
sur la salamandre, comme sur les autres animaux. Il 
a remarqué qu'à peine elle est sur le feu, qu'elle 
paroît couverte de gouttes de son lait qui, raréfié 
par la chaleur, s'échappe par tous les pores de la 
peau, sort en plus grande quantité sur la tête ainsi 
que sur les mamelons, et se durcit sur-le-champ. 
Mais on n'a certainement pas besoin de dire que ce 
lait n'est jamais assez abondant pour éteindre le moin- 
dre feu. 

M. de Maupertuis, dans le cours de ses expériences, 
irrita en vain plusieurs salamandres; jamais aucune 
n'ouvrit la bouche; il fallut la leur ouvrir par force. 

Comme les dents de ces lézards sont très petites, 
on eut beaucoup de peine a trouver un animal dont 
la peau fût assez fine pour être entamée par ces dents. 
11 essaya inutilement de les faire pénétrer dans la 
chair d'un poulet déplumé ; il pressa en vain les dents 
contre la peau, elles se dérangèrent plutôt que de 
l'entamer; il parvint enfin à faire mordre par une 
salamandre la cuisse d'un poulet dont il avoit enlevé 
la peau. Il fit mordre aussi par des salamandres récem- 
ment prises, la langue elles lèvres d'un chien, ainsi 
que la langue d'un coq d'Inde : aucun de ces ani- 
maux n'éprouva le moindre accident. M. de Mauper- 
tuis fit avaler ensuite des salamandres entières ou 

1. Mémoires de l'Académie des Sciences , année 1727. 



44 niSTOinE NATURELLli 

coupées par morceaux à un coq d'Inde el à un chien, 
qui ne parurent pas en souffrir. 

M. Laurenti a fait depuis des expériences dans les 
mêmes vues; il a forcé des lézards grisa mordre des 
salamandres, et il leur en a fait avaler du iait : les 
lézards sont morts très promptement ^. Le lait de la 
salamandre pris intérieurement pourroit donc être 
très funeste et même mortel à certains animaux, sur- 
tout aux plus petits, mais il ne paroît pas nuisible 
aux grands animaux. 

On a cru pendant long-temps que les salamandres 
ii'avoienl point de sexe, et que chaque individu étoit 
en état d'engendrer seul son semblable , comme dans 
plusieurs espèces de vers^. Ce n'est pas la fable la 
plus absurde qu'on ait imaginée au sujet des sala- 
mandres; mais si la manière dont elles viennent à la 
lumière n'est pas aussi merveilleuse qu'on l'a écrit. 
elle est remarquable en ce qu'elle diffère de celle 
dont naissent presque tous les autres lézards, et en 
ce qu'elle est analogue à celles dont voient le jour 
les seps ou cha'cides, ainsi que les vipères et plu- 
sieurs espèces de serpents. La salamandre mérite par 
là l'attention des naturalistes, bien plus que par la 
fausse et brillante réputation dont elle a joui si long- 
temps. M. de Maupertuis ayant ouvert quelques sala- 
mandres, y trouva des œufs, et en même temps des 
petils tout formés; les œufs étoient divisés en deux 
grappes allongées; et les petits éloient renfermés 

1. Joseph ÎNicol. Laïueuti spccimen nicdicuic. Vicnu'te lyfiS, 
fol 158. 

■?.. (îeoig. Af^ricoLi. 

'oiiiad Gcsner. dr Ouadriip. ovip., de Salamaiidra. 



DE LA SALAMANDRE TERUESTRE. 4^ 

dans deux espèces de tuyaux transpareats; ils étoient 
aussi bien conformés , et bien plus agiles que les sala- 
mandres adultes. La salamandre met donc bas des 
petits venus d'un œuf éclos dans son ventre, ainsi 
que ceux des vipères *. Mais d'ailleurs on a écrit 
qu'elle pond, comme les salamandres aquatiques, 
des œufs elliptiques, d'où sortent de petites salaman- 
dres sous la forme de Têtard^. Nous avons souvent 
vérifié le premier fait, qui d'ailleurs est bien connu 
depuis long-temps^; mais nous n'avons pas été à 
même de vérifier le second. Il seroit intéressant de 
constater que le même quadrupède produit ses petits, 
en quelque sorte, de deux manières différentes; 
qu'il y a des œufs que la mère pond, et d'autres 
dont le fœtus sort dans le ventre de la salamandre, 
pour demeurer ensuite renfermé avec plusieurs autres 
fœtus dans une espèce de membrane transparente , 
jusqu'au moment où il vient à la lumière. Si cela 
étoit, on devroit disséquer des salamandres à diffé- 
rentes époques très rapprochées , depuis le moment 
où elles s'accouplent , jusqu'à celui où elles mettent 
bas leurs petits ; l'on suivroit avec soin l'accroisse- 
ment successif de ces petits venus à la lumière tout 
formés; on le compareroit avec le développement de 
ceux qui sortiroient de l'œuf hors du ventre de leur 
mère, etc. Quoi qu'il en soit, la salamandre femelle 
met bas des petits tout formés , et sa fécondité est 
très grande : les naturalistes ont écrit depuis long- 

i. Tiai , Syuopsis Ouacliupeduiii , page '2~l\- 

•2. Wur£l)aiiius d Itnperali. 

ô. Conrad Gcsner, de Quad. ovip., de balainandia , page 79. 



46 HISTOIRE NATURELLE 

temps qu'elle faisoit quarante ou cinquante petits*; 
et M. de Manpertuis a trouvé quarante-deux petites 
salamandres dans le corps d'une femelle, et cin- 
quante-quatre dans une autre. 

Les petites salamandres sont souvent d'une cou- 
leur noire , presque sans taches, qu'elles conservent 
quelquefois pendant toute leur vie, dans certaines 
contrées où on les a prises alors pour une espèce par- 
ticulière, ainsi que nous l'avons dit. 

M. Thunberg a donné, dans les mémoires de 
l'Académie de Suède ^, la description d'un lézard 
qu'il nomme Lézard du Japon, et qui ne paroît dif- 
férer de notre salamandre terrestre que par l'arran- 
gement de ses couleurs. Cet animal est presque 
noir, avec plusieurs taches blanchâtres et irrégulières, 
tant au dessus du corps qu'au dessus des pattes. Le 
dos présente une bande d'un blanc sale, divisée en 
deux vers la tête, et qui s'étend ensuite irrégulière- 
ment et en se rétrécissant jusqu'à l'extrémité de la 
queue. Cette bande blanchâtre est semée de très 
petits points, ce qui forme un des caractères distinc- 
tifs de notre salamandre terrestre. Nous croyons 
donc devoir considérer le lézard du Japon, décrit 
par M. Thunberg, comme une variété constante de 
notre salamandre terrestre , dont l'espèce aura pu 
être modifiée par le climat du Japon : c'est dans la 
plus grande île de cet empire, nommée Niphon, que 
l'on trouve celte variété; elle y habile dans les mon- 
tagnes et dans les endroits pierreux, ce qui indique 

1. Gesner, de Quadrup. ovip. , de Salamandra, page 79. 

3. Mémoires de l'Acadéraic de Stockholm», trimeblre d'avril 1787. 



DE LA SALAMANDRE TERRESTRE. /| 7 

que ses liabitiides sont semblables à celles de la sala- 
mandre terrestre , et confirme notre conjecture au 
sujet de l'identité d'espèce de ces deux animaux. Les 
Japonais lui attribuent les mêmes propriétés dont on 
a cru pendant long-temps que le scinque étoit doué, 
ainsi qu'on les a attribuées en Europe à la salaman- 
dre à queue plate; ils la regardent comme un puis- 
sant stimulant et un remède très actif; aussi trouve-t- 
on aux environs de Jédo un grand nombre de ces 
salamandres de Japon, séchées et suspendues aux 
planchers des boutiques. 



ADDITION 

A l'article DE LA SALAMANDRE TERRESTRE. 

Nous plaçons ici un extrait d'une lettre qui nous a 
été adressée par dom Saint-Julien, bénédictin de la 
congrégation de Cluni. On y trouvera des observa- 
tions intéressantes relativement à la manière dont les 
salamandres terrestres viennent au jour. 

«Je trouvai à la fin du printemps de l'année der- 
» nière 1787, une superbe salamandre terrestre (de 
» l'espèce appelée Scorpion dans la basse Guienne, 
» et qu'on y confond même quelquefois avec cet 

» insecte) Elle avoit un peu plus de huit pou- 

» ces depuis le bout du museau jusqu'à l'extrémité 
» de la queue. La grosseur de son ventre n)e fit espé- 
3 rer de trouver quelque éclaircissement sur la gêné- 



48 lilSTOinE NATURELLE 

ration de ce reptile ; en conséquence je procédai 
à sa dissection , que je commençai par l'anus. Dès 
que j'eus fait une ouverture d'environ un demi- 
pouce, je vis sortir une espèce de sac, que je pris 
d'abord pour un boyau, mais j'aperçus bientôt un 
mouvement très sensible dans l'intérieur; je vis 
même à travers la membrane fort mince, de petits 
corps mouvants; je ne doutai point alors que ce ne 
fût <!es êtres animés, en nu mot, les petits de l'ani- 
mal. Je continuai à faire sortir cette poche , jusqu'à 
ce que je trouvai un étranglement; alors j'ouvris la 
membrane dans le sens de sa longueur; je la trou- 
vai pleine d'une espèce de sanie dans laquelle les 
petits étoient plies en double, précisément dans la 
forme que M, l'abbé Spallanzani attribue aux petits 
de la salamandre aquatique, lorsqu'ils sont encore 
renfermés dans l'amnios. Bientôt cette sanie se 
répandit, les petits s'allongèrent, sautèrent sur la 
table, et parurent animés d'un mouvement très vif. 
ils étoient au nombre de sept ou huit. Je les exami- 
nai à la vue simple, et un avec le secours de la 
loupe; et je leur reconnus très bien la forme de 
petits poissons avec deux sortes de nageoires assez 
longues du côté de la tête , qui étoit grosse par rap- 
port au corps, et dont les yeux, qui paroissoient 
très vifs, étoient très saillants ; il n'y avoit rien à la 
place des pieds de derrière. Comme la mère avoit 
été prise dans l'eau , et paroissoit très proche de 
son terme , je pensai que l'eau étoit l'élément qui 
convenoit à ces nouveau-nés , ce qui d'ailleurs se 
trouvoit contirmé par leur état pisciforme ; c'est 
pourquoi je me pressai de les faire tomber dans 



DE LA SALAMANDRE TEr.RESTKE. 49 

» une jatte pleine d'eau , où ils nagèrent très bien. 
>> J'agrandis encore l'ouverture de la mère, et je fis 
» sortir une seconde et puis une troisième poche, 
» semblables à la première, et séparées par des étran- 
» glements. Ces poches ouvertes me donnèrent des 
» êtres semblables aux premiers et à peu près aussi 
» bien formés; ils s'y trou voient renfermés par huit 
» ou dix ea pelotons, sans aucune sépaiation ou dia- 
» phragme, au moins sensible. Une quatrième poche 
» pareille me donna des êtres de la même nalure, 
» mais moins formés; ils éloient presque tons chargés 
» sur le côté droit, vers le milieu du corps, d'une 
» espèce de tumeur ou protubérance d'un jaune foncé 
fl paroissant un peu sanguinolent; ils avoient néan- 
w moins leurs mouvements libres, pas assez pour sau- 
» ter d'eux-mêmes; il fallut les retirer de leurs bour- 
» ses avec des pinces. Enfin une cinquième poche 
^> pareille me fournit des êtres semblables, dont il 
» ne paroissoît que la moitié du corps depuis le milieu 
V) jusqu'au bout de la queue; l'autre partie coasistoit 
)) seulement en un segment de cette matière jaune 
1) dont je viens de parler : la partie formée avoit un 
» mouvement sensible. Je retirai ainsi vingt-huit ou 
» trente petits tout formés, qui nagèrent dans l'eau, 
» et qui y vécurent dans mon appartement pendant 
') vingt-quatre heures. Les avortons informes se pré- 
') cipitèrent au fond, et ne donnèrent plus aucun 
» signe de vie. La mère vivoit encore après que j'en 
') eus tiré tous ces petits, formés ou informes. J'ache- 
» vai de l'ouvrir, et à la suite de cette espèce de 
» matrice, qui paroissoît n'être qu'un boyau étran- 
« glé de distance en distance , je trouvai deux grap- 



5o HISTOIRE NATURELLE 

» pes d'œufs de forme sensiblement sphérique , d'en- 
» viron une ligne de diamètre, et d'une matière sem- 
» blable à celle que j'avois vue adhérente aux deux 
» différentes espèces d'avortons. Je ne comptai pas 
» le nombre de ces œufs, mais j'appelle leurs collec- 
lions Grappes^ parce que réellement elles repré- 
» sentoient une grappe de raisin. Leur tige étoit atta- 
» chée à l'épine dorsale, derrière une bourse fîot- 
» tante située un peu au dessous du bras, de couleur 
» brune foncée : je reconnus cette bourse pour l'esto- 
» mac du reptile, parce que l'ayant ouverte, j'y trou- 
.) vai de petits limaçons, quelques scarabées, et du 
» sable noirâtre. » 



DE LA SALAMANDRE A QUEUE PLATE. bl 

LA SALAMANDRE 

A QUEUE PLATE^. 

Genus Triton, Laur. — Molge, Merr. 



Ce lézard , ainsi que la salamandre terrestre , peut 
vivre également sur la terre et dans l'eau : mais il 
préfère ce dernier élément pour son habitation , au 



1. Ea grec, Sauras enudros. 

En vieux françois , Tassot. 

Ea italien , Marasandola. 

En Ecosse, Ask. 

Salamandre à queue plate. M. Daubenton, Encyclopédie méthodique. 

Lacerta palustris, 44- Lian., Amphib. rept. 

Rai, Synopsis Quadrupedum , page 273. Salamadra aquatica, tlie 
water eft. 

Lacertus aquaticus. Conrad Gesner, de Quadrup. ovip. 

Séba , mus. 1, planche i!{., fig. 2 , le mâle , et fig. 3 , la femelle. Lé- 
zards amphibies d'Afrique , idem , tab. 89 , fig. 4 et 5 , volume II , 
planche 12, fig. 7. 

Gronovius, mus. 2 page 77, n° 5i. 

Triton cristatus, Laurenti spécimen medicum. 

(L'animal que Belon a appelé Cordule, est la Salamandre à queue 
plate un peu défigurée : Gesner lui-même l'avoit reconnu), Conrad 
Gesner, de Quadr., Appendix, page 26. 

Lacerta aquaiica. Scotia illustrala, Edimburgi , 1684. 

Lacerta aquatica. Wulf. Ichlhiologia cum amphlbiis regniBorussici. 



52 HISTOIUE NATURELLE 

lieu qu'on rencontre presque toujours la salamandre 
terrestre clans des trous de murailles, ou dans de 
petites cavités souterraines; et de là vient qu'on a 
donné à la salamandre à queue plate, le nom de Sala- 
mandre aquatique, et que Linnée l'a appelée Lézard 
des marah. Elle ressemble à la salamandre dont nous 
venons de parler, en ce qu'elle a le corps dépourvu 
d'écaillés sensibles , ainsi que les doigts dégarnis 
d'ongles, et qu'on ne compte que quatre doigts à ses 
pieds de devant; mais elle en diffère surtout par la 
forme de sa queue. Elle varie beaucoup par ses cou- 
leurs, suivant l'âge et le sexe. Il paroît d'ailleurs 
qu'on doit admettre dans cette espèce de salamandre 
à queue plate , plusieurs variétés plus ou moins con- 
stantes, qui ne sont distinguées que par la grandeur 
et par les couleurs , et qui doivent dépendre de la 
différence des pays, ou même seulement de la nour- 
riture *'^. Mais nous ne croyons pas devoir compter, 
avec M. Dufay, trois espèces de salamandre à queue 
plate; et, si on lit avec attention son mémoire, on 
se convaincra sans peine , d'après tout ce que nous 
vivons dit dans cette Histoire, que les différences 
qu'il rapporte pour établir des diversités d'espèces, 
^constituent tout au plus des variétés constantes^. 

Les plus graades salamandres à queue plate n'excè- 
dent guère la longueur de six à sept pouces. La tête 
est aplatie; la langue large et courte; la peau est 

1. Conrad Gesner, de Quadrup. ovip., page 28. 

Letti-e de M. David Erskine Baker, au président de la Société royale. 
Transactions philosophiques, Londres, 1747) iii-4°' ïi" 48'^- 

is. Mémoires de M. Dufay, dans ceux de l'Acadéraie des Sciences, 
année 1729. 



DE LA SALAMANDRE A QUEUE PLATE. 53 

dure , et répand une espèce de lait quand on la blesse. 
Le corps est couvert de très petites verrues saillantes 
et blanchâtres : la couleur générale , plus ou moins 
brune sur le dos, s'éclaircit sous le ventre , et y de- 
vient d'un jaune tirant sur le blanc. Elle présente de 
petites taches, souvent rondes, foncées, ordinaire- 
ment plus brunes dans le mâle, bleuâtres, et diver- 
sement placées dans certaines variétés. 

Ce qui distingue principalement le mâle , c'est une 
sorte de crête membraneuse et découpée , qui s'étend 
le long du dos, depuis le milieu de la tête jusqu'à 
l'extrémité de la queue, sur laquelle ordinairement 
les découpures s'effacent, ou deviennent moins sen- 
sibles. Le dessous de la queue est aussi garni dans 
toute sa longueur d'une membrane en forme de 
bande, placée verticalement, qui a une blancheur 
éclatante, et qui fait paroître plate la queue de la 
salamandre*. 

La femelle n'a pas de crête sur le dos, où l'on voit 
au contraire un enfoncement qui s'étend depuis la 
tête jusqu'à l'origine de la queue. Cependant lors- 
qu'elle est maigre, l'épine du dos forme quelquefois 
une petite éminence ; elle a sur le bord supérieur de 
la queue, une sorte de crête membraneuse et entière, 
et le bord inférieur de cette même queue est garni 
de la bande très blanche qu'on remarque dans le 
mâle. En général , les couleurs sont plus pâles et plus 
égales dans la femelle; elles sont aussi moins foncées 
dans les jeunes salamandres. 

La salamandre à queue plate aime les eaux limo- 

1. Cette description a été faite daprès plusieurs individus conser- 
vés au Cabinet du Roi. 

i.acépède. m. 4 



54 HISTOIIIE NATURELLE 

neuses, où elle se plaît à se cacher sous les pierres; 
on la trouve dans les vieux fossés, dans les marais , 
dans les étangs; on ne la rencontre presque jamais 
dans les eaux courantes : l'hiver, elle se retire quel- 
quefois dans les souterrains humides. 

Lorsqu'elle va à terre, elle ne marche qu'avec peine 
et très lentement. Quelquefois , lorsqu'elle vient res- 
pirer au bord de l'eau, elle fait entendre un petit sif- 
flement. Elle perd difficilement la vie , et comme elle 
n'est ni aussi sourde, ni aussi silencieuse que la sala- 
mandre terrestre, elle doit, à certains égards, avoir 
l'instinct moins borné. 

Le conte ridicule qu'on a répété pendant tant de 
temps. sur la salamandre terrestre, n'a pas été étendu 
jusqu'à la salamandre à queue plate. Mais, au lieu 
de hu' attribuer le pouvoir fabuleux de vivre au milieu 
des flammes, on a reconnu dans cette salamandre 
une propriété réelle et opposée. Elle peut vivre assez 
long-temps , non seulement dans une eau très froide, 
mais même au milieu de la glace ^. Elle est quelque- 
fois saisie par les glaçons qui se forment dans les fos- 
sés , dans les étangs qu'elle habite; lorsque ces gla- 
çons se fondent, elle sort de son engourdissement en 
même temps que sa prison se dissout, et elle reprend 
tous ses mouvements avec sa liberté. 

On a même trouvé, pendant l'été, des salaman- 
dres aquatiques renfermées dans des morceaux de 
glaces tirés des glacières, et où elles dévoient avoir 
été sans mouvement et sans nourriture , depuis le 
moment où on avoit ramassé l'eau gelée dans les 

5. Voyez le Mémoire déjà cité de M. Dufay. 



DE LA SALAMANDRE A QUEUE PLATE. ;>0 

marais pour en lemplir ces mêmes glacières. Ce phé- 
nomène , en apparence très surprenant , n'est qu'une 
suite des propriétés que nous avons reconnues dans 
tous les lézards et dans tous les quadrupèdes ovi- 
pares*^. 

La salamandre ne mord point , à moins qu'on ne 
lui fasse ouvrir la bouche par force; et ses dents sont 
presque imperceptibles : elle se nourrit de mouches, 
de divers insectes qu'elle peut trouver à la surface 
de l'eau, du frai des grenouilles, etc. Elle est aussi 
herbivore ; car elle mange des lenticules , ou lentilles 
d'eau , qui flottent sur la surface des étangs qu'elle 
habite. 

Un des faits qui méritent le plus d'elre rapportés 
dans l'histoire de la salamandre à queue plate , est 
la manière dont ses petits se développent 2; elle n'est 
point vivipare, comme la terrestre; elle pond, dans 
le mois d'avril ou de mai, des œufs qui, dans cer- 
taines variétés, sont ordinairement au nombre de 
vingt, forment deux cordons, et sont joints ensem- 
ble par une matière visqueuse, dont ils sont égale- 
ment revêtus lorsqu'ils sont détachés les uns des 
autres. Ils se chargent de celte matière gluante dans 
deux canaux blancs et très plissés, qui s'étendent 
depuis les pattes de devant jusque vers l'origine de 
la queue , un de chaque côté de l'épine du dos, et 
dans lesquels ils entrent en sortant des deux ovaires. 
On aperçoit , attachés aux parois de ces ovaires, une 
multitude de très petits œufs jaunâtres ; ils grossissent 
insensiblement à l'approche du printemps, et ceux 

1. Voyez le Discours sur la nature des Quadrupèdes ovipares. 

2. Mémoinî de M. Dufay, déjà cité. 



56 HISTOIRE NATURELLE 

qui sont parvenus à leur maturité dans la saison des 
amours, descendent dans les tuyaux blancs et plis- 
sés, dont nous venons de parler, et où ils doivent 
être fécondés^. 

Lorsqu'ils sont pondus, ils tombent au fond de 
l'eau , d'où ils se relèvent quelquefois jusqu'à la sur- 
face des marais , parce qu'il se forme , dans la matière 
visqueuse qui les entoure, des bulles d'air qui les 
rendent très légers; mais ces bulles se dissipent, et 
ils retombent sur la vase. 

A mesure qu'ils grossissent, l'on distingue au tra- 
vers de la matière visqueuse, et de la membrane 
transparente qui en est enduite, la petite salaman- 
dre repliée dans la liqueur que contient cette mem- 
brane. Cet embryon s'y développe insensiblement ; 
bientôt il s'y meut, et s'y retourne avec une très 
grande agilité ; et ennn au bout de huit ou dix jours, 
suivant la chaleur du climat et celle de la saison , il 
déchire, par de petits coups réitérés, la membrane 
qui est, pour ainsi dire , la coque de son œuf^. 

Lorsque la jeune salamandre aquatique vient 
d'éclore, elle a, ainsi que les grenouilles, un peu de 
conformité avec les poissons. Pendant que ses pattes 
sont encore très courtes, on voit de chaque côté, un 
peu au dessus de ses pieds de devant, de petites 
houppes frangées, qui se tiennent droites dans l'eau, 

1. Œuvres de M. l'abbé Spallanzani , Iraduction de M. Sennebior, 
vol. III , page 60. 

2. C'est celle membi'aae que M. l'abbé Spallanzani a appelée Vam- 
nios de la jeune salamandre , ce grand observateur ne voulant pas 
regarder les salamandres aquatiques comme venant d'uD véritable 
œuf. Voyez l'ouvrage déjà cité de ce naturaliste. 



DE LA SALA3IANDRE A t)UEUE PLATE. ^S'J 

qu'on a comparées à de petites nageoires, et qui res- 
semblent assez à une plume garnie de barbes. Ces 
houppes tiennent à des espèces de demi-anneaux 
cartilagineux et dentelés, au nombre de quatre de 
chaque côté , et qui sont analogues à l'organe des 
poissons, que l'on a SLppelé ouïes. Ils communiquent 
tous à la même cavité; ils sont séparés les uns des 
autres, et recouverts de chaque côté par un panneau 
qui laisse passer des houppes frangées. A mesure que 
l'animal grandit, ces espèces d'aigrettes diminuent 
et disparoissent; les panneaux s'attachent à la peau 
sans laisser d'ouverture; les demi-anneaux se réunis- 
sent par une membrane cartilagineuse, et la sala- 
mandre perd l'organe particulier qu'elle avoit étant 
jeune. 11 paroît qu'elle s'en sert, comme les poissons 
des ouïes j pour filtrer l'air que l'eau peut contenir, 
puisque quand elle en est privée, elle vient plus sou- 
vent respirer à la surface des étangs. 

Nous avons vu que les lézards changent de peau 
une ou deux fois dans l'année : la salamandre aquati- 
que éprouve dans sa peau des changements bien 
plus fréquents; et en ceci elle a un nouveau rapport 
avec les grenouilles, qui se dépouillent très souvent, 
ainsi que nous le verrons. Etant douée de plus d'ac- 
tivité dans l'été, et même dans !e printemps, elle 
doit consommer et réparer en moins de temps une 
plus grande quantité de forces et de substance; elle 
quUte alors sa peau tous les quatre ou cinq jours, 
suivant certains auteurs^, et tous les quinze jours , 
ou trois semaines, suivant d'autres naturalistes^, dont 

1. M. Dufây, Mémoire déjà cité. 
3. LeUre de M. Baker déjà citée. 



58 HISTOIRE NATURELLE 

l'observation doit être aussi exacte que celle des pre- 
miers , la fréquence des dépouillements de la sala- 
mandre à queue plate devant tenir à la température, 
à la nature des aliments, et à plusieurs autres causes 
accidentelles. 

Un ou deux jours avant que l'animal change de 
peau , il est plus paresseux qu'à l'ordinaire. Il ne 
paroît faire aucune attention aux vers et aux insectes 
qui peuvent être à sa portée, et qu'il avale avec avi- 
dité dans tout autre temps. Sa peau est comme déta- 
chée du corps en plusieurs endroits, et sa couleur se 
ternit. L'animal se sert de ses pieds de devant pour 
faire une ouverture à sa peau, autour de ses mâchoi- 
res; il la repousse ensuite successivement au dessus 
de sa tète, jusqu'à ce qu'il puisse dégager ses deux 
pattes, qu'il retire l'une après l'autre. Il continue de 
la rejeter en arrière, aussi loin que ses pattes de 
devant peuvent atteindre; mais il est obligé de se 
frotter contre les pierres et les graviers, pour sortir à 
demi de sa vieille enveloppe, qui bientôt est retour- 
née, et couv-f^e le derrière du corps, et la queue. La 
salamandre aquatique saisissant alors sa peau avec sa 
gueule , et en dégageant l'une après l'autre les pattes 
de derrière , achève de se dépouiller. 

Si l'on examine la vieille peau, on la trouve tour- 
née à l'envers, mais elle n'est déchirée eu aucun 
endroit. La partie qui revêtoit les pattes de derrière , 
paroît comme un gant retourné , dont les doigts sont 
entiers et bien marqués; celle qui couvroil les pattes 
de devant est renfermée dans l'espèce de sac que forme 
la dépouille ; mais on ne retrouve pas la partie delà peau 
qui recouvroit les yeux, comme dans la vieille enve- 



DE LA SALAMANDRE A QUEUE PLATE. 59 

îoppe de plusieurs espèces de serpents : on voit deux 
trous à la place, ce qui prouve que les yeux de la sala- 
mandre ne se dépouillent pas. Après cette opération , 
qui dure ordinairement une heure et demie , la sala- 
mandre aquatique paroîl pleine de vigueur, et sa peau 
est lisse et très colorée. Au resle , il est facile d'obser- 
ver toutes les circonstances du dépouillement des 
salamandres aquatiques, qui a été très bien décrit 
par M. Baker ^, en regardant ces lézards dans des 
vases de veire remplis d'eau. 

M. Dufay a vu sortir par l'anus de quelques sala- 
mandres , une espèce de tube rond, d'environ une 
ligne de diamètre , et long à peu près comme le corps 
de l'animal. La salamandre étoit un jour entier à s'en 
délivrer, quoiqu'elle le tirât souvent avec les pattes 
et avec la gueule. Cette membrane, vue au micros- 
cope, paraissoit parsemée de petits trous ronds, dis- 
posés très régulièrement; l'un des bouts conlenoit 
un petit os pointu, assez dur, que la membrane 
enlouroit, et auquel elle étoit attachée; l'autre bout 
présentoit deux petits bouquets de poils, qui parois- 
soient au microscope revêtus de petites franges , et qui 
sortoient par deux trous voisins l'un de l'autre. Il me 
semble que M. Dufay a conjecturé avec raison , que 
celte membrane pouvoit être la dépouille de quel- 
que viscère qui avoit éprouvé, ainsi que l'a pensé 
l'historien de l'Académie, une altération semblable à 
celle que l'on observe tous les ans dans l'estomac des 
crustacées^. 

1. Voyez, dans les Transactions philosophiques, la leltre déjà 
citée ; 

a. Mémoires de l'Acadénaie des Sciences , année 1705. 



6o HISTOIRE NATURÉtLÉ 

On trouve souvent la légère dépouille de la sala-» 
mandre aquatique flottante sur la surface des marais; 
l'hiver sa peau éprouve, dans nos contrées, des alté- 
ralions moins fréquentes; et ce n'est guère que tous 
les quinze jours, que cette salamandre quitte son 
enveloppe pour en reprendre une nouvelle; ayant 
moins de force pendant la saison du froid , il n'est 
pas surprenant que les changements qu'elle subit 
soient moins prorapts, et par conséquent moins sou- 
vent répétés. Mais il suffit qu'elle quitte sa peau plus 
d'une fois pendant l'hiver, à des latitudes assez hau- 
tes, et par conséquent qu'elle y en refasse une nou- 
velle pendant cette saison rigoureuse, pour qu'on 
doive dire que la plupart des salamandres à queue 
plate ne s'engourdissent pas toujours pendant les 
grands froids de nos climats, et que, par une suite 
de la température un peu plus douce qu'elles peuvent 
trouver auprès des fontaines , et dans les dififérents 
abris qu'elles choisissent, il leur reste assez de mou- 
vement intérieur, et de chaleur dans le sang, pour 
réparer, par de nouvelles productions, la perte des 
anciennes. 

L'on ne doit pas être étonné que cette reproduc- 
tion de la peau des salamandres à queue plate ait lieu 
si fréquemment. L'élément qu'elles habitent ne doit- 
il pas en effet ramollir leur peau, et contribuer à 
l'altérer? 

M. Dufay dit, dans le mémoire dont nous avons 
déjà parlé , que quelquefois les salamandres aquati- 
ques ne pouvant pas dépouiller entièrement une de 
leurs pattes, la portion de peau qui y reste se cor- 
rompt et pourrit la patte, qui tombe en entier sans 



DE lA SALAMANDRE A QUEUE PLATE. 6l 

que l'animal en meure. Elles sont très sujettes, sui- 
vant lui, à perdre ainsi quelques uns de leurs doigts; 
et ces accidents arrivent plus souvent aux pattes de 
devant qu'à celles de derrière. 

L'accouplement des salamandres aquatiques ne se 
fait point ainsi que celui des tortues, et du plus grand 
nombre des lézards; il a lieu sans aucune intromis- 
sion, comme celui des grenouilles^; la liqueur proli- 
fique parvient cependant jusqu'aux canaux dans les- 
quels entrent les œufs en sortant des ovaires de la fe- 
melle^, de mêjne qu'elle y pénètre dans les lézards. 
Les salamandres à queue plate réunissent donc les 
lézards et les grenouilles, par la manière dont elles 
se multiplient, ainsi que par leurs autres habitudes 
et leur conformation. Il arrive souvent que cet accou- 
plement des salamandres à queue plate est précédé 
par une poursuite répétée plusieurs fois, et mêlée à 
une sorte de jeu. On diroit alors qu'elles tendent à 
augmenter les plaisirs de la jouissance par ceux de la 
recherche, et qu'elles connoissent lavolupté desdésirs. 
Elles préludent par de légères caresses à une union 
plus iûtime. Elles semblent s'éviter d'abord, pour 
avoir plus de plaisir à se rapprocher ; et lorsque dans 
les beaux jours du printemps la nature allume le feu 
de l'amour, même au milieu des eaux, et que les 
êtres les plus froids ne peuvent se garantir de sa 
flamme , on voit quelquefois sur la vase couverte 
d'eau, qui borde les étangs, le mâle de la salaman- 
dre , pénétré de l'ardeur vivifiante de la saison nou- 

1. Œuvres de M. J'abbé Spallanzani , traduction de M. Sennebier, 
vol. m, page 56. 

2. M. l'abbé Spallanzani , ouvrage déjà cité. 



62 HISTOIRE NATURELLE 

velle , chercher avec empressement sa femelle , jouer , 
courir avec elle, tantôt la poursuivre avec amour, 
tantôt la précéder, et lui fermer ensuite le passage, 
redresser sa crête, courber son corps, relever son 
dos, et former ainsi une espèce d'arcade, sous 
laquelle la femelle passe en courant comme pour lui 
échapper. Le mâle la poursuit; elle s'arrête : il la 
regarde fixement; il s'approche de très près; il 
reprend la même posture ; la femelle repasse sous 
l'espèce d'arcade qu'il forme , s'enfuit de nouveau 
pour s'arrêter encore. Ces jeux amoureux plusieurs 
fois répétés , se changent enfin en étroites caresses. 
La femelle, comme lassée d'échapper si souvent, 
s'arrête pour ne plus s'enfuir; le mâle se place à côté 
d'elle, approche sa tête, et éloigné son corps sou- 
vent jusqu'à un pouce de distance. Sa crête flotte 
nonchalamment ; son anus est très ouvert; il frappe 
de temps en temps sa compagne de sa queue, il se 
renverse même sur elle; mais reprenant sa première 
position, c'est alors que, malgré la petite distance 
qui les sépare, il lance la liqueur prolifique, et les 
vues de la nature sont remplies, sans qu'il y ait entre 
eux aucune union intime et immédiate. Celte liqueur 
active atteint la femelle qui devient immobile, et elle 
donne à l'eau une légère couleur bleuâtre : bientôt 
le mâle se réveille d'une espèce d'engourdissement 
dans lequel il étoit tombé; il recommence ses cares- 
ses, lance une nouvelle liqueur , achève de féconder 
sa femelle, et se sépare d'elle^. 

Mais, loin de l'abandonner, il s'en rapproche sou- 

1 . observations faites par M. Demours , de l'Académie rojale des 

Sciences. 



DE LA SALAMANDRE A QUEUE PLATE. 65 

veut, jusqu'à ce que tous les œufs contenus dans les 
ovaires, et parvenus à l'état de grosseur convenable, 
soient entrés dans les canaux, où ils se chargent 
d'une humeur visqueuse, et qu'ils aient pu être tous 
fécondés. Ce temps d'amour et de jouissances dure 
plus ou moins, suivant la température, et quelque- 
fois ii est de trente jours ^, 

Matthiole dit que, de son temps, on employoit 
dans les pharmacies les salamandres aquatiques à la 
place des scinques d'Egypte, mais qu'elles ne dévoient 
pas produire les mêmes effets ^. 

Les salamandres aquatiques jetées sur du sel en 
poudre, y périssent comme les salamandres terres- 
tres. Elles expriment de toutes les parties de leur 
corps le suc laiteux dont nous avons parlé. Elles tom- 
bent dans des convulsions, se roulent, et expirent 
au bout de trois minutes^. Il paroîl , d'après les expé- 
riences de M. Laurenti , qu'elles ne sont point veni- 
meuses comme l'ont dit les anciens, et qu'elles ne 
sont dangereuses, ainsi que la salamandre terrestre , 
que pour les petits lézards^. 

Les viscères de la salamandre aquatique ont été 
fort bien décrits par M. Dufay. 

Elle habite dans presque toutes les contrées, non 
seulement de l'Asie et de l'Afrique^, mais encore du 
nouveau continent. Elle ne craint même pas la tem- 
pérature des pays septentrionaux, puisqu'on la ren- 

1. M. labbé Spallanzani , ouvrage déjà cité. 

2. Matthiole , cliosc. 

3. Mémoire de M. Dufay, déjà cité. 

4. Laurenti spécimen medicum. 

5. Jobi Ludolphi iEthopica. 



64 UISTOIUE NATURELLE 

contre en Suède , où son séjour au milieu des eaux 
doit la garantir des effets d'un froid excessif. On au- 
roit donc pu lui donner le nom de lézard commun, 
ainsi qu'on l'a donné au lézard gris, et à un autre 
lézard désigné sous le nom de Lézard vulgaire^ par 
Linnée*, et qui ne nous paroît être tout au plus 
qu'une variété de la salamandre à queue plate. Mais 
ce lézard, que Linnée a nommé Lézard vulgaire ^ 
n'est pas le seul que nous croyons devoir rapporter 
à la Queue-plate. Le Lézard aquatique _, du même 
naturaliste ^, nous paroît être aussi de la même 
espèce. En effet, tous les caractères qu'il attribue à 
ces deux lézards se retrouvent dans les variétés de la 
salamandre à queue plate, tant mâle que femelle, 
ainsi que nous nous en sommes assurés en examinant 
les divers individus conservés au Cabinet du Roi. On 
pourroit dire seulement que l'expression de cylindri- 
que (i^r<'s et teretiuscula) que Linnée emploie pour 
désigner la queue du Lézard vulgaire . et celle du 
Lézard aquatique ^ ne peut pas convenir à la Sala- 
mandre à queue plate. Mais il est aisé de répondre à 
cette objection. i° Il paroît que Linnée n'avoit pas 
vu le Lézard aquatique ^ et Gronovius, qu'il cite rela- 
tivement à ce lézard, dit que cet animal est presque 
entièrement semblable à celui que nous nommons 
Queue-plate^; il ajoute que la queue est un peu épaisse 
et presque carrée. 2° La figure de Séba, citée par 
Linnée, représente évidemment la Queue -plate'*. 

1. Lacerta vulgaris , !\^. Linn., Ampb. repU 

2. Lacerta aquatica, 4^ ' Linn., Amphib. rept. 
5. Gronovius, inusaeum 2, page 78 , 11° Sa. 

4. Séba, mus. 2. Tab. 12, fig. 7. Salamandra ceylanica. 



DE LA SALAMANDRE A QUEUE PLATE. G5 

D'ailleurs il y a plusieurs individus femelles dans 
l'espèce qui fait le sujet de cet article , dont la queue 
paroît ronde, parce que les membranes qui la gar- 
nissent par dessus et par dessous sont très peu sensi-- 
bies. Plusieurs mâles, lorsqu'ils sont très jeunes ^ 
manquent presque absolument de ces membranes, 
et leur queue est comme cylindrique^. A l'égard de 
la queue du lézard vulgaire, Linnée ne renvoie qu'à 
Rai, qui, à la vérité, dislingue aussi ce lézard d'avec 
notre salamandre , mais dont cependant le texte con- 
vient entièrement à cette dernière. Nous devons ajou- 
ter que toutes les habitudes attribuées à ces deux 
prétendues espèces de lézards , sont celles de notre sa- 
lamandre à queue plate. Tout concourt donc à prouver 
qu'elles n'en sont que des variétés , et ce qui achève 
de le montrer, c'est que Gronovius lui-même a trouvé 
une grande ressemblance entre notre salamandre et 
le lézard aquatique, et qu'enfin l'article et la figure 
de Gesner que Linnée a rapportés à ce prétendu 
lézard aquatique, ne peuvent convenir qu'à notre 
salamandre femelle. 

C'est donc la femelle de notre salamandre à queue 
plate qui, très diflerente en eOfet du mâle, ainsi que 
nous l'avons vu, aura été nommée lézard aquatique 
par Linnée, et regardée comme une espèce distincte 
par ce grand naturaliste, ainsi que par Gronovius. 
Quelques différences dans les couleurs de cette 
femelle, auront même fait croire à quelques natura- 
listes, et particulièrement à Petiver^, qu'ils avoient 
reconnu le mâle et la femelle , ce qui aura confirmé 

1. Mémoire déjà cité de M. Dufay. 

2. Petiver, musaeum 18 , u" ii3. 



66 UJSTOIKE KATLiUELLE 

l'erreur. Quelque autre variété dans ces mêmes cou- 
leurs ou dans la taille, aura fait établir une troisième 
espèce sous le nom de lézard vulgaire. Mais ce lézard 
vulgaire et ce lézard aquatique ne sont que la même 
espèce, ainsi que Linnée lui-même l'avoit soupçonné, 
puisqu'il se demande*, si le dernier de ces animaux 
n'est pas le premier dans son jeune âge ; et ces deux 
lézards ne sont que la femelle de notre salamandre, 
ce qui est mis hors de doute par les descriptions aux- 
quelles Linnée renvoie, ainsi que par les figures 
qu'il cite , et surtout par celles de Séba^ et de Ges- 
ner^. Au reste, nous n'avons adopté l'opinion que 
nous exposons ici , qu'après avoir examiné un grand 
nombre de salamandres à queue plate , et comparé 
plusieurs variétés de cette espèce. 

C'est peut être à la salamandre à queue -plate 
qu'apparlient l'animal aquatique, connu en Améri- 
que, et particulièrement dans la JNouvelle-Espagne, 
sous le nom mexicain d'Axolotl , et sous le nom 
espagnol d'Inguete de Agua. Il a été pris pour un 
poisson , quoiqu'il ait quatre pattes; mais nous avons 
vu que le scinque avoit été regardé aussi comme un 
poisson, parce qu'il habite les eaux. L'axolotl a, dit- 
on, la peau fort unie, parsemée sous le ventre de 
petites taches , dont la grandeur diminue depuis le 
milieu du corps jusqu'à la queue. Sa longueur et 
sa grosseur sont à peu près celles de la salamandre à 
queue plate; ses pieds sont divisés en quatre doigts, 
comme dans les grenouilles , ce qui peut faire présu- 

1. Syslema naturae , amphib. rept.,edit. i3. 

2. Séba , mus. 2, tab. 12, fig. 7. 

5. Gesner. de Quadr. ovip. Lacertus aquaticus. 



DE LA SALAMANDRl' A Q U L U E l'LATE. Gj 

mer que le cinquième doigt ne manque qu'aux pieds 
de dev^anL, ainsi que dans ces mêmes grenouilles et 
dans la plupart des salamandres. 11 a la tête grosse 
en proportion du corps, la gueule noire et presque 
toujours ouverte. On a débité un conte ridicule au 
sujet de ce lézard. On a prétendu que la femelle 
étoit sujette, comme les femmes, à un écoulement 
périodique. Celle erreur pourroil venir de ce qu'on 
l'a confondu avec les salamandres terrestres, qui met- 
tent bas des petits tout formés. Et peut-être même 
appartient-il aux salamandres terrestres plutôt qu'aux 
aquatiques. Au reste, on dit que sa chair est bonne 
à manger et d'un goût qui approche de celui de l'an- 
guille*. Si cela étoil , il devroit former une espèce 
particulière, ou plutôt, on pourroit cioire qu'on 
n'auroit vu h la place de ce prétendu lézard, qu'une 
grenouille qui n'étoit pas encore développée, et qui 
avoil sa queue de têtard. C'est à l'observation à éclair- 
ci r ces doutes. 



X. Voyez la description de la Nouvelle-Espagne. Histoire générale 
des Voyages, troisième partie, livre V. 



68 HISTOIRE NATURELLE 



ft»e'y^<j*»go <^^ C' g*'8»<^»tr <^»j » ^ g ^ < « » o o< i »^ »« i» « p <» 0' ^ d >a»g tt^»Qa <>» 3ti 8a>c » 6** ♦< d'qi>»tiB<ra»<»a ok:««<9«m 



LA PONCTUEE'. 



Salamandra punctata^ Latr., Merr. — Lacerta punc- 
tata, LiNN. — Salamandra venenosa^ Daud. 



On trouve, dans la Caroline, une salamandre que 
nous appelons la Ponctuée, à cause de deux rangées 
de points blancs, qui varient la couleur sombre de son 
dos, et qui se réunissent en un seul rang. Ce lézard 
n'a que quatre doigts aux pieds de devant; tous ses 
doigts sont sans ongles , et sa queue est cylindrique. 

1. Le Ponctué. M. Daubenton , Encyclopédie méthodique. 
Lacerta punctata , !\5. Liaa., Amphib. rept. 
Catesby, Garoliu. 3, p. lo, tab. lo, fig. lo. Slellio. 



DE LA QUATP.E-lîAïES, 69 



'«<«»« <K'»a9«- g ^»a a -a»g^a»*»o a <. »q . O ao»»4»q< o <. 8 i<' » <»»«^'»tf ^w < 8 «* » Q»o»o»C(a« 



LA QUATRE-RAIES*. 



Gymnophtlialmiis quadrilineatus , Merr. — Salaman- 
(Ira? qaadriiuieata^\^STYi.. — Scincm quadrilineatuSj, 
Daud. 



On rencontre, dans l'Amérique septentrionale, 
une salamandre dont le dessus du corps présente 
quatre lignes jaunes. L'algire a également quatre li- 
gnes jaunes sur le dos; mais on ne peut pas les con- 
fondre, parce que ce dernier a cinq doigts aux pieds 
de devant, et que la quatre-raies n'en a que quatre. 
La queue de la quatre-raies est longue et cylindrique : 
on remarque quelque apparence d'ongles au bout des 
doigts. 

1. Le iîaye. M. Daubenton , Encyclopédie méthodique. 
Lacerta '\-Unenla , l\Q. Linu., Ampliib. rept. 



LACErEDK. iri. 



70 HISTOIRE NATURELLE 



♦«— »— »»a«» » «*« f a < «« «l*r>«f»««l<.nha««v«vifloi««v«,^,«.^^,r.,«.«,^^„.,-, T-cTifiit i ito-rû-rni-otoiiii. 



LE SARROUBE. 



Gekko tetradactylm^ Merr. — Stellio tetradactylus, 
ScHNEiD. — Salamandra Sarube ^ Bonn. — Genre 
Sarruba, Fitz. 



Nous devons ealièreraent la connoissance de cette 
nouvelle espèce de salamandre à M. Bruguière, de la 
Société royale de Montpellier, qui nous a communi- 
qué la description qu'il en a faite , et ce qu'il a ob- 
servé touchant cet animal dans l'île de Madagascar, 
où il l'a vu vivant, et où on le trouve en grand nom- 
bre. Aucun voyageur ni naturaliste n'ont encore fait 
mention de cette salamandre; elle est d'autant plus 
remarquable, qu'elle est plus grande que toutes 
celles que nous venons de décrire. Elle a d'ailleurs 
des écailles très apparentes ; et ses doigts sont garnis 
d'ongles, au lieu que, dans les quatre salamandres 
dont nous venons de parler, la peau ne présente que 
des mamelons à la place d'écaillés sensibles, et ce 
n'est que dans la Qaatre-Raies qu'on aperçoit quel- 
que apparence d'ongle. Nous plaçons cependant le 
sarroubé à la suite de ces quatre salamandres, attendu 
qu'il n'a que quatre doigts aux pieds de devant, et 



DU SARROLBE. 7I 

qu'il présente par là le caractère distinctif d'après 
lequel nous avons formé la division dans laquelle ces 
salamandres sont comprises. 

Le sarroubé a ordinairement un pied de longueur 
totale ; son dos est couvert d'une peau brillante et 
grenue, qui ressemble au Galuchat; elle est jaune et 
tigrée de vert; un double rang d'écaillés d'un jaune 
clair garnit le dessus du cou qui est très large ; la tête 
est plate et allongée; les mâchoires sont grandes , et 
s'étendent jusqu'au delà des oreilles ; elles sont sans 
dents, mais crénelées; la langue est enduite d'une 
humeur visqueuse, qui retient les petits insectes dont 
le sarroubé lait sa proie. Les yeux sont gros ; l'iris est 
ovale et fendu verticalement. La peau du ventre est 
couverte de petites écailles rondes et jaunes ; les bouts 
des doigts sont garnis de chaque côté d'une petite 
membrane, et par dessous d'un ongle crochu , placé 
entre un double rang d'écaillés, qui se recouvrent 
comme les ardoises des toits ainsi que dans le lézard 
à tête plate, qui vit aussi à Madagascar, et avec lequel 
le sarroubé a de très grands rapports. Ces deux der- 
niers lézards se ressemblent encore, en ce qu'ils ont 
tous les deux la queue plate et ovale; mais ils diffè- 
rent l'an de l'autre, en ce que le sarroubé n'a point 
la membrane frangée qui s'étend tout autour du corps 
du lézard à tête plate ; et d'ailleurs il n'a que quatre 
doigts aux pieds de devant, ainsi que nous l'avons dit. 

Le nom de Sarroubé qui lui a été donné par les 
habitants de Madagascar, paroît à M. Bruguière dé- 
rivé du mot de leur langue sarrout _, qui signifie co- 
lère. Ces mêmes habitants redoutent le sarroubé au- 



^2 HISTOIRE NATURELLE 

tant que le lézard à tête plate; mais M. Bruguîère 
pense que c'est un animal très innocent , et qui n'a 
aucun moyen de nuire. Il paroît craindre la trop 
grande chaleur; on le rencontre plus souvent pen- 
dant la pluie que pendant un temps sec; et les Nè- 
gres de Madagascar dirent à M. Bruguière qu'on le 
trouvoit en bien plus grand nombre dans les bois 
pendant la nuit que pendant le jour. 



H. 



Ona.cln.ij;. O^-ip 






^ravê^piiT- /^uj-seaiL^Lir 



LiV TROIS DOIGTS 2. L^ SALAifATSTÎ'RE .ART,r,A,rn:TA.r.E 

3 . LA 3alamimœ>p:e po:^ctu:l;. 



DE LA TROIS-DOIGTS. 



W &»O# 9^W ^t> »»>'fr> O^ O »»fr»>iO' 



LA TROIS-DOIGTS. 



Molge tridactylus, Merr. — Salamandra tridactyla^ 
Daud., Latr. 



Nous uominons ainsi une nouvelle espèce de sala- 
mandre, dont aucun auteur n'a encore parlé, et qu'il 
est très aisé de distinguer des autres par plusieurs 
caractères remarquables. Elle n'est point dépourvue 
de côtes, ainsi que les autres salamandres : elle n'a 
que trois doigts aux pieds de devant, et quatre doigts 
aux pieds de derrière; sa lôte est aplatie et arrondie 
par devant; la queue est déliée, plus longue que la 
tête et le corps; et l'animal la replie facilement. C'est 
à M. le comte de Mailli, marquis de Nesle, que nous 
devons la connoissance de cette nouvelle espèce de 
salamandre, dont il a trouvé un individu sur le cratère 
même du Vésuve, environné des laves brûlantes que 
jette ce volcan. C'est une place remarquable pour une 
salamandre qu'un endroit entouré de matières ar- 
dentes vomies par un volcan ; beaucoup de gens pour- 
roient même regarder la proximité de ces matières 
comme une preuve du pouvoir de résister aux flam- 
mes, que l'on a attribué aux salamandres : nous n'y 



74 HISTOIRE NATURELLE DE LA TROIS-DOIGTS. 

voyons cependant que la suite de quelque accidenë 
et de quelques circonstances particulières qui auront 
entraîné l'individu trouvé par M. le marquis de JNesle, 
auprès des laves enflammées du Vésuve. Leur ardeur 
auroit bientôt consumé la salamandre à trois doigts, 
ainsi que tout autre animal, si elle n'avoit pas été prise 
avant d'être exposée de trop près ou pendant trop 
long-temps à l'action de ces matières volcaniques ^ 
dont la chaleur éloignée aura nui d'autant moins à 
cette salamandre que tous les quadrupèdes ovipares 
se plaisent au milieu de la température brûlante des 
contrées de la zone torride. 

M. le marquis de Nesle a bien voulu nous envoyer 
la salamandre à trois doigts qu'il a rencontrée sur le 
Vésuve ; et nous saisissons cette occasion de lui té- 
moigner notre reconnoissance pour les services qu'il 
rend journellement à l'Histoire naturelle. L'individu, 
apporté d'Italie par cet illustre amateur, étoit d'une 
couleur brune foncée, mêlée de roux sur la tête, les 
pieds, la queue et le dessous du corps. Il étoit des- 
séché au point qu'on pouvoit facilement compter au 
travers de la peau les vertèbres et les côtes ; la tête 
avoit trois lignes de longueur, le corps neuf lignes, 
et la queue seize lignes et demie. 



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DES QUADRUPÈDES 

OVIPARES 

QUI K'OM POINT DE QUEUE, 



Il ne nous reste, pour compléter l'Histoire des 
Quadrupèdes ovipares , qu'à parler de ceux de ces 
animaux qui n'ont point de queue. Le défaut de cette 
partie est un caractère constant et très sensible, d'a- 
près lequel il est aisé de séparer cette seconde classe 
d'avec la première, dans laquelle nous avons compris 
les tortues et les lézards qui tous ont une queue plus 
ou moins longue. Mais indépendamment de cette 
différence , les quadrupèdes ovipares sans queue pré- 
sentent des caractères d'après lesquels il est facile de 
les distinguer. Leur grandeur est toujours très limitée 
en comparaison de celle de plusieurs lézards ou tor- 
tues : la longueur des plus grands n'excède guère 
huit ou dix pouces; leur corps n'est point couvert 
d'écaillés; leur peau, plus ou moins dure, est garnie 
de verrues ou de tubercules et enduite d'une hu- 
meur visqueuse. 

La plupart n'ont que quatre doigts aux pieds de 



y6 HISTOIUE NATURELLE 

devant, et par ce caractère se lient avec les salaman- 
dres. Quelques uns, au lieu de n'avoir que cinq doigts 
aux pieds de derrière comme le plus grand nombre 
des lézards, en ont six plus ou moins marqués : les 
doigts tant des pattes de devant que de celles de der- 
rière, sont séparés dans plusieurs de ces quadrupèdes 
ovipares, et réunis dans d'autres par une membrane, 
comme ceux des oiseaux à pieds palmés, tels que les 
oies, les canards, les mouettes, etc. Les pattes de 
derrière sont, dans tous les quadrupèdes ovipares 
sans queue , beaucoup plus longues que celles de de- 
vant. Aussi ces animaux ne marchent-ils point , ne 
s'avancent jamais que par sauts, et ne se servent de 
leurs pattes de derrière que comme d'un ressort qu'ils 
plient et qu'ils laissent se débander ensuite pour s'é- 
lancer à une dislance et à une hauteur plus ou moins 
graudes. Ces pattes de derrière sont remarquables , 
en ce que le tarse est presque toujours aussi long que 
la jambe proprement dite. 

Tous les animaux qui composent cette classe ont 
d'ailleurs une charpente osseuse bien plas simple que 
ceux dont nous venons de parler. Ils n'ont point de 
côtes, non plus que la plupart des salamandres; ils 
n'ont pas même de vertèbres cervicales, ou du moins 
ils n'en ont qu'une ou deux; leur tête est attachée 
presque immédiatement au corps comme dans les 
poissons avec lesquels ils ont aussi de grands rap- 
ports par leurs habitudes, et surtout par la manière 
dont ils se multiplient^. Ils n'ont aucun organe ex- 

1. Les quadrupèdes ovipares sans queue manquent de vessie pro- 
prement dite , de méuie que les lézards , le vaisseau qui contient leur 



DES QUADllLPÈDES OVIPARES. "j". 

tériear propre à la génération ; les fœtus ne sont pas 
fécondés dans le corps de la femelle; mais à mesure 
qu'elle pond ses œufs, le mâle les arrose de sa liqueur 
prolifique, qu'il lance par l'anus : les petits paroissenl 
pendant long-temps sous une espèce d'enveloppe 
étrangère, sous une forme particulière, à laquelle on 
a donné le nom de Têtard^ et qui ressemble plus ou 
moins à celle des poissons ; et ce n'est qu'à mesure 
qu'ils se développent, qu'ils acquièrent la véritable 
forme de leur espèce. 

Tels sont les faits généraux communs à tous les 
quadrupèdes ovipares sans queue. Mais, si on les exa- 
mine de plus près, on verra qu'ils forment trois trou- 
pes bien distinctes, tant par leurs habitudes que par 
leur conformation. 

Les premiers ont le corps allongé, ainsi que la tête ; 
l'un ou l'autre anguleux, et relevé en arêtes longitu- 
dinales; le bas du ventre presque toujours délié, et 
les pattes très longues. Le plus souvent la longueur 
de celles de devant est double du diamètre du corps 
vers la poitrine; et celles de derrière sont an moins 
de la longueur de la tête et du corps. Ils présentent 
des proportions agréables; ils sauîent avec agilité; 
bien loin de craindre la lumière du four, ils aiment 
à s'imbiber des rayons du soleil. 

Les seconds , plus petits en général que les pre- 
miers, et plus sveltes dans leurs proportions, ont leurs 
doigts garnis de petites pelotes visqueuses , à l'aide 

urine , différant des vessies proprement dites , non seulement par sa 
forme et par sa grandeur, mais encore par sa position, ainsi ((ue [)iii' 
le nombre et la nature des canaux avec lesquels il communique. 



78 UISTOIRK NATURELLE 

desquelles ils s'attachent, même sur la face inférieure 
des corps les plus polis. Pouvant d'ailleurs s'élancer 
avec beaucoup de force, ils poursuivent les insectes 
avec vivacité jusque sur les branches et les feuilles 
des arbres. 

Les troisièmes ont, au contraire, le corps presque 
rond, la tête très convexe , les pattes de devant très 
courtes; celles de derrière n'égalent pas quelquefois 
la longueur du corps et de la tête ; ils ne s'élancent 
qu'avec peine ; bien loin de rechercher les rayons 
du soleil, ils fuient toute lumière; et ce n'est que 
lorsque la nuit est venue qu'ils sortent de leur trou 
pour aller chercher leur proie. Leurs yeux sont aussi 
beaucoup mieux conformés que ceux des autres qua- 
drupèdes ovipares sans queue , pour recevoir la plus 
foible clarté; et lorsqu'on les porte au grand jour, 
leur prunelle se contracte, et ne présente qu'une 
fente allongée. Ils diffèrent donc autant des premiers 
et des seconds , que les hiboux et les chouettes dif- 
fèrent des oiseaux de jour. 

Nous avons donc cru devoir former trois genres 
différents des quadrupèdes ovipares sans queue. 

Dans le premier, qui renferme la grenouille com- 
mune , nous plaçons douze espèces, qui toutes ont 
la tête et le corps allongés, et l'un ou l'autre angu- 
leux. 

Nous comprenons dans le second genre la petite 
grenouille d'arbre, connue, en France, sous le nom 
de Raine ou de Rainette „ et six autres espèces qu'il 
sera aisé de distinguer par les pelotes visqueuses de 
leurs doigts. 



DES QUADRUPEDES OVTl'ARES. JÇ) 

Nous composons enfin le troisième genre, dans le- 
quel se trouve le crapaud commun , de quatorze es- 
pèces, dont le corps ni la tête ne sont relevés en 
arêtes saillantes. 

Ces trente-trois espèces, qui forment les trois 
genres des Grenouilles j des Raines et des Crapauds ^ 
sont les seules que nous comptions dans la classe des 
quadrupèdes ovipares sans queue, et auxquelles nous 
avons cru, d'après la comparaison exacte des de- 
scriptions des auteurs, ainsi que d'après les individus 
conservés au Cabinet du Roi, devoir réduire toutes 
celles dont les naturalistes et les voyageurs ont fait 
mention. 



8o HISTOIRE NATURELLE 



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PREMIER GENRE. 



QliADRUPEDES OVIPARES SANS QUEUE, DONT LA TETE ET LE CORP& 
SONT ALLONGÉS, ET l'dN OU l'aUTRE ANGULEUX. 



«40 444 94^ OOO 0«0 44« 40d 0»3 



GRENOUILLES. 



LA GRENOUILLE COMMUNE*. 

Rima esculenta, Linn. , Laur. , Schneid. , Latr. , Merr. , 
Cuv. , FiTZ. 



C'est un grand malheur qu'une grande ressem- 
blance avec des êtres ignobles! Les grenouilles com- 

1. En grec , Bairaclios eleios. 

La Grenouille mangeable, M. Daubenton, Encyclopédie méthorJitjne. 

Rana esculenta, i5. Linn., Amphil). rept. 

Oesner, de Quadr. ovip., l[i. Ratia aquatlca. 

Roës. Ran., p. 5i, t. i5. Rana viridis ar/uatica. 

Raua esculenta, Laureuti specimeu raedicum. 

Rana , Scotia illustrata , Edimburgi , i68/j. 

Rana esculenta , Wulff, Iclithyologia, cum amphib. regni Borussici. 

Rana esculenta, Biirish Zoolog\s voL 111 , Londres, 1776. 



DE LA GRENOUILLE COMMUNE. 8î 

Tïiunes sont en apparence si conformes aux crapauds^ 
qu'on ne peut aisément se représenter les unes, sans 
penser aux antres; on est tenté de les comprendre 
tous dans la disgrâce à laquelle les crapauds ont été 
condamnés, et de rapporter aux premières les habi- 
tudes basses, les qualités dégoûtantes, les propriétés 
dangereuses des seconds. Nous aurons peut-être bien 
de la peine à donner à la grenouille commune la place 
qu'elle doit occuper dans l'esprit des lecteurs, comme 
dans la nature : mais il n'en est pas moins vrai que s'il 
n'avoit point existé de crapauds, si l'on n'avoit jamais 
eu devant les yeux ce vilain objet de comparaison 
qui enlaidit par sa ressemblance, autant qu'il salit 
par son approche, la grenouille nous paroîtroit aussi 
agréable par sa conformation, que distinguée par ses 
qualités, et intéressante par les phénomènes qu'elle 
présente dans les diverses époques de sa vie. Nous 
la verrions comme un animal utile dont nous n'avons 
rien à craindre , dont l'instinct est épuré , et qui joi- 
gnant à une forme svelte des membres déliés et 
souples, est parée des couleurs qui plaisent le plus 
à la vue, et présente des nuances d'autant plus vives^ 
qu'une humeur visqueuse enduit sa peau, et lui sert 
de vernis. 

Lorsque les grenouilles communes sont hors de 
l'eau, bien loin d'avoir la face contre terre, et d'être 
bassement accroupies dans la fange comme les cra- 
pauds, elles ne vont que par sauts très élevés; leurs 
pattes de derrière, en se pliant et en se débandant 
ensuite, leur servent de ressorts; et elles y ont assez 
de force pour s'élancer souvent jusqu'à la hauteur de 
quelques pieds. 



82 HISTOIUE NATURELLE 

On diroit qu'elles cherchent rélément de l'air 
comme le plus pur; et lorsqu'elles se reposent à 
terre, c'est toujours la tête haute, leur corps relevé 
sur les pattes de devant, et appuyé sur les pattes de 
derrière, ce qui leur donne bien plutôt l'attitude 
droite d'un animal dont l'instinct a une certaine no- 
blesse, que la position basse et horizontale d'un vil 
reptile. 

La grenouille commune est si élastique et si sen- 
sible dans tous ses points, qu'on ne peut la toucher, 
et surtout la prendre par ses pattes de derrière, sans 
que tout de suite son dos se courbe avec vitesse , et 
que toute sa surface montre, pour ainsi dire, les 
mouvements prompts d'un animal agile, qui cherche 
à s'échapper. 

Son museau se termine en pointe ; les yeux sont 
gros, brillants et entourés d'un cercle couleur d'or; 
les oreilles placées derrière les yeux , et recouvertes 
par une membrane ; les narines vers le sommet du 
museau, et la bouche est grande et sans dents; le 
corps, rétréci par derrière, présente sur le dos des 
tubercules et des aspérités. Ces tubercules que nous 
avons remarqués si souvent sur les quadrupèdes ovi- 
pares, se trouvent donc non seulement sur les croco- 
diles et les très grands lézards dont ils consolident 
les dures écailles, mais encore sur des quadrupèdes 
loibles, bien plus petits, qui ne présentent qu'une 
peau tendre, et n'ont pour défense que l'élément 
qu'ils habitent, et l'asile où ils vont se réfugier. 

Le dessus du corps de la grenouille commune est 
d'un vert plus ou moins foncé; le dessous est blanc : 
ces deux couleurs qui s'accordent très bien , et for- 



DE LA GRENOUILLE COMMUNE. 85 

ment un assortiment élégant, sont relevées par trois 
raies jaunes qui s'étendent le long du dos ; les deux 
des côtés forment une saillie , et celle du milieu pré- 
sente au contraire une espèce de sillon. A ces cou- 
leurs jaune, verte et blanche, se mêlent des taches 
noires sur la partie inférieure du ventre ; et à mesure 
que l'animal grandit, ces taches s'étendent sur tout le 
dessous du corps, et même sur sa partie supérieure. 
Qu'est-ce qui pourroit donc faire regarder avec peine 
un être dont la taille est légère, le mouvement preste, 
l'attitude gracieuse ? ]Ne nous interdisons pas un plai- 
sir de plus; et, lorsque nous errons dans nos belles 
campagnes, ne soyons pas fâchés de voir les rives des 
ruisseaux embellies par les couleurs de ces animaux 
innocents , et animées par leurs sauts vifs et légers : 
contemplons leurs petites manœuvres; suivons-les 
des yeux au milieu des étangs paisibles dont ils di- 
minuent si souvent la solitude sans en troubler le 
calme; voyons-les montrer sous les nappes d'eau les 
couleurs les plus agréables, fendre en nageant ces 
eaux tranquilles, souvent même sans en rider la sur- 
face, et présenter les douces teintes que donne la 
transparence des eaux. 

Les grenouilles communes ont quatre doigts aux 
pieds de devant, comme la plupart des salamandres; 
les doigts des pieds de derrière sont au nombre de 
cinq, et réunis par une membrane; dans les quatre 
pieds, le doigt intérieur est écarté des autres, et le 
plus gros de tous. 

El les varient par la grandeur, suivant les pays qu'elles 
habitent, la nourriture qu'elles trouvent, la chaleur 
qu'elles éprouvent, etc. Dans les zones tempérées, 



8/J HISTOIRE NATURELLE 

ia longueur ordinaire de ces animaux est de deux à 
trois pouces, depuis le museau jusqu'à l'anus. Les 
pattes de derrière ont quatre pouces de longueur 
quand elles sont étendues, et celles de devant envi- 
ron un pouce et demi. 

Il n'y a qu'un ventricule dans le cœur de la gre- 
nouille commune , ainsi que dans celui des autres 
quadrupèdes ovipares ; lorsque ce viscère a été arra- 
ché du corps de la grenouille, il conserve son batte- 
inent pendant sept on huit minutes , et m^me pendant 
plusieurs heures, suivant M. de Haller. Le mouve- 
ment du sang est inégal dans les grenouilles; il est 
poussé goutte à goutte, et à de fréquentes reprises; et 
lorsque ces animaux sont jeunes, ils ouvrent et fer- 
ment la bouche et les yeux à chaque fois que leur 
cœur bat. Les deux lobes des poumons sont compo- 
sés d'un grand nombre de cellules membraneuses 
destinées à recevoir l'air, et faites à peu près comme 
les alvéoles des rayons de mieU; l'animal peut les 
tendre pendant un temps assez long , et se rendre 
parla plus léger. 

Sa vivacité , et la supériorité de son naturel sur 
celui des animaux qui lui ressemblent le plus, ne 
doivent-elles pas venir de ce que, malgré sa petite 
taille , elle est un des quadrupèdes ovipares les 
mieux partagés pour les sens extérieurs? Ses yeux 
sont en effet gros et saillants, ainsi que nous l'avons 
dit ; sa peau molle, qui n'est recouverte ni d'écaillés, 
ni d'enveloppes osseuses, est sans cesse abreuvée et 
maintenue dans sa souplesse par une humeur vis- 

1. Rai , Svnopsifi animalium . pag'j 247. Londres, lôgS. 



DE L\ GUENOL'ILLE COMMUNE. 85 

queuse qui sainte au travers de ses pores ; elle doit 
donc avoir la vue très bonne, et le toucher un peu 
délicat; et si ses oreilles sont recouvertes par une 
membrane, elle n'en a pas moins l'ouïe fine, puisque 
ces organes renferment dans leurs cavités une corde 
élastique que l'animal peut tendre à volonté, et qui 
doit lui communiquer avec assez de précision les vi- 
brations de l'air agité par les corps sonores. 

Cette supériorité dans la sensibilité des grenouilles 
les rend plus difficiles sur la nature de leur nourriture; 
elles rejettent tout ce qui pourroit présenter un com- 
mencement de décomposition. Si elles se nourrissent 
de vers, de sangsues, de petits limaçons, de scara- 
bées et d'antres insectes tant ailés que non ailés, 
elles n'en prennent aucun qu'elles ne l'aient vu re- 
muer, comme si elles vouloient s'assurer qu'il vit en- 
core*: elles demeurent immobiles jusqu'à ce que l'in- 
secte soit assez près d'elles; elles fondent alors sur lui 
avec vivacité, s'élancent vers cette proie, quelquefois 
à la hauteur d'un ou deux pieds, et avancent, pour 
l'attraper, une langue enduite d'une mucosité si 
gluante, que les insectes qui y touchent y sont ai- 
sément empêtrés. Elles avalent aussi de très petits 
limaçons tout entiers^; leur œsophage a une grande 
capacité; leur estomac peut d'ailleurs recevoir, en se 
dilatant, un grand volume de nourriture; et tout 
cela joint à l'activité de leurs sens, qui doit donner 
plus de vivacité à leurs appétits, montre la cause de 

1. Laurent! spécimen medicum. Vienne, 1768, page iSy. Dic- 
tionnaire d'EIistoire naturelle de M. Valnaont de Bomare , article des 
Grenouilles. 

2. Rai , Synopsis animalium , page aSi. 

LACÉPÈDE. III. 6 



86 HISTOIRE NATURELLE 

leur espèce de voracité : car non seulement elles se 
nourrissent des très petits animaux dont nous venons 
de parler, mais encore elles avalent souvent des ani- 
maux plus considérables, tels que de jeunes souris, 
de petits oiseaux, el même de petits canards nouvel- 
lement éclos, lorsqu'elles peuvent les surprendre sur 
le bord des étangs qu'elles habitent. 

La grenouille commune sort souvent de l'eau, non 
seulement pour chercher sa nourriture, mais encore 
pour s'imprégner des rayons du soleil. Bien loin d'être 
presque muette comme plusieurs quadrupèdes ovi- 
pares, et particulièrement comme la salamandre ter- 
restre , avec laquelle elle a plusieurs rapports, on 
l'entend de très loin, dès que la belle saison est ar- 
rivée, et qu'elle est pénétrée de la chaleur du prin- 
temps, jeter un cri qu'elle répète pendant assez long- 
temps, surtout lorsqu'il est nuit. On diroit qu'il y a 
quelque rapport de plaisir ou de peine entre la gre- 
nouille et l'humidité du serein ou de la rosée; et que 
c'est à cette cause qu'on doit attribuer ses longues 
clameurs. Ce rapport pourroit montrer pourquoi les 
cris des grenouilles sont , ainsi qu'on l'a prétendu, 
d'autant plus forts, que le temps est plus disposé à 
la pluie, et pourquoi ils peuvent par conséquent an- 
noncer ce météore. 

Le coassement des grenouilles, qui n'est composé 
que de sons rauques, de tons discordants et peu dis- 
tincts les uns des autres, seroit très désagréable par 
lui-même, et quand on n'entendroit qu'une seule 
grenouille à la fois ; mais c'est toujours en grand 
nombre qti'elles coassent ; et c'est toujours de trop 
près qu'on entend ces sons confus, dont la mono- 



DE LA GRENOUILLE COMMUNE. 87 

tonie fatigante est réunie à une rudesse propre à 
blesser l'oreille la moins délicate. Si les grenouilles 
doivent tenir un rang distingué parmi les quadru- 
pèdes ovipares, ce n'est donc pas par leur voix % au- 
tant elles peuvent plaire par l'agililé de leurs mouve- 
ments et la beauté de leurs couleurs, autant elles 
importunent par leurs aigres coassements. Les mâles 
sont surtout ceux qui font le plus de bruit; les fe- 
melles n'ont qu'un grognement assez sourd qu'elles 
font entendre en enflant leur gorge; mais, lorsque 
les mâles coassent, ils gonflent de chaque côté du 
cou deux vessies qui, en se remplissant d'air, et en 
devenant pour eux comme deux instruments retentis- 
sants, augmentent le volume de leur voix. La nature, 
qui n'a pas voulu en faire les musiciens de nos cam- 
pagnes, n'a donné à ces instruments que de la force, 
et les sons que forment les grenouilles mâles, sans être 
plus agréables, sont seulement entendus de plus loin 
que ceux de leurs femelles. 

Ils sont seulement plus propres à troubler ce calme 
des belles nuits de l'été, ce silence enchanteur qui 
règne dans une verte prairie, sur le bord d'un ruisseau 
tranquille, lorsque la lune é-claire de sa lumière pai- 
sible cet asile champêtre, où tout goûteroit les char- 
mes de la fraîcheur, du repos, des parfums des fleurs, 
et où tous les sens seroient tenus dans une douce ex- 
tase, si celui de l'ouïe n'étoit désagréablement ébranlé 
par des cris aussi aigres que forts, et de rudes coasse- 
ments sans cesse renouvelés. 

Ce n'est pas seulement lorsque les grenouilles mâles 
coassent, que leurs vessies paroissent à l'extérieur; on 
peut, en pressant leur corps, comprimer l'air qu'il 



88 HISTOIRE NATURELLE 

renferme, et qui, se portant alors dans ces vessies, 
en étend le volume et les rend saillantes. J'ai aussi 
vu gonfler ces mêmes vessies, lorsque j'ai rais des 
grenouilles mâles sous le récipient d'une machine 
pneumatique , et que j'ai commencé d'en pomper 
air. 

Indépendamment des cris retentissants et long- 
temps prolongés que la grenouille mâle fait en- 
tendre si souvent , elle a d'ailleurs un son moins 
désagréable et moins fort, dont elle ne se sert que 
pour appeler sa femelle : ce dernier son est sourd et 
comme plaintif, tant il est vrai que l'accent de l'amour 
est toujours mêlé de quelque douceur. 

Quoique les grenouilles communes se plaisent à des 
latitudes très élevées, la chaleur leur est assez néces- 
saire, pour qu'elles perdent leurs mouvements, que 
leur sensibilité soit très aflfoiblie, et qu'elles s'engour- 
dissent dès que les froids de l'hiver sont venus. C'est 
communément dans quelque asile caché très avant 
sous les eaux, dans les marais et dans les lacs, qu'elles 
tombent dans la torpeur à laquelle elles sont sujettes. 
Quelques unes cependant passent la saison du froid 
dans des trous sous terre, soit que des circonstances 
locales les y déterminent, ou qu'elles soient surprises 
dans ces trous par le degré de froid qui les engour- 
dit. Elles sont alimentées, pendant le temps de leur 
long sommeil, par une matière graisseuse renfermée 
dans le Ironc de la veine-porte ''^. Cette graisse répare 
jusqu'à un certain point la substance du sang, et l'en- 
tretient de manière à ce qu'il puisse nourrir toutes 

1, Malpighii 



DE LA GRENOUILLE COMMUNE. 89 

les parties du corps qu'il arrose. Mais quelque sen- 
sibles que soient les grenouilles au froid, celles qui 
habitent près des zones torrides doivent être exemp- 
les de la torpeur de l'hiver, de même que les croco- 
diles et les lézards qui y sont sujets à des latitudes 
un peu élevées, ne s'engourdissent pas dans les cli- 
mats très chauds. 

On tire les grenouilles de leur état d'engourdisse- 
ment, en les portant dans quelque endroit échauffé, 
et en les exposant à une teujpéralure artiûcielle, à peu 
près semblable à celle du printemps. On peut succes- 
sivement et avec assez de promptitude les replonger 
dans cet état de torpeur, ou les rappeler à la vie par 
les divers degrés de froid ou de chaud qu'on leur fait 
subir. A la vérité, il paroît que l'activité qu'on leur 
donne avant le temps où elles sont accoutumées à la 
recevoir de la nature , devient pour ces animaux un 
grand effort qui les fait bientôt périr. Mais il est à 
présumer que si l'on réveilloil ainsi des grenouilles 
apportées de climats très chauds, où elles ne s'en- 
gourdissent jamais, bien loin de contrarier les habi- 
tudes de ces animaux, on ne feroil que les ramener 
à leur état naturel , et ils n'auroient rien à craindre 
de l'activité qu'on leur rendroit. On est même par- 
venu, par une chaleur artificielle, à remplacer assez 
la chaleur du printemps, pour que des grenouilles 
aient éprouvé, l'une auprès de l'autre, les désirs que 
leur donne le retour de la belle saison. Mais, soit 
par défaut de nourriture, soit par une suite des sen- 
sations qu'elles avoient éprouvées trop brusquement, 
et des efforts qu'elles avoient faits dans un temps où 
communément il leur reste à peine la plus foible 



go HISTOIRE NATURELLE 

exisfence, elles n'ont pas survécu long-lemps à une 
jouissance trop hatée^. 

Les grenouilles sont sujettes à quitter leur peau, 
de même que les autres quadrupèdes ovipares; mais 
cette peau est plus souple, plus constamment abreu- 
vée par un élément qui la ramollit, plus sujette à 
être altérée par les causes extérieures; d'ailleurs les 
grenouilles, plus voraces et mieux conformées dans 
les organes relatifs à la nutrition, prennent une nour- 
riture plus abondante , plus substantielle , et qui , four- 
nissant une plus grande quantité de nouveaux sucs, 
forme plus aisément une nouvelle peau au dessous 
de l'ancienne. Il n'est donc pas surprenant que les 
grenouilles se dépouillent très souvent de leur peau 
pendant la saison où elles ne sont pas engourdies, et 
qu'alors elles en produisent une nouvelle presque tous 
les huit jours : lorsque l'ancienne est séparée du corps 
de l'animal, elle ressemble à une mucosité délayée. 

C'est surtout au retour des chaleurs que les gre- 
nouilles communes, ainsi que tous les quadrupèdes 
ovipares, cherchent à s'unir avec leurs femelles; il 
croît alors au pouce des pieds de devant de la gre- 
nouille mâle, une espèce de verrue plus ou moins 
noire, et garnie de papilles^. Le mâle s'en sert pour 
retenir plus facilement sa femelle^; il monte sur son 
dos, et l'embrasse d'une manière si étroite avec ses 

1. Mémoires de M. Gleditsch, dans ceux de rAcadémie de Pi-usse. 

2. Roësel , page 54- 

5. Linnée, Traisembîablement d'après Frédéric Merizius, a été tenté 
de regarder cette espèce de verrue comme la partie sexuelle du mâle; 
pour peu qu'il eût réfléchi à cette opinion , il auroit été le premier à 
la rejeter. Linn., Svstcma iiat., cdil. lû. tome I, folio 555. 



DE LA a R K N O U l LL E C M M Tl N E . ;) î ■ 

deux pattes de devant, dont les doigts s'entrelaceni 
les uns dans les autres, qu'il faut employei' un peu 
de force pour les séparer, et qu'on n'y parvient pas 
en arrachant les pieds de derrière du mâle. M. l'abbé 
Spallanzani a même écrit qu'ayant coupé la tête à un 
mâle qui étoit accouplé, cet animal ne cessa pas de 
féconder pendant quelque temps les œufs de sa fe- 
melle, et ne mourut qu'au bout de quatre heures*. 
Quelque mouvement que fasse la femelle, le mâle la 
relient avec ses pattes , et ne la laisse pas échapper, 
même quand elle sort de l'eau ^i ils nagent ainsi ac- 
couplés pendant un nombre de jours d'autant plus 
grand, que la chaleur de l'atmosphère est moindre, 
et ils ne se quittent point avant que la femelle ait 
pondu ses œufs^. C'est ainsi que nous avons vu les 
tortues de mer demeurer pendant long-temps inti- 
mement unies, et voguer sur la surface des ondes, 
sans pouvoir être séparées l'une de l'autre. 

Au bout de quelques jours, la femelle pond ses 
œufs, en faisant entendre quelquefois un coassement 
un peu sourd; ces œufs forment une espèce de cor- 
don, étant collés ensemble par une matière glaireuse 
dont ils sont enduits; le mâle saisit le moment où 
ils sortent de l'anus de la femelle, pour tes arroser de 
sa liqueur séminale, en répétant plusieurs fois un cri 
particulier^; et il peut les féconder d'autant plus aisé- 
ment, que sou corps dépasse communément parle bas 

i. Vol. m, paj^ 86. 

•2. Collection académ., toine V, page 549- Histoire de la Grenouille; . 
>iar Swammerdam. 

3. Swammerdam et Roësel. 

4> Laurent! spécimen medicuua. Vienne, 1767, page i38. 



2 HISTOIRE NATURELLE 

celui de sa compagne : il se sépare ensuite d'elle, et 
recommence à nager, ainsi qu'à remuer ses pattes 
avec agilité, quoiqu'il ait passé la plus grande partie 
du temps de son union avec sa femelle dans une 
grande immobilité, et dans cette espèce de contrac- 
tion qui accompagne quelquefois les sensations trop 
vives ^. 

Dans les différentes observations que nous avons 
faites sur les œufs des grenouilles, et sur les change- 
ments qu'elles subissent avant de devenir adultes , 
nous avons vu , dans les œufs nouvellement pondus, 
un petit globule, noir d'un côté et blanchâtre de 
l'autre, placé au centre d'un autre globule, dont la 
substance glutineuse et transparente doit servir de 
nourriture à l'embryon, et est contenue dans deux 
enveloppes membraneuses et concentriques : ce sont 
ces membranes qui représentent la coque de l'œuf 2. 

Après un temps plus ou moins long, suivant la tem- 
pérature, le globule noir d'un côté et blanchâlre de 
l'autre, se développe et prend le nom de Têtard^ : 
cet embryon déchire alors les enveloppes dans les- 
quelles il étoit renfermé, et nage dans la liqueur glai- 

î . Swammerdam , à l'endroit déjà cité. 

2. M. l'abbé Spallauzanî ne considérant la membrane inlérieure 
qui enveloppe le têtard que comme un amnios, a pioposé de séparer 
les grenouilles , les crapauds el les raines , des ovipares, pour les réu- 
nir avec les vivipares ; mais nous navons pas cru devoir adopter l'opi- 
nion de cet habile naturaliste. Comment éloigner en effet les grenouilles, 
les raines et les ci'apauds , des tortues et des lézards avec lesquels ils 
sont liés par tant de rapports, pour les rapprocher des vivipares, 
dont ils diffèrent par tant de caractères intérieurs ou extérieurs? 
Voyez le troisième volume de M. l'abbé Spallanzaui . page 76. 

5. M. l'abbé Spallanzani , ouvrage déjà cité , vol. III, page i3. 



DE LA GRENOUILLE COMMUNE. gj 

reuse qui l'environne et qui s'étend et se délaye dans 
l'eau, où elle flotte sous l'apparence d'une matière 
nuageuse; il conserve pendant quelque temps son 
cordon ombilical, qui est attaché à la tête au lieu de 
l'être au ventre, ainsi que dans la plupart des autres 
animaux; il sort de temps en temps de la matière 
2;luante, comme pour essayer ses forces; mais il rentre 
souvent dans cette petite niasse flottante qui peut le 
soutenir ; il y revient non seulement pour se reposer, 
mais encore pour prendre de la nourriture. Cepen- 
dant il grossit toujours; on distingue bientôt sa tête, 
sa poitrine, son ventre et sa queue, dont il se sert pour 
se mouvoir. 

La bouche des têtards n'est point placée, comme 
dans la grenouille adulte, au devant de la tête, mais 
en quelque sorte sur la poitrine; aussi lorsqu'ils veu- 
lent saisir quelque objet qui flotte à la surface de l'eau, 
ou chasser l'air renfermé dans leurs poumons, ils se 
renversent sur le dos , comme les poissons dont la 
bouche est située au dessous du corps ; et ils exécu- 
tent ce mouvement avec tant de vitesse que l'œil a de 
peine à le suivre*. 

Au bout de quinze jours, les yeux paroissent quel- 
quefois encore fermés, mais on découvre les premiers 
linéaments des pattes de derrière 2. A mesure qu'elles 
croissent , la peau qui les revêt s'étend en proportion^. 
Les endroits où seront les doigts sont marqués par 
de petits boutons; et, quoiqu'il n'y ait encore aucun 
os, la forme du pied est très reconnoissablc. Lef^ 

1, Swammeidam . 

2- SwammOTclam , page 790. Loj'do . 17.58 . 

T. Idoin . page 791. 



^\ nisïoruï; naturelle 

patles de devant restent encore entièrement cHchées 
sous l'enveloppe : plusieurs fois les pattes de devant 
sont au contraire les premières qui paroissenl. 

C'est ordinairement deux mois après qu'ils ont com- 
mencé de se développer, que les têtards quittent leur 
enveloppe ponr prendre la vraie forme de grenouille. 
D'abord la peau extérieure se fend sur le dos, près 
de la véritable tête qui passe par la fente qui vient 
de se faire. Nous avons vu alors la membrane, qui ser- 
voit de bouche au têtard, se retirer en arrière et faire 
partie de la dépouille. Les pattes de devant commen- 
cent à sortir et à se déployer ; et la dépouille, toujours 
repoussée en arrière, laisse enfin à découvert le corps, 
les pattes de derrière, et la queue qui , diminuant tou- 
jours de volume , linit par s'oblitérer et disparoître en- 
tièrement*. 

Cette manière de se développer est commune , à 
très peu près , à tous les quadrupèdes ovipares sans 
queue : quelque éloignée qu'elle paroisse, au pre- 
mier coup d'oeil, de celle des autres ovipares, on re- 
connoîtra aisément, si on l'examine avec attention, 
que ce qu'elle a de particulier se réduit à deux points. 

Premièrement, l'embryon renfermé dans l'œuf , en 
sort beaucoup plus tôt que dans la plupart des autres 
ovipares , avant même que toutes ses parties soient dé- 
veloppées , et que ses os et ses cartilages soient formés. 

Secondement, cet embryon à demi développé est 
renfermé dans une membrane, et, pour ainsi dire, 

1. Pline, Rondelet et plusieurs autres naturalistes ont prétendu 
que la queue de la jeune grenouille se fendoit eu deux , pour former 
les deux pattes de derrière : cette opinion est contraire à l'observation 
la plus constaulc. V'oj ez Swanimerdani. 



DE LA G U EN OUILLE COMMUNE. 95 

dans lia second œuf 1res souple ei 1res transparent, 
auquel il y a une ouverture qui peut donner passage 
à la nourriture. Mais de ces deux faits. Je premier 
ne doit être considéré que comme un très léger chan- 
gement, et, pour ainsi dire, une simple abréviation 
dans la durée des premières opérations nécessaires au 
développement des animaux qui viennent d'un œuf: 
cette manière particulière peut avoir lieu sans que le 
fœtus en souffre, parce que le têtard n'a presque pas 
besoin de force ui de membres pour les divers mou- 
vements qu'il exécute dans l'eau qui le soutient, et 
autour de la substance transparente et glaireuse où 
il trouve à sa portée une nourriture analogue à la 
foi blesse de ses orjianes. 

A l'égard de cette espèce de sac dans lequel la gre- 
nouille ainsi que la raine et le crapaud sont renfer- 
més pendant les premiers temps de leur vie sous la 
forme de têtard, et qui présente une ouverture pour 
que la nourriture puisse parvenir au jeune animal , on 
doit , ce me semble , Je considérer comme une es- 
pèce de second œuf, ou, pour mieux dire, de se- 
conde enveloppe dont l'animal ne se dégage qu'au 
moment qui lui a été véritablement fixé pour éclore : 
ce n'est que lorsque la grenouille ou le crapaud font 
usage de tous leurs membres, que l'on doit les regarder 
comme véritablement éclos. Us sont toujours dans un 
œuf tant qu'ils sont sous la forme de têtard; mais cet 
œuf est percé parce qu'il ne renferme point la nour- 
riture nécessaire au fœtus, et parce que ce dernier 
est obligé d'aller chercher sa subsistance, soit dans 
l'eau, soit dans la substance glaireuse qui flotte avec 
l'apparence d'une matière nuageuse. 



C)6 HISTOIRE NATURELLE 

Le têtard, à le bien considérer, n'est donc qn un 
œuf souple et mobile, qui peut se prêter à tous les 
mouvements de l'embryon. Il en seroit de même de 
tous les œufs, et même de ceux de nos poules, si, 
au lieu d'être solides et formés d'une substance cré- 
tacée et dure, ils étoient composés d'une membrane 
très molle , très flexible et transparente. Le poulet qui 
y seroit contenu, pourroit exécuter quelques mouve- 
ments quoique renfermé dans cette enveloppe, qui 
se prêleroit à son action ; il le pourroit surtout si ces 
mouvements n'éloient pas contrariés par les aspérités 
des surfaces, et les inégalités du terrain, et si au con- 
traire ils avoient lieu au milieu de l'eau qui soutien- 
droit l'œuf et le fœtus, et ne leur opposeroit qu'une 
foible résistance. Ces mouvements seroient comme 
ceux d'un petit animal qu'on renfermeroit dans un 
sac d'une matière souple. 

Que se passe-t-il donc réellement dans le dévelop- 
pement des grenouilles , ainsi que des autres quadru- 
pèdes ovipares sans queue? Leurs œufs ont plusieurs 
enveloppes; les plus extérieures , qui environnent le 
globule noir et blanchâtre, ne subsistent que quelques 
jours; la plus intérieure, qui est très molle et très 
souple, peut se prêter à tous les mouvements d'un 
animal qui à chaque instant acquiert de nouvelles for- 
ces; elle s'étend à mesure qu'il grandit; elle est per- 
cée d'une ouverture que l'on n'auroit pas dû appeler 
bouche, car ce n'est pas précisément un organe par- 
ticulier, niais un passage pour la nourriture néces- 
saire à la jeune grenouille, au jeune crapaud, ou à 
la jeune raine : et comme les œufs des grenouilles , 
des raines et des crapauds, sont communément pon- 



DE LA GRENOUILLE COMMUNE. 97 

dus dans l'eau, qui, pendant ie printemps et l'été, 
est moins chaude que la terre et l'air de l'atmosphère, 
ils éprouvent une chaleur moins considérable que 
ceux des lézards et des tortues qui sont déposés sur 
les rivages, de manière à être échauffés par les rayons 
du soleil : il n'est donc pas surprenant que, par exem- 
ple, les petites grenouilles soint renfermées dans leurs 
enveloppes pendant deux mois, ou environ, et que 
ce ne soit qu'au bout de ce temps qu'elles éclosent 
véritablement en quittant la forme de têtard, tandis 
que les lézards et les tortues sortent de leurs œufs 
après un assez petit nombre de jours. 

A l'égard de la queue qui s'oblitère dans les gre- 
nouilles, dans les crapauds et dans les raines, ne doi- 
vent-ils pas perdre facilement une portion de leur corps 
qui n'est soutenue par aucune partie osseuse, et qui 
d'ailleurs, toutes les fois qu'ils nagent, oppose à i'eau 
le plus d'action et de résistance? Au reste, cette sorte 
de tendance de la nature à donner une queue aux 
grenouilles, aux crapauds et aux raines, ainsi qu'aux 
lézards et aux tortues, est une nouvelle preuve des 
rapports qui les lient, et en quelque sorte, de l'unité 
du modèle sur lequel les quadrupèdes ovipares ont 
été formés. 

Les couleurs des grenouilles communes ne sont ja- 
mais si vives qu'après leur accouplement ; elles pâlis- 
sent plus ou moins ensuite , et deviennent quelque- 
fois assez ternes et assez rousses pour avoir fait croire 
au peuple de plusieurs pays que, pendant l'été, les 
grenouilles se métamorphosent en crapauds. 

Lorsqu'on ne blesse les grenouilles que dans une 
seule de leurs parties, il est très rare que toute leur 



98 HISTOIRE NATURELLE 

organisation s'en ressente , et que l'ensemble de leur 
mécanisme soit dérangé au point de les faire périr. 
Bien plus , lorsqu'on leur ouvre le corps , et qu'on en 
arraclie le cœur et les entrailles, elles ne conservent 
pas moins pendant quelques moments leurs mouve- 
ments accoutumés^ : elles les conservent aussi pen- 
dant quelque temps lorsqu'elles ont perdu presque 
tout l«ur sang; et si dans cet état elles sont exposées 
à l'action engourdissante du froid, leur sensibilité 
s'éteint, mais se ranime quand le froid se dissipe très 
promptement , et elles sortent de leur torpeur comme 
si elles n'avoient éprouvé aucun accident^. Aussi, 
malgré le grand nombre de dangers auxquels elles 
sont exposées, doivent-elles communément vivre pen- 
dant un temps assez long relativement à leur volume. 
Les grenouilles étant accoutumées à demeurer un 
peu de temps sous i'eau sans respirer, el leur cœur 
étant conformé de manière à pouvoir battre sans être 
mis en jeu par leurs poumons comme celui des ani- 
maux mieux organisés, il n'est pas surprenant qu'elles 
vivent aussi pendant un peu de temps dans un vase 
dont on a pompé l'air, ainsi que l'ont éprouvé plu- 
sieurs physiciens , et que je l'ai éprouvé souvent 
moi- môme ^. On peut môme croire que l'espèce 
de malaise ou de douleur qu'elles ressentent lors- 
qu'on commence à ôter l'air du récipient, tient plu- 
tôt à la dilatation subite el forcée de leurs vaisseaux, 

1. Rai , Synopsis melliodica animalium, Loud., 1690, pagea^S- 

2. Voyez à ce sujet les OEuvres de M. l'abbé Spallanzani. Traductiou 
de M. Sennebier, vol. I, page 112. 

5. Rédi , el Leçons de physique expérimentale par l'abbé Noliet, 
tome HT, page 270. 



bE LA GUENOLILLE COMMUNE. 99 

produite par la raréfaction de l'air renfermé dans leur 
corps, qu'au défaut d'un nouvel air extérieur. Il n'est 
pas surprenant d'après cela, qu'elles vivent plus long- 
temps que beaucoup d'autres animaux, ainsi que les 
crapauds et les salamandres aquatiques, dans des 
vases dont l'air ne peut pas se renouveler^. 

Les grenouilles sont dévorées par les serpents 
d'eau, les anguilles, les brochets, Jes taupes, les 
putois, les loups^, les oiseaux d'eau et de rivage, etc. 
Comme elles fournissent un aliment utile, et que 
même certaines parties de leur corps forment un 
mets très agréable , on les recherche avec soin ; on a 
plusieurs manières de les pêcher; on les prend avec 
des filets, à la clarté des flambeaux qui les effraient 
et les rendent souvent comme immobiles; ou bien 
on les pêche à la ligne avec des hameçons qu'on gar- 
nit de vers , d'insectes, ou simplement d'un morceau 
d'étoife rouge ou couleur de chair; car, ainsi que 
nous l'avons dit, les grenouilles sont goulues; elles 
saisissent avidement et retiennent avec obstination 
tout ce qu'on leur présente^. M. Bourgeois rapporte 
qu'en Suisse on les prend d'une manière plus prouipte 
par le moyen de grands râteaux dont les dents sont 
longues et serrées : on enfonce le râteau dans l'eau , 
et on ramène les grenouilles à terre, en le retirant 
avec précipitation^. 



1. Voyez les Œuvres de M. l'ahbé Spallaniani , traductioa de 
M. Seunebicr, vol. Il, pages 160 et ?uiv, 

2. M. Daubenlon en a trouvé dans l'estomac d'un loup. 

o. Laurent! spécimen medicum. Vienne, 1768, page lô-. 
4. Dictionnaire d'Histoire naturelle, par M. Valmont de Bomare , 
article des Grenouilles. 



100 HISTOIRE NATURELLE 

On a employé avec succès en médecine les diffé- 
rentes portions du corps de la grenouille , ainsi que 
son frai auquel on fait subir différentes préparations, 
tant pour conserver sa vertu pendant long-temps , 
que pour ajouter à l'efficacité de ce remède*^. 

La grenouille commune habite presque tous les 
pays. On la trouve très avant vers le nord, et même 
dans la Laponie suédoise^; elle vit dans la Caroline 
et dans la Virginie, où elle est si agile, au rapport 
de plusieurs voyageurs, qu'elle peut, en sautant, 
franchir un intervalle de quinze à dix-huit pieds. 

Nous allons maintenant présenter rapidement les 
détails relatifs aux grenouilles différentes de la gre- 
nouille commune, et que l'on rencontre dans nos 
contrées , ou dans les pays étrangers : nous allons les 
considérer comme des espèces distinctes; peut-être 
des observations plus étendues nous obligeront-elles, 
dans la suite, à en regarder quelques unes comme 
de simples variétés dépendantes du climat, ou tout 
au plus comme des races constantes : nous nous con- 
tenterons de rapporter les différences qui les sépa- 
rent de la grenouille commune, tant dans leur con- 
formation que dans leurs habitudes. 

i. Dictionnaire d'Histoire naturelle , par M. Valmont de Bomare, 
article des Grenouilles. 

•2. Voyez, dans la continuation de l'Histoire générale des Voyages, 
tome LXXVI, édition iu-12, la description de la Laponie suédoise, 
par M. Pierre Haegestraeni, traduite par M. de Kéralio de Gourlay. 



BE LA ROUSSE. 101 



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LA ROUSSE 



Rana temporaria , Linn. , Schneid., Cuv., Daud,, 
Merr., Fitz. 



Il est aisé de distinguer cette grenouille d'avec les 
autres, par une tache noire qu'elle a entre les yeux 
et les pattes de devant. Elle paroît, au premier coup 
d'oeil, n'être qu'une variété de la grenouille com- 
mune ; mais comme elle habite dans le même pays , 
comme elle vit, pour ainsi dire, daas les mêmes 

1 . Batracos, en grec. 

La Muette. M. Daubenton, Encyclopédie méthodique. 
Rana temporaria, i4- Linn., Amphib. reptilia. 
Rana muta, Laurenti spécimen medicum. 
Roësel , tab. i et 3 , Rana fusca terrestrls. 
Gesner, de Quadr. ovip., foL 58, Rana gibbosa. 
Aldr. ovip., 89, Rana. 
Jonst. Quadr., t. 76, f. 5 , 6 , 7, 8, 
Rai, Synops. Quadr., 247, Rana aqitatica, 
Bradl. natur., tab. 21, fig. 1. 

Batracos, Aristote, Histoire des animaux, livre IV, chap. g^. 
Frogcotnmon, British Zoology, voL IIL London , 177G. 
Rana temporaria , Wnlff. Ichthyologia , eum amphibiis regni Bo- 
russici. 

Rana vesperiina. Supplément au Voyage de M. Pallas. 

LACÉPÈDE. m. 7 



102 HISTOIRE NATURELLE 

étangs , et qu'elle en diffère cependant constam- 
ment par quelques unes de ses habitudes et par ses 
couleurs, on ne peut pas rapporter ses caractères dis- 
tinctifs à la différence du climat ou de la tempéra- 
ture , et l'on doit la considérer comme une espèce 
particulière. Elle a le dessus du corps d'un roux ob- 
scur, moins foncé quand elle a renouvelé sa peau, 
et qui devient comme marbré vers le milieu de l'été. 
Le ventre est blanc et tacheté de noir à mesure qu'elle 
vieillit. Les cuisses sont rayées de brun. 

Elle a au bout de la langue une petite échancrure 
dont les deux pointes lui servent à saisir les insectes 
qu'elle retient , en môme temps , par l'espèce de glu 
dont sa langue est enduite, et sur lesquels elle s'é- 
lance comme un trait, dès qu'elle les voit à sa portée. 
On l'a appelée la Muette^ par comparaison avec la 
grenouille commune, dont tes cris désagréables et 
souvent répétés, se font entendre de très loin. Ce- 
pendant, dans le temps de son accouplement ou lors- 
qu'on la tourmente, elle pousse un cri sourd, sem- 
blable à une sorte de grognement, et qui est plus 
fréquent est moins foible dans le mâle. 

Les grenouilles rousses passent une grande partie 
de la belle saison à terre. Ce n'est que vers la fin de 
l'automne qu'elles regagnent les endroits marécageux; 
et, lorsque le froid devient plus vif, elles s'enfon- 
cent dans le limon du fond des étangs , où elles de- 
meurent engourdies jusqu'au retour du printemps. 
Mais , lorsque la chaleur est revenue, elles sont ren- 
dues à la vie et au mouvement. Les jeunes regagnent 
alors la terre pour y chercher leur nourriture : celles 
qui sont âgées de trais ou quatre ans, et qui ont at- 



DE LA ROUSSE. 1 o3 

teint le degré de développeuient nécessaire à la re- 
production de leur espèce , demeurent dans l'eau 
jusqu'à ce que la saison des amours soit passée. Elles 
sont lespremières grenouilles quis'accouplent, comme 
les premières ranimées. Elles demeurent unies pen- 
dant quatre jours ou environ. 

Les grenouilles rousses éprouvent, avant d'être 
adultes, les mêmes changements que les grenouilles 
communes; mais il paroît qu'il leur faut plus de temps 
pour les subir, et que ce n'est qu'à peu près au bout 
de trois mois qu'elies ont la forme qu'elles doivent 
conserver pendant toute leur vie. 

Vers la fin de juillet, lorsque les petites grenouilles 
sont entièrement écloses , et ont quitté leur état de 
têtard, elles vont rejoindre les autres grenouilles 
rousses dans les bois et dans les campagnes. Elles 
partent le soir, voyagent toute la nuit, et évitent d'être 
la proie des oiseaux voraces, en passant le jour sous 
les pierres et sous les différents abris qu'elles ren- 
contrent , et en ne se remettant en chemin que 
lorsque les ténèbres leur rendent la sûreté. Cepen- 
pendant, malgré celte espèce de prudence, pour 
peu qu'il vienne à pleuvoir, elles sortent de leurs re- 
traites pour s'imbiber de l'eau qui tombe. 

Comme elles sont très fécondes et qu'elles pondent 
ordinairement depuis six cents jusqu'à onze cents 
œufs, il n'est pas surprenant qu'elles se montrent 
quelquefois en si grand nombre , surtout dans les 
Lois et les teri'ains humides , que la terre en paroît 
tonte couverte. 

La multitude des grenouilles rousses qu'on \olt 
sortir de leurs trous lorsqu'il pleut, a donné lieu à 



I04 HISTOIRE NATURELLE 

deux fables; l'on a dit non seulement qu'il pleu- 
voit quelquefois des grenouilles , mais encore que \e 
mélange de la pluie avec des grains de poussière poir- 
voit les engendrer tout d'un coup. L'on ajoutoit que 
ces grenouilles ainsi tombées des nues, ou produites 
d'une manière si rapide par un mélange si bizarre , 
s'en ailoient aussi promptement qu'elles étoient ve- 
nues, et qu'elles disparoissoient aux premiers rayons 
du soleil. 

Pour peu qu'on eût voulu découvrir la vérité , on 
les auroit trouvées , avant la pluie , sous des las de 
pierres et d'autres abris , où on les auroit vues cachées 
de nouveau après la pluie, pour se dérober à une lu- 
mière trop vive^; mais on auroit eu deux fables de 
moins à raconter; et combien de gens dont tout le 
mérite disparoît avec les faits merveilleux ! 

On a prétendu que les grenouilles rousses étoient 
venimeuses; on les mange cependant dans quelques 
contrées d'Allemagne; et M. Laurenti ayant fait mor- 
dre une de ces grenouilles par de petits lézards gris, 
sur lesquels le moindre venin agit avec force, ils n'en 
furent point incommodés^. Elles sont en très grand 
nombre dans l'île de Sardaigne^, ainsi que dans pres- 
que toute l'Europe ; il paroît qu'on les trouve dans 
l'Amérique septentrionale, et qu'il faut leur rappor- 
ter les grenouilles appelées Gretiouilles de terre par 
Catesby^, et qui habitent la Virginie et la Caroline. 

1. Roësel, pag. i3 et 14. 

2. Laurenti spécimen medicum, pag. i34. 

5. Histoire naturelle des Amphibies et des Poissons de laSardaigne, 
par M. François Cetti. 

4. « Le dos et le dessus de cette grenouille la grenouille de terre)» 



Dt LA roussi;. 1()5 

Ces dernières paroissent préférer, pour leur nourri- 
ture , les insectes qui ont la propriété de luire dans 
les ténèbres, soit que cet aliment leur convienne 
mieux , ou qu'elles puissent l'apercevoir et le saisir 
plus facilement lorsqu'elles cherchent leur pâture 
pendant la nuit. Catesby rapporte en effet qu'étant 
dans la Caroline, hors de sa maison , au commence- 
ment d'une nuit très chaude, quelqu'un qui l'accom- 
pagnoit laissa tomber de sa pipe un peu de tabac 
brûlant qui fut saisi et avalé par une grenouille de 
terre, tapie auprès d'eux, et dont l'humeur visqueuse 
dut amortir l'ardeur du tabac. Catesby essaya de lui 
présenter un petit charbon de bois allumé , qui fut 
avalé et éteint de même. Il éprouva constamment 
que les grenouilles terrestres saisissoient tous les 
petits corps enflammés qui étoient à leur portée, et 
il conjectura, d'après cela, qu'elles dévoient recher- 
cher les vers ou les insectes luisants qui brillent en 
grand nombre pendant les nuits d'été, dans la Caro- 
line et dans la Virginie*. 

» sont gris et tachetés de marques d'uu brun obscur, fort proches les 
» unes des autres : le ventre est d'un blanc sale et légèrement mar- 
u quêté : l'iris est rouge. Ces grenouilles varient quelquefois par rap- 
» port à la couleur, les unes étant plus grises, et les autres penchant 
a vers le brun ; leurs corps sont gros, et elles ressemblent plus à un 
» crapaud qu'à une grenouille ; cependant elle ne rampent pas comme 
» les crapauds, mais elles sautent. Ou en voit davantage dans les temps 
D humides : elles sont cependant fort communes dans les terres élevées,. 
.> et paroissent dans le temps le plus chaud du jour, » Catesby, vol. IL 
page 69. 

1. Catesby, au même endroit. 



106 HISTOIRE NATUllELLE 



tieiPo»<s*oii^«««^ft«©«8**v«e*^«û-fl;e«««*ô.ee'e«.9*.î«;&'9.g»e*«.B^ '',*«<$>o*t.©**«<»o<»«»6*c8i«*fi-' 



LA PLUVIALE'. 



Bombinator igneuSj Merr. , Fitz. — Rana bombina 
et variegatUj Linn. — Rana campanisona , Laur. 
— Bafo bombiîius j Latr. , Daud. — Rana ignea^ 
Shaw. 



Cette grenouille est couverte de verrues, ce qui 
sert à la distinguer d'avec les autres. La partie posté- 
rieure du corps est obtuse et parsemée en dessous 
de petits points. Elle a quatre doigts aux pieds de 
devant , et cinq doigts un peu séparés les uns des 
autres aux pieds de derrière. On la trouve dans plu- 
sieurs contrées de l'Europe. EJIe s'y montre souvent 
en grand nombre, après les pluies du printemps ou 
de l'été, ainsi que la grenouille rousse ; et c'est de là 
qu'est tiré le nom de Pluviale , que M. Daubenton lui 
a donné , et que nous lui conservons. On a fait sur 
son apparition les mômes contes ridicules que sur 
celle de la grenouille rousse. 

1. La Pluviale. M. Daubenton , Encyclopédie méthodique. 
Ranacorporeverrucoso, ano obtuso subtus punctato,¥avin. Suec, 276. 
Rana rubeta, 4- Linn., Amphib. rept. 

Rana palmis tetradactylis fissis, plantls pentadactjlis subpalmatis, ano 
subtus punctato. 

Water Jack, British Zoology, voL III, London , 1776. 

Rana rubeta. Wulff. Iclithyologia, rnm araphibiis regni Borussici. 



PI, 26. 



Ou.a.di'up . Ovip . 








i par &ûtu-xeau SiZ< . 

LIA SOÎCNTAirCE 2 . lA iruX-ISSA^riE 



DE LA SONNANTE. 1 O7 

LA SONNANTE*. 

Bombinator igneus^ Merr.j Frrz. — Rana campani- 
sona^ Laur. — Rana ignea^ Shaw. — Rana varie- 
gata et bombina, Linn. — Bufo bombinuSj Latr., 
Daud. 



On trouve en Allemagne une grenouille qui , par 
sa forme, ressemble un peu plus que les autres au 
crapaud commun, mais qui est beaucoup plus petite 
que ce dernier. Un de ses caractères distinctifs est un 
pli transversal qu'elle a sous le cou. Le fond de sa 
couleur est noir : le dessus de son corps est couvert 
de points saillants, et le dessous marbré de blanc et 
de noir. Les pieds de devant ont quatre doigts divisés, 
et ceux de derrière en ont cinq réunis par une mem- 
brane : on conserve au Cabinet du Roi plusieurs indi- 
vidus de cette espèce. On la nomme la Sonnante, à 
cause d'une ressemblance vagué qu'on a trouvée entre 
son coassement et le son des cloches qu'on enten- 
droit de loin. Sa forme et son habitation l'ont fait ap- 
peler quelquefois Crapaud des marais. 

1. La Sonnante. M. Daubenlon , Encyclopédie méthodique. 

Rana campanisona , Laurenti spécimen medicura. 

Gesner, pisc, 962. 

Rana bombina, 6. Linn., Ampliib. rept. 

Rana variegata. Wulff. Ichthyologia, cum amphibii rcgni Borussici. 



108 HISTOIUE NATURELLE 

LA BORDÉE*. 

Mana marginata^ Lmia. , Laur., Merr., Fitz.. 



Il est aisé de distinguer cette grenouille qui se 
trouve aux Indes , par la bordure que présentent ses 
côtés ; son corps est allongé ; les pieds de derrière 
ont cinq doigts divisés. Le dos est brun et lisse ^ ; le 
dessous du corps est d'une couleur pâle, et couvert 
d'un grand nombre de très petites verrues qui se 
touchent. 

1. La Grenouille bordée. M. Daubenton, Encyclopédie méthodique. 
Rana marginata , Laurenti spécimen medicum. 

Rana marginata , Linn. , Systema natnrse, edit. i3. 
Rana lateribus marginatis , musaeuna ad. fr. , fol. 47- 

2. Suivant M. Laurenti, le dessus du corps est couvert d'aspérités ; 
mais nous avons cru devoir suivre la description que Linnée a faite 
de cette grenouille , d'après un individu conservé dans le muséum da 
prince Adolphe. 



DE LA RETICULAIRE. ! 09 



Dtro<rorcroTijtt«-^T ^ t " i ~' T- '' '*' '' ' r~t'''*'^H"**^*''*^*''**''** ' ° *"*° 



LA RETICULAIRE'. 

Calamita boans^ Schn. , Merr. — Hylavenulosa^ Daud. , 
Latr. — Rana meriana, Shaw. — Hyla viridi-fusca , 
Laur. 



On trouve encore dans les Indes une grenouille 
dont le caractère distinctif est d'avoir le dessus du 
corps veiné et tacheté de manière à présenter l'appa- 
rence d'un réseau ; elle a les doigts divisés. 

1. M. Daobentou, Encyclopédie méthodique, ha Grenouille réti- 
culaire. 

Laarenti spécimen medicum, Rana venulosa. 
Séba, Toi. I, planche 72, fig. 4- 



110 HISTOIRE KATiniELLt 

LA PATTE-D'OIE'. 

Calamita palmatm, Merr. — Rana boans, Linn. — 
Rana maxima^ Laur. — Calamita maximuSj, Schn. 
— Hyla palmataj Daud., Latr. 



C'est une grande et belle grenouille dont le corps 
est veiné et panaché de différentes couleurs ; le som- 
met du dos présente des taches placées obliquement. 
Des bandes colorées, rapprochées par paires, régnent 
sur les pieds et les doigts. Ce qui la caractérise et ce 
qui lui a fait donner, par M. Daubenton, le nom de 
Patte-d'oie que nous lui conservons, c'est que les 
doigts des pieds de devant , ainsi que des pieds de 
derrière, sont réunis par des membranes: cette réu- 
nion suppose dans cette grenouille un séjour assez 
constant dans l'eau, et un rapport d'habitudes avec 
la grenouille commune. On la rencontre en Virginie, 
ainsi que la réticulaire avec laquelle elle a beaucoup 
de rapport , mais dont elle diffère en ce que ses doigts 
sont réunis, tandis qu'ils sont divisés dans la réti- 
culaire. 

1. La Patte d'oie. M. Daubenton, Encyclopédie m<5lliotliquo, 
Ranamaxima, Laurenti spécimen medicuni. 
Séba, vol. I, tab. 72, fig. 5, 



DE I EPALLE-AUMEE. 111 



LE PAU LE- ARMEE*. 



Bufo marinus 3 Schn., Mère. — Bufo humeralis et 
bengalensisj Daud. — Rana marina^ Linn. — Rana 
maxima et dubia, Shaw. 



On trouve en Amérique cette grenouille remar- 
quable par sa grandeur ; elle a quelquefois huit 
pouces de longueur, depuis le bout du museau jus- 
qu'à l'anus. On voit de chaque côté sur les épaules, 
une espèce de bouclier charnu , d'un cendré clair 
pointillé de noir, qui lui a fait donner, par M. Dau- 
benton , le nom qu'elle porte ; sa tête est rayée de 
roussâtre; les yeux sont grands et brillants ; la langue 
est large; tout le reste du corps est cendré, parsemé 
de taches de différentes grandeurs, d'un gris clair ou 
d'une couleur jaunâtre. Le dos est très anguleux; à la 
partie postérieure du corps sont quatre excroissances 
charnues en forme de gros boutons. Les pieds de de- 
vant sont fendus en quatre doigts garnis d'ongles lar- 

1. L'Epaule-armée. M. Daubenton , Encyclopcdie méthodique. 

Rana marina , 8. Linn,, Amphib. rept. 

Bana marina, 21. Laurenti spécimen medicum. 

Séba, vol. I, tab, 76, fîg. 1. Rana marina maxima, Rana Amertcana, 



112 lïISTOinE NATUUELLE 

ges et piats. Les pieds de derrière diflèrentdeceux de 
devant en ce qu'ils ont un cinquième doigt , et que 
tous les doigts en sont réunis par une petite mem- 
brane près de leur origine. Cette espèce, qui paroît 
habiter sur terre et dans l'eau , pourroit se rappro- 
cher par ses habitudes de la grenouille rousse. L'épi- 
thète de Marine^ qui lui a été donnée dans Séba, et 
conservée par MM. Linnée et Laurenli , paroît indi- 
quer qu'elle vit près des rivages , dans les eaux de la 
mer ; mais nous avons de la peine à le croire , les 
quadrupèdes ovipares sans queue ne recherchant 
communément que les eaux douces. 



DE LA MUGISSANTE. 1 ' •'> 



8 **»w»«e«»»*e*6 »«*«■»»»•*«*»«* 



o«4veo.j«o*s,3«e«s9«««»*««*o««e«««*e «»«♦•««»*»» »»«♦»•«*«.•»• 



LA MUGISSANTE*. 

Rana ocellata, Linn. , Merr., Shaw. — Rana 
pentadactyla , Laûr. 



On rencontre enVirginie une grande grenouille dont 
les yeux ovales sont gros, saillants et brillants; l'iris 



1. Bull frog, en anglois. 

La Mugissante. M. Daubenton, Encyclopédie méthodique. 

Bull frog, Grenouille-Taureau , M. Smith , Voyage dans les Etals- 
Unis. 

Rana ocellata , lo. Linn., Amphib. rept. 

Rana pentadaclyla, Laureuti spécimen medicum. 

Browne , Jamaîc. 4^0, planche t\\, fig. 4» Rana maxima compressa 
miscella. 

Kalm , it. 3, page 45, Rana haleclna. 

Catesby, Car., 2, folio 72 , tab. 72. Rana maxima Americana aqua- 
iica. 

Séba, vol. I, tab. 75, fig. 1. Nous devons observer qu'il y a une 
faute d'impression dans la treizième édition de Linnce ; la planche 
soixante-sixième, figure première du premier volume de Séba, y est citée, 
au lieu de la figure première, planche soixante-quinzième du même vo- 
lume. Cette faute d'impression a fait croire que la grenouille appelée 
par M. Laurenti la Cinq-doigts, Rana pentadactyla, étoit différente de 
la Mugissante , parce que M. Laurenti a cité pour sa grenouille Cinq- 
doigts, la figure première, planche soixante-quinzième de SébaJ. tandis 
que la Mugissante et la Cinq-doigU^ sont absolument le même animal. 



Il4 HISTOIRE NATURELLE 

est rouge, bordé de jaune; tout le dessus du corps 
est d'un brun foncé , tacheté d'un brun plus obscur, 
avec des teintes d'un vert jaunâtre, particulièrement 
sur le devant de la tête : les taches des côtés sont 
rondes, et font paroîlre la peau œillée. Le ventre est 
d'un blanc sale, nuancé de jaune, et légèrement ta- 
cheté. Les pieds de devant et de derrière ont com- 
munément cinq doigts, avec un tubercule sous cha- 
que phalange. 

Cette espèce est moins nombreuse que les autres 
espèces de grenouilles. La mugissante vit auprès des 
fontaines, qui se trouvent très fréquemment sur les 
colh'nes de la Virginie : ces sources forment de pelils 
étangs, dont chacun est ordinairement habité par 
deux grenouilles mugissantes. Elles se tiennent à 
l'entrée du trou par lequel coule la source; et, lors- 
qu'elles sont surprises, elles s'élancent et se cachent 
au fond de l'eau. Mais elles n'ont pas besoin de beau- 
coup de précautions; le peuple de la Virginie imagine 
qu'elles purifient les eaux et entretiennent la pro- 
preté des fontaines; il les épargne d'après cette opi- 
nion, qui pourroit être fondée sur la destruction 
qu'elles font des insectes , des vers, etc., mais qui se 
change en superstition, comme tant d'autres opi- 
nions du peuple; car non seulement il ne les tue 
jamais, mais même il croiroit avoir quelque malheur 
à redouter s'il les inquiéloit. Cependant la crainte 
cède souvent à l'intérêt; et comme la mugissante est 
très vorace et très friande des jeunes oisons, ou des 
petits canards, qu'elle avale d'autant plus facilement 
qu'elle est très grande et que sa gueule est très fen- 



DE LA MUGISSANTE. !l5 

due , ceux qui élèvent ces oiseaux aquatiques, la font 
quelquefois périr*. 

Sa «[randeur et sa conformation modifient son coas- 
sèment et l'augmentent, de manière que lorsqu'il 
est réfléchi par les cavités voisines des lieux qu'elle 
fréquente , il a quelque ressemblance avec le mugis- 
sement d'un taureau qui seroit très éloigné, et, dit 
Catesby, à un quart de mille 2. Son cri, suivant 
M. Smith, est rude, éclatant et brusque; il semble 
que l'animal forme quelquefois des sons articulés. Un 
voyageur est bien étonné , continue M. Smith , quand 
il entend le mugissement retentissant de la grenouille 
dont nous parlons, et que cependant il ne peut dé- 
couvrir d'où part ce bruit extraordinaire; car les mu- 
gissantes ont tout le corps caché dans l'eau , et ne tien- 
nent leur gueule élevée au dessus de la surface que 
pour faire entendre le coassement très fort qui leur a 
fait donner le nom de Grenouille-taureau^. 

L'espèce de la grenouille mugissante que M. Lau- 
renti appelle la Cinq-doigts [Rana pentadactyla) , 
renferme, suivant ce naturaliste, une variété aisée à 
distinguer par sa couleur brune, par la petitesse du 
cinquième doigt des pieds de devant, et par la nais- 
sance d'un sixième doigt aux pieds de derrière^. Il y a, 
au Cabinet du Roi, une grande grenouille mugissante, 
qui paroît se rapprocher de cette variété indiquée par 
M. Laurenli ; elle a des taches sur le corps ; le cin- 
quième doigt des pieds de devant, et le sixième des 

1. Catesby, à l'endroit déjà cité. 

2. Idem , ibidem. 

5. M. Smith , Voyage aux iitats-Uiiis de l'Amérique. 
4. Laiireuli spécimen mcdicum , loco cilalo. 



1 l6 HISTOIRE NATURELLE 

pieds de derrière sont à peine sensibles ; tous les 
doigts sont séparés ; elle a des tubercules sous les 
phalanges ; son museau est arrondi ; ses yeux sont 
gros et proéminents; les ouvertures des oreilles as- 
sez grandes. La langue est large, plate, et attachée 
par le bout au devant de la mâchoire inférieure. Cet 
individu a six pouces trois lignes , depuis le museau 
jusqu'à Tanus. Les pattes de derrière ont dix pouces; 
celles de devant quatre pouces ; et le contour de la 
gueule a trois pouces sept lignes. 



DE LA PERLEE. 1 1 7 

LA PERLÉE'. 

Bufo typhonius , Schn., Merh. — Bufo margaritiferj 
Latr. , Daud. — Rana typhonia et margaritifera , 
LiNN. , Laur. — Leptodactylus typhonia, Fitz. 



On trouve au Brésil une grenouille dont le corps 
est parsemé de petits grains d'un rouge clair, et sem- 
blables à des perles. La tête est anguleuse, triangu- 
laire, et conformée comme celle du caméléon. Le dos 
est d'un rouge-brun ; les côtés sont mouchetés de 
jaune : le ventre blanchâtre est chargé de petites 
verrues ou petits grains d'un bleu clair ; les pieds sont 
velus, et ceux de devant n'ont que quatre doigts. 

Une variété de cette espèce, si richement colorée 
par la nature, a cinq doigts aux pieds de devant ,0 et 
la couleur de son corps est d'un jaune clair^. 

L'on voit que dans le continent de l'Amérique mé- 
ridionale , la nature n'a pas moins départi la variété 

1. La Perlée. M, Daubenlon, Encyclopédie méthodique. 
Rana margaritifera, i5. Laurenti spécimen medicum. 
Séba , tom. I, tab. 71, fig. 6 et 7. 

2. Séba , tom. I , tab. 7 1 , fig. 8. 

lacépède. ui. 8 



Il8 lIÎSTOSr.E NATURELLE 

des couleurs aux quadrupèdes ovipares, qu'elle paroit 
au premier coup d'œil avoir dédaigné , qu'à ces nom- 
breuses troupes d'oiseaux de différentes espèces sur 
le plumage desquels elle s'est plu à répandre les 
nuances les plus vives, et qui embellissent les rivages 
de ces contrées chaudes et fécondes. 



DE LA JÂCKIE. l 19 



M»»?»» ft 9<>6 » » »3 i » »»»»»»>»>»»*g<g'e^»»»»a^*fra^^s»f''a'>* û '' ^ 



LA JACKIE*. 



Rana paradoxa^ Linn. , Schn. , Daud. , Merr. , P^irz. 
Proteus raninuSy Laur. 



Cette grenouille se trouve en grand nombre à Suri- 
nam. Elle est d'une couleur jaune verdâtre qui de- 
vient quelquefois plus sombre. Le dos et les côtés 
sont mouchetés. Le ventre est d'une couleur pâle et 
nuageuse ; les cuisses sont par derrière striées obli- 
quement. Les pieds de derrière sont palmés ; ceux 
de devant ont quatre doigts. Mademoiselle Mérian a 
rendu cette grenouille fameuse, en lui attribuant une 
métamorphose opposée à celle des grenouilles com- 
munes. Elle a prétendu qu'au lieu de passer par l'état 
de têtard pour devenir adulte, la Jackie perdoit in- 
sensiblement ses pattes au bout d'un certain temps , 
acquéroit une queue, et devenoit un véritable pois- 
son. Cette métamorphose est plus qu'invrai.semblabîe : 

1. La. Jackie. M. Daubenton. Encyclopédie méthodique. 
Bana paradoxa, i5. Linn., Amphib. rept. 
Mus. ad fr> , Rana piscis. 
Séba , mus., tom. I, tab. 78. 
Merian. Surinam, 71, tab. 71. 



120 HISTOIRE N AT LU EL LE 

nous n'en parlons ici que pour désigner l'espèce par- 
ticulière de grenouille à laquelle mademoiselle Mérian 
l'a attribuée. L'on conserve au Cabinet du Roi, et l'on 
trouve dans presque toutes les collections de l'Europe, 
plusieurs individus de cette grenouille fameuse , qui 
présentent les différents degrés de son développe- 
ment, et de son passage par l'état de têtard, au lieu 
de montrer, comme on l'a cru faussement, les di- 
verses nuances de son changement prétendu en pois- 
son. La forme du têtard de la Jackie, qui est assez 
grand, et qui ressemble plus ou moins à un pois- 
son, comme tous les autres têtards, a pu donner lieu 
à cette erreur, dont on n'a parlé que trop souvent. 
D'ailleurs il paroît qu'il y a une espèce particulière 
de poisson, dont la forme extérieure est assez sem- 
blable à celle du têtard de la Jackie , et que l'on a pu 
prendre pour le dernier état de cette grenouille d'Amé- 
rique. 



Dl' LA GALON NI- E. ]21 

LA GALONNÉE*. 

RaJia virginicaj Gmel. , Meur. — Rana typhonia, Daud, 



On trouve eu Amérique cette grenouille dont Lin- 
née a parlé le premier. Son dos présente quatre lignes 
relevées et longitudinales; il esl d'ailleurs semé de 
points saillants et de taches noires. Les pieds de de- 
vant ont quatre doigts séparés; ceux de derrière en 
ont cinq réunis par une membrane; le second est plus 
long que les autres et dépourvu de l'espèce d'ongle 
arrondi qu'ont plusieurs grenouilles. 

i\ous regardons comme une variété de cette es- 
pèce, jusqu'à ce qu'on ait recueilli de nouveaux faits, 
celle que M. Laureuti a appelée Grenouille de Virgi- 
nie^. Le corps de ce dernier animal, qu'on trouve 
en effet en Virginie, est d'une couleur cendrée, ta- 
chetée de rouge ; le dos est relevé par cinq arêtes 
iopgitudinales , dont les intervalles sont d'une cou- 
leur pâle. Le ventre et les pieds sont jaunes. 

1, Rana Typiionia, 9. Linn., Amphib. rept. 

•1. La Galonnée. M. Daubenton , Encyclopédie mélhodique. 

Rana virginica, Laurenli specimeu medicum. 

Séba, tora. I, tab. 76, fig. [\. 



122 HISTOIllE NATUiiELLE 



LA GRENOUILLE ECAILLEUSE 

Rana squamigera ^ Gmel. 



On doit à M. Walbaum Ja description de cette es- 
pèce de grenouille. Il est d'autant plus intéressant de 
la connoître , qu'elle çst un exemple de ces confor- 
mations remarquables qui lient de très près les divers 
genres d'animaux. Nous avons vu en effet , dans l'His- 
toire naturelle des Quadrupèdes ovipares , que pres- 
que toutes les espèces de lézards étoient couvertes 
d'écaillés plus ou moins sensibles, et nous n'avons 
trouvé dans les grenouilles, les crapauds, ni les rai- 
nes, aucune espèce qui présentât quelque apparence 
de ces mêmes écailles ; nous n'avons vu que des ver- 
rues ou des tubercules sur la peau des quadrupèdes 
ovipares sans queue. Voici maintenant une espèce 
de grenouille dont une partie du corps est revêtue 
d'écaillés, ainsi que celui des lézards; et pendant que, 
d'un côté, la plupart des salamandres, qui toutes ont 
une queue comme ces mêmes lézards, et appartien- 
nent au même genre que ces animaux , se rappro- 
chent des quadrupèdes ovipares sans queue, non 

1. Rana scjuamlgcra. M. Walbaum, Mémoires des curieux de la 
iiaturo de Berlin , an. 1784, tome V, page 2a i. 



DE LA GRENOUILLE ÉCAILLEUSE. 12J 

seulement par leur conformalioii intérieure et par 
S«urs habitudes , mais encore par leur peau dénuée 
d'écaillés sensibles, nous voyons, d'un autre côté, la 
grenouille décrite par M. Walbaum, établir un grand 
rapport entre son genre et celui des lézards par les 
écailles qu'elle a sur le dos. M. Walbaum n'a vu 
qu'un individu de cette espèce singulière qu'il a 
trouvé dans un Cabinet d'Histoire naturelle, et qui y 
étoit conservé dans de l'esprit-de-vin. 11 n'a pas su 
d'où il avoit été apporté. Il seroit intéressant qu'on 
pût observer encore des individus de cette espèce, 
comparer ses habitudes avec celles des lézards et des 
grenouilles , et voir la liaison qui se trouve entre sa 
manière de vivre et sa conformation particulière. 

La grenouille écailleuse est à peu près de la gros- 
seur et de la forme de la grenouille commune ; sa 
peau est comme plissée sur les côtés et sous la gorge ; 
les pieds de devant ont quatre doigts à demi réunis 
par une membr^ane, et les pieds de derrière cinq 
doigts entièrement palmés; les ongles sont aplatis; 
mais ce qu'il faut surtout remarquer, c'est une bande 
écailleuse qui partant de l'endroit des reins et s'élen- 
dant obliquement de chaque côté au dessus des épau- 
les , entoure par devant le dos de l'animal. Cette bande 
est composée de très petites écailles à demi transpa- 
rentes, présentant chacune un petit sillon longitudi- 
nal, placées sur quatre rangs, et se recouvrant les 
unes les autres comme les ardoises des toits. Il est 
évident , par cette forme et cette position , que ces 
pièces sont de véritables écailles semblables à celles 
des lézards, et qu'elles ne peuvent pas être confon- 
dues avec les verrues ou tubercules que l'on a ob- 



124 HISTOIKE NATURELLE 

serves sur le dos des quadrupèdes ovipares sans 
queue. M. Walbaum a vu aussi sur la patte gauche 
de derrière quelques portions garnies de petites 
écailles dont la forme étoit celle d'un carré long; et 
ce naturaliste conjecture avec raison qu'il en auroit 
trouvé également sur la palte droite , si l'animal 
n'avoit pas été altéré par l'esprit-de-vin. Le dessous 
du ventre étoit garni de petites verrues rapprochées. 
L'individu décrit par M. Walbaum avoit deux pouces 
neuf lignes de longueur, depuis le bout du museau 
jusqu'à l'anus; sa couleur étoit grise, marbrée, ta- 
chetée et pointillée en divers endroits de brun et de 
marron plus ou moins foncé ; les taches étoient dis- 
posées en ligiies tortueuses sur certaines places, 
comme, par exemple, sur le dos. 



DE LA RAINE VERTE OU COMMUNE. 12J 



DEUXIÈME GENRE. 



QUADRUPEDES OVIPARES QUI N ONT POINT DE QUEUE, ET QUI 0.\T 
SOUS CHAQUE DOIGT , UNE PETITE PELOTE VISQUEUSE. 



«»0000009000a<}0'>94 90004a 



RAINlilS. 



LA RAINE .VERTE ou COMMUNE*. 

Calamita arborem , Schn., Merr. — Hyla viridisj, 
Laur. 5 Latr. — Rana viridis et arborea , Linn. — 
La Rainette commune , Cuv. 



Il est aisé de distinguer des grenouilles la Raine 
verte, ainsi que toutes les autres raines, par des es- 

I. Bairachos draopetes , en grec. 

La Raine verte. M. Daubenton, EQcyclopédie méthodique. 

Rana arborea , 16. Linn., Amphibia replilia. (Des deux figures de 
Séba , citées par Linnée , celle de la planche soixante-treizième du pre- 
mier volrimc doit être rapportée à la Raine squelette, et celle de la 
planche soixante-dixième du second volume , à la Raine bossue. ) 

Gronov.. mus. 2, p. 84, n" 63, Rana. 

Gesner, de Quadrup. ovip., p. 55, Ranunculus viridts. 



126 IIISTOIIIE NATURELLE 

pèces de petites plaques visqueuses qu'elle a sous 
ses doigts, et qui lui servent à s'attacher aux bran- 
ches et aux feuilles des arbres. Tout ce que nous 
avons dit de l'instinct , de la souplesse, de Tagilité de 
îa grenouille commune, appartient encore davantage 
à la raine verte; et comme sa taille est toujours beau- 
coup plus petite que celle de la grenouille commune, 
elle joint plus de gentillesse à toutes les qualités de 
cette dernière. La couleur du dessus de son corps 
est d'un beau vert; le dessous, où l'on voit de petits 
tubercules, est blanc. Une raie jaune, légèrement 
bordée de violet, s'étend de chaque côté de la tête 
et du dos, depuis le museau jusqu'aux pieds de der- 
rière; et une raie semblable règne depuis la mâchoire 
supérieure jusqu'aux pieds de devant. La tête est 
courte, aussi large que le corps, mais un peu rélré- 
cie par devant ; les mâchoires sont arrondies, les yeux 
élevés. Le corps est court, presque triangulaire, très 
élargi vers la tête, convexe par dessus et plat par des- 
sous. Les pieds de devant, qui n'ont que quatre doigts, 
sont assez courts et épais; ceux de derrière, qui en 
ont cinq, sont au contraire déliés et très longs; les 
ongles sont plats et arrondis. 

La raine verte saute avec plus d'agilité que les 
grenouilles , parce qu'elle a les pattes de derrière 
plus longues en proportion de la grandeur du corps. 
C'est au milieu des bois, c'est sur les branches des 
arbres, qu'elle passe presque toute la belle saison; 

liai , Syaops. Quadrup. , 25 1, Rana arborea, sea Ranuncui is viridis. 

Rocscl , tab. f), lo et 1 1 . 

Hyla viridis, Laurent! spécimen medicum. 

Rana arborea^ Wulff. Ichthyologia, cum ampLîbiis regni Bonissici, 



DE LA RAINE VERTE OU COMMUNE. l'JJ 

sa peau est si gluaate, et ses pelotes visqueuses se 
collent avec tant de facilité à tous les corps, quel- 
que polis qu'ils soient , que la raine n'a qu'à se 
poser sur la branche la plus unie , même sur la 
surface inférieure des feuilles, pour s'y attacher de 
manière à ne pas tomber. Catesby dit qu'elle a la fa- 
culté de rendre ces pelotes concaves , et de former 
par là un petit vide qui l'attache plus fortement à la 
surface qu'elle touche. Ce même auteur ajoute qu'elles 
franchissent quelquefois un intervalle de douze pieds. 
Ce fait est peut-être exagéré; mais quoi qu'il en soit, 
les raines sont aussi agiles dans leurs mouvements 
que déliées dans leur forme. 

Lorsque les beaux jours sont venus, on les voit s'é- 
lancer sur les insectes qui sont à leur portée; elles 
les saisissent et les retiennent avec leur langue, ainsi 
que les grenouilles; et sautant avec vitesse de ra- 
meau en rameau, elles y représentent jusqu'à un cer- 
tain point les jeux et les petits vols des oiseaux, ces 
légers habitants des arbres élevés. Toutes les fois 
qu'aucun préjugé défavorable n'existera contre elles; 
qu'on examinera leurs couleurs vives qui se marient 
avec le vert des feuillages et l'émail des fleurs ; 
qu'on remarquera leurs ruses et leurs embuscades ; 
qu'on les suivra des yeux dans leurs petites chasses ; 
qu'on les verra s'élancer à plusieurs pieds de dislance, 
se tenir avec facilité sur les feuilles dans la situation 
la plus renversée et s'y placer d'une manière qui pa- 
roîtroit merveilleuse si l'on neconnoissoitpas l'organe 
qui leur a été donné pour s'attacher aux Corps les 
plus unis; n'aura- 1- on pas presque autant de plaî- 



128 HISTOIUE NATURELLE 

sir à les observer qu'à considérer le plumage , les 
manœuvres et le vol de plusieurs espèces d'oiseaux? 

L'habitation des raines au sommet de nos arbres 
est une preuve de plus de cette analogie et de cette res- 
semblance d'habitudes que l'on trouve même entre les 
classes d'animaux qui paroissent les plus différentes les 
unes des autres. La dragonne, l'iguane, le basilic, le ca- 
méléon , et d'autres lézards très grands, habitent au 
milieu des bois et même sur les arbres ; le lézard ailé 
s'y élance comme l'écureuil avec une facilité et à des 
distances qui ont fait prendre ses sauts pour une es- 
pèce de vol ; nous retrouvons encore sur ces mêmes 
arbres les raines , qui cependant sont pour le moins 
aussi aquatiques que terrestres, et qui paroissent si 
fort se rapprocher des poissons ; et tandis que ces 
raines , ces habitants si naturels de l'eau , vivent sur 
les rameaux de nos forêts, l'on voit, d'un autre côté, 
de grandes légions d'oiseaux presque entièrement 
dépourvus d'ailes, n'avoir que la mer pour patrie, 
et attachés , pour ainsi dire, à la surface de l'onde, 
passer leur vie à la sillonner ou à se plonger dans les 
flots. 

Il en est des raines comme des grenouilles, leur 
entier développement ne s'effectue qu'avec lenteur ; 
et de même qu'elles demeurent long-temps dans 
leurs véritables œufs, c'est-à-dire sous l'enveloppe 
qui leur fait porter le nom de têtards, elles ne de- 
viennent qu'après un temps assez long en état de 
perpétuer leur espèce : ce n'est qu'au bout de trois 
ou quatre ans qu'elles s'accouplent. Jusqu'à cette 
époque, elles sont presque muettes ; les mâlesmêmes 



DE LA RAINE VERTE OU COMMUNE. 1 29 

qui , dans tant d'espèces d'animaux, ont la voix plus 
forte que les femelles, ne se font point entendre, 
comme si leurs cris n'étoient propres qu'à exprimer 
les désirs qu'ils ne ressentent pas encore, et à appeler 
des compagnes vers lesquelles ils ne sont point en- 
core entraînés. 

C'est ordinairement vers la fin du mois d'avril que 
le4irs amours commencent; mais ce n'est pas sur les 
arbres qu'elles en goûtent les plaisirs ; on diroit 
qu'elles veulent se soustraire à tous les regards, et 
se mettre à l'abri de tous les dangers, pour s'occuper 
plus pleinement sans distraction et sans trouble de 
l'objet auquel elles vont s'unir; ou bien il semble 
que leur première patrie étant l'eau , c'est dans cet 
élément qu'elles reviennent jouir dans toute son éten- 
due d'une existence qu'elles y ont reçue, et qu'elles 
sont poussées par une sorte d'instinct à ne donner le 
jour à de petits êtres semblables à elles , que dans 
les asiles favorables où ils trouveront en naissant la 
nourriture et la sûreté qui leur ont été nécessaires à 
elles-mêmes dans les premiers mois où elles ont vécu; 
ou plutôt encore c'est à l'eau qu'elles retournent dans 
le temps de leurs amours , parce que ce n'est que 
dans l'eau qu'elles peuvent s'unir de la manière qui 
convient le mieux à leur organisation. 

Les raines ne vivent dans les bois que pendant le 
temps de leurs chasses, car c'est aussi au fond des 
eaux et dans le limon des lieux marécageux , qu'elles 
se cachent pour passer le temps de l'hiver et de leur 
engourdissement. 

On les trouve donc dans les étangs dès la fin du 



laO iriSTOïKE NATURELLE 

mois d'avril OU au commencement de mai; mais, 
comme si elles ne pouvoient pas renoncer, même 
pour un temps très court , aux branches qu'elles ont 
habitées, peut-être parce qu'elles ont besoin d'y aller 
chercher l'aliment qui leur convient le plus lors- 
qu'elles sont entièrement développées, elles choisis- 
sent les endroits marécageux entourés d'arbres : c'est 
là que les mâles gonflant leur gorge, qui devient 
brune quand ils sont adultes, poussent leurs cris rau- 
ques et souvent répétés , avec encore plus de force 
que la grenouille commune. A peine l'on d'eux fait- 
il entendre son coassement retentissant, que tous les 
autres mêlent leurs sons discordants à sa voix ; et 
leurs clameurs sont si bruyantes qu'on les prendroil 
de loin pour une meute de chiens qui aboient, et 
que, dans des nuits tranquilles, leurs coassements 
réunis sont quelquefois parvenus jusqu'à plus d'une 
lieue, surtout lorsque la pluie étoit prête à tomber. 

Les raines s'accouplent comme les grenouilles; on 
aperçoit le mâle et la femelle descendre souvent au 
fond de l'eau pendant leur union, et y demeurer 
assez de temps; la femelle paroît agitée de mouve- 
ments convulsifs, surtout lorsque le moment de la 
ponte approche ; et le mâle y répond en approchant 
plusieurs fois l'extrémité de son corps , de manière 
à féconder plus aisément les œufs à leur sortie. 

Quelquefois les femelles sont délivrées , en peu 
d'heures, de tous les œufs qu'elles doivent pondre ; 
d'autres fois elles ne s'en débarrassent que dans 
quarante-huit heures, et même quelquefois plus de 
temps ; mais alors il arrive souvent que le mâle lassé. 



DE LA RAINE VERTE OU COMMUNE. l5î 

et peut-être épuisé de fatigue, perdant son amour avec 
ses désirs, abandonne sa femelle, qui ne pond plus 
que des œufs stériles. 

La couleur des raines varie après leur accouple- 
ment; elle est d'abord rousse et devient grisâtre ta- 
chetée de roux ; elle est ensuite bleue, et enfin verte. 

Ce n'est ordinairement qu'après deux mois que les 
jeunes raines ont la forme qu'elles doivent conserver 
toute leur vie; mais, dès qu'elles ont atteint leur 
développement et qu'elles peuvent sauter et bondir 
avec facilité , elles quittent les eaux et gagnent les 
bois. 

On fait vivre aisément la raine verte dans les mai- 
sons, en lui fournissant une température et une nour- 
riture convenables. Comme sa couleur varie très sou- 
vent , suivant l'âge, la saison et le climat, et comme, 
lorsque l'animal est mort, le vert du dessus de son 
corps se change souvent en bleu , nous présumons 
que l'on doit regarder comme une variété de cette 
raine, celle que M. Boddaert a décrit sous le nom 
de grenouille à deux couleurs*. Cette dernière raine 
faisoit partie de la collection de M. Schlosser, et avoit 
été apportée de Guinée ; ses pieds n'étoient pas pal- 
més. Ses doigts étoient garnis de pelotes visqueuses; 
elle en avoit quatre aux pieds de devant et cinq aux 
pieds de derrière. La couleur du dessus de son corps 
étoit bleue, et le jaune régnoit sur tout le dessous. 
Le museau étoit un peu avancé ; la tête plus large que 
le corps, et la lèvre supérieure un peu fendue. 

1 , Rana bicolor. Pétri Bodda'ert , epist. de Rana bicolore. Ex musœo 
Joan, Alb. Schlosser, Arast. , 1772. 



102 HISTOIRE NATURELLE 

On rencontre la raine verte en Europe^, en Afri- 
que et en Amérique 2; mais, indépendamment de 
cette espèce, les pays étrangers offrent d'autres qua- 
drupèdes ovipares sans queue , et avec des plaques 
visqueuses sous les doigts. Nous allons présenter les 
caractères particuliers de ces diverses raines. 

1. Elle est très commune en Sardaigne. Histoire naturelle des Am- 
phibies et des Poissons de la Sardaigne, par M. P'rançois Cetti,p. Sg. 

2. Catesby, Histoire naturelle de la Caroline. 

M. Smith , Voyage dans les États-Unis de l'Amérique. 



DE LA BOSSUE. 1 .5 > 



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LA BOSSUE*. 



Calamita surinamensis^ Merr. — Hyla surinamensisj 

Daud. 



On trouve, dans l'île de Lemnos, une raine qu'il 
est aisé de distinguer d'avec les autres, parce que 
sur son corps arrondi et plane s'élève une bosse bien 
sensible. Ses yeux sont saillants; et les doigts de ses 
pieds, garnis de pelotes gluantes comme celles de la 
raine commune, sont en même temps réunis par une 
membrane. Elle est la proie des serpents. Il paroît 
que cette espèce qui appartient à l'ancien continent, 
se rencontre aussi à Surinam ; mais elle y a subi l'in- 
fluence du climat, et y forme une variété distinguée 
par les taches que le dessus de son corps présente ^o 

1. La Bossue. M. DaubentOD, Encyclopédie méthodique. 
Hyia ranœformis, Laurenli spécimen medicum. 

Séba , tom. Il , tab. i3, fig. 2. 

2. Hyla ranœformis , Var. B., Lanrenti spécimen medicum. 
Séba , tora. Il , tab. 70, fig. 4- 



I.ACEPEDE. m. 



l34 HISTOIRE NATURELLE 



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LA BRUNE'. 



Ciilamita iinctorius, var. b, Merr, — Hyia fusca ^ 
Laur. — ïtyla arboreo^ var. h^ Linn. — La Rainette 

A TAPIRER. CuV. 



Cette raine que M. Laurent: a le premier décrite 
sans indiquer son pays natal , mais qui nous paroît 
devoir appartenir à l'Europe, est distinguée d'avec les 
autres par sa couleur brune, et par des tubercules en 
quelque sorte déchiquetés qu'elle a sous les pieds. 

La raine ou grenouille d'arbre dont parle Sloane 
sous le nom de Rana arborea maxima_, et qui habile 
la Jamaïque , pourroit bien être une variété de la 
brune; sa couleur est foncée comme celle de la 
brune ; à la vérité, elle est tachetée de vert, et elle 
a de chaque côté du cou une espèce de sac ou de 
vessie conique^; mais les différences de cette raine 
qui vit en Amérique avec la brune, qui paroît habi- 
ter l'Europe , pourroient être rapportées à l'influence 
du climat, ou à celle de la saison des amours, qui , 
dans presque tous les animaux, rend plusieurs par- 
lies beaucoup plus apparentes. 

1. La Brune. M. Daubetiloil , Encyclopédie mélhcjdique. 
Hyta fusca , 27. Laurcnti specimeu mcdicum. 
•i. Sloanp , t. 3. 



DE LA COULEUn-DE-LAIT. 105 



LA COULEUR-DE-LAIT'. 



Calamita palfnatm , Merr, — Rana boans, Linn. — 
Calamila maximus , Schkeid. — Hyla palmata 
Latr., Daud. 



Elle habite en Amérique : sa couleur est d'un blanc 
de neige, avec des taches d'un blanc moins éclatant; 
le bas-ventre présente des bandes d'une couleur cen- 
drée pâle ; l'ouverture de la gueule est très grande. 
Une variété de cette espèce, au lieu d'avoir le des- 
sus du corps d'un blanc de neige, l'a d'une couleur 
bleuâtre un peu plombée. 

1. La couleur-de-lait. M. Daubenton , Encyclopédie méthodique. 
Hyla Ittctea, 28. Laurent! spécimen medicum. 



l36 HISTOIRE NATURELLE 



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LA FLUTEUSE*. 



Cnlamita tibicen, Merr. — Hyla tibiatrix, Laur., 
Dald. — Hyla aurantiaca y Laur. — Rana arborea^ 
var. Cj, et Rana boans _, var. g, Linn., Gmel. 



Cette espèce a le corps d'un blanc de neige , sui- 
vant M. Laurenti, de couleur jaune, suivant Séba, et 
tacheté de rouge. Les pieds de derrière sont palmés, 
et le mâle , en coassant , fait enfler deux vessies qu'il 
a des deux côtés du cou, et que l'on a comparées à 
des flûtes. Suivant Séba, elle coasse mélodieusement : 
mais je crois qu'il ne faut pas avoir l'oreille très dé- 
licate pour se plaire à la mélodie de la Flûteuse; cette 
raine se tait pendant les jours froids et pluvieux, et 
son cri annonce le beau temps; elle est opposée en 
cela à la grenouille commune, dont le coassement est 
au contraire un indice de pluie. Mais la sécheresse ne 
doit pas agir également sur les animaux dans deux 
climats aussi différents que ceux de l'Europe et de 

1. La Flûteuse. M. Daubenlon, Encyclopédie luélhodiquc. 
Hyla tibiatrix, 3o. Laurenti, spécimen medicuui, 
Séba , toui. 1 , tab. 71, fig. 1 el 2. 



DE LA FLliTElJSE. lOn 

l'Amérique méridionale. Le mâle de la raine couleur 
de lait ne pourroit-il pas avoir aussi deux vessies , 
qu'il n'enfleroit et ne rendroit apparentes que dans 
le temps de ses amours, et dès lors la flûtense ne de- 
vroit-elle pas être regardée comme une variété de la 
conleur-de-lait ? 



l58 IlISTOinE NATURELLE 






L'ORANGEE*. 



Calamita tibicen_, Merr. — Hyla tibiatrlx^ Laur. , 
Daud. — Hyla aurantiaca, Laur. 

Calamita ruber, Merr. — Hyla rubra, Laur., Daud. 
— Hyla Sceleton j, Laur. 



Le corps de cette raine est jaune, avec une teinte 
légère de roux , et son dos est comme circonscrit par 
une file de points roux plus ou moins foncés. Séba 
dit qu'elle ne diffère de la flûteuse que par le défaut 
des vessies de la gorge : elle vit à Surinam. 

On rencontre au Brésil une raine dont le corps est 
d'un jaune tirant sur la couleur de l'or : son dos est 
à la vérité panaclié de rouge, et on l'a vue d'une 
maigreur si grande, qu'on en a tiré le nom de raine 
squelette qu'on lui a donné^. Mais les raines, ainsi 

1. V Orangée. M. Daubenton , Encyclopédie inélhodique. 
Hyla aurantiaca, 3i. Laurenli spécimen medicum. 

Scba , lom. I, lab. 71, fig. 3. 

2. La Raine Squelette. M. Daubenlon, Encyclopédie mélhodiqucr 
Jlyla Sceleton, 35. Laurenti spécimen medioum. 

Séba , lom, I , lab. 70. fig. 5. 



DE l'orangée. iSg 

que les grenouilles , sont sujettes à varier beaucoup 
par l'abondance ou le défaut de graisse, même dans 
un très court espace de temps. Nous pensons donc 
que la raine squelette, vue dans d'autres moments 
que ceux où elle a été observée, n'auroit peut-être 
pas paru assez maigre pour former une espèce diffé- 
rent de l'orangée, mais simplement une variété dé- 
pendante du climat , ou d'autres circonstances. 



il^O HISTOIRE NATLKELLE 



o»6»i>»o »a» 6t»fr»^»a#a^e»<&»&e^»fro»»»a»&»«»e.g>» ft '0»O' ft P »0 ' fr q' ft 



LA ROUGE'. 



Calamita ruber^ Merr. — Hyla ruhra^ Lacr. , Daud. 

Calamita tinctoriusj Merr. — Hyla tmctoria, Latr.^ 
Daud. — Rana tinctoria , Shaw. 



On la trouve en Amérique; elle a la tête grosse , 
l'ouverture de la gueule grande, et sa couleur est 
rouge. 

M. le comte de Buffon a fait mention, dans l'His- 
toire des Perroquets appelés Cricks^, d'un petit qua- 
drupède ovipare sans queue de l'Amérique méridio- 
nale , dont se servent les Indiens pour donner aux 
plumes des perroquets une belle couleur rouge ou 
jaune , ce qu'ils appellent tapirer. Ils arrachent pour 
cela les plumes des jeunes cricks qu'ils ont enlevés 
dans leur nid; ils en frottent la place avec le sang 
de ce quadrupède ovipare ; les plumes qui renaissent 
après cette opération , au lieu d'être vertes comme 
auparavant, sont jaunes ou rouges. Ce quadrupède 
ovipare sans queue vit communément dans les bois : 

1. La Rouge. M. Daubenton, Encyclopédie méthodique. 
Hyla rubra, 32. Lauienti spécimen medicam. 

Scba , lom. 11 , lab. 68, fig. 5. 

2. Buffon , édition Pillot , tom. XXIV, pag. i35. 



Ouadrup. Ovrp. 




I.ULP,jaXEITE OrPvArN'EAamTE_:Z_LA RAITS^TTE A TAPmRPv OULAUCTGE. 



D F, LA ROUGE. l4l 

il y a au Cabinet du Roi plusieurs individus de cette 
espèce , conservés dans l'esprit-de-vin , d'après les- 
quels il est aisé de voir qu'il est du genre des raines, 
puisqu'il a des plaques visqueuses au bout des doigts, 
ce qui s'accorde fort bien avec l'habitude qu'il a de 
demeurer au milieu des arbres. Il paroît que la cou- 
leur de cette raine tire sur le rouge ; elle présente sur 
le dos deux bandes longitudinales, irrégulières, d'un 
blanc jaunâtre ou même couleur d'or. Il me semble 
qu'on doit regarder cette jolie et petite raine comme 
une variété de la rouge ou peut-être de l'orangée. 
Combien les grenouilles , les crapauds et les raines 
ne varient-ils pas, suivant l'âge , le sexe, la saison, 
et l'abondance ou la disette qu'ils éprouvent! La raine 
à tapirer a, comme la rouge, la tête grosse en pro- 
portion du corps , et l'ouverture de la gueule est 
grande. 

Au reste , il est bon de remarquer que nous re- 
trouvons sur les raines de l'Amérique méridionale 
les belles couleurs que la nature y a accordées aux 
grenouilles, et qu'elle y a prodiguées aussi avec tant 
de magnificence aux oiseaux , aux insectes et aux pa- 
pillons. 



1^2 IIISTOIUE NATURELLE 



<«M»««»»«-sy'^»» » a go a a <' » «Mp' )a<ws <' a c o«» » 8 <iis<i»e<g 



TROISIÈiME GENRE. 



Q€ADBIJ1>EDES OVIPARES SANS QUEUE, QUI OiN'T LE CORPS RAMASSE 
ET ARRONDI. 



CRAPAUDS 



■^-ïa«^ 6 S=- .i 



LE CRAPAUD COMMUN'. 

Bufo cbiereuSj Schneid., Merr. — Rana Bufo^ Linn.— 
Bufo vulgaris, Laur., Latr., Daud. — Le Crapaud 
COMMUN, Cuv. 



Depuls ioug-lemps l'opinion a flélri cet animal dé- 
goûtant, dont l'approche révolte tous les sens. L'es- 

1. Plirunos, en grec. 

Bufo, eu latin. 

Toad, en anglois. 

Le Crapaud commun. M. Daubenlou , Eucyclopétlie méthodique. 

Eana Bufo, 3. Linn., Ainphibia leplilia. 

Bufo, Scotia illustrala , Ediaiburgi , 1684= 



DU CRAPAUD COMMUN. ll^3 

pèce d'horreur avec laquelle on le découvre est 
produite même par l'image que le souvenir en re- 
trace; beaucoup de gens ne se le représentent qu'en 
éprouvant une sorte de frémissement , et les person- 
nes qui ont un tempérament foible et les nerfs dé- 
licats, ne peuvent en fixer l'idée sans croire sentir 
dans leurs veines le froid glacial que l'on a dit ac- 
compagner l'attouchement du crapaud. Tout en est 
vilain, jusqu'à son nom, qui est devenu le signe d'une 
basse difformité ; on s'étonne toujours lorsqu'on le 
Yoit constituer une espèce constante d'autant plus 
répandue , que presque toutes les températures lui 
conviennent, et en quelque sorte d'autant plus du- 
rable, que plusieurs espèces voisines se réunissent 
pour former avec lui une famille nombreuse. On est 
tenté de prendre cet animal informe pour un produit 
fortuit de l'humidité et de la pourriture, pour un de 
ces jeux bizarres qui échappent à la nature ; et on 
n'imagine pas comment cette mère commune, qui a 
réuni si souvent tant de belles proportions à tant de 
couleurs agréables, et qui même a donné aux gre- 
nouilles et aux raines une sorte de grâce , de gentil- 
lesse et de parure, a pu imprimer au crapaud une 
forme si hideuse. Et que l'on ne croie pas que ce 
soit d'après des conventions arbitraires qu'on le re- 
garde comme un des êtres les plus défavorablement 

Raiia Bufoj VVulff, Ichlhyologia , cum amphibiis regni Borussici. 

Phrunos, Arist. , Hist. an., lib. IX, cap. i, 4o. 

Toad, British Zoology, vol. III, London, 1776. 

Eubeta, seu Phrynum, Gesner pisc. , 807. 

Bradl., uat,, t. 21, f. a. 

Bufo, seu Rubeta , Rai, Synops. Quadrup., 252. 



l44 HISTOIRE NATURELLE 

traités : il paroît vicié dans toutes ses parties. S'il a 
des pattes , elles n'élèvent pas son corps dispropor- 
tionné ail dessus de la fange qu'il habite. S'il a des 
yeux, ce n'est point en quelque sorte pour recevoir 
une lumière qu'il fuit. Mangeant des herbes puantes 
et vénéneuses, caché dans la vase, tapi sous des tas 
de pierres, retiré dans des trous de rochers, sale dans 
son habitation , dégoûtant par ses habitudes , dif- 
forme dans son corps, obscur dans ses couleurs, in- 
fect par son haleine, ne se soulevant qu'avec peine, 
ouvrant, lorsqu'on l'attaque, une gueule hideuse, 
n'ayant pour toute puissance qu'une grande résis- 
tance aux coups qui le frappent, que l'inertie de la 
matière, que l'opiniâtreté d'un être stupide , n'em- 
ployant d'autre arme qu'une liqueur fétide qu'il lance, 
que paroît-il avoir de bon , si ce n'est de chercher, 
pour ainsi dire, à se dérober à tous les yeux, en 
fuyant la lumière du jour? 

Cet être ignobleoccupe cependant une assez grande 
place dans le plan de la nature : elle l'a répandu avec 
bien plusde profusion quebeaucoupd'objets chéris de 
sa complaisance maternelle. Il semble qu'au physique 
comme au moral, ce qui est le plus mauvais est le plus 
facile à produire ; et d'un autre côté, on diroit que la 
nature a voulu , par ce frappant contraste, relever la 
beauté de ses autres ouvrages. Donnons donc dans 
cette histoire une place assez étendue à ces êtres sur 
lesquels nous sommes forcés d'arrêter un moment 
l'attention. Ne cherchons même pas à ménager la 
délicatesse ; ne craignons pas de blesser les regards ; 
et tâchons de montrer le crapaud tel qu'il est. 

Son corps, arVondi et ramassé, a plutôt l'air d'un 



DU CRAPAUD COMMUN. l45 

amas informe et pétri au hasard, que d'un corps or- 
ganisé, arrangé avec ordre, et fait sur un modèle. Sa 
couleur est ordinairement d'un gris livide , tacheté 
de brun et de jaunâtre; quelquefois, au commence- 
ment du printemps, elle est d'un roux sale, qui de- 
vient ensuite, tantôt presque noir, tantôt olivâtre, et 
tantôt roussâtre. Il est encore enlaidi par un grand 
nombre de verrues ou plutôt de pustules d'un vert 
noirâtre, ou d'un rouge clair. Une éminence très al- 
longée , faite en forme de rein, molle et percée de 
plusieurs pores très visibles, est placée au dessus de 
chaque oreille. Le conduit auditif est fermé par une 
lame membraneuse. Une peau épaisse, dure, et très 
difficile à percer, couvre son dos aplati ; son large 
ventre paroît toujours enflé ; ses pieds de devant sont 
très peu allongés, et divisés en quatre doigts, tandis 
que ceux de derrière ont chacun six doigts réunis 
par une membrane*. Au lieu de se servir de cette 
large patte pour sauter avec agilité , il ne l'emploie 
qu'à comprimer la vase humide sur laquelle il re- 
pose; et au devant de cette masse, qu'est-ce qu'on 
distingue ? Une tête un peu plus grosse que le 
reste du corps, comme s'il manquoit quelque chose 
à sa difformité : une grande gueule garnie de mâ- 
choires raboteuses, mais sans dents; des paupières 
gonflées , et des yeux assez gros , saillants ; et qui 
révoltent par la colère qui paroît souvent les animer. 
On est tout étonné qu'un animal qui ne semble pétri 
que d'une vile et froide boue , puisse sentir l'ardeur 
de la colère , comme si la nature avoit permis ici aux 

1. Le doigt intérieur est gros, mais très court et peu sensible dans 
k* squelette. 



l46 HISTOIRE NATURELLE 

extrêmes de se mêler, afin de réunir dans un seul 
être tout ce qui peut repousser l'intérêt. Il s'irrite 
avec force pour peu qu'on le touche ; il se gonfle , 
et tâche d'employer ainsi sa vaine puissance : il résiste 
long-temps aux poids avec lesquels on cherche à l'é- 
craser; et il faut que toutes ses parties et ses vais- 
seaux soient bien peu liés entre eux, puisqu'on a vu 
des crapauds qui , percés d'outre en outre avec un 
pieu , ont cependant vécu plusieurs jours, étant fichés 
contre terre. 

Tout se ressent de la grossièreté de l'atmosphère 
ordinairement répandue autour du crapaud, et de la 
disproportion de ses membres : non seulement il ne 
peut point marcher , mais il ne saute qu'à une très 
petite hauteur; lorsqu'il se sent pressé, il lance contre 
ceux qui le poursuivent les sucs fétides dont il est 
imbu; il fait jaillir une liqueur limpide que l'on dit 
être son urine*^, et qui, dans certaines circonstances, 
est plus on moins nuisible. Il transpire de tout son 
corps une humeur laiteuse, et il découle de sa bou- 
che une bave, qui peuvent infecter les herbes et les 
fruits sur lesquels il passe, de manière à incommoder 
ceux qui en mangent sans les laver. Cette bave et 
cette humeur laiteuse peuvent être un venin plus ou 
moins actif, ou un corrosif plus ou moins fort , sui- 
vant la température, la saison, et la nourriture des 
crapauds, l'espèce de l'animal sur lequel il agit, et 
la nature de la partie qu'il attaque. La trace du cra- 
paud peut donc être, dans certaines circonstances, 
aussi funeste que son aspect est dégoûtant. Pourquoi 

i. Voyez l'ouvrage déjà cité de M. Lauronli. 



DU CRAPAUD COMMUN. l47 

donc laisser subsister nn animal qui souille et la terre 
elles eaux, et même le regard? Mais comment anéan- 
tir une espèce aussi féconde , et répandue dans pres- 
que toutes les contrées? 

Le crapaud habite pour l'ordinaire dans les fossés, 
surtout dans ceux où une eau fétide croupit depuis 
long-temps ; on le trouve dans les fumiers , dans les 
caves , dans les antres profonds , dans les forêts , où 
il peut se dérober aisément à la clarté qui le blesse, 
en choisissant de préférence les endroits ombragés , 
sombres, solitaires, en s'enfonçaut sous les décom- 
bres et sous les tas de pierres : et combien de fois 
n'a-t-on pas été saisi d'une espèce d'horreur, lorsque 
soulevant quelque gros caillou dans des bois humides, 
on a découvert un crapaud accroupi contre terre, 
animant ses gros yeux, et gonflant sa masse pustu- 
leuse ? 

C'est dans ces divers asiles obscurs qu'il se tient 
renfermé pendant tout le jour, à moins que la pluie 
ne l'oblige à en sortir. 

Il y a des pays où les crapauds sont si fort répan- 
dus, comme auprès de Carthagène, et de Porto-Bello 
en Amérique, que non seulement lorsqu'il pleut ils 
y couvrent les terres humides et marécageuses, mais 
encore les rues , les jardins et les cours , et que les 
habitants de ces provinces de Carthagène et de Porto- 
Bello, ont cru que chaque goutte de pluie étoit chan- 
gée en crapaud. Ces animaux présentent même dans 
ces contrées du Nouveau-Monde, un volume consi- 
dérable ; les moins grands ont six pouces de longueur. 
Si c'est pendant la nuit que la pluie tombe, ils aban- 
donnent presque tous leur retraite, et alors ils pa- 



i48 hïstoiue naturelle 

roissent se toucher sur la surface de la terre, qu'on 
diroit qu'ils ont entièrement envahie. On ne peut 
sortir sans les fouler aux pieds, et on prétend même 
qu'ils y font des morsures d'autant plus dangereuses, 
qu'indépendamment de leur grosseur, ils sont, dit- 
on, très venimeux *^. Il se pourroit en effet que l'ar- 
deur de ces contrées, et la nourriture qu'ils y pren- 
nent, viciât encore davantage la nature de leurs 
humeurs. 

Pendant l'hiver, les crapauds se réunissent plusieurs 
ensemble , dans les pays où la température devenant 
trop froide pour eux, les force à s'engourdir; ils se 
ramassent dans le même trou , apparemment pour 
augmenter et prolonger le peu de chaleur qui leur 
reste encore. C'est dans ce temps qu'on pourroit plus 
facilement les trouver, qu'ils ne pourroient fuir, et 
qu'il faudroit chercher à diminuer leur nombre. 

Lorsque les crapauds sont réveillés de leur long 
assoupissement, ils choisissent la nuit pour errer et 
chercher leur nourriture ; ils vivent, comme les gre- 
nouilles , d'insectes, de vers, de scarabées , de lima- 
çons; mais on dit qu'ils mangent aussi de la sauge, 
dont ils aiment l'ombre , et qu'ils sont surtout avides 
de ciguë , que l'on a quelquefois appelée le persil du 
crapaud^. 

Lorsque les premiers jours chauds du printemps 
sont arrivés , on les entend, vers le coucher du soleil , 
jeter un cri assez doux : apparemment c'est leur cri 
d'amour; et faut-il que des êtres aussi hideux en 

1. Voyage de Don Antoine d'UlW, Histoire générale des Voyages, 
vol. LUI, page SSg, édit. in-12. 

2. Matière médicale , cont. de Geoffroy, tome XII, page i48. 



1>U CRAPAUD COMMUN. 1 49 

éprouvent {'influence , et qu'ils paroissent même le 
ressentir plutôt que les autres quadrupèdes ovipares 
sans queue? Mais ne cessons jamais d'être historien 
fidèle; ne négligeons rien de ce qui peut diminuer 
l'espèce d'horreur avec laquelle on voit ces animaux ; 
et, en rendant compte de la manière dont ils s'unis- 
sent, n'omettons aucuns des soins qu'ils se donnent, 
et qui paroîtroient supposer en eux des attentions 
particulières , et une sorte d'affection pour leurs fe- 
melles. 

C'est en mars ou en avril que les crapauds s'ac- 
couplent : le plus souvent c'est dans l'eau que leur 
union a lieu, ainsi que celle des grenouilles et des 
raines. Mais le mâle saisit la femelle souvent fort loin 
des ruisseaux ou des marais; il se place sur son dos, 
l'embrasse étroitement, la serre avec force : la fe- 
melle, quoique surchargée du poids du mâle, est 
obligée quelquefois de le porter à des distances con- 
îjidérables; mais ordinairement elle ne laisse échapper 
aucun œuf que lorsqu'elle a rencontré l'eau. 

Ils sont accouplés p^?ndant sept ou huit jours, et 
même plus de vingt , lorsque la saison ou le climat 
sont froids^; ils coassent tous deux presque sans 
cesse , et le mâle fait souvent entendre une sorte de 
grognement assez fort lorsqu'on veut l'arracher à sa 
femelle, ou lorsqu'il voit approcher quelque autre 
mâle, qu'il semble regarder avec colère, et qu'il tâche 
de repousser en allongeant ses pattes de derrière. 
Quelque blessure qu'il éprouve il ne la quitte pas : 
si on l'en sépare par force, il revient à elle dès qu'on 

1. Œuvres de M. l'abbé Spallauzani, vol. III, page 3i. 

LACÉPÈDE. m. lO 



l50 HISTOIRE NATURELLE 

le laisse libre , et il s'accouple de nouveau . quoique 
privé de plusieurs membres , et tout couvert de plaies 
sanglantes*. Vers la tin de l'accouplement, la femelle 
pond ses œufs ; le mâle les ramasse quelquefois avec 
ses pattes de derrière , et les entraîne au dessous de 
son anus dont ils parolssenl sortir; il les féconde et 
les repousse ensuite. Ces œufs sont renfermés dans 
une liqueur transparente , visqueuse , où ils forment 
comme deux cordons toujours attachés à l'anus de la 
femelle. Le mâle et la femelle montent alors à la sur- 
face de l'eau pour respirer ; au bout d'un quart d'heure 
ils s'enfoncent une seconde fois pour pondre ou fé- 
conder de nouveaux œufs ; et ils paroissent ainsi à la 
surface des marais , et disparoissent plusieurs fois. A 
chaque nouvelle ponte , les cordons qui renferment 
les œufs s'allongent de quelques pouces : il y a ordi- 
nairement neuf ou dix poules. Lorsque tous les œufs 
sont sortis et fécondés, ce qui n'arrive souvent qu'après 
douze heures , les cordons se détachent ; ils ont alors 
quelquefois plus de quarante pieds de long^ ; les œufs, 
dont la couleur est noire, y sont rangés en deux files, 
et placés de manière à occuper le plus petit espace 
jpossible : on a rencontré de ces œufs à sec dans le 
fond de bassins et de fossés dont l'eau s'étoit éva- 
porée. 

Les crapauds craignent autant la lumière dans le 
moment de leurs plaisirs que dans les autres instants 
de leur vie : aussi n'est-ce qu'à la pointe du jour, et 
même souvent pendant la nuit , qu'ils s'unissent à leurs 
femelles. Les besoins du mâle paroissent subsister 

1. Œuvres de M. {'abbé Spallauzani, vol. III, page 84. 

2. Idem, page 55. 



DU CRAPAUD COMMUN. l5l 

quelquefois, après que ceux de la femelle ont été sa- 
tisfaits, c'est-à-dire après la ponte des œufs. M. Roësel 
en a vu rester accoupler pendant plus d'un jour, 
quoique la femelle ni le mâle ne laissassent rien 
sortir de leur corps, et qu'en disséquant la femelle 
il ait vu ses ovaires vides*. On retrouve donc, dans 
cette espèce, la force tyrannique du mâle, qui n'at- 
tend pas , pour s'unir de nouveau à sa femelle , qu'un 
besoin mutuel les rassemble par la voix d'un amour 
commun, mais qui la contraint à servir à ses Jouis- 
sances , lors même que ses désirs ne sont plus par- 
tagés ; et cet abus de la force qu'il peut exercer sur 
elle, ne paroît-il pas exister aussi dans la manière dont 
il s'en empare, pendant qu'ils sont encore éloignés du 
seul endroit où ses jouissances semblent pouvoir être 
communes à celle qu'il s'est soumise? Il se fait por- 
ter par elle, et commence ses plaisirs pendant qu'elle 
ne paroît ressentir encore que la peine de leur union. 
Nous devons cependant convenirque, dans la ponte, 
les mâles des crapauds se donnent quelquefois plus de 
soins que ceux des grenouilles, non seulement pour 
féconder les œufs , mais encore pour les faire sortir du 
corps de leurs femelles , lorsqu'elles ne peuvent pas se 
défaire seules de ce fardeau. On ne peut guère en dou- 
ter d'après les observations de M. Demours^ sur un cra- 
paud terrestre trouvé par cet académicien dans le Jar- 
din du Roi , surpris, troublé, sans être interrompu 
dans ses soins, et non seulement accouplé hors do 
l'eau, mais encore aidant avec ses pattes de derrière 
la sortie des œufs que la femelle ne pouvoit pas faci- 

1. Roësel , Hisloria naturalis Ranarum , etc. 

2. Métn. de l'Académie des Sciences, année 1741. 



l52 IIISTOIUE NATURELLE 

literpar les divers mouveinenls qu'elle exécute lors- 
qu'elle est dans l'eau ^. 

Au reste, des œufs abandonnés à terre ne doivent 
pas éclore, à moins qu'ils ne tombent dans quelques 
endroits assez obscurs, assez couverts de vases, et 
assez pénétrés d'humidité , pour que les petits cra- 
pauds puissent s'y nourrir et s'y développer^. 

Les cordons augmentent de volume en même temps 
et en même proportion que les œufs qui, au bout de 
dix ou douze jours, ont le double de grosseur que 
lors de la ponte ^; les globules renfermés dans ces 
œufs, et qui d'abord sont noirs d'un côté, et blanchâ- 
tres de l'autre, se couvrent peu à peu de linéaments; 
au dix-septième ou dix-huitième jour on aperçoit le 
petit têtard; deux ou trois jours après il se dégage de 
la matière visqueuse qui enveloppoit les œufs ; il s'ef- 
force alors de gagner la surface de Teau , ma^is il re- 
tombe bientôt au fond ; au bout de quelques jours il 
a de chaque côté du cou un organe qui a quelques 
rapports avec les ouïes des poissons , qui est divisé 
en cinq ou six appendices frangées, et qui disparoît 
tout à fait le vingt-troisième ou le vingt-quatrième 
jour, ii semble d'abord ne vivre que de la vase et 
des ordures qui nagent dans l'eau ; mais, à mesure 

1, JVl. Laurent! a fait une espèce particulière du crapaud observé 
par M. Dcmours; il lui a donné le nom de Bufo obstetricans ; mais 
nous ne voyous rien qui doive faire séparer cet animal du crapaud 
commun. 

2. Les oeufs dos crapauds se développent, quoique la température 
de l'atmosphère ne soit qu'à six degrés au dessus du zéro du thermo- 
mètre de Piéaumur. Œuvres de M. l'abbé Spallanzaui. tra duction de 
M. Scnnebier, vol. î, page 88. 

5. M. îabbé Spallauzani , ouvrage déjà cité. 



DU CRAPAUD COMMUN. 1 55 

qu'il devient plus gros, il se nourrit de plantes aqua- 
tiques. Son développement se fait de la même ma- 
nière que celui des jeunes grenouilles ; et lorsqu'il 
est entièrement formé, il sort de l'eau, et va à terre 
chercher les endroits humides. 

Il en est des crapauds communs comme des autres 
quadrupèdes ovipares ; ils sont beaucoup plus grands 
et plus venimeux à mesure qu'ils habitent des pays plus 
chauds et plus convenables à leur nature^. Parmi les in- 
dividus de cette espèce qui sont conservés au Cabinet 
du Roi , il y en a un qui a quatre pouces et demi de lon- 
gueur depuis le museau jusqu'à l'anus. On en trouve sur 
la Côte-d'Or d'une grosseur si prodigieuse, que lors- 
qu'ils sont en repos, on les prendroit pour des tortues 
de terre ; ils y sont ennemis mortels des serpents : Bos- 
man a été souvent le témoin des combats que se li- 
vrent ces animaux. Il doit être curieux de voir le con- 
traste de la lourde masse du crapaud, qui se gonfle 
et s'agite pesamment, avec les mouvements prestes 
et rapides des serpents, lorsque, irrités tous les deux, 
et leurs yeux en feu, l'un résiste par sa force et son 
inertie aux efforts que son ennemi fait pour l'étouffer 
au milieu des replis de son corps tortueux , et que tous 
deux cherchent à se donner la mort par leurs mor- 
sures et leur venin fétide ou leurs liqueurs corrosives. 

Ce n'est qu'au bout de quatre ans que le crapaud 
est en état de se reproduire. On a prétendu que sa 
vie ordinaire n'étoit que de quinze ou seize ans; mais 
sur quoi l'a-t-on fondé? Avoit-on suivi avec soin le 

1. En Sardaigae, on regarde leur contact seul comme dangereux. 
Histoire naturelle des Amphibies et des Poissons de cette lie , par 
M. François Cetti, page 4'). 



l54 iïlSTOirxE NATURELLE 

même crapaud dans ses retraites écartées? Avoit-on 
recueilli un assez grand nombre d'observations pour 
reconnoître la durée ordinaire de la vie des crapauds, 
indépendamment de tout accident et du défaut de 
nourriture ? 

Nous avons au contraire un fait bien constaté , par 
lequel il est prouvé qu'un crapaud a vécu plus de 
trente-six ans : mais la manière dont il a passé sa 
longue vie va bien étonner ; elle prouve jusqu'à quel 
point la domesticité peut influer sur quelque animal 
que ce soit , et surtout sur les êtres dont la nature 
est plus susceptible d'altération, et dans lesquels des 
ressorts moins compliqués peuvent plus aisément, sans 
se rompre ou se désunir, être plies dans de nouveaux 
sens. Ce crapaud a vécu presque toujours dans une 
maison oii il a été, pour ainsi dire, élevé et apri- 
voisé^. Il n'y avoit pas acquis sans doute cette sorte 
d'affection que l'on remarque dans quelques espèces 
d'animaux domestiques, et qui étoient trop incom- 
patibles avec son organisation et ses mœurs, mais il y 
étoit devenu familier; la lumière des bougies avoit 
été long-temps pour lui le signal du moment où il 
alloit recevoir sa nourriture; aussi non seulement il 
la voyoit sans crainte , mais même il la recherchoit : 
il étoit déjà très gros lorsqu'il fut remarqué pour la 
première fois; il liabitoit sous un escalier qui étoit 
devant la maison ; il paroissoit tous les soirs au moment 
où il apercevoit de la lumière, et levoit les yeux comme 
s'il eût attendu qu'on le prît, et qu'on le portât sur une 
table, où il irouvoit des insectes, des cloportes, etsur- 

1. Zoologie brilaunique . vol. III. 



DL CRAPAUD COMMUN. l55 

lotit de petits vers qu'il préf'éroit peut-ôtre àcause de 
leur agitation continuelle ; il fixoit sa proie ; tout d'un 
coup il lançoit sa langue avec rapidité, elles insectes 
ou les vers y demeuroient attachés à cause de l'hu- 
meur visqueuse dont l'extrémité de cette langue étoit 
enduite. 

Comme on ne lui avoit jamais fait de ma! , il ne 
s'irritoit point lorsqu'on le touchoit; il devint l'objet 
d'une curiosité générale, et les dames mêmes demau- 
dèrent à voir le crapaud familier. 

Il vécut plus de trente-six ans dans cette espèce de 
domesticité ; et il auroit vécu plus de temps peut-être 
si un corbeau, apprivoisé comme lui, ne l'eût attaqué 
à l'entrée de son trou, et ne lui eût crevé un œil, mal- 
gré tous les efforts qu'on fit pour le sauver. Il ne put 
plus attrapper sa proie avec la même facilité , parce 
qu'il De pouvoit juger avec la même justesse de su 
véritable place ; aussi périt-il de langueur au bout 
d'un an. 

Les différents faits observés relativement à ce cra- 
paud, pendant sa domesticité, prouvent peut-être 
qu'on a exagéré la sorte de méchanceté et les goûts 
sales de son espèce. On pourroit dire cependant que 
ce crapaud habitoit l'Angleterre , et par conséquent 
à une latitude assez élevée pour que toutes ses mau- 
vaises habitudes fussent tempérées par le froid : d'ail- 
leurs , trente-six ans de domesticité, de sûreté et 
d'abondance, peuvent bien changer les inclinations 
d'un animal tel que le crapaud, le naturel des qua- 
drupèdes ovipares paroissant , pour ainsi dire, plus 
flexible que celui des animaux mieux organisés. Que 
l'on croie tout au plus qu'avec moins de dangers à 



i56 îiistoip.ï: naturelle 

courir, et une nourriture d'une qualité particulière , 
l'espèce du crapaud pourroit être perfectionnée 
comme tant d'autres espèces; mais ne faudra- l-il 
pas toujours reconnoître, dans les individus dont la 
nature seule aura pris soin , les vices de conformation 
et d'habitudes qu'on leur a attribués? 

Comme l'art de l'homme peut rendre presque tout 
utile, puisqu'il change quelquefois en médicaments 
salutaires les poisons les plus funestes , on s'est servi 
des crapauds en médecine ; on les y a employés de 
plusieurs manières^, et contre plusieurs maux. 

On trouve plusieurs observations d'après lesquelles 
il paroîtroit , au premier coup d'œil , qu'un crapaud a 
pu se développer et vivre pendant un nombre prodi- 
gieux d'années dans le creux d'un arbre ou d'un bloc 
de pierre, sans aucune communication avec l'air exté- 
rieur ; mais on ne l'a pensé ainsi , que parce qu'on 
n'avoit pas bien examiné l'arbre ou la pierre, avant 
de trouver le crapaud dans leurs cavités^. Cette opi- 
nion ne peut pas être admise, mais cependant on doit 
regarder comme très sûr qu'un crapaud peut vivre très 
long-temps, et môme jusqu'à dix-huit mois, sans pren- 
dre aucune nourriture , en quelque sorte sans respi- 
rer, et toujours renfermé dans des boîtes scellées exac- 
tement. Les expériences de M. Hérissant le mettent 

1. « Mes nègres, que les chaleurs du soleil et du sable avoient 
» beaucoup incommodés, se frottèrent le front avec des crapauds \i- 
» vants , dont ils trouvèrent encore quelques uns sous les broussailles : 
» c'est assez leur coutume lorsqu'ils sont travaillés de la migraine , et 
» ils en furent soulagés. » Histoire naturelle du Sénégal, par M. Adan- 
son , page i63. 

2. Encyclopédie méthodique, article des Crapauds, par M. Dau- 
benlon. Astruc, Paris. 17Ô7. m-^°, pages 562 et suiv. 



DU CRAPAUD COMMUN. 1 57 

hors de doute*, et ceci est une nouvelle confirma- 
tion de ce que nous avons dit dans notre premier 
discours touchant la nature des quadrupèdes ovi- 
pares. 

Voyons maintenant les caractères qui distinguent 
les crapauds différents du crapaud commun, tant en 
Europe que dans les pays étrangers ; il n'est presque 
aucune latitude où la nature ait prodigué ces êtres 
hideux dont il semble qu'elle n'a diversifié les es- 
pèces que par de nouvelles difformités, comme si 
elle avoit voulu qu'il ne manquât aucun trait de lai- 
deur à ce genre disgracié. 

1 . Éloge de M. Hérissant , Histoire de l'Académie des Sciences , 
année 1773. 



1 58 UISTOIUE NATURELLE 



aio.ft> a ca«AiOia<fl>oi*M ^» « JM < fw ;i»<^A« 4U .iitw ft Q dt )O Jte i fl) ^ 



LE VERT 



Bufo variahilis, Mekr. — Bufo viridis, Laur. , Schneid. 
— Bufo schreberianus j, Laur. — Rana sitibunda, 
Pall. , Gjiell. — Bufo sitibundus^ Schneid. — Le 
Crapaud variable , Cuv. 



On trouve auprès de Vienne , dans les cavités des 
rochers ou dans les fentes obscures des murailles, un 
crapaud d'un blanc livide, dont le dessus du corps 
est marqueté de taches vertes légèrement ponctuées, 
entourées d'une ligne noire , et le plus souvent réu- 
nies plusieurs ensemble. Tout son corps est parsemé 
de verrues, excepté le devant de la gueule et les ex- 
trémités des pieds; elles sont livides sur le ventre, 
vertes sur les taches vertes, et rouges sur les inter- 
valles qui séparent ces taches. 

Il paroît que les liqueurs corrosives que répand ce 
crapaud, peuvent être plus nuisibles que celles du 
crapaud commun : sa respiration est accompagnée 
d'un gonflement de la gueule. Dans la colère, ses yeux 
étincèlent; et son corps, enduit d'une humeur vis- 

1. Le Vert. M. Daubenton , Encyclopédie méthodique. 

Bufo viridis , 8. Laurenti specimeu inedicum. 

Bana siiibunda , M. Pallas , Supplément à son voyage. 



DU VERT. iSq 

queuse, répand une odeur fétide, semblable à celle 
de la raorelle des boutiques [Solanum nigrum) , mais 
beaucoup plus forte. Il tourne toujours en dedans 
ses deux pieds de devant. Comme il habite le même 
pays que le crapaud commun , on ne peut décider 
que d'après plusieurs observations, si les différences 
qu'il présente, quant à ses couleurs, à la disposition 
de ses verrues , etc. , doivent établir, entre cet animal 
et le crapaud commun , une diversité d'espèce ou une 
simple variété plus ou moins constante. Suivant M. Pal- 
las, le crapaud vert, qu'il nomme Rana sitibunday se 
trouve en assez grand nombre aux environs de la mer 
Caspienne^. 

1. M. Palias, à l'endroit déjà cité. 



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l60 HISTOIRE NATURELLE 



f fr ft » »o »a»c»»ftfrft »» a q)> »» e» '»« ft »|^w e« » » et» 9 <» » ao» »e <t ft »tt« ^^ ^ ^ 



LE RÂYON-VERT\ 



Biifo variabilisj Merr. — Bufo viridis, Laur. , Schneid. 
— Bvfo schreberianm , Laur. — Rana sitibunda, 
Gmel. — Bufo sitibundus, Schneid. — Le Crapaud 

VARIABLE , CuV. 



Nous plaçons à la suite du vert ce crapaud qui pour- 
roitbien n'en être qu'une variété^. Il est couleur de 
chair ; son caractère distinctif est de présenter des 
lignes vertes , disposées en rayons ; il a été trouvé en 
Saxe. 

Nous invitons les naturalistes qui habitent l'Alle- 
magne à rechercher si l'on ne doit pas rapporter au 
Rayon-vert , comme une variété plus ou moins dis- 
tincte, le crapaud trouvé en Saxe, parmi des pierres, 
par M. Schreber, et que M. Pallasafaitconnoîtresous 
le nom de Grenouille changeante^. 

Ce crapaud est de la grandeur de la grenouille com- 
mune ; sa tête est arrondie ; sa bouche sans dents ; 
sa langue épaisse et charnue; les paupières supé- 
rieures sont à peine sensibles, le dessus du corps est 

1. Le Rayon-Vert. M. Daubeaton , Encyclopédie mélhodiquc. 
Bufo sclireberianus , 7. Laurenti spécimen uiedicum. 
•2. Spicilegia zoologica , fasciculus seplitnus, fol. 1. 



DU RAYON-VEKT. l6l 

parsemé de verrues. Les pieds de devant ont quatre 
doigts; ceux de derrière en ont cinq, réunis par une 
membrane. M. Edier, de Lubeck , a découvert que 
ce crapaud change souvent de couleur, ainsi que le 
caméléon et quelques autres lézards, ce qui établit 
un nouveau rapport entre les divers genres des qua- 
drupèdes ovipares. Lorsque ce crapaud est en mou- 
vement, sa couleur est blanche, parsemée de taches 
d'un beau vert, et ces verrues paroissent jaunes. Lors- 
qu'il est en repos, la couleur verte des taches se change 
en un cendré plus ou moins foncé. Le fond blanc de 
sa couleur devient aussi cendré lorsqu'on le louche et 
qu'on l'inquiète. Si on l'expose aux rayons du soleil 
dont il fuit la lumière, la beauté de ses couleurs dis- 
paroît, et il ne présente plus qu'une teinte uniforme 
et cendrée. Un crapaud de la même espèce, trouvé 
engourdi par M. Schreber, présentoit , entre les ta- 
ches vertes, une couleur de chair semblable à celle 
du Rayon-vert. 



\6'à HISTOIRE NATURELLE 

LE BRUN'. 

Bnfo fiiscus, Laur., Daud. — Ranaridfbundaj, V\.ll. 
— Bufo ridibunduSj Schaeid. , Merr. — Rana boni- 
bina, var. g, Linn. — Le Crapaud brun, Cuv. 



Ce crapaud a la peau lisse, sans aucune verrue, et 
marquetée de grandes taches brunes qui se touchent. 
Les plus larges et les plus foncées sont sur le dos, au 
milieu et le long duquel s'étend une petite bande plus 
claire. Les yeux sont remarquables en ce que latente 
que laisse la paupière en se contractant, est située 
verticalement au lieu de l'être transversalement. Sous 
la plante des pieds de derrière qui sont palmés, on 
remarque un faux ongle qui a la dureté de la corne. 

La femelle est distinguée du mâle par les taches 
qu'elle a sous le ventre. 

Ce crapaud se trouve plus fréquemment dans les 
marais qu'au milieu des terres. Lorsqu'il est en co- 
lère, il exhale une odeur fétide semblable à celle 

1. Le Brun. M. Daubeuloa, Encyclopédie méthodique. 

Bufo fuscas, Laurenti specimeii luedicum. 

Roësel , tab. 17 el 18. 

Rana ridibunda. Supplément au voyage de M. Pallas. 



DU BRUN. l65 

de l'ail ou de la poudre à canon qui brûle ; et celte 
odeur est assez forte pour faire pleurer. 

Dans l'accouplement, le mâle paroît prendre des 
soins particuliers pour faciliter la ponte des œufs de 
la femelle. Roësel soupçonne qu'il est venimeux; et 
Actius et Gesner assurent même qu'il peut donner la 
mort, soit par son souffle empoisonné lorsqu'on l'ap- 
proche de trop près, soit lorsqu'on mange des herbes 
imprégnées de son venin. Sans doute l'assertion de 
Gesner et d'Actius peut être exagérée ; mais il res- 
tera toujours aux crapauds , et surtout au crapaud 
brun, assez de qualités malfaisantes, pour justifier 
l'aversion qu'ils inspirent. 

Il paroît que c'est le crapaud brun que M. Pallas a 
nommé Ra?ia rldihunda (Grenouille rieuse) , qui se 
trouve en grand nombre aux environs de la mer Cas- 
pienne, et dont le coassement, entendu de loin, imité 
un peu le bruit que l'on fa:it en riant. 



l64 IIISTOIUE NATURELLE 



« .&0 d«««<8^ £t« g» »»»a;8«»»»C ^-9 •»Q.»» -fr« frg »»■&««<'■ & ■» » »»« 'i 



LE CALAMITE'. 

ffa/b calamita^ Laur., Latr. , Daud. Merr. — Rana 
Bufo, var. ^^Linn. — Rana portejitosa^BumEmB. — 
Rana fœtidissima^ Herm. — Rana mephitiea ^Su^avu. 



C'est encore un crapaud d'Europe qui a beaucoup 
de ressemblance avec le crapaud brun , mais qui en 
diffère cependant assez pour constituer une espèce 
distincte. Il a le corps un peu étroit : ses couleurs sont 
très diversifiées ; son dos, qui est olivâtre, présente 
trois raies longitudinales, dont celle du milieu est 
couleur de soufre; et les deux des côtés ondulées et 
dentelées, sont d'un rouge clair mêlé d'un jaune plus 
foncé vers les parties inférieures. Les côtés du ventre, 
les quatre pattes et le tour de la gueule, sont mar- 
quetés de plusieurs taches inégales et olivâtres. 

Voilà la disposition générale des couleurs de la 
peau sur laquelle s'élèvent des pustules brunes sur 
le dos, rouges vers les côtés, d'un rouge pâle près 
des oreilles, et d'une couleur de chair éclatante vers 
les angles de la bouche où elles sont groupées. 

1. Le Calamité. M. Daubeutou, Encyclopédie méthodique. 
Bafo calamita, 9, Laureiili spcciinen medicum. 
l\oë.sel , lab. 24. 



Ï)U CALAMITE. 1 G5 

L'extrémité des doigts est noirâtre, et garnie d'une 
peau dure comme de la corne, qui tient lieu d'oncle 
à l'animal. Au dessous de la plante des pieds de de- 
vant se trouvent deux espèces d'os ou de faux ono^les 
dont le Calamité peut se servir pour s'accrocher : les 
doigts des pieds de derrière sont séparés. 

Le calamité se tient, pendant le jour, dans les fen- 
tes de la terre et dans les cavités des murailles. Au 
lieu d'être réduit à ne se mouvoir que par sauts 
comme les autres quadrupèdes ovipares sans queue, 
il grimpe, quoique avec peine, et en s'arrêtant sou- 
vent; à l'aide de ses faux ongles et de ses doigts sé- 
parés, il monte quelquefois le long des murs jusqu'à 
la hauteur de quelques pieds pour gagner sa retraite. 

On ne trouve pas ordinairement les calamités seuls 
dans leurs trous. Ils sont rassemblés et ramassés au 
nombre de dix ou douze. C'est la nuit qu'ils sortent 
de leur asile et qu'ils vont chercher leur nourriture. 
Pour éloigner leurs ennemis, ils font suinter, au tra- 
vers de leur peau , une liqueur dont l'odeur, sem- 
blable à celle de la poudre enflammée, est encore 
plus forte. 

Au mois de juin, ceux qui ont atteint l'âge de trois 
ans et à peu près leur entier accroissement se rassem- 
blent pour s'accoupler sur le bord des marais remplis 
de joncs, où ils font entendre un coassement reten- 
tissant et singulier. On pourroit penser que les habi- 
tudes particulières de ces crapauds influent sur la 
nature de leurs humeurs et empêchent qu'ils ne soient 
venimeux; cependant Roësel a présumé le contraire, 
parce que, suivant lui , les cigognes qui sont fort avi- 
des de grenouilles n'attaquent point les calamités. 



LACEPEDE. Iir. 



1 1 



l66 HISTOIRE NATURELLE 



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LE COULEUR-DE-FEU*. 



Bombinator igneus^ Merr. — Rana variegata et bom- 
bina, Linn. — Bufo igneus ^ h avj\. — Rana campa- 
nisonuj Laur. — Bufo bombinus ^hATïi.. 



M. Laurenti a découvert ce crapaud sur les bords 
du Danube. C'est un des plus petits. Son dos, d'une 
couleur olivâtre très foncée, est tacheté d'un noir sale: 
Biais le ventre, la gueule, les pattes et la plante des 
pieds, sont d'un blanc bleuâtre tacheté d'un beau 
vermillon, et c'est de là que lui vient son nom. Toute 
la surface de son corps est parsemée de petites ver- 
rues. Quand il est exposé au soleil , sa prunelle prend 
une figure parfaitement triangulaire dont le contour 
est doré. Cette espèce est très nombreuse dans les 
marais du Danube ; une variété de ce crapaud a le 
ventre noir tacheté et ponctué de blanc. 

On trouve le couleur-de-feu à terre pendant l'au- 
tomne : lorsqu'on l'approche et qu'il est près de l'eau, 
il s'y élance avec légèreté, ainsi que les grenouilles: 

1 . Feuer Krote, en allemand. 

Le Couleur-de-Feu, M. Daubenton , Encyclopédie mélhodique. 

Bufo igneus , i3. Laurenti spécimen medicnm. 

Roëscl. tab. 22 et 25. 



DU COULEUR-DE-FEU. 167 

mais s'il ne voit aucun moyen d'échapper, il s'affaisse 
contre terre comme pour se cacher; dès qu'on le 
touche, sa tête se contracte et se jette en arrière; si 
on le tourmente , il exhale une odeur fétide , et ré- 
pand par l'anus une sorte d'écume. Son coassement, 
qu'il fait entendre sans enfler sa gorge , est une sorte 
de grognement sourd et entrecoupé, qui quelquefois 
se prolonge et ressemble un peu, suivant M. Laurenti, 
à la voix d'une personne qui rit. 

Les œufs hors du corps de la femelle sont disposés 
par pelotons, ainsi que ceux des grenouilles, au lieu 
d'être rangés par files, comme les œufs du crapaud 
commun. Et ce qu'il y a de remarquable dans les 
habitudes de ce petit animal qui semble faire, à cer- 
tains égards, la nuance entre les crapauds et les gre- 
nouilles, c'est qu'au lieu de craindre la lumière il se 
plaît sur le bord de l'eau , à s'imbiber des rayons du 
soleil. Il ne paroît pas, d'après les expériences de 
M. Laurenti, que les humeurs du couleur-de-feu aient 
d'autre propriété nuisible que celle d'assoupir certains 
petits animaux, tels que les lézards gris qui sont très 
sensibles à toute sorte de venin, ainsi que nous l'a- 
vons déjà dit. 



iÔS HISTOIRE NATURELLE 



«e V9 »«»« 94 ««M»J««»« ««$««« M«« ««•««« «»»g»e««««4«««4 



LE PUSTULEUX*. 

Bufo pustulosiiSj Merr. , Laur. 



On trouve dans les lades ce crapaud remarquable 
par ses doigts garnis de tubercules semblables à des 
opines, et par les vésicules ou pustules qui le cou- 
vrent. Sa couleur est d'un roux cendré ; elle est plus 
claire sur les côtés et sur le ventre où elle est tache- 
tée de roux. Il a quatre doigts séparés aux pieds de 
devant et cinq doigts palmés aux pieds de derrière. 

1. Le Pustuleux. M. Daubeaton, Encyclopédie méthodique. 
Bufo piiatulosus , 4- Laurenti spécimen medicum. 
Séba , lom. I, tab. 74, fig- 1. 



DU GOÎTREUX. 169 



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LE GOITREUXS 



Bufo ventricosusj Laur., Latr., Daud., Merr. 
Rana ventricosa^ Linn. 



-i^MK^O^» 



Son corps arrondi est d'une couleur rousse. Son 
dos est sillonné par trois rides longitudinales. Son 
bas-ventre paroît enflé ; et cet animal est surtout dis- 
tingué par un gonflement considérable à la gorge. Les 
deux doigts extérieurs de ses pieds de devant sont 
réunis; il habite dans les Indes. 

1. Le Goitreux, M. Daubenton, Encyclopédie méthodique. 

Ranaventricosa, 7. Lion., Amphib. rept. 

Mus. Adolph. Frid., i, page 48. 

Bufo ventricosus , 5. Laurcnti speciincu medicum. 



170 HISTOIRE NATURELLE 



»<!««««« »»»»»»<»»»»»»e>*BOWff»o»o»»»»»»fr»»i»i>e » «ia» tt 



LE BOSSU'. 

Breviceps gibbosus, Merr. — Rana gibbosa^ Linn. - 
Rana breviceps^ Schneid. — Bufo gibbosus, Laur. 
Latr., Daud. 



La tête de ee crapaud est très petite , obtuse et 
enfoncée dans la poitrine. Son corps ridé , mais sans 
verrues, est très convexe. Sa couleur est nébuleuse : 
son dos présente une bande longitudinale, un peu 
pâle et dentelée; tous ses doigts sont séparés les uns 
des autres. Il en a quatre aux pieds de devant et cinq 
aux pieds de derrière. On le trouve dans les Indes 
orientales, ainsi qu'eu Afrique. L'individu que nous 
avons décrit a été apporté du Sénégal au Cabinet du 
Roi. 

1. Le Bossu. M. Daubcnton, Encyclopédie méthodi({ae. 
Rana gibbosa, 5. Linn., Amphib. rept. 
Bufo gibboius, Laureuti spécimen medicum. 



Quadrup. Ov 










ûratfe. par Moiùrj'e.^ac FcLr 

I. IX CBAPAXD EOSSU_ 2. ID. PTPA. 



DU PIPA. 171 



•<»0»0»<^'»« P »»*<«3*'*»** * ^*<*C ^^ ' g '^'**^^^^'*^^S*'^***'^*'^ ^ '*^'^****^'^*^^*'^'*^ 



LE PIPA*. 



Pipa Tedo, Merr. — Rana Pipa^ Linn. — Rana dor- 
sigerdj ScHNEiD. — Pipa americana, Laur. — Bufo 
dorsiger^.hkTK. , Daud. 



De tous les crapauds de l'Amérique méridionale , 
Tua des plus remarquables est le Pipa. Le mâle et la 
femelle sont assez différents l'un de l'autre , tant par 
la grandeur que par la conformation , pour qu'on les 
legarde, au premier coup d'œil, comme deux espèces 
très distinctes. Aussi , au lieu de décrire l'espèce en 
général , croyons-nous devoir parler séparément du 
mâle et de la femelle. 

Le mâle a quatre doigts séparés aux pieds de de- 
vant et cinq doigts palmés aux pieds de derrière. 
Chaque doigt des pieds de devant est fendu à l'ex- 

1. Cururu, dans l'Amérique méridionale. 

Le Pipa, M. Daubenton , Encyclopédie méthodique. 

Rana pipa, i. Linn., Amphib, rept. 

Gron. mus. 2, page 84, n" 64. 

Séba, mus., tom. I, tab. 77, fig. 1, 4- Bufo, seu Pipa americana, 

Bradl., nat, , t, 22, f. 1. Rana surinamensis, 

Vallisn., nat., 1, t. 4i» fig. 6. 

Planches enluminées, n° 21. 



l'J'2 HISTOIRE NATURELLE 

trémité en quatre petites parties. On a peine à dis- 
tinguer le corps d'avec la tête. L'ouverture de la 
gueule est très grande : les yeux, placés au dessus de 
la tête, sont très petits et assez distants l'un de l'autre. 
La tête et le corps sont très aplatis. La couleur géné- 
rale en est olivâtre plus ou moins claire et semée de 
très petites taches rousses ou rougeâtres. 

La femelle diffère du mâle en ce qu'elle est beau- 
coup plus grande. Elle a également la tête et le corps 
aplatis. Mais la tête est triangulaire et plus large à la 
base que la partie antérieure du corps. Les yeux sont 
très petits et très distants l'un de l'autre, ainsi que 
dans le mâle. Elle a de même cinq doigts palmés aux 
pieds de derrière et quatre doigts divisés aux pieds 
de devant , mais chacun de ces quatre doigts est fendu 
à l'extrémité en quatre petites parties plus sensibles 
que dans le mâle. Son corpsest communément hérissé 
partout de très petites verrues. L'individu femelle , 
qui est conservé au Cabinet du Roi, a cinq pouces 
quatre lignes de longueur depuis le bout du museao 
jusqu'à l'anus. 

Ce qui rend surtout remarquable ce grand crapaud 
de Surinam , c'est la manière dont les fœtus de cet 
animal croissent, se développent et éclosent*. Les 
petits du pipa ne sont point conçus sous la peau du 
dos de leur mère , ainsi que l'a pensé mademoiselle 
de Mérian, à qui nous devons les premières observa- 
tions sur cet animal- : mais , lorsque les œufs ont été 

1. Voyez un Mémoire de M. Bonuet, inséré dans le Journal de 
Physique de 1779, '^'°^' ^^ ' P^S*^ 'i^^' 

•î. Mérian , Dissertatio de generalione et metamorj)liosibus insec- 
toruHi SuiJnaminsium . elc. Anistcrd., 1719. 



DU PIPA. 170 

pondus par la femelle et fécondés par le mâle de la 
même manière que dans tous les crapauds , le mâle , 
au lieu de les disperser , les ramasse avec ses pattes , 
les pousse sous son ventre, et les étend sur le dos de 
la femelle où ils se collent. La liqueur fécondante du 
mâle fait enfler la peau et tous les téguments du dos 
de la femelle qui forment alors autour des œufs des 
sortes de cellules. 

Les œufs cependant grossissent, et doivent éprou- 
ver, par la chaleur du corps de la mère , un dévelop- 
pement plus rapide en proportion que dans les autres 
espèces de crapauds. Les petits éclosent, et sortent 
ensuite de leurs cellules, après avoir passé, en quel- 
que sorte, par l'état de têtard; car ils ont, dans les 
premiers temps de leur développement, une queue 
qu'il n'ont plus quand ils sont prêts à quitter leurs 
cellules^. 

Lorsqu'ils ont abandonné le dos de leur mère , 
celle-ci , en se frottant contre des pierres ou des vé- 
gétaux, se dépouille des portions de cellules qui res- 
tent encore, et de sa propre peau qui tombe alors 
en partie pour se renouveler. 

Mais la nature n'a jamais présenté de phénomènes 
isolés ; l'expression à' extraordinaire ou de singulière 
n'est point absolue, mais seulement relative à nos con- 
îioissances ; et elle ne désigne en général qu'un de- 
gré plus ou moins grand dans une propriété déjà exis- 
tante ailleurs : aussi la manière dont les petits du pipa 
se développent n'est point à la riguL-eur particulière à 
cette espèce. On en remarque une assez semblable , 

1. Œuvres du M. Tabbé Spullanzani , vol. 111 , page 296. 



1-4 HISTOIllE NATURELLE 

même parmi les quadrupèdes vivipares, puisque les 
petits du sarigue ou opossum ne prennent, pendant 
quelque temps, leur accroissement que dans une 
espèce de poche que la femelle a sous le ventre*. 

Au reste , il paroît que la chair de ce crapaud n'est 
pas malfaisante ; et, suivant le rapport de mademoi- 
selle de Mérian, les Nègres en mangent avec plaisir. 

1. Buffou, Histoire naturelle des Quadrupèdes. Édition Pillol , 
tom. XVI, pag. 281 



DU CORNU. 173 



»c<?e♦o^g< o el•P » eO»»fr»^>»o»» » » » »>*»ft<8^»t^»fr»^^♦6^♦^^» 



LE CORNU'. 



Rana cornutaj, Linn., Schneid., Merr. — Bufo cor 
nutus^ Laur., Latr., Daud. 



Ce crapaud que l'on trouve en Amérique, est l'un 
des plus hideux; sa tête est presque aussi grande que 
la moitié de son corps; l'ouverture de sa gueule est 
énorme, sa langue épaisse et large; ses paupières 
ont la forme d'un cône aigu , ce qui le fait paroître 
armé de cornes dans lesquelles ses yeux seroîent pla- 
cés. Lorsqu'il est adulte , son aspect est affreux; il a 
le dos et les cuisses hérissés d'épines. Le fond de sa 
couleur est jaunâtre; des raies brunes sont placées 
en long sur le dos, et en travers sur les pattes et sur 
les doigts. Une large bande blanchâtre s'étend depuis 
la tête jusqu'à l'anus. A l'origine de cette bande, on 
voit de chaque côté une petite tache ronde et noire. 
Ce vilain animal a quatre doigts séparés aux pieds de 
devant et cinq doigts réunis par une membrane aux 

1. Le Cornu. M. Daubenton , Encyclopédie méthodique. 
Ranacornuta, 1 1. Linn. , Amph. rept. 
Bufo cornutus. Laurenti spécimen medicum. 
Séba , tom. I , tab. 72, fig, 1 et 2. 



1^6 HISTOIRE NATURELLE 

pieds de derrière. Suivant Séba, la femelle diffère du 
mâle , en ce que ses doigts sont tous séparés les uns 
des autres. Le premier doigt des quatre pieds étant 
d'ailleurs écarté des autres dans la femelle, donne à 
ses pieds une ressemblance imparfaite avec une vé- 
ritable main, réveille une idée de monstruosité et 
ajoute à l'horreur avec laquelle on doit voir cette 
hideuse femelle. Rien en effet ne révolte plus que 
de rencontrer au milieu de la difformité quelque 
trait des objets que l'on regarde comme les plus par- 
faits. 



DE LAGUA. 177 



oai«»<. » c-»* » »*^ » o-»o^'a'»»« <ve »o q <. »»» ' »» o»q»o«»' « '»a'»»»o* w »a 



LAGUA'. 



Bombinator maculatuSj Meiir. — Bufo brasiliensis, 
Laur. — Rana brasiliensîs, Gmel. 



Ce grand crapaud que l'on appelle au Brésil Agaa- 
quaquan , et dont le dessus du corps est couvert de 
petites éminences , est d'un gris cendré semé de ta- 
ches roussâtres presque couleur de feu. Il a quatre 
doigts séparés aux pieds de devant, et cinq doigts 
palmés aux pieds de derrière. L'on conserve , au Ca- 
binet du Roi, un individu de celte espèce , qui a sept 
pouces quatre lignes de longueur, depuis le bout du 
museau jusqu'à l'anus. 

1. h'Agua. M. Daubenton , Encyclopédie méthodique. 
Etifo brasiliensis. Laurent! spécimen medicum. 
Bufff brasiliensis. Séba , tom. I, tab. 70, fig. i et 2. 



i-S 



7"5 HISTOIRE NATURELLE 



«««♦jvïo*»»»»»» »»5*»« ■^-^-^ ■ ■ r -T- f ir-iint n intni>nitii m ir»ii|ini»[ni j ||) j^^j4. 



B ia > f i m » » » « » »» I »« « « 



LE MARBRE'. 



Calamita marmoratus ^ Merr. — Hyla marmorata^ 
Latr., Daud. 



Cet animal ressemble un peu à l'agua. Il a , comme 
ce dernier, quatre doigts divisés aux pieds de devant, 
et cinq doigts palmés aux pieds de derrière ; mais il 
paroît être communément beaucoup plus petit. D'ail- 
leurs le dessus du corps est marbré de rouge et d'un 
jaune cendré; et le ventre est jaune, moucheté de 
noir. 

1. Le Marbré. M. Daubenton, Encyclopédie méthodique. 
Bufo marmoratus. Laurenti spécimen medicum. 
Séba, tom. I, tab. 7, fig. 4 et 5. 



DU CRIARD. 179 

LE CRIARD'. 

Bufo musicus j Latr., Daud. ,Merr. — Bufo clamosusy 
ScHNEiD. — Rana mmica, Linn.? 



Le Criard, que Ion trouve à Surinam, est un des 
plus gros crapauds. Sa peau est mouchetée de livide 
et de brun , et parsemée de verrues. Les épaules 
couvertes de points saillants, de même que le ventre, 
sont relevées en bosse, et percées d'une multitude 
de petits trous. Il est aisé de le distinguer du marbré 
€t du pipa que l'on trouve aussi à Surinam , parce 
qu'il a cinq doigts à chaque pied; les doigts des pieds 
de devant sont séparés, et ceux des pieds de derrière 
à demi palmés. Il habite les eaux douces où il ne cesse 
de faire entendre son coassement désagréable. C'est 
ce qui l'a fait appeler le Musicien par Linnée ; mais le 
nom de Criard ^ que lui a donné M. Daubenton , 
convient bien mieux à un animal dont la voix rauque 
et discordante ne peut que troubler les concerts 
harmonieux ou le silence paisible de la nature , et 
qui ne peut faire entendre qu'un coassement aussi 
désagréable pour l'oreille , que son aspect l'est pour 
les yeux. 

1. Le Criard, M. Daubenton , Ijncyclopéflic méthodique, 
Rana musica, 2. Linri., Amphib. reptil. 



a\V\r\\\\V\'\A.kVXVVVVVVV'»A/VVVV\'l'VVVVlVVVVVVVVV-VVVVVVV\/VVVVVVVVVVVVVVVt/V\WVWVWWV\'VV»-H'V 



REPTILES BIPÈDES. 



Nous avons vu le seps et le chalcide se rapprocher 
de l'ordre des serpents, par rallongement de leur 
corps, et la brièveté de leurs pattes. Nous allons 
maintenant jeter les yeux sur un genre de reptiles , 
qui réunit encore de plus près les serpents et les lé- 
zards. Nous ne le comprenons pas parmi les quadru- 
pèdes ovipares, puisque le caractère distinctif de ce 
genre est de n'avoir que deux pieds; mais nous le 
plaçons entre ces quadrupèdes et les serpents. Les 
reptiles qui le composent diffèrent des premiers, en 
ce qu'ils n'ont que deux pattes au lieu d'en avoir 
quatre , et ils sont distingués des seconds par ces 
deux pieds qui manquent à tous les serpents. II se- 
roit d'ailleurs fort aisé de les confondre avec ces der- 
niers auxquels ils ressemblent par l'allongement du 
corps , les proportions de la tête et la forme des 
écailles. 

L'on a douté, pendant long-temps, de l'existence 
de ces animaux ; et en effet, tous ceux qu'on a voulu 
jusqu'à présent regarder comme des reptiles bipèdes, 
étoient des seps ou des chalcides qui avoient perdu , 
par quelque accident , leurs pattes de devant ou celles 
de derrière ; la cicatrice étoit sensible , et ils présen- 
toient d'ailleurs tous les caractères des seps ou des 



HISTOIRE NAtUUELLE DES REPTILES BIPÈDES. l8l 

chalcides : ou bien c'étoient des serpents mâles que 
l'on avoit tués dans la saison de leurs amours, lors- 
qu'au moment d'aller s'unir à leurs femelles, ils font 
sortir par leur anus leur double partie sexuelle, dont 
les deux portions s'écartent l'une de l'autre, et, étant 
garnies d'aspérités assez semblables à des écailles, 
peuvent être prises, au premier coup d'oeil, pour des 
pattes imparfaites. On nous a souvent envoyé de ces 
serpents tués peu de temps avant leur accouplement , 
et qu'on regardoit comme des serpents à deux pieds, 
tandis qu'ils ne différoient des autres qu'en ce que 
leurs parties sexuelles étoient gonflées et à découvert. 
G'e.st parmi ces serpents, surpris dans leurs amours, 
que nous croyons devoir comprendre celui que Lin- 
née a placé dans le genre des Anguis^ et qu'il a nommé 
Anguis bipède'^. 

On doit encore rapporter les prétendus reptiles bi- 
pèdes , dont on a fait mention jusqu'à présent , à des 
larves plus ou moins développées de grenouilles, de 
raines , de crapauds , et même de salamandres , tous 
ces quadrupèdes ovipares ne présentant souvent que 
deux pattes dans les premiers temps de leur accrois- 
sement. Tel est, par exemple. J'animai que Linnée 
a cru devoir placer non seulement dans un genre, 
mais même dans un ordre particulier, et qu'il a ap- 
pelé Sirène lacertine^. Il avoit été envoyé de Charles- 
ton, par M. le docteur Garden, à M. Ellis ; il avoit 
été pris à la Caroline , où on doit le trouver assez 

1. Liau., Systema naturae , tom. I, fol. 190, edit. iS. 

2. Voyez l'addition qui est à la fiu du premier volume du Système 
de la nature, par Linnée , treizième édition. 

LACÉPÈDE. III. 12 



î8a HISTOIRE NATLRELLE 

fréquemment, puisque les habitants du pays lui ont 
donné un nom ; ils l'appellent Mud inguana. On le 
trouve communément sur le bord des étangs , et dans 
des endroits marécageux, parmi les arbres tombés 
de vétusté , etc. Nous avons examiné avec soin la 
figure et la description que M. Ellis en a données 
dans les Transactions philosophiques* ; et nous n'a- 
vons pas douté un seul moment que cet animal, bien 
loin de constituer un ordre nouveau , ne fût une 
larve; il a les caractères généraux d'un animal impar- 
fait, et d'ailleurs il a les caractères particuliers que 
nous avons trouvés dans les salamandres à queue plate. 
A la vérité , cette larve avoit trente-un pouces de lon- 
gueur ; elle étoit par conséquent beaucoup plus grande 
qu'aucune larve connue; et c'est ce qui a empêché 
Linnée de la regarder comme un animal non encore 
développé; mais ne doit-on pas présumer que nous 
ne connoissons pas tous les quadrupèdes ovipares de 
l'Amérique septentrionale , et qu'on n'a pas encore 
découvert l'espèce à laquelle appartient cette grande 
larve? Peut-être l'animal dans lequel elle se méta- 
morphose , vit-il dans l'eau de manière à n'être 
aperçu que très difficilement. Cette larve , envoyée 
à M. Ellis , raanquoit de pieds de derrière ; ceux de 
devant n'avoient que quatre doigts, ainsi que dans 
nos salamandres aquatiques; les ongles éloient très 
petits; les os des mâchoires crénelés et sans dents; il 
y avoit des espèces de bandes au dessus et au dessous 
de la queue, et de chaque côté du cou étoient trois 
protubérances frangées , assez semblables à celles qui 

i. Lettre de Jean Ellis , Transactions philosophiques, année 176(1 
toine LVI. 



DES REPTILES niPÈDES. 1 3.) 

partent également des deux côtés du cou , dans les sa- 
lamandres h queue plate. 

Mais si jusqu'à présent les divers animaux que l'on 
a considérés comme de vrais reptiles bipèdes, doivent 
être rapportés à des espèces de quadrupèdes ovipares, 
ou de serpents, nous allons donner, dans l'article sui- 
vant, la description d'un animal qui n'a que deux 
pieds, que l'on doit regarder cependant comme en- 
tièrement développé , et qu'il ne faut compter par 
conséquent, ni parmi les serpents, ni parmi les qua- 
drupèdes ovipares. Nous traiterons ensuite d'un autre 
bipède qui doit être compris dans le même genre, 
et que M. Pallas a fait connoître. 



l84 HISTOIRE NATURELLE 

PREMIÈRE DIVISION. 

««dOOO MO 400 444 444O90 404 

BIPÈDES 

QUI MANQUENT DE PATTES DE DERRIÈRE. 



LE CANNELE. 

Cldroîes canallculatus , Merr. — Chamœsaura propusj, 
ScHNEiD. — Bipes canaliculatus, Bonn. — Chalcides 
propuSj Daud. — Lacerta sulcata^ Succow. — La- 
certa lumbricoides, Shaw. — Bimane cannelé, Cuv. 



îNous nommons ainsi un bipède qui n'a encore été 
décrit par aucun naturaliste , et dont aucun voyageur 
n'a fait mention. Il a été trouvé au Mexique par M. Vé- 
lasquès, savant Espagnol, qui l'a remis, pour nous 
l'envoyer, à M. Polony, habile médecin de Saint- 
Domingue ; et c'est madame la Vicomtesse de Foii- 
tanges, commandante de cette île, qui a bien voulu 
l'apporter elle-même en France , avec un soin que 
l'on ne se seroit pas attendu à trouver dans la beauté, 
pour un reptile plus propre à l'effrayer qu'à lui plaire. 



DU CANNELÉ. 1 85 

Ce bipède est entièrement privé de pattes de der- 
rière. Avec quelque soin que nous l'ayons examiné , 
nous n'avons aperçu, dans tout son corps, aucune 
cicatrice, aucune marque qui pût faire soupçonner 
que l'animal eût éprouvé quelque accident , et perdu 
quelqu'un de ses membres. Il a beaucoup de rapports, 
par sa conformation générale, avec le lézard que nous 
avons nommé Clialcide ; les écailles dont il est revêtu 
sont également disposées en anneaux ; mais il diffère 
du chalcide, non seulement en ce qu'il n'a que deux 
pattes, mais encore en ce qu'il a la queue très courte, 
au lieu que ce dernier lézard l'a très longue en pro- 
portion du corps. Il est tout couvert d'écaillés, pres- 
que carrées et disposées en demi-anneaux sur le dos, 
ainsi que sur le ventre ; ces demi-anneaux se cor- 
respondent de manière que les extrémités des demi- 
anneaux supérieurs aboutissent à la ligne qui sépare 
les demi-anneaux inférieurs. C'est par cette disposition 
qu'il diffère encore des chalcid^s , dont les écailles 
forment des anneaux entiers autour du corps. La li- 
gne où se réunissent les demi-anneaux supérieurs et 
les demi-anneaux inférieurs , présente de chaque côté, 
çt le lx>ag du corps, une espèce de sillon qui s'étend 
depuis la tête jusqu'à l'anus. La queue, au lieu d'être 
couverte de demi-anneaux , ainsi que le corps, est gar- 
nie d'anneaux entiers, composés de petites écailles 
de môme forme et de même grandeur que celles des 
demi-anneaux. L'assemblage de ces écailles forme un 
grand nombre de stries longitudinales; la réunion 
des anneaux produit aussi un 1res grand nombre de 
cannelures transversales; et c'est de là que nous avons 



l86 HISTOIRE NATURELLE 

lire le nom de Cannelé^ que nous donnons au bipède 
du Mexique. Nous avons compté cent cinquante 
demi-anneaux sur le ventre de cet animal , et trente- 
un anneaux sur sa queue, qui est grosse et arrondie 
à l'extrémité. La longeur totale de cet individu est 
de huit pouces six lignes ; celle de la queue , d'un 
pouce; et son diamètre, dans sa plus grande gros- 
seur, est de quatre lignes. La tête a trois lignes de 
longueur ; elle est arrondie par devant , et on a peine 
a la distinguer du corps. Le dessus en est couvert d'une 
grande écaille ; le museau est garni de trois écailles 
plus grandes que celles des anneaux, et dont les deux 
extérieures présentent chacune un petit trou , qui est 
l'ouverture des narines. La mâchoire inférieure est 
aussi bordée d'écaillés un peu plus grandes que celles 
des anneaux ; les dents sont très petites ; les yeux à 
peine visibles et sans paupières ; je n'ai pu remarquer 
aucune apparence de trous auditifs. Les pattes, qui 
ont quatre lignes de longueur, sont recouvertes de 
petites écailles , semblables à celles du corps , et dis- 
posées en anneaux ; il y a à chaque pied , qualre doigts 
bien séparés, garnis d'ongles longs et crochus; et à 
côté du doigt extérieur de chaque pied, on aperçoit 
comme le commencement d'un cinquième doigt. 
Nous n'avons pu remarquer aucun indice de pattes 
de derrière , ainsi que nous l'avons dit; aucun anneau 
du corps ni de la queue n'est interrompu , et rien 
n'indique que l'animal ait éprouvé quelque accident, 
ou reçu la plus légère blessure. L'ouverture de l'anus 
s'étend transversalement; et, sur son bord supérieur, 
nous avons compté sis tubercules percés à leur ex- 



DU CANNELÉ. I 87 

Iréinité, et entièrement semblables à ceux que nous 
avons vus sur la face intérieure des cuisses de l'/^Maw^j 
du Lézard vertj du Gecko ^ etc. 

La queue du bipède cannelé étant aussi grosse à son 
extrémité que la tête de cet animal , il a beaucoup 
de rapport, par sa conformation générale, avec les 
serpents que Linnée a nommés Ampkisbènes y dont 
les écailles sont également disposées en anneaux , les 
yeux très peu visibles, la tête et le bout de la queue 
presque de la même grosseur, et qui manquent aussi 
de trous auditifs. C'est parmi ce genre d'Amphisbènes 
qu'il faudroit placer le canuelé, s'p! n'avoit point deux 
pattes; et c'est particulièrement avec ce genre qu'il 
lie l'ordre des quadrupèdes ovipares. Comme cet 
animal a été envoyé, au Cabinet du Roi, dans du 
tafia, nous n'avons pu juger de sa couleur naturelle ; 
mais nous avons présumé qu'elle est ordinairement 
verdâtre et plus claire sur le ventre que sur le dos. 
INous ignorons si on le trouve en très grand nombre 
au Mexique, et quelles sont ses habitudes. Mais nous 
pensons d'après sa conformation , assez semblable à 
celle des seps et des chalcides , que son allure et sa 
manière de vivre doivent ressembler beaucoup à celles 
de ces derniers lézards. 



l88 HISTOIRE NATURELLE 



W««««^ *« 4«'»«' y «*«l.*«'S«»lj»0»«*« <«» »»C<«»B««'8«»»»8<»«»a»8»t'»8»a»»«->>«»«««-»< *«»««»»« i»»«»I 



SECONDE DIVISION. 



c«»c«o e«o e«c>c«cç«e»oc- DM 



BIPÈDES 



QUI MANQUENT DE PATTES DE DEVANT» 



LE SHELTOPUSIK. 

Pseudopus serpentinus, Mekr. — Lacerta Apus^ Gmel. 
— Chamœsaura Apus^ Schneid. — Sheltopusik di- 
dactytm, Latr. — Seps Sheltopusik^ Daud. 



Nous doQnons ici uae notice d'un reptiîe à deux 
pattes, dont M. Pallas a parlé le premier*. Nous lui 
conservons le nom de Sheltopusik que lui donnent 
les habitants des contrées qu'il habite, quoiqu'ils ap- 
pliquent aussi ce nom à une véritable espèce de ser- 
pent, parce qu'il ne peut y avoir aucune équivoque 
relativement à deux animaux d'ordres ou du moins 
de genres différents. On le trouve auprès du Volga, 

1. NoTi commentarii Academiae Scîentlarum imperialis Petropoli- 
tauje , tom. XIX , fol-. 4^5, pio anno 1774- 



DU SHELTOPUSIK. 1 89 

dans le désert sablonneux de INaryn, ainsi qu'aux en- 
virons de Terequm , près du Kuman ; il demeure de 
préférence dans les vallées ombragées et où l'herbe 
croît en abondance. Il se cache parmi les arbrisseaux, 
et fuit dès qu'on l'approche. Il fait la guerre aux petits 
lézards , et particulièrement aux lézards gris. Sa tête 
est grande, plus épaisse que le corps. Le museau est 
obtus. Les bords de la gueule sont revêtus d'écaillés 
nn peu plus grandes que celles qui les touchent ; les 
mâchoires garnies de petites dents , et les narines bien 
ouvertes. Le sheltopusik a deux paupières mobiles et 
des ouvertures pour les oreilles, semblables à celles 
des lézards. Le dessus de la tête est couvert de jurandes 
écailles ; celles qui garnissent le corps et la queue , 
tant dessus que dessous , sont un peu festonnées et 
placées les unes au dessus des autres, comme les 
tuiles sur les toits. De chaque côté du corps s'étend 
une espèce de ride ou de sillon longitudinal. A l'ex- 
trémité de chacun de ces sillons, et auprès de l'anus, 
on voit un très petit pied couvert de quatre écailles, et 
dont le bout se partage en deux sortes de doigts un 
peu aigus. La queue est beaucoup plus longue que 
le corps. La longueur totale du sheltopusick est or- 
dinairement de plus de trois pieds, et sa couleur, qui 
est assez uniforme sur tout le corps , est d'un jaune 
pâle. On trouvera dans la note suivante^ les princi- 



pi. po. lig. 

1 Longueur depuis le bout du museau jusqu'à l'anus. 1 6 o 

Longueur de la queue ,.....,.,... 3 4 o 

Longueur de la léle depuis le museau jusqu'aux trous au- 
ditifs , o 1 U 



lyO HISTOIRE NATURELLE DU SHELTOPUSIK. 

pales dimensions de ce bipède , que M. Pallas a dis- 
séqué avec beaucoup de soin*. 



pi. po. lig. 



lO 



Circonférence de la tête à sa base. o 3 

Circonférence du corps au devant de Tanus. .,,... o 3 5 

Circonférence de la queue à son origine o 3 2 

Longueur des pieds , o o i 

1. M. Pallas, à l'endroit déjà cité. 



V\VVVVVVVVVVVVVV\'VVVVV\*\V\VVVVVVVV\VVVVVVlAt"\VVVVVV^VVVVVVVVlVVVV\\\'VVV\VVVVVVVV\'VV\t\VU 



MÉMOIRE 



DEUX ESPÈCES DE QUADRUPÈDES OVIPARES 

QUE l'on n'a pas encore DÉCRITES. 



lôOl 



Nous avons dit dans nos cours, et imprimé depuis 
très long- temps dans nos ouvrages, que l'on pou- 
voit espérer de trouver dans les animaux toutes les 
combinaisons de formes compatibles avec la néces- 
sité où ils sont de se procurer un aliment analogue 
à leurs organes. La conformation de deux espèces de 
quadrupèdes ovipares dont nous allons parler est une 
nouvelle preuve de notre opinion à ce sujet. 

Parmi les organes extérieurs des reptiles, ainsi que 
parmi ceux des mammifères, les pieds ou les organes du 
mouvement sont ceux qui attirent le plus prompte- 
ment l'attention de l'observateur. La nature, qui n'a 
pas employé dans les mammifères , pour le nombre et 
la position générale de ces pieds, toutes les combi- 
naisons qui pouvoient s'allier avec l'existence des in- 
dividus, les a réalisées pour les reptiles. 

En etfet, nous voyons, à la vérité , parmi les manj- 



192 HISTOIRE NATURELLE 

ïiiifères, les quadrupèdes proprement dits présenter 
quatre pattes , et les cétacés n'en avoir que deux. 
Mais Jous les cétacés ont été privés de pieds de der- 
rière, et aucun mammifère n'a encore été trouvé avec 
des pieds de derrière sans pattes antérieures. Dans les 
reptiles, au contraire, nous voyons les tortues, les lé- 
zards , les quadrupèdes ovipares qui n'ont pas de 
queue, et les salamandres, avoir tous quatre pattes; 
le bipède que nous avons nommé le Cannelé a deux 
pattes de devant sans pieds de derrière ; et le bipède 
sheltopusik que Palîas a fait connoître, et qui a deux 
pattes de derrière, est privé de pattes de devant. 

Ces trois combinaisons , premièrement de deux 
pattes de devant et de deux pattes de derrière ; 
deuxièmement, de deux pattes de devant sans pieds 
de derrière ; et troisièmement, de deux pattes de der- 
rière sans pieds de devant, sont les seules avec les- 
quelles les animaux forcés de changer de place pour 
ciiercher leur nourriture , paroissent avoir pu parve- 
nir constamment à se procurer les aliments néces- 
saires à leur existence. Avec une seule patte, et même 
avec une patte de devant et une patte de derrière, 
placées du même côté ou de deux côtés différents, 
les animaux ont dû succomber bientôt à la difficulté 
extrême de résister à un défaut perpétuel d'équilibre, 
4e régularité d'action et de distribution symétrique 
de mouvements. 

Après avoir considéré le nombre des pattes , jetons 
un moment les yeux sur celui des doigts dans chaque 
pied. 

Ce second examen peut être d'autant plus utile . que 



DE DEUX QUADRUPÈDES OVIPARES. IC)7) 

\q nombre des doigts influe beaucoup sur la perfection 
de l'organe du toucher, et par conséquent sur l'éten- 
due de l'instinct de ranimai. 

Nous trouverons que parmi les mammifères, et lors- 
qu'on ne compte pas des rudiuients imparfaits, les 
pieds de devant et de derrière présentent cinq doigts 
dans les quadrumanes, les pédimanes , etc.; quatre 
doigts dans les hyènes, trois doigts daiis les pares- 
seux ^ïj deux doigts dans les bisulques , et enfin un 
seul doigt dans les solipèdes. 

On ne connoît pas encore une distribution sem- 
blable dans les quadrupèdes ovipares, quoique les 
reptiles offrent , ainsi que nous venons de le voir, 
une combinaison de plus que les mammifères , rela- 
tivement au nombre et à la position générale des 
pattes. 

Un très grand nombre de lézards ont cinq doigts à 
chaque pied ; les crocodiles en ont cinq aux pieds de 
devant et quatre à ceux de derrière ; plusieurs sala- 
mandres , quatre aux pattes antérieures et cinq aux 
postérieures ; les salamandres tî^ois-doigtSj trois aux 
pieds de devant et quatre à ceux de derrière ; le qua- 
drupède ovipare, auquel nous avons appliqué le nom 
de Clialcide, et celui que nous avons appelé SepSj, 
trois doigts à chaque pied ; mais les naturalistes n'ont 
pas encore parlé d'un reptile qui eût à chacune de 
ses quatre pattes, ou quatre doigts, ou deux doigis, 
ou un seul doigt. 

La collection du Muséum renferme maintenant des 
lézards qui remplissent deux de ces trois lacunes. 

L'un a quatre doigis à chaque pied, et l'autre n'a 
qu'un seul doigt à chacune de ses quatre pattes. Nous 



lv)4 HISTOlRli NATURELLE 

avons nommé le premier Tétradactyle, et !e second 
Monodactyle. Un quadrupède ovipare didactyle, c'est- 
à-dire qui auroit deux doigts à chaque pied, seroit 
encore nécessaire pour achever de remplir le vide 
que l'on trouveroit dans une série de ces quadru- 
pèdes, arrangés suivant le nombre des doigts de leurs 
quatre pattes. Nous devons croire que cette espèce 
encore inconnue existe, et qu'elle sera découverte, 
comme le tétradactyle et le monodactyle. 

Avant de décrire ces deux espèces nouvelles pour 
les naturalistes, comptons combien de combinaisons 
différentes peuvent être produites par le nombre des 
doigts, décroissant depuis cinq jusqu'à un, et con- 
sidéré d'abord comme le même et ensuite comme 
différent dans les pieds de devant et dans ceux de 
derrière. 

Nous aurons la table suivante sur laquelle nous 
trouverons vingt-cinq combinaisons possibles. Nous 
ne connoissons encore que sept de ces combinaisons 
qui aient été réalisées. La première se montre dans 
le plus grand nombre de lézards; la seconde, dans 
le crocodile du Nil, dans le gavial, etc.; la sixième, 
dans la plupart des salamandres; la septième , dans le 
tétradactyle; la douzième, dans la salamandre trois- 
doigts; la treizième, dans notre chalcide , ainsi que 
dans notre seps; et la vingt-cinquième, dans le mo- 
nodactyle. 



DE DEUX QUADRUPEDES OVIPARES. 



19^ 



TABLE des combinaisons des différents nombres des 
doigts des pieds de devant et des pieds de derrière 
des quadrupèdes ovipares. 





NOMBRE 






des doigts 






DES PIEDS 


ESPÈCES. 




de devant. 


de derrière. 




1 


5 


5 


Uu 1res grand nombre de lézards. 


2 


5 


4 


Le crocodile du Nil , le gavial, etc. 


3 


5 


3 




/» 


5 


2 




5 


5 


1 




6 


4 


5 


Plusieurs salamandres. 


7 


4 


4 


Le L. tétradactyle. ' 


8 


4 


3 




9 


4 


2 




10 


4 


1 




1 1 


3 


5 




12 


3 


4 


Salamandre Irois-doigts. 


i5 


3 


3 


Le chalcide , le seps , etc. 


a 


3 


■2 




i5 


3 


1 




16 


2 


5 




17 


2 


4 




18 


2 


3 




19 


2 


2 




20 


2 


i 




21 




5 


' 


22 




4 




aô 




3 




24 




2 




25 

1 




1 


Le L. monodaclyle. 



19^ HISTOIllE NATURELLE 

Ce monodactyle a beaucoup de i-apports avec le seps et le chalcide. 
Ses quatre pattes sont très menues et si courtes , que leur longueur est 
à peine égale à la distance d'un oeil à l'autre. Chacun de ces quatre 
pieds ne présente qu'un doigt, et ce doigt est couvert d'écaillés très 
petites, un peu semblables à celles qui revêtent le dos. 

La tête , le corps et la queue sont d'ailleurs cylindriques et si allon- 
gés , qu'ils donnent au monodactyle , indépendamment de la brièveté 
de ses pattes, une très grande ressemblance avec une couleuvre. Le 
dessus de la tête présente douze lames de différentes figures et de 
grandeurs inégales. Les deux plus grandes de ces lames sont placées 
Tune devant l'autre , et les dix moins grandes sont distribuées autour 
de ces deux premières. Le museau est délié et mousse, la langue plate, 
courte, large, arrondie par le bout; et l'ouverture de l'oreille, située 
auprès de l'angle des lèvres. Le dessus et le dessous du corps et de la 
queue sont garnis d'écailles allongées , pointues et relevées par une 
arête. Ces écailles , qui anticipent latéralement l'une sur l'autre , for- 
ment des rangées transversales , placées en partie l'une au dessus de 
l'autre , et qui paroissent comme festonnées. 

Dans l'individu que nous avons décrit , la tête avoit 16 millimètres 
de longueur, le corps 97, et la queue oyS. La longueur totale de ce 
reptile étoit donc de 488 millimètres. 

Le létradactyle a les quatre pieds très menus comme ceux du mo- 
nodactyle , et si courts , que leur longueur n'égale pas celle de la tête * 
et qu'ils peuvent à peine atteindre à terre. Aussi le létradactyle est -il 
un véritable reptile , de même que le monodactyle , le seps , le chal- 
cide, le lézard serpent décrit dans Liunée au n° yS de l'édition de 
Gmelin; et de même que tous les vrais serpents, il ne se meut que 
par le moyen des ondulations de son corps, et de sa queue qu'il peut 
plier en demi-cercle et étendre alternativement. 

On compte quatre doigts à chaque pied ; le premier et le quatrième 
sont l'un et l'autre extrêmement courts et difficiles à voir; le second 
est à peu près deux fois plus long que le premier, et le troisième deux 
fois plus long que le second. 

L'ensemble de l'animal est , comme celui du monodactyle, allongé, 
cylindrique et semblable à celui d'une couleuvre. Le corps est six 
fois plus long que la tète , et la queue trois ou quatre fois plus longue 
que le corps et la tête pi'is ensemble. 

Les formes et la distribution des petites lames qui recouvrent la 
tête ont beaucoup d'analogie avec celles des lames qui revêtent le 
dessus de la tête de presque toutes les couleuvres. Leur nombre est 



DE DEUX QUADRUPEDES OVIPARES. 19^ 

Je onze; elles sont inùgales en suii'ace. Voici quelle est leur disposi- 
tion : on en voit d'abord une , ensuite une seconde , de chaque côUS 
de laquelle paroît une rangée de trois antres écailles: la neuvième, 
la dixième et la onzième forment un dernier rang placé transversa- 
lement, et dans lequel celle do milieu csl la plus petite. 

Les deux ouvertures des nariues^ sont situées à l'extrémité du mu- 
seau qui est délié et arrondi ; la langue est plate , courte, large et un 
peu arrondie par le bout. 

Un sillon est creusé de chaque côté de l'animal , depuis l'angle des 
mâchoires auprès duquel on aperçoit l'ouverture de loreille, jusqu'à 
la patte de derrière. 

Le dessus du cou et celui du corps sont garnis de petites écailles 
presque carrées, relevées par une arête , et disposées de manière à re- 
présenter des demi-anneaux qui s'étendent d'un sillon à l'autre. Oa 
compte soixante-cinq de ces demi-amieaux , dont le premier est com- 
posé de vingt petites écailles. 

Le dessous de la tête, du cou et du corps, csl revêtu dérailles un 
peu plus grandes que celles du dos , hexagones et unies. 

La queue est comme renfermée dans une gaîne composée de cent 
quatre-vingt-un anneaux, dont chacun est formé d'écaillés carrées et 
semblables à celles du dos. 

L'individu que nous avons eu sous les yeux avoit 291 millimètres 
de longueur totale. 

Cet individu , ainsi que celui de l'espèce de monodactyle, que nous 
avons examiné , étoit conservé dans de l'alcool , et faisoit partie de la 
nombreuse collection cédée à la république françolse par la républi- 
que de Hollande. 

Dans notre distribution méthotlque des quadru- 
pèdes ovipares, nous avons divisé le genre des lézards 
en huit sous-genres, et compris dans le sixième ceux 
de ces reptiles qui n'ont que trois doigts à chaque 
pied; nous compterons dorénavant deux sous-genres 
de plus dans ce même genre; nous inscrirons le té- 
tradactyle dans l'un de ces deux sous-genres nouveaux, 
qui sera distingué par les quatre doigts de chaque 
pied; nous placerons le monodactyle dans l'autre, 
dont la caractère dislinctif sera un doigt unique à 

r.Ar.ÉvÈDE. Jii. i3 



SgS HISTOIRE N ATI] RELLE -, 

chacun des pieds de l'animal : l'un de ces sous-genres 
précédera celui des lézards à trois doigts; et l'autre 
sera inscrit à la suite de ces reptiles tridactyles, sur 
le tableau général des quadrupèdes ovipares. 

Le monodactyle et le tétradactyle appartiennent 
tous les deux au onzième sous-genre de lézards, éta- 
bli dans la treizième édition de Linnée, que nous de- 
vons aux soins du professeur Gmelin ; et, d'après les 
principes que M. Alex. Brongniart a suivis dans son 
ouvrage sur l'ordre naturel des reptiles, il faudra pla- 
cer le tétradactyle et le monodactyle dans le genre 
auquel il a appliqué le nom de Ckalcide, 

Nous ne terminerons pas ce mémoire sans rendre 
compte du résultat des observations que nous avons 
faites sur deux espèces curieuses de lézards, le Gecko 
et le Geckotte. Depuis la réunion de la collection ci- 
devant stathoudérienne à celle de la République fran- 
çoise, nous avons été à même d'examiner un très grand 
nombre de geckottes et de geckos. Nous avons vu 
une série de geckos, que nous avons arrangés d'après 
l'altération plus ou moins grande de leurs formes ex- 
térieures , présenter toutes les nuances de diminution 
dans les tubercules globuleux dont cette espèce de 
lézard est ordinairement recouverte , jusqu'à la dis- 
parition totale ou du moins presque totale de ces 
tubercules arrondis. Nous ignorons si ces différences 
dans la grosseur de ces grains tuberculeux doit être 
rapportée au climat, à la nourriture, à l'âge ou au 
sexe. Mais quelque gecko que nous ayons eu sous 
les yeux, il ne nous a jamais présenté que des tuber- 
cules demi-sphériques, soit que ces tubercules fuS'-- 
sent très grands ou à peine visibles. Ce n'est que sur 



DE DEUX QUADRUPÈDES OVIPARES. 1 99 

les geckottes que nous avons vu , indépendamment 
des petits grains plus ou moins durs , par le moyen 
desquels leur peau paroît légèrement chagrinée , des 
tubercules ordinairement assez grands , inégaux en 
volume , et toujours conformés comme de petites 
pyramides à trois faces. Ces tubercules pyramidaux 
hérissent le dessus de la tête et du corps. Ils revêtent 
aussi la totalité ou une partie de la queue, pendant 
que l'animal est encore jeune. Ce sont ces tubercules 
à facettes, dont la présence nous a paru l'indication 
la plus sûre pour faire distinguer un geckotte d'avec 
un gecko. Les geckos ont souvent de gros tubercules, 
mais ils n'en ont jamais aucun qui représente une 
petite pyramide; et tous les geckottes présentent un 
nombre plus ou moins grand de ces petites pyramides 
à trois faces sur leur tête et sur leur corps. 

Ce caractère indicateur nous paroît devoir être 
préféré à celui que nous avons proposé ddnis Y Histoire 
naturelle des Quadrupèdes ovipares^ et qui consiste 
dans la présence ou dans l'absence d'une rangée de 
tubercules creux, disposés régulièrement sur la face 
interne de chaque cuisse. Nous n'avions encore vu de 
ces tubercules creux, et destinés à filtrer et à répan- 
dre une liqueur plus ou moins abondante, que sur 
les cuisses du gecko ; mais nous nous sommes assurés 
depuis, par la comparaison attentive d'un grand nom- 
bre d'individus , que plusieurs véritables geckos sont 
privés de ces tubercules, et, d'un autre côté, que plu- 
sieurs vrais geckottes en sont pourvus. Il en est de 
même dans l'espèce de lézards que Houttuyn a fait con- 
noître, que l'on a nommé le Rayé j,doniM, Aies. Bron- 
gniart a publié une figure très exacte, et qu'il faut pla- 



200 HISTOIKE NATURELLE 

cer dans le même sous-genre que les geckottes et les 
geckos. Parmi les très nombreux individus de cette 
espèce d'Houttuyn, que renferme la collection du 
Muséum, nous ea avons vu plusieurs avec des tuber- 
cules creux sur les cuisses, et d'autres entièrement 
dénués de ces organes. Nous tâcherons de savoir si 
la présence ou l'absence de ces tubercules , qui peu- 
vent être le signe d'une diversité assez remarquable 
dans l'organisation intérieure, dépend de l'âge, ou 
du sexe, ou de toute autre cause. 



D UN QUADRUPEDE OVIPARE. 201 



'«»i»«»«<'»»»»B»a»o 



SUR UNE ESPÈCE 

DE QUADRUPÈDE OVIPARE 



NON ENCORE DECRITE*. 



Notre confrère M. Cuvier a lu à la classe des Sciences 
physiques et mathématiques, dans la séance du 26 
janvier , un mémoire dans lequel il a exposé avec 
beaucoup de clarté tout ce que les naturalistes avoient 
déjà publié sur une petite famille de reptiles , très 
digne de l'attention des physiciens, parce qu'elle est 
la seule parmi tous les animaux vertébrés qui mérite 
le nom de véritable amphibie , ayant seule reçu de 
vrais poumons et de véritables branchies, dont elle 
fait usage alternativement. 

M. Cuvier a exposé, dans ce même mémoire, les 
résultats des découvertes anatomiques qu'il a faites 
en disséquant des individus de trois espèces que Ton 
a rapportées à cette famille , et que l'on connoît sous 

1. Celle uolice a été publiée dans le tome X des Annales du Mu- 
séum , 1807, pages 200 et suivantes. 



202 HISTOIRE NATURELLE 

les noms à' Axolotl mexicain ^ de Protée angulllard et 
de Sirène lacertine. 

Il a développé les différentes raisons d'après les- 
quelles ont peut penser que ces reptiles sont des ani- 
maux entièrement développés, ou des larves destinées 
à une métamorphose, et déguisant encore l'espèce à 
laquelle elles appartiennent. 

Le Muséum d'histoire naturelle possède un qua- 
trième reptile de celte famille pourvue de branchies 
et de poumons; et comme il n'est pas encore connu 
des naturalistes, j'ai cru devoir en donner la descrip- 
tion. Ce reptile a quatre pattes , et l'on compte à 
chaque pied quatre doigts dénués d'ongles, mais très 
distincts. 

Lorsque j'ai publié en i8o5 la table des diverses 
combinaisons que le nombre des doigts peut présenter 
dans les pieds de devant et dans ceux de derrière des 
quadrupèdes ovipares*, j'ai fait remarquer que la 
septième combinaison, celle où les quatre pattes of- 
froient chacune quatre doigts , n'avoit été observée 
que dans le Lézard tétradactyle, que j'ai le premier 
fait connoître. 

Le quadrupède ovipare que je décris aujourd'hui 
montre la même combinaison de doigts que ce lézard; 
mais il est d'ailleurs trop différent de ce reptile , pour 
pouvoir être rapporté à ia même espèce. 

miilim. 

Sa longueur totale est de ^ 1 5o 

Celle de la tête , depuis le bout du museau jusqu'aux bran* 
chies, de oo 

1, Voyez dans le mcoioiie préccdcnt. 



D UN QUADUUPEDE OVÎl'AUE. 203 

niilliin. 

Celle de la queue 5o 

Et celle de chacune des pattes de devant et de derrière. ... i5 

La tête est très aplatie , surtout dans sa surface in- 
férieure ; le museau est un peu arrondi. 

La mâchoire supérieure avance un peu plus que 
l'inférieure. 

Deux rangs de très petites dents garnissent cha- 
que mâchoire. La langue est très courte, plate et ar- 
rondie. 

La peau qui revêt la surface inférieure de la tête 
se replie au dessous du cou, de manière à y former 
une sorte de collier qui s'étend comme un opercule 
membraneux jusqu'au dessus des branchies. 

L'œil est très visible au travers de l'épiderme qui 
le recouvre , mais qui ne le voile qu'à demi. 

Les narines, un peu éloignées l'une de l'autre, sont 
situées vers l'extrémité du museau. 

On voit de chaque côté du cou trois branchies 
extérieures, allongées, assez grandes, et garnies de 
franges touffues. 

La queue est très comprimée latéralement ; et une 
membrane attachée verticalement à son bord supé- 
rieur, ainsi qu'à son bord inférieur, la fait paroître 
encore plus comprimée. 

On ne voit pas d'écaillés sur la peau ; mais elle est 
visqueuse et ridée transversalement, comme celle de 
plusieurs salamandres et des serpents cœcilies. 

Un sillon longitudinal règne au dessus de la tête et 
du corps, depuis l'extrémité du museau jusqu'à l'o— 
rigine de la queue. 



204 HISTOIRE NATURELLE 

Un sillon semblable s'étend au dessous du corps . 
depuis les pattes de devant jusqu'à celles de der- 
rière. 

La présence des branchies et la compression de la 
queue , qui ressemble à une lame verticale, et qu'on 
peut comparer à la nageoire caudale des poissons . 
c'est-à-dire à leur rame la plus active, ne permettent 
pas de douter que le quadrupède ovipare que je dé- 
cris ne vive habituellement dans l'eau. Mais je ne sais 
pas encore de quel pays il a été rapporté à Bordeaux, 
où il a été donné à M. Rodrigues, naturaliste ti'ès 
zélé , qui l'a procuré au Muséum d'Histoire natu- 
relle. 

L'individu que j'ai eu sous les yeux étant le pre- 
mier que l'on ait vu en France, et le seul qu'on y 
connoisse , je n'ai pas pu le disséquer pour examiner 
ses organes intérieurs , et le degré d'ossification de 
son squelette. 

J'ignore donc encore si ce reptile étoit entièrement 
développé , ou s'il devoit subir une métamorphose ; 
mais , quoi qu'il en soit de ces deux suppositions , 
son espèce est encore inconnue des naturalistes. 

S'il ne devoit pas montrer de nouveau dévelop- 
pement, on pourroit le comprendre dans le genre 
Prolée^ et le distinguer par le nom spécifique de 
tétradactyle; et en supposant que l'axolotl doive être 
inscrit dans le même genre, le Protée tétradactyle se- 
roit placé entre cet axolotl , qui a quatre doigts aux 
pieds de devant et cinq aux pieds de derrière , et le 
Protée anguillard qui n'en a que trois aux pattes an- 
térieures et deux aux postérieures. 



DUN QUADRUPÈDE OVIPARE. 2o5 

Si ce reptile éloit au contraire une larve, il appar- 
tiendroit à une espèce de salamandre que l'on appel- 
leroit la Salamandre tétradactylej, que l'on n'a pas 
encore décrite , et qui devroit être inscrite entre les 
salamandres qui ont quatre doigts aux pieds de de- 
vant et cinq doigts aux pieds de derrière, et la sala- 
mandre tridactyle , qui n'en a que quatre aux pieds 
de derrière et trois aux pieds de devant. 



FIK DES QUADRUPEDES OVIPARES. 



SERPENTS. 



I. 



/i\^^^\v%w^\\vv»^vv\\^^^v^'v^'^vv^\vv«Vlv\\^v^•\vl•\'WVk'^\'\'\vw'V'\'W>vl'v\'\•^\'\'v^'v^^\A'^'\A'vA^ 

AVERTISSEMENT 

DE L'AUTEUR, 



Personne ne sent pins vivement que moi combien 
la mort de M. le comte de Buffon m'a privé d'un puis- 
sant secours pour l'ouvrage dont je publie aujourd'liui 
le second volume , et que je n'aurois jamais entrepris 
s'il ne s'étoit engagé à m'éclairer dans la route qu'il 
m'avoit indiquée lui-même en me chargeant de con- 
tinuer VHistoire naturelle. Quelque temps avant cet 
événement funeste aux lettres, l'un des coopérateurs 
de M. de Buffon, l'éloquent auteur d'une partie de 
l'Histoire des Oiseaux et du Discours préliminaire de 
la Collection académique, avoit été enlevé aux scien- 
ces, et sa mort avoit fait évanouir les grandes espé- 
rances qu'avoient conçues les amateurs de l'Histoire 
naturelle , ainsi que l'espoir particulier que j'avois 
fondé sur ses connoissances et la bonté de son ca- 
ractère. Heureusement pour moi , l'on diroit que 
plusieurs naturalistes de France ou des pays étrangers, 
et particulièrement ceux qui viennent d'entreprendre 
de grands voyages pour l'avancement des sciences^ 



•2\0 AVERTISSEMENT 

ont cherché à diminuer les pertes que j'ai faites, en 
ni'envoyant ou en me promettant un très grand nom- 
bre d'observations importantes. C'est avec bien de la 
reconnoissance que je les remercie ici et des bienfaits 
que j'ai déjà reçus, et de ceux que je dois recevoir 
encore. J'ai fait usage de quelques unes de ces ob- 
servations dans le volume que je publie aujourd'hui, 
et j'emploierai les autres dans ceux qui le suivront. 
M. le marquis de la Billardrie, successeur de M. de 
Bntfon dans la place d'intendant du Jardin de Sa Ma- 
jesté , et qui se propose de ne rien négliger pour l'a- 
vancement des sciences naturelles, tant par l'étendue 
de ses correspondances , que parles différents voyages 
qu'il pourra faire faire dans les pays les plus intéres- 
sants pour les naturalistes, a eu aussi la bonté de me 
promettre les différentes observations qui lui arrive- 
ront directement, et qui pourront être relatives à mon 
travail. D'ailleurs M. de Buffon m'avoit remis, dans 
le temps, les notes, les lettres et les divers manuscrits 
qu'il avoit reçus à différentes époques, au sujet des 
animaux dont je devois publier l'histoire. Deux mois 
avant sa mort, il voulut bien me remettre encore 
tous les manuscrits et les dessins originaux que feu 
M. Commerson, très habile naturaliste, a composés 
ou fait exécuter, relativement aux diverses classes 
d'animaux, pendant son séjour dans l'île de Bourbon, 
où il avoit été envoyé par le gouvernement. M. de 
Buffon a publié la partie de ces manuscrits qui con- 
cerne les quadrupèdes vivipares et les oiseaux, et je 
serai d'autant plus empressé d'enrichir mon ouvrage 
de ceux qui traitent des autres animaux que les na- 
turahstes les attendent depuis long-temps avec im- 



DE L AUTEUR. 211 

patience. De plus, M. le comte de Buflfon, fils du grand 
homme que nous regrettons , et qui, entré avec hon- 
neur dans la carrière militaire , fera briller au milieu 
des armes , un nom rendu immortel par la gloire des 
lettres, a bien voulu, ainsi que son oncle, M. le che- 
valier de Buffon, olBcier supérieur distingué par ses 
services et connus depuis long-temps par son goût 
pour les sciences et les beaux-arts, me communiquer 
toutes les notes qui se sont trouvées dans les papiers 
de feu M. le comte de Buffon, et qui pouvoientm'être 
utiles pour la continuation de l'Histoire naturelle. 
Mais ce qui est pour moi l'un des plus grands encou- 
ragements, ce sont les rapports que j'ai l'avantage 
d'avoir avec M. Daubenlon ; c'est l'amitié qui me lie 
avec ce célèbre naturaliste, dans les lumières duquel 
j'ai trouvé tant de secours, et que je me plairois tant 
à louer, si je pouvois , sans blesser sa modestie , ré- 
péter très près de lui ce que la voix publique fait re- 
tentir partout où l'on s'intéresse au progrès des scien- 
ces naturelles. Le monde savant l'a vu avec regret 
cesser, dans le temps, de travailler à l'Histoire natu- 
relle conjointement avec M. de Buffon, et suspendre 
la description du Cabinet de Sa Majesté ; aussi m'em- 
pressé-je d'annoncer au public qu'il jouira bientôt 
de la continuation de cette partie de l'Histoire natu- 
relle, que M. Daubenton se propose de reprendre au 
point oii des circonstances particulières l'ont engagé 
à l'interrompre. 



V\\ri\V\f\\\\\\VVA'\\VV\\'*'\^\VVVV'VV'l'V^^\'\\'VVVV-^'VVV»\\A/\\^'VVl'V'VVV\'\\'iA'\V'\\\A\\V\VVV\^^ 

ÉLOGE 

DU COMTE DE BUFFON*. 



Je préparois ce nouveau volume entrepris pour 
compléter V Histoire naturelle ^ publiée avec tant de 
succès par le grand homme qui faisoit un des plus 
beaux ornements de la France, lorsqu'il a terminé sa 
glorieuse carrière. Toutes les contrées éclairées par 
la lumière des sciences, après avoir retenti pendant 
sa vie des applaudissements donnés à ses triomphes, 
ont répété plus haut encore, après sa mort, les ac- 
cents de l'admiration, auxquels se sont mêlés ceux 
des regrets; et la postérité a commencé, pour ainsi 
dire, de couronner sa statue. Au milieu de tous les 
hommages rendus à sa mémoire, que ne puis-je faire 
entendre une voix éloquente qui redise son éloge 
ilans le sanctuaire même consacré par son génie à la 
science qu'il chérissoit! 

Lorsque Platon quitta sa dépouille mortelle pour 
s'élever à l'immortalité, ses disciples en pleurs se ras- 

1. Voyez , aux Œuvres complètes de Buffon , les Éloges de ce célè- 
bre ualuralistc par Condorcet et Vicq-d'Azir, Édît. Pillot . tom. l", 
pages M et xlvij. 



ÉLOGE DE TÎUFFON. 21J 

semblèrent sur îe promontoire fameux^, voisin de la 
célèbre Athènes, où ils avoient si souvent entend» 
cette voix imposante et enchanteresse ; ils répétèrent 
leur tendres plaintes sur ce même rocher antique 
contre lequel venoient se briser les flots de la mer 
agitée, et où leur maître assis comme le maître des 
dieux sur le sommet du mont Olympe, leur avoit 
si souvent dévoilé les secrets de la science et ceux 
de la vertu. Ils consacrèrent ce mont à leur père 
chéri; ils en firent, pour ainsi dire , un lieu saint : 
et pour charmer leur peine, diminuer leur perte , et 
se retracer avec plus de force les vérités sublimes 
qu'il leur avoit montrées, ils chantèrent un hymne 
funèbre, et peignirent dans leurs chants tristes et lu- 
gubres et son génie et leur douleur. 

Que ne pouvons-nous aussi , nous tous qui consa- 
crés à l'étude de l'Histoire naturelle, avons reçu les 
leçons, avons entendu la voix du Platon moderne, 
chanter en son honneur un hymne funéraire! Ras- 
semblés des divers points du globe où chacun de nous 
a conservé cet amour de la nature qu'il savoit inspirer 
si vivement à ses disciples , que ne pouvons-nous pé- 
nétrer tous ensemble jusqu'au milieu des plus anciens 
monuments élevés par cette nature puissante, porter 
nos pas vers ces monts sourcilleux dont les cimes tou- 
jours couvertes de neiges et de frimas, dominent sur 
les nuées et semblent réunir le ciel avec la terre! 
C'est sur ces masses énormes, sur ces blocs immenses 
de granits , que les siècles ont attaqués en vain et qui 

1. Le promontoire de Suuium. Il pst décrit et représenté dans le 
Voyage du jeune Anacharsis. 

LACÉPÈDE. III. i4 



2)4 ÉLOGE DE BUFFON. 

seuls paroissent avoir résisté aux combats des élé- 
ments , et à toutes les révolutions éprouvées par le 
globe de la terre, c'est sur ces tables respectées par 
le temps que nous irions graver le nom de Buffon : 
c'est à ces antiques témoins des antiques boulever- 
sements de notre planète, que nous irions confier le 
souvenir de nos regrets et de notre admiration : tout 
autre monument seroit trop périssable pour une aussi 
longue renommée. 

Élevons-nous du moins par la pensée au dessus de 
ces rocs escarpés , avançons sur le bord des profonds 
abîmes qui les entourent, et parvenons jusqu'au som- 
met de ces monts entassés sur d'autres monts. La nuit 
règne encore ; aucun nuage ne nous dérobe le firma- 
ment ; l'atmosphère la plus pure laisse resplendir les 
étoiles à nos yeux; nous voyons ces astres fixes bril- 
ler des feux qui leur sont propres, et les astres er- 
rants nous renvoyer une douce lumière ; ravis d'ad- 
miration , plongés dans une méditation profonde, 
nous croyons voir le génie de la nature dans la con- 
templation de l'univers; tout nous rappelle ces vives 
images prodiguées par Buffon , avec tant de magnifi- 
cence, ce tableau mobile des cieux, que dans sa noble 
audace , il a tracé avec tant de grandeur^, et debout 
sur les lieux les plus élevés du globe , nous entonnons 
un hymne en son honneur. 

« ^'ous te saluons, ô BuSbn, peintre sublime de 
)> ce spectacle auguste ; toi dont le génie hardi , non 
» content de parcourir l'immensité des cieux , et de 

i. Introductiou à l'Histoire des Minéraux, par M. Je Buffon. Édit. 
Pillot , tom. III , pag. 76 et sui?f 



ÉLOGE DE lUlFFON. 2l5 

» chercher les limites de l'espace, a voulu remonter 
» jusqu'à celles du temps*. 

» Tu as demandé à la matière par quelle force pé- 
» nétrante ces astres immobiles, ces pivots embrasés 
» de l'univerSjbrûient des feux dont ils resplendissent. 

» Tu as demandé aux siècles , par quel moteur puis- 
» sant, ces autres astres errants ^»i brillent d'une 
«lumière étrangère, et circulent en esclaves soumis 
» autour des soleils qui les maîtrisent, furent placés 
» sur la route céleste qui leur a été prescrite, et reçu- 
« rent le mouvement dont ils paroissent animés. 

» Nous te saluons, ô chantre immortel des cieux; 
» que le firmament semé d'étoiles, que toutes les clar- 
•) tés répandues dans l'espace, que tout ce magnifique 
» cortège de la nuit rappelle à jamais ta gloire ! » 

Cependant les premiers feux du jour dorent l'o- 
rient; l'astre de la lumière se montre dans toute sa 
majesté; il rougit les cimes isolées qui s'élancent dans 
les airs, et étincelle , pour ainsi dire, contre les im- 
menses glaciers qui investissent les monts. Une va- 
peur épaisse remplit encore le fond des vallées, et 
dérobe les collines à nos yeux. Une vaste mer paroît 
avoir envahi le globe; quelques pics couverts de 
glaces resplendissantes se montrent seulement au des- 
sus de cette mer immense dont les flots légers, agités 
par le vent, roulent en grands volumes, s'élèvent en 
tourbillons, et menacent de surmonter les roches les 
plus hautes. INous croyons voir avec Buffbn, la terre 
encore couverte par les eaux de l'Océan, et recevant 

1. Article de la formaliou des Planètes, par M. de Buffon. Édit. 
Pillot , tom. l", pag. 168 ; Première et Seconde Vues de la Nature , ib., 
tom. XVI, pag. 145 et i58. 



5îl6 ÉLOGE DE BUFFON. 

au milieu des oncles, sa forme, ses inépjalîtés , ses 
monta|ines, ses vallées; et noire hymne continue. 

«Nous te saluons, ô Buffon , toi dont le génie, 
» après avoir parcouru l'immensité de l'espace et du 
» temps, a plané au dessus de notre globe et de ses 
« âges^. 

» Tu as vu la terre sortant du sein des eaux ; les 
» montagnes secondaires s'élevant par les efforts ac~ 
» cumulés des courants du vaste Océan; les vallons 
» creusés par ses ondes rapides; les végétaux déve- 
n loppant leurs cimes verdoyantes sur les premières 
» hauteurs abandonnées par les eaux ; ces bois touffus 
» livrant leurs dépouilles aux flots agités; les abîmes 
n de l'Océan recevant ces dépôts précimix comme 
» autant de sources de chaleur et de feu pour les siè- 
)) des à venir, et les plaines de la mer peuplées d'a- 
» nimaux dont les débris forment de nouveaux rivages 
» ou exhaussent les anciens. 

•) Tu as vu le feu jaillissant avec violence des en- 
» Irailles de la terre, sur le bord des ondes qui se 
» rotiroient, élevant par son effort de nouvelles mon- 
1) lagnes, ébranlant les anciennes, couvrant les plaines 
» de torrents enflammés; et les tonnerres retenlis- 
» sants, les foudres rapides, les orages des airs me- 
» lant leur puissance à celle des orages intérieurs de 
)) la terre, et des teinpêtes de la mer. 

» Nous te saluons, toi dont les chants ont célébré 
» COR grands objets : que le feu des volcans, que le« 
» ondes agitées, que les tonnerres des airs rappellent 
» à jamais ta gloire ! » 

1. Théorie de la terre et tpoques de la Nature , par M. de BuffoH. 
Zdh. Pillot, loiii. P', pag. io5, et tom. V, pag. 7. 



ELOGE DE BUFFON. 217 

Mais la vapeur épaisse se dissipe , et nous laisse 
voir des plaines iuimenses, des coteaux fertiles, des 
champs fleuris, des retraites tranquilles ; ô Nature, 
lu te montres dans toute ta beauté! Les habitants 
des airs voltigeant au milieu des bocages, saluent par 
leur chant l'astre bienfaisant source de la chaleur; 
l'aigle altier vole jusqu'au dessus des plus hautes ci- 
mes*; le cheval belliqueux relevant sa mobile cri- 
nière, s'élance dans les vertes prairies; les divers 
animaux qui embellissent le globe, paroissent eu 
quelque sorte à nos yeux. Saisis d'un noble enthou- 
siasme, entraînés par l'espèce de délire qui s'empare 
de nos sens, nous croyons nous détacher, pour ainsi 
dire, de la terre, et voir le globe roulant sous nos 
pieds nous présenter successivement toute sa surface. 
Le tigre féroce, le lion terrible régnant avec empire 
dans les solitudes embrasées de l'Afrique ; le cha- 
meau supportant la soif au milieu des sables brûlants 
de l'Arabie; l'éléphant des grandes Indes, étonnant 
l'intelligence humaine par l'élendue de son instinct ; 
le castor du Canada , montrant par son industrie es 
que peuvent le nombre et le concert; les singes des 
deux mondes, imitateurs pétulants des mouvements 
de l'homme ; les perroquets richement colorés des 
-contrées voisines de l'équateur ; le brillant oiseau- 
mouche et le colibri doré du nouveau continent; le ka- 
michi des côtes à demi noyées de la Guiane : tous pas- 
sent sous nos yeux. Rien ne peut nous dérober aucun 

1. Voyei partîc.ulïèrenaeQt, dans l'Ilistoire des Quadi'upèdes et dos 
Oiseaux , par M. de Buffon , les articles du Cheval , du Tigre , du Lion, 
du Cliameau, de L'Eléphant j du Castor, des Singes, de l'Aigle, des 
Perroquets, de l'Oiseau - Mouche j du Kamichi, etc. Édit. Pillot , 
lom.XIV, XV, XVI,XVni, XIX, Ole. 



2l8 ÉLOGE DE BUFFON. 

de ces objets que Butibn a revêtus de ses couleurs 
éclatnntes; et au milieu des sujets de ses magnifiques 
tableaux, nous voyons sur tous les points de la terre 
habitable le chef-d'œuvre de la force productrice , 
l'homme qui , par la pensée, a conquis le sceptre de 
la nature, dompté les éléments, fertilisé la terre, em- 
belli son asile, et créé le bonheur par Taraour et par 
la vertu. Depuis le pôle sur lequel brille l'ourse, de- 
puis les bornes du vaste empire de la souveraine de 
la INéwa*, et cette contrée fertile en héros, où Reins- 
berg^ voit les arts cultivés par des mains victorieuses, 
jusqu'aux plages ardentes du Mexique, et aux som- 
mets du Potosi, quelle partie du globe ne nous rap- 
pelle pas des tributs offerts au génie de Buffon? 

Nous voyons au milieu de l'Athènes moderne, 
ces lieux fameux consacrés à la science ou aux arts 
sublimes de l'éloquence et de la poésie , ces temples 
de la renommée qui parleront à jamais de la gloire 
de Buffon, où il a laissé des amis, des compagnons 
de ses travaux, un surtout, qui, né sous le même 
ciel, et réuni avec lui dès sa plus tendre jeunesse, a 
partagé sa gloire et ses couronnes. Nous croyons en- 

1. C'est principalement de la Russie, ainsi que de rAmérique sep- 
tentrionale et méridionale , que Ton sest empressé d'oflîir à M. de 
Buffon les divers objets d'histoire naturelle qui pouvoient l'intéres- 
ser; il eu a reçu de plusieurs souverains, et surtout de limpératrice 
de toutes les Hussies. 

2. Château du Brandebourg, appartenant au prinee Henri de 
Prusse. Avec quel plaisir M. de Buffon ne parloit-il pas de son dévoue- 
ment pour ce prince ! Combien ne se plaisojt-il pas à rappeler les 
marques d'attachement qu'il en avoit reçues , ainsi qu'à s'entretenir d^ 
l'amilié que lui a toujours témoignée la digne compagne d'un grand 
et célèbre ministre du meilleur des rois! 



ÉLOGE DE BUFFON. 219 

tendre leurs voix , et ce concert de louanges du génie 
et de l'amitié, retentissant jusqu'au fond de nos cœurs, 
nous nous écrions de nouveau : 

« Nous te saluons, ô Buffon , toi qui as chanté les 
» œuvres de la création sur ta lyre harmonieuse ; toi 
« qui d'une main habile as gravé sur un monument 
» plus durable que le bronze, les traits augustes du 
)) roi de la nature; qui Tas suivi d'un œil attentif sous 
» tous les climats, depuis le moment de sa naissance 
» jusqu'à celui où il disparoît de dessus la terre : 
» à ta voix la nature a rassemblé ses différentes pro- 
» ductions; les divers animaux se sont réunis devant 
» toi : tu leur as assigné leur forme, leur physionomie, 
» leurs habitudes, leur caractère, leur pays, leur 
» nom : que partout les chants soient répétés; que 
» tout parle de toi; poëte sublime, tu as célébré et 
» tous les êtres et tons les temps. » 



220 EXÏUAIT DES UlîGISTRES 



».Ma*«*«« ^ <i»*»a<»^«<W'g««<»e.R<»a»8»<B^««»8».i»(i»«»ai8«i»<)«<»<i»i»8ffv,»«»t,,yt,»j»^^..,^^,^»t,g^ 



EXTRAIT DES REGISTRES 

DE LACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES^ 



L'académie nous a chargé de lui faire le rapport 
d'un ouvrage de M. le comte de Lacépède , qui a 
pour titre Histoire naturelle des Serpents. 

Cet ouvrage est une suite de celui qu'il a publié 
l'année dernière sur les Quadrupèdes ovipares et qui 
a été approuvé par l'Académie. M. le comte de La- 
cépède y traite de plus de soixante-quinze espèces 
de Serpents, parmi lesquelles, plus de vingt-deux 
espèces n'avoient encore été décrites par aucun au- 
teur, et plusieurs autres n'avoient été que légèrement 
indiquées par les voyageurs ou les naturalistes. C'est 
principalement dans la collection du Cabinet du Roi , 
que M. le comte de Lacépède a vu ces espèces de 
Serpents, qui n'étoient pas encore connues ou qui ne 
l'étoient qu'imparfaitement. 

L'auteur les a distribuées en huit genres avec la 
plupart des naturalistes ; il a placé dans le premier, 
sous la dénomination de Couleuvres, les serpents qui 
ont de grandes plaques sous le corps et deux rangées 
de petites plaques sous la queue : comme ce genre 



DE LACADÉMlIi DES SCIENCES. 22 1 

est très nombreux et contient cent trente -sept es- 
pèces, l'auteur dit, dans l'article où il traite de la 
nomenclature des Serpents, qu'il auroit désiré de 
diviser le genre des couleuvres, d'autant plus qu'il 
auroit voulu séparer les couleuvres venimeuses de 
celles qui ne le sont pas; celles dont les petits éclo- 
sent dans le ventre de leur mère, de celles qui pon- 
dent des œufs. En efiet , dans la partie historique de 
son ouvrage, l'auteur sépare ces couleuvres en com- 
mençant par les vipères d'Europe et les autres vipères 
des pays étrangers, telles que le Céraste, le Naja, etc. , 
et en passant ensuite à la couleuvre à collier et aux 
autres couleuvres non venimeuses d'Europe , ou des 
autres parties du globe. Mais, dans sa table métho- 
dique, M. le comte de Lacépède a été obligé de les 
réunir toutes dans le même genre , n'ayant pas pu 
trouver des caractères extérieurs très sensibles et con- 
stants pour dififérencier ces deux divisions. Il expose 
les tentatives qu'il a faites à ce sujet, et indique aux 
voyageurs des observations d'après lesquelles on pour- 
roit espérer de trouver ces caractères. 

Dans le second genre, l'auteur comprend les ser- 
pents qui ont une rangée de grandes plaques sous la 
queue aussi bien que sous le ventre et auxquels il 
conserve le nom de Boa; ce g'enre présente dix es- 
pèces de serpents dont plusieurs parviennent à une 
longueur très considérable , et parmi lesquels est le 
Devin dont la longueur est quelquefois de plus de 
trente pieds. 

Le troisième genre renferme le? serpents connus 
sous le nom de Serpents à sonnettes ^ parce qu'ils ont 



222 EXTRAIT DES REGISTRES 

au bout de la queue des écailles articulées, sonores 
et mobiles. L'auteur en compte cinq espèces. 

M. le comte de Lacépède a mis dans le quatrième 
genre les serpents auxquels on a donné le nom d'^n- 
^Mts, et qui n'ont sous le corps que de petites écailles. 
Il donne la description de seize espèces de ces ani- 
maux parmi lesquels est l'Orz^ef^ petit serpent très 
connu en Europe , et particulièrement dans plusieurs 
provinces de France. 

Il place dans le cinquième genre, sous le nom 
d'Amphisbènes, deux espèces de serpents dont le 
corps et la queue sont entourés d'anneaux écailleux. 

Il met dans le sixième deux autres espèces de ser- 
pents dont les côtés du corps sont comme plissés et 
que l'on a nommés Gœcilies. 

Il a conservé le nom de Langaha à une espèce de 
serpent , qui , ne pouvant être compris dans aucun 
des genres précédents, a dû former un septième 
genre. Le dessous du corps de ce serpent présente 
vers la têle de grandes plaques , et ne montre ensuite 
que des anneaux écailleux ; et sa queue garnie de ces 
mêmes anneaux à son origine , n'est revêtue que de 
petites écailles à son extrémité. 

Enfin, dans le huitième genr«, M. le comte de La- 
cépède traite d'un serpent dont on a donné la descrip- 
lion sous le nom à'Acroclwrte de Java^ et qu'il croit 
être d'un genre particulier, d'après M. Hornstedt qui 
l'a fait connoître, jusqu'à ce que de nouvelles obser- 
vations aient déterminé sa place dans quelqu'un des 
genres précédents. 

M. de Lacépède ayant vu non seulement plusieurs 



DE l'académie des SCIENCES. 2'J.O 

espèces de serpeats, mais plusieurs individus de la 
même espèce , a recormu la difficulté de reconnoître 
les espèces, eu n'employant qu'un très petit nombre 
de caractères à l'exemple de la plupart des natura- 
listes. Il a vu qu'un grand nombre de ces caractères 
étoit très variable en raison de l'âge ou du sexe ou 
d'autres circonstances. Il a cherché les caractères ex- 
térieurs les plus constants ; ceux qui lui ont paru n'être 
pas sujets à varier, sont communs à un trop grand 
nombre d'espèces de serpents pour servir à distinguer 
chaque espèce en particulier , il les a combinés avec 
les caractères moins constants employés jusqu'ici par 
plusieurs nomenclateurs. Il en a composé une table 
méthodique, dans laquelle les caractères variables 
qui seuls ne pourroient pas garantir de l'erreur, ser- 
vent cependant à faire trouver l'objet que l'on cher- 
che : celte table réunit l'avantage de faire connoître 
plus siirement qu'aucune autre l'espèce d'un serpent, 
et présente les rapports principaux que les diverses 
espèces ont entre elles. 

Ces caractères, tant constants que plus ou moins 
variables, sont le nombre des grandes et des petites 
plaques; la proportion de- la longueur du corps à celle 
de la queue; la présence ou le défaut de dents lon- 
gues, crochues, creuses, mobiles et connues sous le 
nom de crochets à venin; la forme et l'arrangement 
des écailles qui couvrent le sommet de la tête ; la 
forme de celles qui garnissent le dos; les traits par- 
ticuliers de conformation que les serpents peuvent 
présenter, tels que la gro&seur de la tête, la forme de 
cette partie, la distribution des taches et même leur 
couleur, dernier caractère que l'auteur regardecomme 



224 Extrait des registres 

très variable , mais qu'il présente avec les autres; sa 
combinaison avec ces derniers peut quelquefois servir 
à lever des doutes et à distinguer les espèces. 

Les espèces de serpents qui sont comprises dans 
la table méthodique de M. le comte de Lacépède sont 
arrangées suivant le nombre des plaques ou des écail- 
les qu'elles ont sous le ventre ; les espèces qui en 
ont le plus se trouvent placées les premières. On peut 
connoître par ce moyen , avec quelles espèces on a 
principalement besoin de comparer celle que l'on 
veut reconnoître. 

L'auteur a joint à l'article de chaque espèce de 
serpent, une liste très étendue des noms qui ont été 
donnés à cette espèce , et la citation des divers au- 
teurs qui en ont parlé. Non seulement il a donné la 
description de l'animal , mais autant qu'il l'a pu , il a 
exposé ses habitudes. Il a fait usage des différents 
ouvrages déjà imprimés, et de notes manuscrites qui 
lui ont été envoyées par plusieurs observateurs, tels 
que MM. de La Borde, le baron de "Widersbach, cor- 
respondants du Cabinet du Roi à Cayenne , de Ba- 
dier de la Guadeloupe, de Sept-Fontaines , etc. 

On trouve pour chaque genre , des articles princi- 
paux, où les caractères génériques des serpents sont 
exposés plus au long; et à la tête de tout l'ouvrage , 
est un discours sur la nature de ces animaux, dans 
lequel M. le comte de Lacépède a présenté ce qui est 
commun aux diverses espèces de ces reptiles, les traits 
les plus rejnarquables de leur conformation, les points 
les plus intéressants de leur histoire et leurs grands 
rapports avec les autres ordres d'animaux. 

Quarante-cinq espèces principales ou qui n'avoient 



DE L ACADEMIE DES SCIENCES. 923 

pas encore été décrites, sont figurées dans cet ou- 
vrage qui est terminé par des articles relatifs à un 
liruane cornu et à un autre lézard à tt^te rouge, dont 
les individus ont été envi^yés à l'auteur depuis la pu- 
blication de son Histoire naturelle des Quadrupèdes 
ovipares. 

L'Histoire des Serpents, que M. !e comte de Lacé- 
pède a présenté à l'Académie, et dont nous venons 
d'exposer les principales parties, est faite avec autant 
de soin que l'Histoire des Quadrupèdes ovipares qu'a 
donnée le môme auteur ; les descriptions y sont aussi 
exactes; les figures sont aussi bonnes. L'auteur a fait 
beaucoup de recherches par rapport aux habitudes 
des serpents; il a observé par lui-même la structure 
des écailles sonores et mobiles qui terminent la queue 
des serpents à sonnettes, et dont la forme et la dis- 
position lui ont donné des lumières sur la formation 
et l'accroissement de cet organe singulier. M. le comte 
de Lacépède a aussi reconnu que les prétendues cor- 
nes (\u céraste ne sont que des éminences écailleuses, 
H a décrit le chaperon du serpent à lunettes et les 
côtes qui le soutiennent. M. le comte de Lacépède a 
comparé les mâchoires des serpents venimeux avec 
celles des serpents qui n'ont point de venin , pour 
reconnoître les différences qui sont causées par l'or- 
gane du venin ; il a décrit sur la plupart des serpents 
la disposition et la figure des écailles qui couvrent 
le dos, et des grandes et des petites plaques qui re- 
vêtent le dessous de la tête et le dessous du corps et 
de la queue. Il a donné le rapport de la longueur 
totale de la plupart des serpents avec la longueur de 
leur queue ; ces proportions donnent des facilités 



226 EXTR. DES REGISTR. DE l'aCAD. «ES SCIE^C. 

pour distinguer les différentes espèces de chaque 
genre de serpents. 

Les caractères distinctifs de ces animaux sont dif- 
ficiles à exprimer, parce que leurs différences sont 
peu sensibles et sujettes à beaucoup de variétés ; c'est 
ce qui a obligé M. le comte de Lacépède à rapporter 
dans sa table méthodique plusieurs caractères dis- 
tinctifs pour chaque espèce : ils se confirment mu- 
tuellement et ils se suppléent les uns aux autres: par 
ce moyen on peut classer des animanx qui ne sont 
pas encore assez bien connus pour être distingués par 
des caractères moins nombreux. 

Nous pensons que l'Histoire naturelle des Serpents 
par M. le comte de Lacépède mérite d'être approuvée 
par l'Académie, et imprimée sous son privilège. 

Signé, Daubenton, Fougeroux de 
BONDAROY et Broussonnet. 

Je certifie le présent extrait conforme à son ori- 
ginal , et au jugement de l'Académie. A Paris, ce 
20 mars 1789. 

Signée TiLLET. 



HISTOIRE 



NAT U R E L L E 



DES SERPENTS 






DISCOURS 



SUR LA NATURE DES SERPENTS 



A la suite des nombreuses espèces des Quadrupè- 
des et des Oiseaux , se présente l'ordre des Serpents; 
ordre remarquable en ce qu'au premier coup d'oeil, 
les animaux qui le composent paroissent privés de tout 
moyen de se mouvoir, et uniquement destinés à vivre 
sur la place où le hasard les fait naître. Peu d'animaux , 
cependant, ont les mouvements aussi prompts et se 
transportent avec autant de vitesse que le serpent ; il 
égale presque , par sa rapidité , une flèche tirée par 
un bras vigoureux, lorsqu'il s'élance sur sa proie ou 
qu'il fuit devant son ennemi : chacune de ses parties 
devient alors comme un ressort qui se débande avec 
violence ; il semble ne toucher à la terre que pour en 
rejaillir; et, pour ainsi dire , sans cesse repoussé par 



228 HISTOIRE NATURELLE 

les corps sur lesquels il s'appuie, on diroit qu'il nage 
au milieu de l'air en rasant la surface du lerrain qu'il 
parcourt. S'il veut s'élever encore davantage, il le dis- 
pute à plusieurs espèces d'oiseaux, par la facilité avec 
laquelle il parvient jusqu'au plus haut des arbres, au- 
tour desquels il roule et déroule son corps avec tant 
de promptitude, que l'œil a de la peine à le suivre: 
souvent même , lorsqu'il ne change pas encore de 
place, mais qu'il est prêt à s'élancer, et qu'il est agité 
par quelque afl'ection vive, comme l'amour, la colère 
ou la crainte, il n'appuie contre terre que sa queue 
qu'il replie en contours sinueux; il redresse avec fierté 
sa tête, il relève avec vitesse le devant de son corps, 
et le retenant dans une attitude droite et perpendi- 
culaire, bien loin de paroître uniquement destiné à 
ramper, il offre l'image de la force , du courage , et 
d'une sorte d'empire. 

Placé par la nature à la suite des quadrupèdes ovi- 
pares , ressemblant à un lézard qui seroit privé de 
pattes , et pouvant surtout être quelquefois confondu 
avec les espèces que nous avons nommées Seps et 
Chalcides'^, ainsi (pi'avec les re|)tiles bipèdes^, le ser- 
pent réunit cet ordre des Quadrupèdes ovipares à 
celui des Poissons, avec plusieurs espèces desquels 
il a un grand nombre de rapports extérieurs , et dans 
lesquels il paroît, en quelque sorte, se dégrader par 
des nuances successives offertes par les Anguilles^ les 
Murènes proprement dites, les Gymnotes^ etc. 

i. Voyez l'article du Seps et celui du Chalcide, dans l'Histoire na- 
turelle des Quadrupèdes ovipares. 

a. Article des Repiiles bipèdes, à la suite de l'Histoire des Quadru- 
pèdes ovipares. 



DES SEUPKNTS. 229 

Malgré la grande vitesse avec laquelle le serpent 
échappe, pour ainsi dire, à la surface sur laquelle il 
s'avance, plusieurs points de son corps portent sur la 
terre, même dans le temps où il paroît le moins y 
toucher, et il est entièrement privé de membres qui 
puissent le tenir élevé au dessus du terrain , ainsi que 
les quadrupèdes. Aussi le nom de reptile nous a-t-il 
paru lui appartenir principalement, et celui de Ser~ 
pent vient-il de serperej qui désigne l'action de ram- 
per. Cette forme extérieure, ce défaut absolu de bras, 
de pieds et de tout membre propre à se mouvoir, le 
caractérisse essentiellement, et empêche qu'on ne le 
confonde , même à l'extérieur, avec aucun des ani- 
maux qui ont du sang , et particulièrement avec les 
murènes proprement dites, les anguilles et les autres 
poissons , qui ont tous des nageoires plus ou moins 
étendues et plus ou moins nombreuses. 

Les limites qui circonscrivent l'ordre des serpents 
sont donc tracées d'une manière précise, malgré les 
grands rapports qui les lient avec les ordres voisins. 

Leurs espèces sont en grand nombre ; nous en dé- 
crivons plus de cent quarante dans cet ouvrage : 
quelques unes parviennent à une grandeur très consi- 
dérable , elles ont plus de trente pieds , et souvent 
même de quarante pieds de longueur^. Toutes sont 

1. Notes manuscriles oommunicpiées par M. de La Borde, cônes- 
pondaut du Cabinet du Roi à Cayenne ; et par i\1. le baron de Widers- 
pacb, correspondant du mêaae Cabinet , et dans le même endroit. 

n Kons lisons qu'auprès de Batavia , établissement hollandois dans 
» les Indes Orientales , il y a des serpents de cinquante pieds de lon- 
s gueur. » Essai sur l'Histoire naturelle des Serpents, par Charles 
Owen. Londres, 1742 , page iT). 

Voyez à ce sujet , dans cette Jlistoire naturelle, l'arlicle du Devin. 

LACÉPÈf)B. III. l5 



^3() HISTOIRE NATUKliLLE 

couvertes d'écaillés ou de tubercules écailleux, comme 
les lézards et les poissons , qu'elles lient les uns avec les 
autres ; mais ces écailles varient beaucoup par leur 
forme et par leur grandeur : les unes, que l'on nomme 
plaques, sont hexagones, étroites et très allongées; 
les autres presque rondes ou ovales, ou rhomboidales 
ou carrées ; celles-ci entièrement plates ; celles-là re- 
levées par une arête saillante, etc. Toutes ces diverses 
sortes d'écaillés sont différemment combinées dans 
les espèces particulières de serpents ; les uns en ont 
de quatre sortes, les autres de trois, les autres de 
deux , les autres n'en ont que d'une seule sorte ; et 
c'est principalement en réunissant les caractères tirés 
de la forme, du nombre et de la position de ces écailles, 
que nous avons pu parvenir à distinguer non seule- 
ment les genres , mais encore les espèces de serpents, 
ainsi qu'on pourra le voir dans la table méthodique do 
ces animaux. 

Si , avant d'examiner les habitudes naturelles de ces 
reptiles, nous voulons jeter un coup d'œil sur leur or- 
ganisation interne, et si nous commençons par consi- 
dérer leur tête , nous trouverons que la boîte osseuse 
en est à peu près conformée comme celle des quadru- 
pèdes ovipares : cependant la partie de cette boîte qui 
représente l'os occipital, et qui est faite en forme de 
triangle dont le sommet est tourné vers la queue , ne 
paroît pas en général avancer autant vers le dos que 
dans ces quadrupèdes; elle garantit peu l'origine de 
la moelle éplnière , et voilà pourquoi les serpents 
peuvent être attaqués avec avantage et recevoir aisé- 
ment la mort par cet endroit mal défendu. 

Le reste de leur charpente osseuse présente de 



DES SERPENTS. 201 

grands rapports avec celle de plusieurs espèces de pois- 
sons, mais elle offre cependant une conformation 
qui leur est particulière , et d'après laquelle il est 
presque aussi aisé de les distinguer que d'après leur 
forme extérieure. Elle est la plus simple de toutes 
celles des animaux qui ont du sang ; elle ne se divise 
pas en diverses branches pour donner naissance aux 
pattes , comme dans les quadrupèdes ; aux ailes , 
comme dans les oiseaux, etc.; elle n'est composée 
que d'une longue suite de vertèbres qui s'étend jus- 
qu'au bout de la queue. Les apophyses ou éminences 
de ces vertèbres sont placées , dans la plupart des 
serpents, de manière que l'animal puisse se tourner 
dans tous les sens, et même se replier plusieurs fois 
sur lui-même; et, d'ailleurs, dans presque tous ces 
reptiles, ces vertèbres sont très mobiles, les unes re- 
lativement aux autres, l'extrémité postérieure de cha- 
cune étant terminée par une sorte de globe qui entre 
dans une cavité de la vertèbre suivante , et y joue li- 
brement comme dans une genouillière*. De chaque 
côté de ces vertèbres sont attachées des côtes ordi- 
nairement d'autant plus longues, qu'elles sont plus 
près du milieu du corps , et qui pouvant se mouvoir 
en différents sens, se prêtent aux divers mouvements 
que le serpent veut exécuter. Vers l'extrémité de la 
queue, les vertèbres ne présentent plus que des émi- 
nences, et sont dépourvues de côtes ^. 

1. C'est particulièrement ainsi dans le Boiquira ou grand serpent 
à sonnettes. Edw. Tyson. Transact. p'nilosoph., n" i44- 

2. J'ai voulu savoir si le nombre des vertèbres et des côtes des ser- 
pents a quelque rapport constant avec les différentes espèces de ces 
animaux. J'ai disséqué plusieurs individus de diverses espèces de ser- 



'2^2 HISTOIRE NATURELLE 

Ces vertèbres et ces côtes composent toute la partie 
solide du corps des serpents; aussi leurs organes in- 
térieurs ne sont-ils défendus, dans la partie de leur 
corps qui touche à terre , que par les plaques ou 
grandes écailles qui les revêtent par dessous, et par 
une matière graisseuse considérable que l'on trouve 
souvent entre la peau de leur ventre et ces mêmes or- 
ganes. Cette graisse doit aussi contribuer à entretenir 
leur chaleur intérieure , à préserver leur sang des effets 
du froid , et à les soustraire pendant quelque temps 
à l'engourdissement auquel ils sont sujets, dans cer- 
taines contrées , à l'approche de l'hiver ; elle leur est 
^'autant plus utile, que la chaleur naturelle de leur 
sang est peu considérable ; ce fluide ne circule dans les 
serpents qu'avec lenteur, relativement à la vitesse 
avec laquelle il coule dans les quadrupèdes vivipares 
et dans les oiseaux. Et comment seroit-il poussé avec 
autant de force dans les reptiles que dans les oiseaux 
et les vivipares , puisque le cœur des serpents n'est 
composé que d'un ventricule^, et puisque la commu- 
nication entre le sang qui y arrive et le sang qui en 

pents, et j'ai remarqué que le nombre des vertèbres et des côlcs 
augmentoit ou diminuoit dans les couleuvres , les boas, et les serpents 
à sonnettes, avec celui des plaques qui recouvrent le dessous du corps 
de ces reptiles ; de telle sorte , qu'il y avoit toujours une vertèbre, et 
par conséquent deux côtes, pour chaque plaque : mais mes observa- 
tions n'ont pas été assez multipliées pour que j'en regarde le résultat 
comme constanl. Voyez dans l'article intitulé. Nomenclature des Ser- 
pents, ce que Ton peut penser du rapport du nombre de ces plaques 
avec l'âge ou le sexe des reptiles , etc. 

1. L'oreillette du cœur de plusieurs espèces de serpents est confor- 
mée de manière à paroîlre double , ainsi que dans un grand nombre 
de quadrupèdes ovipares; mais aucun de ces reptiles n'a deux ven- 
tricules. 



DES SERPENTS. 20T 

sort, peut être indépendante des oscillations des pou- 
mons et de la respiration , dont la frécpence échauffe 
et anime le sang des vivipares et des oiseaux? 

Le jeu du cœur et la circulation ne seroient donc 
point arrêtés dans les serpents, par un très long sé- 
jour sous l'eau, et ces animaux pourroient rester ha- 
bituellement dans cet élément, comme les poissons, 
si l'air ne leur étoit pas nécessaire , de même qu'aux 
quadrupèdes ovipares, pour entretenir dans leur sang 
les qualités nécessaires à son mouvement et à la vie, 
pour dégager ce fluide des principes surabondants 
qui en engourdiroient la masse, ou y porter ceux de 
liquidité qui doivent l'animer^. Les serpents ne peu- 
vent donc vivre dans l'eau sans venir souvent à la sur- 
face ; et la respiration leur est presque aussi néces- 
saire que si leur cœur étoit conformé comme celui 
de l'homme et des quadrupèdes vivipares , et que la 
circulation de leur sang ne pût avoir lieu qu'autant 
que leurs poumons aspireroient l'air de l'atmosphère. 
Mais leur respiration n'est pas aussi fréquente que 
celle des quadrupèdes vivipares et des oiseaux ; au 
lieu de resserrer et de dilater leurs poumons par des 
oscillations promptes et régulières, ils laissent échap- 
per avec lenteur la portion d'air atmosphérique qu'ils 
ont aspirée avec assez de rapidité ; et ils peuvent d'au- 
tant plus se passer de respirer fréquemment, que 
leurs poumons sont très grands en comparaison du 
volume de leur corps, ainsi que ceux des tortues, 
des crocodiles, des salamandres, des grenouilles, etc. ; 

1. Discours sur la nature de? Quadrupèdes ovipares. 



2.)4 HISTOlllE NATLllELLE 

et que, dans certaines espèces, telles que celle do 
Bolquira , la longueur de ces viscères égalant à peu 
près les trois quarts de celle du corps , ils peuvent as- 
pirer à la fois une très grande quantité d'air*. 

Ils sont pourvus de presque autant de viscères que 
les animaux les mieux organisés ; ils ont un œso- 
phage ordinairement très long et susceptible d'une 
très urande dilatation, un estomac, un foie avec son 
conduit, une vésicule du fiel, une sorte de pancréas, 
et de longs intestins qui , par leurs circuits, leurs divers 
diamètres, et les espèces de séparations transversales 
qu'ils contiennent, forment plusieurs portions dis- 
tinctes analogues aux intestins grêles et aux gros in- 
testins des vivipares, et après plusieures sinuosités, se 
terminent par une portion droite, par une sorte de rec- 
tum , comme dans les quadrupèdes. Ils ont aussi deux 
reins, dont les conduits n'aboutissent pas à une vessie 
proprement dite, ainsi que dans les quadrupèdes vivi- 
pares, m.ais se déchargent dans un réservoir commun 
semblable au cloaque des oiseaux , et où se jnêlent de 
même les excréments, tant solides que liquides. Ce ré- 
servoir commun n'a qu'une seule ouverture à l'exté- 
rieur; il renlèrme , dans les mâles , les parties qui leur 
sont nécessaires pour perpétuer leur espèce , et qui y 
demeurent cachées jusqu'au momentdeleur accouple- 
ment : c'est aussi dans l'intérieur de ce réservoir que 
sont placés, dans les femelles, les orifices des deux 
ovaires; et voilà pourquoi, dans la plupart des ser- 
pents , et excepté certaines circonstances rares, voi- 

1. Observations auatoniîques d'Edwards Tyson , Transactions phi- 
loscphiquGS 5 n" i44' 



DES SERPEN-TS. 255 

sines de l'accouplement de ces animaux, on ne peut 
s'assurer de leur sexe d'après la seule considération 
de leur conformation extérieure. 

Presque toutes les écailles qui recouvrent les ser- 
pents , et particulièrement les grandes lames qui sont 
situées an dessous de leur corps, sont mobiles indé- 
pendamment les unes des autres ; ils peuvent redres- 
ser chacune de ces lames par un muscle particulier 
qui y aboutit : dès lors chacune de ces pièces , en 
s'éîevant et en se rabaissant, devient une sorte de 
pied, par le moyen duquel ils trouvent de la résis- 
tance , et par conséquent un point d'appui dans Je 
terrain qu'ils parcourent , et peuvent se jeter, pour 
ainsi dire, dans le sens où ils veulent s'avancer. Mais 
les serpents se meuvent encore par un moyen plus 
puissant ; ils relèvent en arc de cercle une partie plus 
ou moins étendue de leur corps; ils rapprochent les 
deux extrémités de cet arc, qui portent sur la terre, 
et lorsqu'elles sont près de se toucher, l'une ou l'autre 
leur sert de point d'appui pour s'élancer, en aplatis- 
sant la partie qui étoit élevée en arc de cercle. Lors- 
qu'ils veulent courir en avant, c'est sur l'extrémité 
postérieure de cet arc qu'il s'appuient ; et c'est au 
contraire sur la partie antérieure , lorsqu'ils veulent 
aller en arrière. 

Chaque fois qu'ils répètent cette action, ils font, 
pour ainsi dire , un pas de la grandeur de la portion 
de leur corps qu'ils ont courbée, sans compter l'éten- 
due que peut.donnerà cet intervalle parcouru, l'élas- 
ticité de cette même portion de leur corps qu'ils ont 
pliée, et qui les lance avec roideur en se rétablissant. 
Ces arcs de cercle sont plus ou moins élevés , ou plus 



2ù6 IIISTOmE NATURELLE 

OU moins multipliés dans chaque individu , suivant 
son espèce, ses grandeurs , sa proportion , sa force , 
ainsi que le besoin qu'il a de courir plus ou moins 
vite ; et tous ces arcs , en se débandant successive- 
ment, produisent cette sorte de mouvement que l'on 
a appelé vermiculaire, parce que les vers proprement 
dits, qui sont dépourvus de pieds, ainsi que les ser- 
pents, sont également obligés de l'employer pour 
changer de place. 

Pendant que les serpents exécutent ces divers mou- 
vements^ ils porlent leur tête d'autant plus élevée au 
dessus du terrain, qu'ils ont plus de vigueur et qu'ils 
sont animés par des sensations plus vives; et comme 
leur tête est articulée avec l'épine du dos, de manière 
que la face forme un angle droit avec cette épine dor- 
sale, les serpents ne pourroient point se servir de leur 
gueule, ne verroient point devant eux, et ne s'avan- 
ceroient qu'en tâtonnant dans les moments où ils re- 
lèvent la partie la plus antérieure de leur corps, s'ils 
n'en replioient alors l'extrémité de manière à conser- 
ver à leur tête une position horizontale. 

Quoique toutes les portions du corps des serpents 
jouissent d'une grande élasticité, cependant, dans le 
plus grand nombre d'espèces, ce ressort ne doit pas 
être également distribué dans toutes les parties.* aussi 
la plupart des serpents ont-ils plus de facilité pour 
avancer que pour reculer : d'ailleurs les écailles qui 
les revêtent, et particulièrement les plaques qui gar- 
nissent le dessous du ventre, se recouvrent mutuelle- 
ment et sont couchées de devant en arrière les unes 
au dessus des autres. Il arrive de là , que lorsque les 
serpents se redressent, elles forment contre le terrain 



DES SERPENTS. 237 

un obstacle qui arrêle leurs mouvements, s'ils veu- 
lent aller en arrière ; tandis qu'au contraire , lors- 
qu'ils s'avancent , la surface qu'ils parcourent ap- 
plique ces pièces les unes contre les autres dans le 
sens où elles se recouvrent naturellement. 

Quelques espèces cependant, dont le corps est 
d'une grosseur à peu près égale à ses deux extrémités, 
et qui, au lieu de plaques, n'ont que des anneaux 
circulaires, paroisseni jouir de la faculté de se mou- 
voir presque aussi aisément en arrière qu'en avant, 
ainsi que nous le verrons dans la suite ^; mais ces 
espèces ne forment qu'une petite partie de l'ordre 
dont nous traitons. 

Lorsque certains serpents , au lieu de se mouvoir 
progressivement pendant un temps plus ou moins 
considérable, et par une suite d'eJÛforts plusieurs fois 
répétés, ne cherchent qu'à s'élancer tout d'un coup 
d'un endroit à un autre , ou à se jeter sur une proie 
par un seul bond , ils se roulent en spirale au lieu de 
former des arcs de cercle successifs ; ils n'élèvent 
presque que la tête au dessus de leur corps ainsi ré- 
plié et contourné ; ils tendent , pour ainsi dire, toutes 
leurs parties élastiques, et réunissant par là toutes 
les forces particulières qu'ils emploient l'une après 
l'autre dans leurs courses ordinaires, allongeant tout 
d'un coup toute leur masse, et leurs ressorts se dé- 
bandant tous à la fois, ils se déroulent et s'élancent 
vers l'objet qu'ils veulent atteindre , avec la rapidité 
d'une flèche fortement vibrée , et en franchissant 
souvent un espace de plusieurs pieds. 

1. Articles des Serpents Ampliisbènes, 



258 IIISTOIKE NATURELLE 

Les serpents qui grimpent sur les arbres s'y re- 
tiennent en entourant les tiges et les rameaux par 
les divers contours de leur corps ; ils en parcourent 
les branches de la même manière qu'ils s'avancent 
sur la surface de la terre ; ils s'élancent d'un arbre à 
un autre, ou d'un rameau à un rameau, en appuyant 
contre l'arbre une portion de leur corps , et en la 
pliant de manière qu'elle fasse une sorte de ressort et 
qu'elle se débande avec force; ou bien ils se suspen- 
dent par la queue , et balançant à plusieurs reprises 
leur corps qu'ils allongent avec efibrt , ils atteignent 
la branche à laquelle ils veulent parvenir, s'y atta- 
chent en l'embrassant par plusieurs contours de leur 
partie antérieure , se resserrent alors , se raccourcis- 
sent, ramassent, pour ainsi dire, leur corps, et re- 
tirent à eux la queue qui leur avoit servi à se sus- 
pendre. 

Les très grands serpents l'emportent en longueur 
sur tous les animaux , en y comprenant même les 
crocoeliles, dont la grandeur est la plus démesurée, 
et qui ont depuis vingt-cinq jusqu'à trente pieds de 
long , et en n'en exceptant que les baleines et les 
autres grands cétacés. A l'autre extrémité cependant 
de l'échelle qui comprend tous ces reptiles arrangés 
par ordre de grandeur, on en voit qui ne sont guère 
plus gros qu'un tuyau de plume, et dont la longueur, 
qui n'est que de quelques pouces, surpasse à peine 
celle des plus petits quadrupèdes, tant ovipares que 
vivipares. L'ordre des serpents est donc celui où les 
plus grandes et les plus petites espèces diflerent le 
plus les unes des autres par la longueur. Mais si, au 
lieu de mesurer une seule de leurs dimensions, on 



DES SERPENTS. 2Ô^ 

pèse leur masse, on trouvera que la quantité de ma- 
tière que renferment les serpents les plus gigantes- 
ques , est à peu près dans le même rapport avec la 
matière des plus petits reptiles, que la masse des 
grands éléphants, des hipppopotames, etc., avec celle 
des rats, des musaraignes, des plus petits quadru- 
pèdes vivipares. 

Ne pourroit-on pas penser que , dans tous les or- 
dres d'animaux, la même proportion se trouve entre 
la quantité de matière modelée dans les grandes es- 
pèces, et celle qui est employée dans les petites? 
Mais, dans l'ordre des serpents, tous les développe- 
ments ont dû se faire en longueur plutôt qu'en gros- 
seur; sans cela, ces reptiles, et surtout ceux qui sont 
énormes, privés de pattes et de bras, auroient à peine 
exécuté quelques mouvements très lents : la vitesse 
de leur course ne doit-elle pas, en effet, être propor- 
tionnée à la grandeur de l'arc que leur corps peut 
former pour se débander ensuite? Auroient-ils pu se 
plier avec facilité et chercher sur la surface du terrain, 
des points d'appui qui remplaçassent les pieds qui 
leur manquent? INe pouvant ni atteindre leur proie, 
ni échapper à leurs ennemis , n'auroient-ils pas été 
comme des masses inertes exposées à tous les dangers 
et bientôt détruites? La matière a donc dû être fa- 
çonnée dans une dimension beaucoup plus que dans 
une autre, pour que le produit de ce travail pût sub- 
sister, et que l'ordre des serpents ne fût pas anéanti, 
ou du moins très diminué ; et voilà pourquoi la même 
proportion de masse se trouve entre les grands et les 
petits reptiles d'un côté, et les grands et les petits 
quadrupèdes de l'autre; quoique les énormes serpents 



2^0 HISTOlIiE NATUIU'LLE 

l'emportenl beaucoup plus, par leur longueur, sur 
les plus petits de ceux que l'on connoît , que les élé- 
phants ne surpassent les musaraignes et les rats, par 
leur dimension la plus étendue. 

Entre les limites assignées par la nature à la lon- 
gueur des serpents, c'est-à-dire, depuis celle de 
quarante ou même cinquante pieds, jusqu'à celle 
de quelques pouces, on trouve presque tous les de- 
grés intermédiaires occupés par quelque espèce ou 
quelque variété de ces reptiles , au moins à compter 
depuis les plus courts jusqu'à ceux qui ont vingt ou 
vingt-cinq pieds de longueur. Les espèces supérieu- 
res paroissent ensuite comme isolées; ceci se trouve 
conforme à ce que l'on a déjà remarqué dans les 
quadrupèdes vivipares^, et prouve également que, 
dans la nature, les grands objets sont moins liés que 
les petits par des nuances intermédiaires. Mais voilà 
donc , depuis la petite étendue de quelques pouces, 
jusqu'à celle de vingt-cinq pieds , presque toutes les 
grandeurs intermédiaires représentées par autant 
d'espèces , ou du moins de races plus ou moins 
constantes ; et cela ne suffiroit-il pas pour montrer 
la variété qui se trouve dans l'ordre des serpents? Il 
semble , à la vérité, au premier coup d'œil , que des 
espèces très multipliées doivent se ressembler pres- 
que entièrement dans un ordre d'animaux dont le 
corps, toujours formé sur le même modèle, ne pré- 
sente aucun membre extérieur et saillant qui, par sa 
forme et le nombre de ses parties, puisse offrir des 
différences sensibles. Mais si l'on ajoute à la variété 

1. Voyez, aux Œuvres de Buffon, les articles de l'Éléphaut et des 
autres grands quadrupèdes. Édit Pillol. tom. XVI, pag. 197. 



DES SERPENTS. 24 1 

des longueurs des serpents, celle des couleurs écla- 
tantes dont ils sont peints, depuis le blanc et le rouge 
le plus vif, jusqu'au violet le plus foncé, et même 
jusqu'au noir; si l'on observe que ce grand nombre 
de couleurs sont merveilleusement fondues les unes 
dans les autres, de manière à ne présenter que très 
rarement la même teinte lorsqu'elles sont diversement 
éclairées par les rayons du soleil ; si l'on se retrace 
tout à la fois ce nombre de serpents, dont les uns 
n'offrent qu'une seule nuance , tandis que les autres 
brillent de plusieurs couleurs plus ou moins contras- 
tées, enchaînées, pour ainsi dire, en réseaux , distri- 
buées en lignes, s'étendant en raies, disposées en 
bandes, répandues par taches, semées en étoiles, 
représentant quelquefois les fîg^ures les plus régu- 
lières et souvent les plus bizarres; et si l'on réunit 
encore à toutes ces différences , celles que l'on doit 
tirer de la position , de la grandeur et de la forme des 
écailles, ne verra-t-on pas que l'ordre des serpents 
est un des plus variés de ceux qui peuplent et em- 
bellissent la surface du globe? 

Toutes les espèces de ces animaux habitent de pré- 
férence les contrées chaudes ou tempérées : on en 
trouve dans les deux mondes , où ils paroissent à peu 
près également répandus en raison de la chaleur, de 
l'humidité , et de l'espace libre*. Plusieurs de ces 

1 . « Le mélange de la chaleur et de l'humidité produit , à Siam, des 
» serpents d'une monstrueuse longueur ; il n'est point rare de leur voir 
a plus de vingt pieds de long, et plus d'un pied et demi de diamètre. i> 
Histoire générale des Voyages, édit. in-i2, vol. XXXiV. p. 383. 

" L'humidité, jointe au ferment continuel de la chaleur, produit, 
» dans loulcs lus îles Philippines , des serpents d'une grandeur extraor» 



242 ITISTOIllE NATURELLE 

espèces sont communes aux deux continents; mais il 
paroît qu'en général , ce sont les plus grandes qui 
appartiennent à un plus grand nombre de contrées 
différentes. Ces grandes espèces ayant plus de force 
et des armes plus meurtrières, peuvent exécuter 
leurs mouvements avec plus de promptitude, soute- 
nir pendant plus de temps une course plus rapide, se 
défendre avec plus d'avantage contre leurs ennemis, 
chercher et vaincre plus facilement une proie , se 
répandre bien plus au loin , se trouver au milieu des 
eaux avec moins de crainte, nager avec plus de con- 
stance , lutter contre les flots, voguer avec vitesse au 
milieu des ondes agitées , et traverser même des bras 
de mer étendus. D'ailleurs ne pourroit-on pas dire 
que le moule des grandes espèces est plus ferme, 
moins soumis aux influences de la nourriture et du 
climat? Les petites espèces ont pu être aisément al- 
térées dans leurs proportions, dans la forme ou le 
nombre de leurs écailles, dans la teinte ou la distri- 
bution de leurs couleurs, de manière à ne plus pré- 
senter aucune iniai^e de leur ori2:ine : les chano;e- 
ments qu'elles auront éprouvés n'auront point porté 
uniquement sur la surface; ils auront pénétré, pour 
ainsi dire , dans un intérieur peu susceptible de ré- 
sistance : toutes ces variations auront influé sur leurs 
habitudes, et ne pouvant pas opposer de grandes 

u dinaire Les bobas, qui sont les plus grands, ont quelquefois 

» trente pieds de longueur. » Histoire générale des Voyages, édit. in-12 , 
vol. XXXIX, p. 100 et suiv. Gomme nous ne voulons pas multiplier 
les notes sans nécessité , nous ne citons ici que ces deux passages , 
parmi un très graud nombre que nous pourrions rapporter, et dont 
plusieurs sont répandus dans cet ouvrage. 



DES SERPENTS. 9.[\Ù 

forces aux accidents de toute espèce, non plus qu'aux 
vicissitudes de l'atmosphère, leurs mœurs auront 
changé de plus en plus, et tout aura si fort varit» 
dans ces petits animaux, que bientôt ces diverses 
races sorties d'une souche commune, n'auront pas 
présenté assez de ressemblances pour constituer une 
même espèce. Les grands serpents, au contraire, 
peuvent bien offrir, sous les divers climats quelques 
différences de couleurs ou d'habitudes qui marquent 
l'influence de la terre et de l'air, à laquelle aucun 
animal ne peut se soutraire; mais plus indépendants 
des circonstances de lieux et de temps, plus constants 
dans leurs habitudes, plus inaltérables dans leurs pro- 
portions, ils doivent présenter plus souvent, dans les 
pays les plus éloignés, le nombre et la nature de 
rapports qui constituent l'identité de l'espèce. Ce 
seront quelques uns de ces grands serpents, nageant 
à la surface de la mer, fuyant sur les eaux un ennemi 
trop à craindre pour eux , ou jetés au loin par les 
vagues agitées, élevant avec fierté leur tête au dessus 
des flots, et se recourbant avec agilité en replis tor- 
tueux, qui auront fait dire du temps de Pline, ainsi 
que le rapporte ce grand naturaliste, qu'on avoit vu 
des migrations par mer, de dragons ou grands ser-^- 
pents partis d'Ethiopie , et ayant près de vingt cou- 
dées de longueur^, et qui auront donné lieu aux 
divers récils semblabies de plusieurs voyageurs mo- 
dernes. 

Mais il n'en est pas des serpents comme des qua- 
drupèdes vivipares: moins parfaits que ces animaux, 

i . Pline , livre huitième. 



>y'. \ 



2.'| I ïriSTOIRE NATURELLE 

moins pourvus de sang, moins doués de chaleur et 
d'activité intérieure, plus rapprochés des insectes, 
des vers, des animaux les moins bien organisés, ils 
ne craignent point l'humidité lorsqu'elle est com- 
binée avec la chaleur : elle semble même leur être 
alors très favorable ; et voilà pourquoi aucune espèce 
de serpent ne paroît avoir dégénéré en Amérique : 
on doit penser, d'après les récits des voyageurs, 
qu'elles n'ont rien perdu dans ces pays nouveaux, 
de leur grandeur ni de leur force ; et même dans les 
terres les plus inondées de ce continent, les grands 
serpents présentent une longueur peut-être plus con- 
sidérable que dans les autres parties du Nouveau- 
Monde^. 

Si l'humidité ne nuit pas aux diverses espèces de 
serpents, le défaut de chaleur leur est funeste; ce 
n'est qu'aux environs des contrées équatoriales , 
qu'on rencontre ces énormes reptiles, l'effroi des 
voyageurs ; et lorsqu'on s'avance vers les régions 
tempérées, et surtout vers les contrées froides, on ne 
trouve que de très petites espèces de serpents. 

L'on peut présumer que ce n'est pas la chaleur seule 
qui leur est nécessaire ; nous sommes assez portés à 
croire que, sans une certaine abondance de feu élec- 
trique répandu dans l'atmosphère, tous leurs ressorts 
ne peuvent être mis en jeu avec avantage, et qu'ils ne 
jouissent pas par conséquent de toute leur activité. Il 
semble que les temps orageux, où le fluide électrique 
de l'atmosphère est dans cet état de distribution iné- 
gale qui produit les foudres, animent les serpents au 

1. Voye? les articles particuliers de cette Histoire. 



DES SERPENTS. 2l[S 

îieu de les appesantir, ainsi qu'ils abattent l'homme 
et les grands quadrupèdes ; c'est principalement dans 
les contrées très chaudes que la chaleur plus abon- 
dante peut, en se combinant, produire une plus grande 
quantité de fluide électrique ; c'est en effet vei'S ces 
contrées équatoriales que le tonnerre gronde le plus 
souvent et avec le plus de force, et voilà donc deux 
causes , l'abondance de la chaleur, et la plus grande 
quantité de feu électrique, qui retiennent les grandes 
espèces de l'ordre des serpents aux environs de l'équa- 
teur et des tropiques. 

On a écrit mille absurdités sur l'accoupleraent des 
serpents : la vérité est que le mâle et la femelle , dont 
le corps est très flexible, se replient l'un autour de 
l'autre, et se serrent de si près qu'ils paroissent ne 
former qu'un seul corps à deux têtes. Le mâle fait 
alors sortir par son anus les parties destinées à fé- 
conder sa femelle, et qui sont doubles dans les ser- 
pents, ainsi que dans plusieurs quadrupèdes ovipares, 
et communément cette union intime est longuement 
prolongée*. 

1. Sans celte dorée de leur accouplement, il seroit souvent infé- 
cond; ils n'ont point, en effet, de vésicule séminale, et il paroît que 
c'est dans cette espèce de réservoir que la liqueur prolifique des ani- 
maux doit se rassembler, pour que , dans un court espace de temps, 
ils puissent en fournir une quantité suffisante à la fécondation : les 
testicules où cette liqueur se prépare , ne peuvent la laisser échapper 
que peu à peu ; et d'ailleurs les conduits par où elle va de ces testi- 
cules aux organes de la génération étant très longs, très étroits, et 
plusieurs fois repliés sur eux-mêmes, dans les serpents, il n'est pas 
surprenant qu'ils aient besoin de demeurer long-temps accouplés pour 
que la fécondation puisse s'opérer. Il en est de même des tortues et 
LACÉPÈDE. III. 16 



a/jÔ niSTOlRE NATURELLr: 

Tons les serpents viennent d'un œuf, ainsi que les 
quadrupèdes ovipares , les oiseaux et les poissons ; 
mais , dans certaines espèces de ces reptiles , les œufs 
éciosent dans le ventre de la mère; et ce sont celles 
auxquelles on doit donner le nom de Vipère au lieu 
de celui de Vivipare , pour les distinguer des ani- 
maux vivipares proprement dits*. 

lies autres quadrupèdes ovipares, qui, n'ayant pas non plus do vési- 
cules séminales , demeurent unis pendant un temps assez long: et cette 
union très prolongée est, en quelque sorte, forcée dans les serpents, 
par une suite de la conformation de la double verge du mâle; elle est 
garnie de petits piquants tournés en arrière, et qui doivent servir à 
l'animal à retenir sa l'euK^'llc, et peut être à l'animer. Au reste, lim- 
pression do ces aiguillons ne doit pas être très forte sur les parties 
sexuelles de la femelle, car elles sont presque toujours cartilagineuses. 
On peut consulter, à ce sujet, dans les Transactions philosophiques , 
u" i44» Ips Observations de M. Tyson , célèbre anatomiste , dont nous 
adoptons ici l'opinion. 

1. Nous croyons, pour éviter toute difficulté relativement à cette 
expression d'outpare, et à la propriété qu'elle désigne, devoir exposer 
ici la différence qu'il y a entre les animaux vivipares proprement dits, 
et les ovipares; diûérence qui a été très bien sentie par plusieurs na- 
turalistes. Ou peut, à la rigueur, regarder tous les animaux comme 
venant d'un œuf, et dès lors il sembleroit qu'on ne pourroil distin- 
guer les vivipares d'avec les ovipares, que par la propriété de mettre 
au jour des petits tout forRiés , ou de pomire des œufs. Mais l'on doit 
admettre deux sortes d'œufs ; dan» la première , le fœtus est renfermé 
dans une enveloppe que l'on noiiimc amnios , avec un peu de liqneur 
qui peut lui fournir le premier aliment ; mais comme cette liqueur 
n'est pas suffisante pour le nourrir pendant son développement, l'œnf 
est lié par un cordon ombilical ou par quelque autre communication 
avec le corps de la mère, ou quelque corps étranger d'où le fœtus tire 
sa nourriture : cet œuf ne pouvant pas suffire à l'accroissement, ni 
même à l'cjutretien de l'auJaial, n'est donc qu'un œuf incomplet ; et 
tels sont ceux dans lesquels sont renfermés les fœtus de l'homme et 
des animaux ;i mamelles, qui ne peuvent point être appelés ovipares. 



DKS SERPENTS. uq 



y." 

j 



Le aoinbre des œufs doil varier suivant les espèces. 
Nous ignorons s'il diminue en proportion de la gran- 

puisqu'ils uo produisent pas d "œuf parfait, d'œiif propicment dit. Les 
œufs de la seconde sorte sont, au coulraire, ceux qui contiennent 
ïion seulement un peu de liqueur capable de substauter le fœtus dans 
les j)remiers moments de sa formation, mais encore toute la nourri- 
ture qui lui est nécessaire jusqu'au moment uù il biise ou déchire ses 
enveloppes pour venir à la lumière. Ces deruiers oîufs sont pondus 
bientôt après avoir été formés , ou s'ils demeurent dans le veutre de 
la mère, ils n'y tiennent en aucune manière, ils en sont entièrement 
indépendants , ils n'en reçoivent que de la chaleur, ils sont véritable- 
ment complets; ce sont des œufs proprement dits, et tels sont ceux 
des oiseaux, des poissons, des serpents et des quadrupèdes qui n'ont 
point de mamelles. Tous ces animaux doivent être appelés ovipares ^ 
parce qu'ils viennent d'un véritable œuf; et si dans quelques espèces 
de l'ordre des poissons, ou tie celui des quadrupèdes sans mamelles, 
ou de celui des serpents , les œufs éclosent dans le ventre même de la 
mère , d'où les petits sortent tout formés , ces œufs sont toujours des 
œufs parfaits et isolés ; les animaux qui en éclosent doivent être ap- 
pelés ovipares , et si l'on en nomme quelques uns vipères ou vivipares, 
pour les distinguer de ceux qui pondeut, et dont l'incubation ne se 
fait pas dans le veutre même de la mère , il ne faut point les considé- 
rer comme des vivipares proprement dits, ce nom n'appartenant qu aux 
animaux dont les œufs sont incomplets et ne coatieuncut pas toute la 
nourriture nécessaire au fœtus. On doit donc distinguer trois manières 
dont les animaux viennent au jour; premièrement , ils peuvent sortir 
dune enveloppe à laquelle on peut, si l'on veut, donner le nom 
dœuf , mais qui ne forme quuu œuf imparfait et nécessairement lié 
avec un corps élraûger ou le ventre de la mère. Secondement , ils 
peuvent venir d'un œuf complet et isolé, éclos dans ie ventre de la 
mère. Et troisièmement , ils peuvent sortir d'un œuf aussi isolé cl com- 
plet, mais pondu plus ou moins de temps avant d'cclore. Ces deux 
dernières manières sont les niêines quant au fond; elles diffèrent 
beaucoup de la première, mais elles ne diffèrent l'une de l'autre; que 
par les circonstances de l'incubation ; dans la seconde , la chaleur in- 
térieure du ventre de la mère développe le véritable œuf; tandis que 
dans la troisième , la chaleur extérieure du corps de la mère, ou la 
chaleur plu» étrangère du soleil et de l'atmosphère le fait éclore. Les 



24s HISTOIRE NATURELLE 

deur des animaux , ainsi que dans les oiseaux , et de 
même que le nombre des petits dans les quadrupèdes 
vivipares. On a jusqu'à présent trop peu observé les 
mœurs des reptiles pour qu'on puisse rien dire à ce 
sujet. L'on sait seulement qu'il y a des espèces de 
vipères qui donnent le jour à plus de trente vipe- 
reaux; et l'on sait aussi que le nombre des œufs, dans 
certaines espèces de serpents ovipares des contrées 
tempérées , va quelquefois jusqu'à treize. 

Les œufs dans quelques espèces ne sortent pas l'un 
après l'autre immédiatement : la femelle paroît avoir 
besoin de se reposer après la sortie de chaque œuf. 
Il est même des espèces où cette sortie est assez diffi- 
cile pour être très douloureuse. Une couleuvre* fe- 

aDÎmauxqui viennent au jour de la seconde et de la troisième manière 
sont donc également ovipares ; j'ai donc été fondé à donner ce nom , 
avec la plupart dos naturalistes, aux tortues, crocodiles, lézards, sa- 
lamajidres, grenouilles et autres quadrupèdes sans mamelles ; et tous 
les serpents, même les vipères , doivent être aussi regardés comme de 
vrais ovipares , très différents également, par leur manière de venir au 
jour, des vivipares proprement dits. Voyez , à ce sujet , Rai , Synopsis 
methodica aniuialium quadrupedumet serpentinigeneris. Lond. 1695, 
fol. 47 et fol. 285. 

1. « J'observai qu'un de ces serpents femelles, après s'être beaucoup 
u roulé sur les carreaux , ce qu'il n'avoit pas coutume de faire, y pondit 
B enfin un œuf; je le pris sur-le-champ , cl je le mis sur une table, et 
» en le maniant doucement , je lui facilitai la ponte de treize œufs. 
B Cette ponte dura environ une heure et demie , car à chaque œuf il 
D se reposoit, et lorsque je cessois de l'aider, il lui falloit plus de temps 
» pour faire sortir son œuf; d'où j'eus lieu de conclure que le bon 
1) office que je lui rendois ne lui étoit pas inutile , et plus encore de ce 
» que . pendant cette opération , il ne cessa de frotter doucement mes 
» mains avec sa tète , comme pour les chatouiller. » Observations de 
George Segerus , médecin du roi de Pologne. Collect. acad., part, 
rtrang. , vol. IH , p. 2. 



DES SERPENTS. 249 

inelle qu'un observateur avoit trouvée, pondant ses 
œufs avec lenteur et beaucoup <l'eflbrts, et qu'il aida 
à se débarrasser de son fardeau , paroissoit recevoir ce 
secours, non seulement sans peine, mais même avec 
un plaisir assez vif; et en frottant mollement le dessus 
de sa tête contre la main de l'observateur, elle sembloit 
vouloir lui rendre de doucescaressespourson bienfait. 

L'on ignore encore combien de jo(îrs s'écotilent 
dans les diverses espèces, entre la ponte des œufs et 
le moment où le serpenteau vient à la lumière. Ce 
temps doit être très relatif à la chaleur du climat. 

Les femelles ne couvent point leurs œufs; elles 
jes abandonnent après la ponte ; elles les laissent 
quelquefois sur la terre nue, surtout dans les con- 
trées très chaudes ; mais le plus souvent elles les cou- 
vrent avec plus ou moins de soin , suivant que l'ardeur 
du soleil et celle de l'atmosphère sont plus ou moins 
yives^; nous verrons même que certaines espèces qui 
habitent les contrées tempérées, les déposent dans 

1. « Au mois de juillet dernier, j'apportai de la, caujpagn.e des grap- 
5 pes d'œufs de serpents qui avoient été trouvées daus le creux d'un 
vieux arbre : les ayant ouverts avec précaution , j'y trouvai de petits 
>. serpents tout vivants, dont le cœur avoit (.les battements sensibles. 
? Le placenta, formé de quantité de vaisseaux, étoit attaché au jaune, 
» ou . pour mieux dire, en étoit un prolongement, et alloit se termi- 
» ner en forme de petit cordon, dans l'ombilic du fœtus , assez près 
» de la queue. Il est à remarquer que ces œufs de serpents n'éclosent 
» qu'au frais et à l'air libre , et qu'ils se dessécLeroient dans un en- 
» droit fermé et trop chaud. Il y a apparence que cet animal étant 
u nalureUement froid , ses œufs n'ont pas besoin d'une grande chaleur 
o pour éclore. » Observ. de Thomas Bartholin, insérée dans les Act. 
de Copenhague, en 1673, et rapportée dans la Collection académique, 
part, étrangère, tom. iV, pag. 226. 



250 HISTOIHE NATURELLE 

des eudroits remplis de végétaux eu piUréiaction et 
dont la fermeotation produit une chaleur active*. 

Si l'on casse ces œufs avant que les petits soient 
éclos , on trouve le serpenteau loulé en spirale, li 
paroît pendant quelque temps immobile ; mais si le 
terme de sa sortie de l'œuf n'étoit pas bien éloigné. Il 
ouvre la gueule et aspire à plusieurs reprises l'air de 
l'atmosphère; ses poumons se remplissent; et le jeu 
alternatif des inspirations et des expirations est pour 
Un un nouveaumoteur assez puissant pour qu'il s'agite, 
se déroule et commence à ramper. 

Lorsque les petits serpents sont éclos où qu'ils sont 
sortis tout formés du ventre de leur mère, ils traînent 
seuls leur frêle existence ; ils n'apprennent de leur 
mère dont ils sont séparés , ni à distinguer leur proie, 
ni à trouver un abri ; ils sont réduits à leur seul in- 
stinct i aussi doit-il en périr beaucoup avant qu'ils 
soient assez développés et qu'ils aient acquis assez 
d'expérience pour se garantir des dangers. Et si nous 
voulons rechercher quelle peut être la force de cet 
instinct ; si nous examinons pour cela les sens dont 
^es serpents ont été pourvus , nous trouverons que 
celui de l'ouïe doit être très obtus dans ces animaux. 
INon seulementiissont encore privés d'une conque ex- 
térieure qui ramasse les rayons sonores; mais ils sont 
encore dépourvus d'une ouverture qui laisse parvenir 
librement ces mêmes rayons jusqu'au tympan auquel 
ils ne peuvent aboutir qu'au travers d'écailles assez 
fortes et serrées l'une contre l'autre. Leur odorat ne 

1. Voyez particulièi émeut l'articl* de la Couleuvre à collier. 



DES SKllPENTS. 20 1 

doit pas être très fin, car l'ouverture de leurs narines est 
petite et environnée d'écaillés ; mais leurs yeux garnis , 
dans la plupart des espèces, d'une membrane cligno- 
lanle qui les préserve de plusieurs accidents et des 
effets d'une lumière presque toujours trop vive dans les 
climats qu'ils habitent , sont ordinairement brillants et 
animés, très mobiles, très saillants, placés de manière 
à recevoir l'image d'un espace étendu ; et la prunelle 
pouvant aisément se dilater et se contracter, admet 
un grand nombre de rayons lumineux , ou arrête ceux 
qui nuiroient à ces organes^. Leur vue doit donc être 
et est en effet très perçante. Leur goût peut d'ail- 
leurs être assez actif, leur langue étant déliée et 
iendue de manière à se coller aisément contre les 
corps savoureux^; leur toucher même doit être assez 
fort ; ils ne peuvent pas , à la vérité , appliquer immé- 
diatement aux différentes surfaces, la partie sensible 

1. Lorsque la prunelle est resserrée, elle est très allongée, comme 
Jans les chats, les oiseaux de proie de nuit, etc., et elle forme une 
fente horizontale dans certaines espèces, et verticale dans d'autres, 
quand la tête da serpent est parallèle à l'horizon. 

9. Elle est ordinairement étroite, mince, déliée, et composée de 
deux corps longs et ronds, réunis ensemble dans les deux tiers de 
leur longueur. Pline a écrit qu'elle éloit fendue en trois; elle peut le 
paroître lorsque le serpent l'agite vivement, mais elle ne l'est réelle- 
ment qu'en deux. Pline , liv. Il , chap. 65. Dans la plupart des espèces, 
elle est renfermée presque en entier dans un fourreau, d'où l'animal 
peut la faire sortir en l'allongeant ; il peut même la darder hors de sa 
gueule sans remuer ses mâchoires et sans les séparer l'une do lautre. 
la mâchoire supérieure ayant , au dessous du museau , une petite 
échancrure par où la langue peut passer, et par où, en effet, on voit 
souvent déborder les deux pointes de cet oigane , même dans l'état 
de repos du serpent. 



202 HISTOIRE NATURELLE 

de leur corps; ils ne peuvent recevoir par le tact 
l'impression des objets qui les environnent, qu'au 
travers des dures écailles qui les revêtent ; ils n'ont 
point de membres divisés en plusieurs parties, des 
mains , des pieds , des doigts séparés les uns des 
autres, pour embrasser étroitement ces mêmes ob- 
jets; mais comme ils peuvent former facilement plu- 
sieurs replis autour de ceux qu'ils saisissent; qu'ils 
les touchent, pour ainsi dire, par une sorte de main 
composée d'autant de parties qu'il y a d'écaîlles dans 
îe dessous de leur corps, et que par là ils doivent 
avoir un toucher pins parfait que celui de beaucoup 
d'animaux et particulièrement des quadrupèdes ovi- 
pares, nous pensons qu'ils sont plus sensibles que 
ces derniers et qu'ils ne cèdent en activité intérieure 
qu'aux quadrupèdes vivipares et aux oiseaux. D'ail- 
leurs l'habitude d'exécuter avec facilité des mouve- 
ments agiles et de s'élancer avec rapidité à d'assez 
grandes distances, ne doit-elle pas leur faire éprou- 
ver dans un temps très court un grand nombre de 
sensations qui remontent, pour ainsi dire, les res- 
sorts de leur machine, ajoutent à leur chaleur inté- 
rieure , augmentent leur sensibilité et par conséquent 
leur instinct? La patience avec laquelle ils savent 
attendre pendant très long-temps dans une immo- 
bilité presque absolue, le moment de se jeter sur 
leur proie , la colère qu'ils paroissent éprouver lors- 
qu'on les attaque, leur fierté lorsqu'ils se redressent 
vers ceux qui s'opposent à leur passage ^ la hardiesse 
avec laquelle ils s'élancent même contre les ennemis 
qui leur sont supérieurs, leur fureur lorsqu'ils se 



DES SERPENTS. 255 

précipitent sur ceux qui les troublent dans leurs com- 
bats ou dans leurs amours, leur acharnement lors- 
qu'ils défendent leur femelle , la vivacité du senti- 
ment qui semble les animer dans leur union avec 
elle, ne prouvent-ils pas, en effet, la supériorité de 
leur sensibilité sur celle de tous les animaux, excepté 
les oiseaux et les quadrupèdes vivipares? Non seule- 
ment plusieurs espèces de serpents vivent tranquille- 
ment auprès des hahitahons de l'homme, entrent 
familièrement dans ses demeures > s'y établissent 
même quelquefois et les délivrent d'animaux nuisi- 
bles et particulièrement d'insectes malfaisans^; mais 
l'on a vu des serpents réduits à une vraie domesti- 
cité, donner à leurs maîtres des signes d'attache- 
ment supérieurs à tous ceux qu'on a remarqués dans 
plusieurs espèces d'oiseaux et même de quadrupèdes , 
et ne le céder en quelque sorte, par leur fidélité, 
qu'à l'animal même qui en est le symbole 2. 

Il en est des serpents comme de plusieurs autres 
ordres d'animaux : ceux qui sont très grands sont 
rarement plusieurs ensemble. Il leur faut trop de 

1. « Schoutcn décrit une espèce de serpents du Malabar, que les 
» Hollandais ont nommés Preneurs de rats , parce qu'ils vivent effecti- 
» vement de rais et de souris, comme les chats, et qu'ils se nichent 
» dans les toits des maisons : loin de nuire aux hommes , ils passent 
') sur le corps et le visage de ceux qui dorment , sans leur causer au- 
» cune incommodité ; ils descendent dans les chambres d'une maison, 
» comme pour les visiter, et souvent ils se piaceni; sur le plus beau lit. 
» Ou embarque rarement du bois de chauffage , sans y jeter quelques 
» uns de ces animaux . pour y faire la guerre aux insectes qui s'y re- 
.) lireul. » Hist. génér. des Voyag., édit. in-12, vol. XLllI, p. 546. 

2. Voyez particulièrement l'article de la Couleuvre commune. 



2j4 HI.STOIUE NATL'UELLi; 

place pour se mouvoir, trop d'espace pour chasser; 
(loués de plus de force et d'armes plus puissantes, 
iis doivent s'inspirer mutuellement plus de crainte : 
niais ceux qui ne parviennent pas à une longueur très 
considérable , et qui n'excèdent pas sept ou huit pieds 
de long , habitent souvent en très grand nombre, non 
seulement sur le même rivage ou dans la même forêt, 
suivant qu'ils se nourrissent d'animaux aquatiques , 
ou de ceux des bois, mais dans le même asile sou- 
terrain; c'est dans des cavernes profondes qu'on les 
rencontre quelquefois entassées, pour ainsi dire, les 
uns contre les autres, repliés, et entrelacés de telle 
sorte qu'on croiroit voir des serpents à plusieurs têtes. 
Lorsqu'on parvient dans ces antres ténébreux, on 
n'entend d'abord que le petit bruit qu'ils peuvent 
faire au milieu des feuilles sèches, ou sur le gravier 
en se tournant et en se retournant, parce que natu- 
rellement paisibles lorsqu'on ne les attaquent point, 
ils ne cherchent alors qu'à se cacher davantage, ou con- 
tinuent sans crainte leurs mouvements accoutumés; 
mais si on les eflVaie ou les irrite par un séjour trop long 
dans leurs repaires, onenlendautour de soi leurs siffle- 
ments aigus ; et si l'on peut apercevoir les objets à l'aide 
de la foible clarté qui parvient dans la caverne , on voit 
liu grand nombre de têtes se dresser au dessus de plu- 
sieurs corps écailleux , entortillés et pressés les uns 
contre les autres, et tous les serpents faire briller leurs 
yeux et agiter avec vitesse leur langue déliée. 

Telle est l'espèce de société dont ces animaux sont 
susceptibles; mais, dépourvus de mains et de pieds , 
no pouvant rien porter qu'avec leur gueule , ils sont 



DES SERl'EiNTS. 2b'J 

plusieurs ensemble sans que leur union produise jamais 
aucun ouvrage combiné, sans que leurs efforts particu- 
liers lendenl à un résultat commun, sans qu'ils cher- 
chent à rendre leur retraite plus commode; et peut- 
être esl-ce par une suite de ce délaul de concert dans 
leurs mouvemenls, qu'on ne les voit point se réunir 
contre les ennemis qui les attaquent ni chasser en 
commun une proie dont ils viendroienl plus aisément 
à bout par !e nombre. 

Ils éprouvent pendant l'hiver des latitudes élevées, 
un engourdissement plus ou moins profond et plus 
ou moins long, suivant la rigueur et la durée du froid: 
ce ne sont guère que les petites espèces qui tombent 
dans cette torpeur, parce que les très grands ser- 
pents vivent dans la zone torride où les saisons ne 
sont jamais assez froides pour diminuer leur mouve- 
ment vital, au point de les engourdir. 

Ils sortent de leur sommeil annuel , lorsque les 
premiers jours chauds du printemps se font ressen- 
tir ; mais ce qui peut paroître singulier, c'est qu'ainsi 
que les quadrupèdes ovipares, et presque tous les 
animaux qui passent le temps du froid dans un état 
de sopeur, ils se réveillent de leur sommeil d'hiver, 
lorsque la température est encore moins chaude que 
celle qui n'a pas suffi , vers la fin de l'automne, pour 
les tenir en activité. On a observé que ces divers ani- 
maux se retiroient souvent pendant l'automne dans 
leurs asiles d'hiver et s'y engourdissoient à une tem- 
pérature égale à celle qui les ranimoit au printemps. 
D'où vient donc cette différence d'effets de la chaleur 
du printemps et de celle de l'automne? Pourquoi, 



256 HISTOIRE NATURELLE 

vers la fm de l'hiver, le même degré de chaleur 
produit-il un plus haut degré d'activité dans les ani-r 
maux? C'est que la chaleur du printemps n'est point 
le seul agent qui ranime alors et mette en mouve- 
ment les animaux engourdis. Dans cette saison, non 
seulement l'atmosphère commence à être pénétrée 
de chaleur, mais encore elle se remplit d'une grande 
quantité de fluide électrique qui se dissipe avec les 
orages de l'été; et voilà pourquoi on n'entend jamais, 
pendant l'automne, un aussi grand nombre d'orages 
ni des coups de tonnerre aussi violents, quoique quel- 
quefois la chaleur de ces deux saisons soit égale. Ce feu 
électrique est un des grands agents dont se sert la 
nature pour animer les êtres vivants; il n'est donc 
pas surprenant que lorsqu'il abonde dans l'atmo- 
sphère, les animaux déjà mus par cette cause puis- 
sante , n'aient besoin , pour reprendre tous leurs 
mouvements, que d'une chaleur égale à celle qui les 
laisseroit dans leur état de torpeur si elle agissoit seule. 
La plupart des animaux qui ont assez de chaleur in- 
térieure pour ne pas s'engourdir, et l'homme môme, 
éprouvent cette différence d'action de la chaleur du 
printemps et de celle de l'automne ; ils ont, tout égal 
d'ailleurs, bien plus de forces vitales et d'activité in- 
térieure dans le commencement du printemps, qu'à 
l'approche de l'hiver, parce qu'ils sont également 
susceptibles d'être plus ou moins animés par le fluide 
électrique dont l'action est bien moins forte dans 
l'automne qu'au printemps. 

Quelque temps après que les serpents sont sortis 
de leur torpeur, ils se dépouillent comme les quadru- 



DES SEUPENTS. H^'J 

pèdes ovipares, et revêlent une peau nouvelle; ils se 
tiennent de même plus ou moins cachés pendant que 
cette nouvelle peau n'est pas encore endurcie^ ; mais 
le temps de leur dépouillement doit varier suivant 
les espèces, la température du climat, et celle de la 
saison^. C'est même dans les serpents que les anciens 
ont principalement observé le dépouillement annuel , 
et comme leur imagination riante et féconde se plai- 
soit à tout embellir, ils ont regardé cette opération 
comme une sorte de rajeunissement , comme le signe 
d'une nouvelle existence , comme un dépouillement 
de la vieilles^ , et une réparation de tous les eflfets de 
l'âge; ils ont consacré cette idée par plusieurs pro- 
verbes , et supposant que le serpent reprenoit , cha- 
que année , des forces nouvelles avec sa nouvelle 
parure, qu'il jouissoit d'une jeunesse qui s'étendoit 
autant que sa vie , et que cette vie elle-même étoit très 
longue , ils se sont déterminés d'autant plus aisément 
à le regarder comme le symbole de l'éternité , que 
plusieurs de leurs idées astronomiques et religieuses 
se lioient avec ces idées physiques. 

Ou ignore, dans le fait, quelle est la longueur 

1. L'on trouvera, à l'article de la Couleuvre d' Esculape, l'exposition 
1res détaillée de la manière dont se fait le dépouillement des serpents. 

2. « Ayant trouvé, près de Copenhague, une grande quantité de 
» serpents de l'espèce de ceux qu'on nomme Serpents d'Esculape, parce 
» qu'ils ne sont pas dangereux et qails n'ont point de venin, j'en pris 
» quelques uns en vie , que je mis dans un panier, et que je fis porter 
» dans mon cabinet. D'abord, |pour plus grande sûreté, je leur anachai 
» la petite langue déliée qu'ils dardent sans cesse, croyant alors, sui- 
» Tant l'opinion,, vulgaire , qu'ils pouvoient par là faire des blessures 
a mortelles; mais devenu par la suite plus hardi, je leur laissai celte 



9. 58 T[ t s T O I II E NATURELLE 

de la vie des serpents. On doit croire qu'elle varie 
suivant les espèces, et qu'elle est d'autant plus con- 
sidérable, qu'elles parviennent à de plus grandes di- 
mensions. Mais on n'a point, à ce sujet, d'observa- 
tions précises et suivies. Et comment auroiton pu 
en avoir? La conformation extérieure de ces reptiles 
est trop simple et trop peu variée pour qu'on ait pu 
s'assurer d'avoir vu plusieurs fois le même individu 
dans les bois ou dans les autres endroits où ils vivent 
en liberté; et d'ailleurs, les grands serpents ont tou- 
jours inspiré trop de crainte pour qu'on ait osé es- 
sayer de les observer avec assiduité ; !esjTK>ins grands 
ont été aussi l'objet d'une grande frayeur, ou leur 
petitesse, ainsi que la nature de leurs retraites, les ont 
di'robés aux regards de ceux qui auroient voulu étu- 
dier leurs habitudes. Mais, si nous manquons de faits 
positifs et de preuves directes à ce sujet , nous pou- 

>i partie comme incapable de pouvoir faire le moindre mal. Les ser- 
» pents à qui j'avois ôté la langue restèrent dans le panier, que j'avois 
i> rempli dune terre molle et humide, pendant plus de trois jours, 
» tristes et sans mouTemcnt , à moins qu'on ne les agaçât; mais ayant 
» recouvré leur première vigueur, ils parcoururent bientôt, sans au- 
)' cune crainte, tous les recoins de mon cabinet, se retirant toujours, 
•' sur le soir, dans le panier. Je m'aperçus , un jour, qu'un d'eux faisoit 
» les plus grands efforts pour se fourrer entre ce panier et le mur. 
>- contre lequel je l'avois placé; je le retirai donc un peu, pour ob- 
« server dans quelle vue ce serpent cherchoit ainsi des lieux étroits , 
» et dans l'instant il se mit en devoir de se dépouiller de sa peau , en 
» commençant près de sa tête; je m'approchai alors , et je l'aidai peu 
» à peu cà s'en débarrasser. Ce travail fini , il se relira dans sa boîte pen- 
» dant quelques jours , et jusqu'à ce que sa nouvelle peau écailleuse 
« eût acquis une consistance convenable. » Observ. de George Segerus, 
Kphémérid. des Curieux delà Nature . déc. i, an. i. — Collect. acad., 
part, élrang., lom. lil, pag. i. 



DES SERPENTS. 9.J(J 

vons présumer, par analogie, quen général leur vie 
comprend nn grand nombre d'années. Les qnadrn- 
pèdes ovipares avec lesquels ils ont de très grands 
rapports, tant par leur conformation intérieure, la 
température de leur sang , le peu de solidité de leurs 
os, leurs écailles, etc. que par leurs habitudes, leur 
engourdissement périodique et leur dépouillement 
annuel . iouiseent en sjénéral d'une vie assez longue. 
Les très grandes espèces de serpents doivent donc 
vivre très long-temps ; si nous les comparons en effet 
avec les crocodiles, qui ne parviennent de la longueur 
de quelques pouces à celle de vingt-cinq ou trente 
pieds qu'au bout de trente ans^, nous trouverons que 
les serpents, dont la grandeur excède quelquefois 
quarante pieds, ne doivent y parvenir qu'au bout 
d'un temps pour le moins aussi long. Ces énormes 
serpents sortent en. effet d'un œuf, comme les croco- 
diles ; leurs œufs sont à peu près de la même grosseur 
que ceux de ces derniers animaux , et le fœtus ne 
doit guère avoir plus de deux pieds de long lorsqu'il 
éclot, à quelque espèce démesurée qu'il appartienne ; 
nous avons vu et mesuré de jeunes serpents évidem- 
ment de la même espèce que ceux qui parviennent 
à trente ou quarante pieds de long , et leur longueur 
n'étoit qu'environ de trois pieds , quoique leur con- 
formation et la position de leurs diverses écailles an-^ 
nonçassent qu'ils étoient sortis de leur œuf depuis 
quelque temps lorsqu'ils avoient été tués. Mais si ces 
grands serpents ont besoin au moins du môme temps 

i. Voyez l'arlicle du Crocodile dans l'Histoire Natrir<!lle des Qn.idru- 
ji«dps ovipares. 



260 HISTOIUE NATURELLE 

que les crocodiles pour atteindre à leur entier déve- 
loppement, ne doit-on pas supposer que leur vie est 
aussi longue? 

Sa durée seroit bien plus considérable, ainsi que 
celle de presque tous les animaux qui vivent dans 
l'état sauvage, et qui ne reçoivent de l'homme ni abri 
ni nourriture, s'ils pouvoient passer par un véritable 
état de vieillesse, et si le commencement de leur dé- 
périssement n'étoit pas presque toujours le terme de 
leur vie. Presque aucun des animaux qui sont dans 
le pur état de nature, ne prolonge son existenbe au 
delà du moment où ses forces commencent à s'afFoi= 
blir. Cette époque, qui, dans l'homme placé au mi- 
lieu de la société, n'indique tout au plus que les deux 
tiers de sa vie, marque la fin de celle de l'animal 
sauvage. Dès le moment que sa vigueur diminue, il 
ne peut ni atteindre à la course les animaux dont il 
se nourrit, ni supporter la fatigue d'une longue re- 
cherche pour se procurer les aliments qui lui con- 
viennent, ni échapper par la fuite aux enneinis qui 
le poursuivent , ni attaquer ou se défendre avec des 
armes supérieures ou égales. Dès lors ayant moins de 
ressources, lorsqu'il auroit besoin de plus de secours ; 
exposé à plus de dangers, lorsqu'il a moins de puis- 
sance et de légèreté pour s'en garantir; manquant 
plus souvent d'aliments, lorsqu'il lui est plus néces- 
saire de réparei' des forces qui s'épuisent plus vite , 
sa foiblesse va toujours en augmentant ; la vieillesse 
n'est pour lui qu'un instant très court, auquel suc- 
cède une décrépitude dont tous les degrés se suivent 
^vec rapidité : bienlôt retiré dans son asile, où même 



DES SERrENJS. 201 

quelquefois il a bien de la peine à se traîner, il menrt 
de dépérissement el de faim , on est dévoré par des 
animaux plus vigoureux que lui. Et voilà pourquoi 
l'on ne rencontre presque jamais d'animal sauvage 
avec les signes de la caducité; il en seroit de même 
de l'homme qui vîvroit seul dans le véritable état de 
nature; sa vie se termineroit toujours au moment où 
elle commenceroit à s'affoiblir; la société seule, en 
lui fournissant les secours, les abris, les divers ali- 
ments, a prolongé des jours qui ne peuvent se soute- 
nir que par ces forces étrangères; l'intelligence hu- 
maine a doublé, pour ainsi dire , la vie que la nature 
avoit accordée à l'homme ; et si les produits de cette 
intelligence, si les résultats de la société, si les arts 
de toute espèce ont amené les excès qui diminuent 
les sources de l'existence, ils ont créé ces secours 
puissants qui empêchent qu'elles ne tarissent presque 
au moment où elles commencent à n'être plus si abon- 
dantes. Tout compté , ils ont donné à l'homme bien 
plus d'années , par tous les biens qu'ils lui procurent , 
qu'ils ne lui en ont ôté , par les maux qu'ils entraî- 
nent. Les animaux élevés en domesticité, jouissant 
des mêmes abris , et trouvant toujours à leur portée la 
nourriture qui leur convient, parviendroient presque 
tous, comme l'homme, à une longue vieillesse ; ils re- 
cevroientce bienfait de nos arts, en dédommagement 
de la liberté qui leur est ravie, si l'intérêt qui les élève 
ne les abandonnoit dès que leurs forces affoiblies et 
leurs qualités diminuéus, les rendent inutiles à nos 
jouissances. 

Lorsque les très grands serpents sont encore éloi- 

LACÉPEDE, IIX. 17 



26'2 HISTOIRE NATURELLE 

gnés de leur courte vieillesse , lorsqu'ils jouissent de 
toute leur activité et de toutes leurs forces, ils doi- 
vent les entretenir par une grande quantité de nour- 
riture substantielle; aussi ne se contentent-ils pas de 
brouter l'herbe , ou de manger des graines et des 
fruits, ils dévorent les animaux qu'ils peuvent saisir; 
et comme, dans la plupart des serpents, la digestion 
est très longue , et que leurs aliments demeurent très 
iong-tetnps dans leur corps, les substances animales 
qu'ils avalent, et qui sont très susceptibles de putré- 
faction, s'y décomposent et s'y corrompent au point 
de répandre l'odeur la plus fétide. Il est arrivé à plu- 
sieurs voyageurs, et parliculièrement à M. de La 
Borde '^, qui avoient ouvert le corps d'un serpent, 
d'èlre comme sutloqués par l'odeur forte et puante 
<jui s'exbaloit des restes d'aliments que l'animal avoit 
encore dans les intestins. Cette odeur vive pénètre le 
corps du serpent, et, se faisant sentir de très loin, 
annonce à une assez grande distance l'approche du 
reptile. Fortifiée dans plusieurs espèces , par celle 
<f n'exhalent des glandes particulières^, elle sort, 

i. Notes manuscrites connuuniquces par M, de La Borde, corres- 
pondant du Cabinet du Roi , à Cayenne. 

•2. Voyez les divers articles de celle Histoire. 

•< Au Brésil, il se trouve , îi chaque pas , des serpents dans les cam- 
II pagnes, dans les bois , dans l'intérieur des maisons, et jusque dans 
» les lits ou les hamacs ; on en est piqué la nuit comme le jour, et si 
» l'on n'y remédie pas aussitôt par la saignée, par la dilatation de la 
» blessure , et par les plus puissants antidotes, il faut s'attendre à mou- 
" rir dans les plus cruelles douleurs. Quelques espèces jettent une 
» odeur de musc qui est d'un grand secours pour se garantir de leurs 
3 surprises. •> Hist. génér. des Voyag., édil. in-12, vol. LIV, pag. ^9.(i 



DES SERPENTS. 263 

pour ainsi dire, par tous les pores, mais se répand 
surtout par la gueule de l'animal; elle est produite 
par un grand volume de miasmes corrupteurs et de 
vapeurs méphitiques, qui, s'étendant jusqu'à la vic- 
time que le serpent veut dévorer, l'investit, la suf- 
foque , ou ajoutant à la frayeur qu'inspire la présence 
du reptile, l'enivre, lui ôte l'usage de ses membres, 
suspend ses mouvements , anéantit ses forces , la 
plonge dans une sorte d'abattement, et la livre sans 
défense à l'animal vorace et carnassier. 

Cette vapeur putride, qui produit des effets si fu- 
nestes sur les animaux qui y sont exposés, et qui 
a donné lieu à tant de contes bizarres et absurdes*, 
forme une soi te d'atmosphère empestée autour de 
presque tous les grands reptiles, soit qu'ils aient du 
venin , ou qu'ils n'en soient pas infectés; et elle ne 
doit être presque jamais rapportée à la nature de ce 
poison, qui, malgré son activité, ne répand pas sou- 
vent une odeur sensible, même lorsqu'il est mortel. 

Lorsque les serpents se sont précipités sur les ani- 
maux dont ils se nourrissent, ils les retiennent en se 
roulant plusieurs fois autour d'eux, et en les serrant 
dans leurs nombreux replis ; ils les dévorent alors, et 
ce qui sert à expliquer comment ils avalent des vo- 
lumes très considérables, c'est que leurs deux mâ- 
choires sont articulées ensemble de manière à pou- 
voir se séparer l'une de l'autre, et s'écarter autant 
que la peau de la tête peut le permettre ; cette peau 
obéissant avec facilité aux efforts de l'animal , et les 

1. Lisez parliculièreincnl l'Histoire générale desVojHges, édition 
in i 2. tom. LUI , pag. l\l\b et suiv. 



264 IIISTOIUE NATURELLi: 

deux os qui forment les deux côtés de chaque mâ- 
choire n'étant réunis vers le museau que par des 
ligaments qui se prêtent plus ou moins à leur sépa- 
ration, il n'est pas surprenant que la gueule des ser- 
pents devienne une large ouverture par laquelle ils 
peuvent engloutir des corps très gros. D'ailleurs 
comme ils commencent par briser au milieu de leurs 
contours les os des animaux, et les autres substances 
très dures, qu'ils veulent avaler; comme ils s'aident, 
pour y parvenir plus facilement , des arbres , des 
grosses pierres et de tous les corps très résistants qui 
peuvent être à leur portée ; comme ils les enveloppent 
dans les mômes replis que leurs victimes, et qu'ils 
s'en servent comme d'autant de leviers pour les écra- 
ser, il est encore moins étonnant que les aliments, 
étant broyés de manière à céder aux différentes pres- 
sions, et élant enduits de leurs baves et d'une liqueur 
qui les rend plus souples et plus gluants, puissent 
entrer en grande masse dans leur gueule très élargie ; 
ils serrent même souvent leur proie avec tant de force 
ol de promptitude, que non seulement ils la com- 
priment, la brisent et la concassent, mais la coupent 
comme le fer le plus tranchant. 

Les anciens connoissoient cette manière d'attaquer 
qu'emploient presque tous les serpents, et surtout les 
très grandes espèces. Pline ^ a écrit même que lors- 
que ces énormes reptiles avoient avalé quelque grand 
animal, et par exemple une brebis, ils s'efforcoient 
de le briser en se roulant en plusieurs sens et en comw 

i. l'ijiu', liv. X, ol'.ap. ^2. 



DES SEr.PEMS. 26.") 

pi iuiant ainsi avec force les os et les différenles parties 
lie l'animal qu'ils avoient dévoré. 

Leurs aliments étant trilarés et préparés, avant de 
parvenir dans leur estomac, il est aisé de voir qu'ils 
doivent être aisément digérés, d'autant plus que leurs 
sucs digestifs paroissent très abondants, leur vésicule 
du Gel par exemple étant en général très grande en 
proportion des autres parties de leur corps. 

La masse des aliments qu'ils avalent est quelquefois 
si grosse, relativement à l'ouverture de leur gosier, 
que, malgré tous leurs efforts, l'écartement de leurs 
mâchoires et l'extension de leur peau , leur proie ne 
peut entrer qu'à demi dans leur estomac. Etendus alors 
dans leur retraite, ils sont obligés d'attendre que la par- 
tie qu'ils ont déjà avalée soit digérée, et qu'ils puissent 
de nouveau écraser, broyer, enduire et préparer les 
portions trop grosses; et on ne doit pas être étonné 
qu'ils ne soient cependant pas étouffés par cette niasse 
d'aliments qui remplit leur gosier et y interdit tout 
passage à l'air; leur trachée-artère par oii l'air de 
l'atmosphère parvient à leurs poumons*, s'étend jus- 
qu'au dessus du fourreau qui enveloppe leur langue; 
elle s'avance dans leur bouche de manière que son 
ouverture ne soit pas obstruée par un volume d'ali- 
ments suffisant néanmoins pour remplir toute la ca- 
pacité du gosier; et l'air ne cesse de pénétrer plus 
ou moins librement dans leurs poumons jusqu'à ce 
que presque toutes les portions des animaux qu'ils 

1. Il n'y a point d'épiglotte pour fermer l'ouverture de la trachée; 
cette ouverture ne consiste communément que dans une fente très 
étroite, et voilà pourcjuoi les serpents ne peuvent faire euleudrc que 
des sifil emeut«. 



2(56 HISTOIRE NATURELLE 

onl saisis soient ramollies, mêlées avec les stics di- 
gestifs, Iriturces, etc. Quelques efforts qu'ils fassent 
cependant pour briser et concasser les os, ainsi que 
pour ramollir les chairs et les enduire de leur bave , il 
y a certaines parties, telles, par exemple , que les 
plumes des oiseaux, qu'ils ne peuvent point ou pres- 
que point digérer, et qu'ils rejettent presque toujours. 
Lorsque leur digestion est achevée , ils reprennent 
une activité d'autant plus grande, que leurs forces 
ont été plus renouvelées, et pour peu surtout qu'ils 
ressentent alors de nouveau l'aigtn'Ilon de la faim , ils 
redeviennent 1res dangereux pour les animaux plus 
foibles qu'eux ou moins bien armés. Ils préludent 
presque toujours aux combats qu'ils livrent, par des 
sifflements plus ou moins forts. Leur langue étant 
très déliée et très fendue, et ces animaux la lançant 
en dehors lorsqu'ils veulent faire entendre quelques 
sons, leurs cris doivent toujours êtie modiGés en sif- 
flements; et il est à remarquer que ces sifflements 
plus ou moins aigus ne paroissent pas être, comme 
les cris de plusieurs quadrupèdes ou le chant de plu- 
sieurs oiseaux , une sorte de langage qui exprime 
les sensations douces aussi bien que les affections ter- 
ribles ; ils n'annoncent dans les grands serpents que 
le besoin extrême, ou celui de l'amour ou celui de 
la faim. On diroit qu'aucune affection paisible ne les 
émeut assez vivement pour qu'ils la manifestent par 
l'organe de la voix; presque tous les animaux de proie 
tant de l'air que de la terre, les aigles, les vautours, 
les tigres, les léopards, les panthères, ne font éga- 
lement- entendre leurs cris ou leurs hurlements que 
lorsque leurs chasses commeiicent ou qu'ils se livrent 



DES SERrKlNTS. 'jG'J 

des combats à mort pour la libre possession de lenrs 
femelles. Jamais on ne les a entendus, comme plu- 
sieurs de nos animaux domestiques, et la plupart des 
oiseaux chanteurs, radoucir, en quelque sorle , les 
sons qu'ils peuvent proférer, et exprimer par une 
suite d'accents plus ou moins tranquilles, une joie 
paisible, une jouissance douce, et pour ainsi dire, un 
plaisir innocent; leur langage ne signifie jamais que 
colère et fureur; leurs clameurs ne sont que des bruits 
de guerre ; elles n'annoncent que le désir de saisir une 
proie , et d'immoler un ennemi , ou ne sont que l'ex- 
pression terrible de la douleur aiguë qu'ils éprou- 
vent , lorsque leur force trompée n'a pu les garantir 
de blessures cruelles, ni leur conserver la femelle 
vers laquelle ils éloient entraînés par une puissance 
irrésistible. 

Si les sifflements des très grands serpents éloient 
entendus de loin , comme les cris des tigres, des 
aigles, des vautours , etc., ils serviroient à garantir de 
l'approche dangereuse de ces énormes repliles : mais 
ils sont bien moins forts que les rugissements des 
grands quadrupèdes carnassiers et des oiseaux de 
proie. La masse seule de ces grands serpents les 
trahit, et les empêche de cacher leur poursuite ; on 
s'aperçoit facilement de leur approche . dans les en- 
droits qui ne sont pas couverts de bois , par le mou- 
vement des hautes herbes qui s'agitent et se cour- 
bent sous leur poids; et on les voit aussi quelquefois 
de loin repliés sur eux-mêmes , et présentant ainsi 
un cercle assez vaste et assez élevé*. 

1. M. Adansou , Voyage au Sénégal. , 



^68 HISTOIKE NziTLllELLË 

Soit qu'ils recherchent naturellement l'humidilév 
ou que l'expérience leur ait appris que le bord des 
eaux, dans les contrées torrides, étoit toujours fré- 
quenté par les animaux dont ils Tont leur proie, et 
qu'ils peuvent y trouver en abondance, et sans la 
peine de la recherche , l'aliment qu'ils préfèrent , 
c'est auprès des mares, des fontaines, ou des bords 
des fleuves qu'ils choisissent leur repaire. C'est là 
que, sous le soleil ardent des contrées équatoriales , 
et, par exemple, au milieu des déserts sablonneux 
de l'Afrique, iU attendent que la chaleur du midi 
amène au bord des eaux les gazelles, les antilopes, 
les chevrotins qui , consumés par la soif, excédés de 
fatigue et souvent de disette, au milieu de ces terres 
desséchées et dépouillées de verdure, viennent leur 
livrer une proie facile à vaincre. Les tigres et les 
autres animaux moins altérés d'eau que de sang , 
viennent aussi sur ces rives, plutôt pour y saisir leurs 
victimes que pour y élancher leur soif. Attaqués sou- 
vent par les énormes serpents, ils les attaquent eux- 
mêmes. C'est surtout au moment où la chaleur de 
ces contrées est rendue plus dévorante par l'ap- 
proche d'un orage qui fait briller les foudres et en- 
tendre ces aflfreux roulements, et où l'action du 
fluide électrique répandu dans l'atmosphère, donne, 
en quelque sorte, une nouvelle vie aux reptiles , que , 
tourmentés par une faim extrême, animés par toute 
l'ardeur d'un sable brûlant et d'un ciel qui paroît 
s'allumer, environnés de feu et le lançant, pour ainsi 
dire, eux-mêmes par leurs yeux étincelants, le ser- 
pent et le tigre se disputent avec plus d'acharnement 
l'empire de ces bords si souvent ensanglantés. Des 



DES SERPENTS. 269 

voyageurs disent avoir vu ce spectacle terrible ; ils 
ont vu un tigre furieux, et dont les rugissements 
jjorfoient au loin l'épouvante, saisir avec ses griflTes, 
déchirer avec ses dents, faire couler le sang d'un ser- 
pent démesuré, qui, roulant son corps gigantesque, 
et sifflant de douleur et de rage , serroit le tigre dans 
ses contours multipliés , le couvroit de son écume 
rougie, l'étouffoil sous son poids, et faisoit craquer 
ses os au milieu de tous ses ressorts tendus avec force ; 
mais les efforts du tigre furent vains , ses armes furent 
impuissantes , et il expira au milieu des replis de 
l'énorme reptile qui le tenoit enchaîné. 

Et que l'on ne soit pas étonné de la grande puis- 
sance des serpents. Si les animaux carnassiers ont 
tant de force dans leurs mâchoires, quoique la lon- 
gueur de ces mâchoires n'excède guère un pied , 
et qu'ils n'agissent que par ce levier unique , quels 
effets ne doivent pas produire , dans les serpents , 
un très grand nombre de leviers composés des os, 
des vertèbres et des côtes, et qui, par l'articulation de 
ces mêmes vertèbres, peuvent s'appliquer avec faci- 
lité aux corps que les serpents veulent saisir et écraser ? 

A la force et à l'adresse les serpents réunissent un 
nouvel avantage ; on ne peut leur ôler la vie que dif- 
ficilement, ainsi qu'aux quadrupèdes ovipares, et ils 
peuvent, sans en périr, perdre une portion de leur 
queue , qui repousse presque toujours lorsqu'elle a 
été coupée'^. Mais ce n'est pas seulement par des 

1. Les anciens ont exagéré cette propriété des reptiles : Pline a 
écrit que lorsqu'on arrachoit les yeux à un jeane serpent, il s'en for- 
moit de nouveaux. 



2^0 HISTOIRE XATURELMi: 

blessures qu'il est difficile de les faire mourir; on ne 
peut y parvenir qu'avec peine par une privaîion ab- 
solue de nourriture, puisqu'ils vivent plusieurs mois 
sans manger^; et même il leur reste encore quelque 
sensibilité lorsqu'ils ont été privés pendant long- 
temps et presque entièrement de l'air qui leur est 
nécessaire pour respirer. Eedi a fait des expériences 
à ce sujet; il a placé des «erpenls dans le récipient 
d'une machine pneumatique, et après en avoir pompé 
presque tout l'air, il les a vus donner encore quelques 
signes de vie au bout de près de vingt-quatre heures^. 

1. Voyez les divers articles de cette Histoire. 

2. Boyle a fait aussi des expériences analogues. « Nous renfermâmes 
» une vipère , dit ce grand physicien , dans un récipient des plus 
» grands entre les petits, et nous fîmes le vide avec un grand soin; 
» la vipère alloit de bas en haut et de haut en bas, comme pour cher- 
«> cher l'air; peu de temps après elle jeta par la bouche un peu d'é- 
» cume qui s'attacha aux parois du verre, son corps enfla peu, et le 
» cou encore moins, pendant que l'on pompoil l'air, et encore un 
« peu de temps après; mais ensuite le corps et le cou se gonflèrent 
» prodigieusement, et il parut sur le dos une espèce de vessie. Une 
» heure et demie après qu'on eut totalement épuisé l'air du récipient, 
» la vipère donna encore des signes de vie , mais nous n'en rcmar- 
» quâmes plus depuis. L'enflure s'étendoit jusqu'au cou , mais elle n'é- 
» toit pas fort sensible à la mâchoire inférieure ; le cou , et une grande 
» partie du gosier, étant tenus entre l'œil et la lumière d'une chan- 
'> délie, paroissoicnt assez transparents dans les endroits qui n'étoient 
» point obscurcis par les écailles. Les mâchoires demeurèrent fort 
» ouvertes et un peu tordues ; l'épiglotte et la fente du larynx , qui 
» restèrent aussi ouvertes, alloient presque jusqu'à l'extrémité de la 
» mâchoire inférieure; la langue sortoit, pour ainsi dire, de dessous 
» l'épiglotte , et s'étendoit au delà ; elle étoit noire et paroissoit sans 
.1 vie , le dedans de la bouche étoit aussi noirâtre ; au bout de vingt- 
» trois heures , ayant laissé rentrer l'air dans le récipient , nous obser- 
» vâmcs que la vipère ferma la bouche à l'instant , mais elle la rouvrit 



DES SERPExNTS. 27I 

Cette expérience monlreconimentilspeuventparvenir 
à tout leur accroissement , Jouir de toute leur force, et 
uiême choisir de préférence leur demeure au milieu 
des marais fangeux dont les exhalaisons empestées 
corrompent l'air, le rendent moins propre à la respi- 
ration, et produisent, dans l'atmosphère, l'effet d'un 
commencement de vide. 

Quoique de tous les temps les serpents, et surtout 
les très grandes espèces , ainsi que celles qui sont ve- 
nimeuses, aient dû inspirer une frayeur tr^s vive, leur 
forme remarquable et leurs habitudes singulières ont 
attiré sur eux assez d'attention pour qu'on ait reconnu 
leurs qualités principales. Il paroît que les anciens 
connoissoient , même dès les temps les plus reculés, 
toutes les propriétés que nous venons d'exposer. 1! 
faut qu'elles aient été observées dans ces temps an- 



» bieQtôt et demeura en cet état ; lorsqu'on lui piuçoil ou qu'on lui 
» brùloit la queue, ou apercevoit , daus tout le corps, des mouve- 
• ments qui indiquoient un reste de vie. 

') A ces expériences sur les vipères, j'en joindrai une faite sur un 
o serpent ordinaire et sans venin , que nous enfermâmes, le 25 avril , 
» avec une jauge , dans un récipient portatif : ayant épuisé l'air de ce 
k récipient, et pris les précautions nécessaires pour que l'air extérieur 
» n'y pût pas rentrer, nous le portâmes dans un endroit tranquille et 
» retiré; il y resta depuis les dix ou onze heures après midi, jusqu'au 
» lendemain environ les neuf heures du matin, et alors le serpent me 
» parut mort; mais ayant mis le récipient auprès du feu , à une dis- 
» tance conveuable, l'animal donna des signes de vie el darda même 
» sa langue fourchue; je le laissai en cet état, et n'étant revenu le 
» voir que le lendemain après midi, je le trouvai sans vie et ne pus le 
r> faire revenir ; sa bouche , qui étoit fermée la veille, se trouvoit alors 
» fort ouverte, comme si les mâchoires eussent été écartées avec vie- 
il lence. » Collect. acadôm., i)art. étrang., tom. VI, pag. viS. 



2-2 HISTOIRE N AT L K lîL LE 

tiques, dont il nous reste à peine quelques monu- 
ments imparfaits, et qui ont précédé les siècles 
nommés héroïques, où la plupart des idées reli- 
gieuses des Egyptiens et des Grecs ont commencé à 
prendre ces formes brillantes qui ont fourni tant 
d'images à la poésie. Si nous ouvrons en effet les 
livres des premiers poètes dont les ouvrages sont par- 
venus Jusqu'à nous; si nous consultons les fastes de la 
mythologie grecque; si nous réunissons, sousun même 
point de vile, les différentes parties de ces anciennes 
traditions , où le serpent est employé comme em- 
blt'me , nous trouverons que les anciens lui ont at- 
tribué, ainsi que nous, une grandeur très considé- 
rable, qu'il sembloit regarder comme dépendante 
du séjour de ce reptile au milieu des endroits maré- 
cageux et humides, puisqu'ils ont supposé qu'à !a 
suite du déluge de Deucalion , le limon de la terre 
engendra un énorme serpent qu'Apollon tua de ses 
flèches, c'est-à-dire que le soleil fit périr et dessécha 
|)ar la chaleur de ses rayons. Ils lui ont aussi donné 
la force, car en parlant du combat d'Achéloiis contre 
Hercule, ils ont supposé que le premier de ces deux 
(îenii-dieux avoit revêtu la forme du serpent pour 
vaincre plus aisément son redoutable adversaire. 
C'est son agilité et la promptitude de tous ses mou- 
vements qui l'ont fait choisir par les auteurs de la 
mythologie égyptienne et grecque, pour le symbole 
de la vitesse du temps et de la rapidité avec laquelle 
les siècles roulent à la suite les uns des autres; et 
voilà pourquoi ils l'ont donné pour emblème à Sa- 
turne . qui désigne ce temps; et voilà pourquoi en- 



DES SEUrENTS. 2'JJ 

core , ils l'ont représenté se mordunt la queue, et 
formant ainsi un cercle parfait, pour peindre la suc- 
cession infinie des siècles de siècles, pour exprimer 
cette durée éternelle dont chaque instant fuit avec 
tant de vitesse, et dont l'ensemble n'a ni commence- 
ment ni fin. C'est ainsi qu'il étoit figuré en argent dans 
un des temples de Memphis , comme l'attestent les mo- 
numents échappés au ravage de ce môme temps dont 
il étoit le symbole ; et c'est encore ainsi qu'il étoit re- 
présenté autour de ces tableaux chronologiques où 
divers hiéroglyphes retraçoieut aux yeux des Mexi- 
cains, de ce premier peuple du Nouveau-Monde, ses 
années, ses mois, et les divers événements qui en 
remplissoient le cours^. 

Les anciens ne lui ont-ils pas aussi attribué l'instinct 
étendu que les voyageurs s'accordent à reconuoître 
dans cet être remarquable? Ils ont ennobli, exagéré 
cet instinct; ils l'ont décoré du nom d'intelligence, 
de prévoyance, de divination^; et voilà pourquoi, 

1. D.escrij)tîoQ de la Nouvcllo-Espagae. Hist. gén. des Voyages, 
édit. in-i^ , lom. XLVflI. 

2. Les habitants d'Argos véuéroient les serpents. Les Athéniens di- 
soient, suivant Hérodote, quon avoit vu, dans le Temple, un grand 
serpent gardien et protecteur de la citadelle; et même Jupiter étoit 
adoré sous la forme d'un serpent dans plusieurs endroits de la Grèce. 

Mais, pour avoir une idée plus précise des opinions des anciens 
touchant l'intelligence, la vivacité et les autres qualités des serpents, 
on peut consulter Plutarque, Eusèbe, Shaw, et M. Savary. Les Egyp- 
tiens l'eniployoïent, dans leur langue symbolique, pour désigner le 
soleil: il représcnloit aussi, pour ce peuple, le bon génie, la bonté 
suprême et inTmic, dont le nom , Cnepli, lui fut donné, suivant Eu- 
sèbe; et les Phéuieiens le nommoionl de même Agaiho Dnimon , bon 
génie. Plutarnue, Traité d'isis et dOsiris. — Ensé!it' , Prépaialion 



3-4 HTSTOIUE NATURELLE 

placé autour du miroir de la Déesse de la prudence, 
i! fut consacré à celle de la santé , ainsi qu'à Esculape 
adoré à Épidaure sous la forme d'un serpent. N'ont- 
ils pas reconnu sa longue vie lorsqu'ils ont feint que 
Cadmus, et plusieurs autres héros avoient été méta- 
morphosés en serpents , comme pour désigner la 
durée de leur gloire ; et que le choisissant pour re- 
présenter les mânes de ce qui leur étoit cher, ils l'ont 
placé parmi les tombeaux^ ? ]N'ont-ils pas fait allusion 
à l'effroi qu'il inspire, et principalement au poison 
mortel qu'il recèle quelquefois, lorsqu'ils l'ont donné 
aux Euménides dont il entoure et hérisse la tête; à 
l'Envie , dont il perce le cœur ; à la Discorde, dont il 
arme les mains sanglantes? Et cependant, par un cer- 
tain contraste d'idées que l'on rencontre presque tou- 
jours lorsque les objets ont été examinés plusieurs 
fois et par divers yeux, n'ont- ils pas vu, dans le ser- 
pent, cette beauté de couleur et ces proportions dé- 
liées que nous y ferons plus d'une fois remarquer? 
Ne lui ont-ils pas accordé la beauté, puisqu'ils ont dit 
que Jupiter qui, pour plaire à Léda , avoit pris la 
forme élégante du cygne , avoit choisi celle du serpent 
pour obtenir les faveurs d'une autre divinité? Toutes 
ces idées, répandues des contrées de TAsie ancienne- 
ment peuplées^, s'étendent parmi les sociétés à demi 

évangélique , liv. 3. — Shaw, Obseivations géographiques sur la Sy- 
rie, i'Égyple, etc., lom. II, chap. 5. — M. i^avary. Lettres sur l'E- 
gypte, tora. Jl , pag. 112. 

1. Voyez, à ce sujet, dans le cinquième livre de l'Enéide, la belle 
description du serpent qu'Enée vil autour du tombeau de son père. 

2. Un roi tie Calécul avoit ordounc que celui qui tueroit un ser- 
pent scroil puni aussi rigoureusement que s'il avoit tué un homme; 



DES SERPENTS. 2'J J 

policées de l'Amérique, et parmi les hordes sauvages 
de l'Afrique, accrues par leur éloignemenl de leur 

il regardoit les serpents comme descendus du ciel , comme doués 
d'une puissance divine, et même comme des divinités, puisqu'ils 
pouvoient donner la mort en un instant. 

Dès les temps les plus reculés, le serpent a été aussi regardé par les 
Indiens comme le sjmbolc de la sagesse ; et leur religion avoit con- 
sacré cette idée. Mémoire manuscrit de feu M. Commerson , sur YAu- 
torrho'Bahde , commentaire du Cliasta ou Shastah , le plus ancien des 
livres sacrés des habitants de l'indostan et de la presqu'île en deçà du 
G ange. 

« Les Égyptiens pcignoient un serpent, couvert d'écaillés de difFé- 
■> rentes couleurs, roulé sur lui-même. INous savons, par l'interpréta- 
s tiou qu'Horus Apollo donne des hiéroglyphes égyptiens, que, dans 
» ce style , les écailles du serpent désignoieut les étoiles du ciel. On 
" apprend encoie, p;tr Clément Alexandrin, que ces peuples représen- 
" toient la marche oblique des astres par les replis tortueux d'un ser- 
» pent. Les Egyptiens, les Perses peignoient un homme nu entortillé 
» d'un serpent ; sur les contours du serpent étoient dessinés les signes 
du zodiaque. C'est ce qu'on voit sur différents monuments antiques, 
!• et en particulier sur une représentation de Mithras , expliquée par 
« l'abbé Bannier, et sur un tronçon de statue trouvé à Arles, en 169S. 
» 11 n'est pas douteux qu'on a voulu représenter, par cet emblème, la 
» roule du soleil dans les douze signes, et son donble mouvement 
» annuel et diurne , qui , en se combinant , font (ju'il semble s'avancer 
» dun tropique à l'autre par des lignes spirales. On retrouve cet hié- 
» roglyphe jusque chez les Mexicains, lis ont leur cycle de cinquante- 
» deux ans , représenté par une roue ; cette roue est environnée d un 
a serpent qui se mord la queue , et , par ses nœuds , marque les (juatre 

» divisions du cycle Il est évident que les figures des constella- 

» tions , les caractères qui désignent les signes du zodiaque, et tout 
a ce qu'on peut appeler la notation astronomique , sont les restes des 
• anciens hiéroglyphes. Il est remarquable que les Chinois appellent 
» li;s nœuds de la lune, la tête et la queue du ciel, comme les Arabes 
» disent la tête et la queue du dragon. Le dragon est , chez les Chinois, 

» un animal céleste; ils ont apparemment confondu ces deux idées 

" Il est encore fait mention dans ÏEdda , d'un grand serpent qui eu-^ 
o viroane la terre. Tout cela a quelque analogie avec le serpent , qui. 



2-6 lirSTOIllE NATURELLE 

origine, embellies par leur imagination, altérées par 
l'ignorance , falsifiées par la superstition et par la 
crainte, lui ont attiré les honneurs divins, tant dans 
l'Amérique qu'au royaume de Juida , et dans d'autres 
contrées, où il a encore ses temples, ses prêtres, ses 
victimes; et pour remonter de la considération d'ob- 
jets profanes et du spectacle de la raison humaine 
égarée, à la contemplation des vérités sacrées dic- 
tées par la parole divine , si nous jetons un œil res- 
pectueux sur le pins saint des recueils, ne voyons- 
nous pas toutes les idées des anciens sur les propriétés 
du serpent , s'accorder avec celles qu'en donne l'écri- 
vain sacré , toutes les fois qu'il s'en sert comme de 
symbole ? 

Grandeur, agilité , vitesse de mouvement , force , 
armes funestes, beauté, intelligence, instinct supé- 
rieur, tels sont donc les traits sous lesquels les ser- 
pents ont été montrés dans tous les temps ; et en 
cherchant ici à présenter cet ordre nombreux et re- 
marquable, je n'ai fait que rétablir des ruines, ra- 
masser des rapports épars, en lier l'ensemble et ex- 

» partout , représente le temps , et avec le dragou , dont la tête et la 
» queue marquent les nœuds de l'orbite de la lune , tandis que ce 
» dragon cause les éclipses. Mais cette superstition , ce préjugé univer- 
» sel qui se retrouve en Amérique comme en Asie , n"indique-t-il pas 
» une source commune , et ne place-t-il pas même plus naturellement 
» celle source au nord , où peut exister la seule communication pos- 
» sible entre l'Asie et l'Amérique , et d'où les hommes ont pu dcscon- 
B dre facilement de toutes parts vers le midi, pour habiter l'Amérique, 
« la Chine, les Indes, etc. ? «M, Bailly, de l'Académie Françoise , de 
o^lle des Sciences , et de celle des Inscriptions. Histoire de l'Astrono- 
mie ancienne , pag. 5 1.5. 



DES SERPENTS. 5'^'J 

poser (ies résultats généraux que les anciens avoicnt 
déjà recueillis. C'est donc la grande image de ces 
êtres distingués, déjà peinte par les anciens, nos 
maîtres en tant de genres, que je viens d'essayer de 
rnontrer, après avoir lâché de la dégager du voile 
dont l'ignorance, l'imagination, et l'amour du mer- 
veilleux l'avoient couverte pendant une longue suite 
de siècles; voile tissu d'or et de soie, et qui euîhel- 
lissoit peut-être l'image que l'on voyoit au travers, 
mais qui n'éloit que l'ouvrage de l'homme, et que le 
flambeau de la vérité devoit consumer pour n'éclairer 
que l'ouvrage de la nature. 



LACKPÉllf,. ni. ib 



278 IIISTOIUï: NATlinELLE 



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NOMENCLATURE 



TABLE MÉTHODIQUE 

DES SERPENTS. 



Nous venons de voir que malgré le grand nombre 
de ressemblances que présentent les diverses espèces 
de serpents, elles diflfèrent les unes des autres, non 
seulement par la teinte et la distribution de leurs 
couleurs, mais encore par le nombre, la grandeur, 
la forme et l'arrangement de leurs écailles, autant que 
par leurs habitudes et particulièrement par la nature 
de leur habitation, ainsi que de la nourriture qu'elles 
recherchent. L'ordre des serpents étant d'ailleurs 
assez nombreux, et renfermant plus de cent qua- 
rante espèces* , nous avons cru ne pouvoir en traiter 

1. Nous décrivons , dans cet Ouvrage, non seulement plus de cent 
quarante , mais même plus de cent soixante serpents ; cependant > 



DES SERPENTS. 279 

avec clarté , qu'en établissant dans l'ordre de ces 
reptiles quelques divisions générales , fondées sur 
la différence de leur conformation extérieure, ainsi 
que sur celle de leurs mœurs. Nous les avons réunis 
en huit différents groupes, et nous en avons formé 
huit genres. 

Le premier est composé des serpents qui ont un 
seul rang de grandes écailles sous le ventre, et deux 
rangs de petites plaques sous la queue. Nous les ap- 
pelons Couleuvres (en latin Coluber) ^ avec la plu- 
part des naturalistes récents , et particulièrement 
avec M. Linnée : et ce genre comprend la vipère 
commune, l'aspic, la couleuvre proprement dite, la 
couleuvre à collier, la qualre-raies, cinq serpents 
très communs en France, et qui forment avec l'orvet, 
et peut-être la couleuvre d'Esculape, les seules espèces 
qu'on y ait encore observées. 

Nous plaçons dans le second genre les serpents qui 
n'ont qu'un seul rang de grandes plaques, tant au des- 
sous du corps qu'au dessous de la queue, et ce genre 
présente les plus grandes espèces auxquelles nous lais- 
sons le nom générique de Boa^ par lequel elles ont 
été désignées en latin par Pline et les autres anciens 
auteurs , et en françois ainsi qu'en latin , par le plus 
grand nombre des naturalistes et des voyageurs mo- 

comme plusieurs de ces animaux, au lieu de former plus de cent 
soixante espèces , ainsi que nous le présumons , pourront , dans la 
suite, n'être regardés, d'après de nouvelles observations des voya- 
geurs ou des naturalistes , que comme des variétés dépendantes de 
l'âge ou du sexe , nous avons cru ne devoir parler ici que de cent 
quarante espèces. 



aSo HISTOIRE NATURELLE 

dernes , et qu'on a ainsi nommées, parce qu'on a 
écrit qu'elles se nourrissoient avec plaisir du lait des 
vaches*. 

Le troisième genre est composé des serpents qui 
ont de grandes plaques sous le ventre et sous la queue 
dont l'extrémité est terminée par des écailles articu- 
lées et mobiles, auxquelles on a donné le nom de 
sonnettes^: nous leur conservons le nom générique 
de Serpent à sonnettes*. 

Dans le quatrième genre, l'on trouvera les serpents 
qui n'ont au dessous du corps et de ia queue que des 
écailles semblables à celles du dos; nous leur laissons 
le nom générique d'Ânguis. Et c'est dans ce genre 
qu'est placé l'orvet, serpent très commun dans quel- 
ques unes de nos provinces méridionales. 

Nous comprenons dans le cinquième genre , ceux 
qui sont entourés partout d'anneaux écailleux, et que 
les naturalistes ont déjà appelés Amphisbènes. 

JNous comptons dans le sixième , les serpents dont 
les côtés du corps sont plissés, et que l'on a nom- 
més Cœciles (en latin Cœcilia.) 

Dans le septième genre doivent être mis ceux dont 
le dessous du corps présente vers la tête de grandes 
plaques, ne montre ensuite que des anneaux écail- 
leux , et dont la queue garnie de ces mêmes anneaux 
à son origine , n'est revêtue que de simples écailles 

1. « Aluntur primo bibuli lactis suceo, unde nomen traxere. » Pline, 
liv. XXVIIJ, chap. -24. 

2. Voyez la description de ces écailles ou sonnettes, dans l'article 
du Boiquira. 

5. En latin, Crotalus. 



DES SERPENTS. 28 1 

à son extrémité. Nous les appelons Langaha avec les 
naturels du pays où on les trouve. 

Et enfin nous plaçons dans le huitième le serpent 
f[ui a sa peau revêtue de petits tubercules , et que 
nous nommons l'Acrochorde de Java , avec M. Horn- 
stedt, qui en a publié la description^. 

Dans chacun de ces huit genres différenciés par 
des signes extérieurs très constants et très faciles à re- 
connoître , il seroit à désirer que l'on pût former une 
sous-division, d'après une propriété bien importante 
dont nous allons parler. Chacun de ces genres présen- 
teroit deux groupes secondaires. L'on placeroit dans 
le premier les serpents dont les petits éclosent dans le 
ventre de leur mère, et auquel on doit donner le 
nom de Vipère , et l'on comprendroit dans le second 
les serpents proprement dits, et qui pondent des œufs. 
Cetle distribution si naturelle, et fondée sur d'assez 
grandes différences intérieures, ainsi que sur un fait 
assez remarquable, devroit faire partie de tout arran- 
gement méthodique, destiné à faire reconnoître l'es- 
pèce et le nom des divers individus. Mais, pour cela , 
il faudroit qu'on eût trouvé des caractères extérieurs 
constants et faciles à voir, qui distinguassent les vi- 
pères d'avec les serpents proprement dits. Un fort 
bon observateur, M. de La Borde, correspondant du 
Cabinet du roi à Cayenne , a cru remarquer que 

1. M. Linuée a divisé les serpents eu six genres, auxquels nous 
aTons ajouté celui des Langa/ta, que M. Bruguères , de la Société 
royale de Montpellier, a le premier fait conuoître , dans le Journal de 
Physique du mois de février 178^, et celui que M. Ilornsledta décrit 
dans les Mémoires de l'Académie de Stockholm, année 1787, p. 3o6. 



282 HISTOIRE NATURELLE 

toutes les espèces de serpents dont les petits éclosent 
dans le ventre de leur mère, sont venimeuses , et 
que, par conséquent, elles ont toutes des crochets 
ou dents mobiles semblables à celles de la vipère 
commune d'Europe. Si cette observation impor- 
tante , que nous avons vérifiée sur plusieurs espèces 
de serpents reconnus pour vipères, pouvoit s'appli- 
quer également à toutes les espèces de reptiles qui 
viennent au jour tout formés, et si ces dents mobiles 
ne garnissoient les mâchoires d'aucun serpent ovipare, 
on pourroit regarder ces crochets comme des carac- 
tères distinctifs de la sous-division des vipères dans 
chacun des huit genres des reptiles. Ce caractère est 
d'autant plus remarquable, qu'il nous a paru tou- 
jours réuni avec une conformation particulière des 
mâchoires, que nous croyons devoir faire connoître 
ici. Dans toutes les espèces de couleuvres à crochets 
que nous avons examinées, nous avons trouvé à la 
mâchoire supérieure qu'un seul rang de petites dents 
crochues et recourbées en arrière ; c'est à l'extérieur 
de ce rang qu'est placé de chaque côté un crochet 
plus ou moins long, creux, percé vers ses deux ex- 
trémités, enveloppé dans une gaîne, d'où l'animal 
peut le faire sortir; et auprès de sa base sont deux 
ou trois crochets semblables, quelquefois cependant 
plus petits et destinés à remplacer le premier, lorsque 
quelque accident en prive le reptile^. La mâchoire 
inférieure ne présente également qu'un seul rang de 
dents, mais les deux os qui la composent, l'un à 

1 Article de la Vipère commune. 



DES SERPENTS. 2QÔ 

droite et l'autre à gauche, bien loin d'être articulés 
ensemble au bout du museau , ne sont réunis que 
par la peau et les muscles. Ils sont toujours très 
écartés l'un de l'autre , et terminés par des dents 
crochues , moins petites que les autres dents , mais 
qui ne sont ni creuses, ni percées, ni mobiles comme 
les vrais crochets placés dans la mâchoire supérieure, 
et ne peuvent distiller aucun venin. 

Dans les couleuvres qui n'ont point de vrais cro- 
chets mobiles , toutes les dents sont au contraire 
presque égales; les deux os de la mâchoire inférieure 
ne sont pas articulés ensemble ; mais ils sont courbés 
l'un vers l'autre, et ils sont rapprochés au point de 
paroître se toucher. La mâchoire supérieure est gar- 
nie de deux rangs de dents ; l'extérieur est à la place 
des crochets mobiles, et l'intérieur s'étend très avant 
vers le gosier^. Cependant, comme l'on devroit dé- 
sirer un caractère plus extérieur et par conséquent 
plus facile à apercevoir, ces crochets ou dents mo- 
biles pouvant d'ailleurs être quelquefois confondus 
avec les dents crochues, mais immobiles, de plu- 
sieurs espèces de serpents venus d'un œuf éclos hors 
du ventre de la mère, j'ai observé avec soin un grand 
nombre de couleuvres, et j'ai remarqué que, dans ce 
genre, les espèces dont les mâchoires étoient garnies 
de crochets, avoient le sommet de la tête couvert de 
petites écailles à peu près semblables à celles du dos^, 

i. Voyez l'article du la Vipère commune, reialivemeiil au jeu de? 
mâchoires et des os qui les composent. 

3. Quelques serpents venimeux, et par conséquent à crochets, ont 
quelquefois , entre les yeux . trois écailles un peu plus grandes que 



204 HISTOIUE i\ ATLKELLli: 

et que presque toutes les autres l'avoient revêtu an 
coulraire cl écailles plus grandes que celles du dessus 
du corps, d'une forme très différente, toujours au 
nombre de neuf, et placées sur trois rangs , le pre- 
mier et le second à compter du museau, étant corn 
posés de deux écailles , le troisième de trois , et le 
(jualrième de deux, ]\ous ne croyons pas néanmoins 
<jue l'on doive établir une sous-division rigoureuse 
dans le genre des couleuvres, et à plus forte raison 
dans chaque genre de serpents, avant que de nou- 
velles et de nombreuses observations aient mis les 
naluralistes à portée de compléter notre travail à ce 
sujet; nous croyons devoir nous contenter, en atten- 
dant , de séparer, dans la partie historique de chaque 
genre, les espèces reconnues pour de vraies vipères, 
ou que nous considérerons comme telles, à cause de 
leur conformation extéiieure , de leurs crochets mo- 
biles, et de leur venin , d'avec les autres que nous 
regarderons comme ovipares, jusqu'à ce que les voya- 
geurs aient éclairci l'histoire de ces espèces peu con- 
nues et presque toutes étrangères. 

Le genre des couleuvres étant très nombreux, et 
par conséquent les espèces qui le composent ne pou- 
vant pas être reconnues très aisément, non seulement 
nous aurions voulu pouvoir séparer les vipères de 
celles qui pondent, mais nous aurions désiré pouvoir 
diviser ensuite les couleuvres ovipares en deux sec- 
tions diflerenles, ÎSous avons pensé à faire ce partage 

celles du dos ; ntais je uai va que sur la léle du ISoja, les neuf graudes 
écailles qui garnissent celle de la pUipail des couleuvres ovipares et 
uuii venimeuses, 



DES SEUPENTS. 285 

d'après la proportion de la longueur du corps et de 
celle de la queue, ainsi que d'après la grosseur ou 
la forme déliée de cette dernière partie ; mais indé- 
pendamment que cette proportion et cette forme ont 
été jusqu'à présent très peu indiquées par les natu- 
ralistes et les voyageurs, et que nous n'aurions pu 
d'après cela classer les espèces que nous n'avons pas 
vues, et dont nous ne parlerons que d'après les au- 
teurs, nous avons cru nous apercevoir que celte pro- 
portion varioit suivant l'âge ou le sexe, etc. INous de- 
vons donc uniquement inviter les voyageurs , et ceux 
qui ont dans leur collection un grand nombre d'in- 
dividus de la même espèce , à déterminer , par des 
observations très multipliées, les limites de ces va- 
riations ; lorsque ces limites seront fixées, on pourra 
établir une division exacte entre les deux sections 
que l'on formera dans la grande famille des couleu- 
vres ovipares , et dont les caractères distinctifs seront 
tirés de la grosseur de la queue et de sa longueur 
comparée avec celle du corps. Nous ne pouvons main- 
tenant que chercher à indiquer des signes caracté- 
ristiques de chaque espèce , très marqués et très fa- 
ciles à saisir, afin de diminuer, le plus possible, 
l'inconvénient d'un trop grand nombre d'espèces ren- 
fermées dans le même genre. Nous avons donc laissé 
d'autant moins échapper les traits de leur conforma- 
tion extérieure qui ont pu nous donner ces carac- 
tères sensibles, que, sans cette attention de recher- 
cher tous les moyens de distinguer les espèces, les 
naturalistes et les voyageurs auroienfc été très souvent 
embarrassés pour les reconnoître. Lorsqu'en elîel les 



286 HISTOIUE NATURELLE 

serpents sont encore jeunes, ils ne ressemblent pas 
toujours aux serpents adultes de leur espèce; ils en 
iliffèrent souvent par la teinte de leurs couleurs; et 
s'ils n'en sont pas distingués par la disposition géné- 
rale de leurs écailles, ils le sont quelquefois par le 
nonabre de ces pièces. On peut reconnoître facile- 
ment leur genre ; mais i! seroit souvent difficile de 
déterminer leur espèce, en n'adoptant pour caractère 
spécifique, que celui qui a été admis jusqu'à présent 
par le plus grand nombre des naturalistes, et qui a 
été principalement employé par M. Linnée. Ce ca- 
ractère consiste dans le nombre des grandes et des 
petites plaques situées au dessous du corps et de la 
queue. Nous pensons, d'après des observations et des 
comparaisons très multipliées, que nous avons faites 
sur plusieurs individus d'un grand nombre d'espèces, 
conservées au Cabinet du Roi, ou que nous avons 
vues dans différentes collections, que le nombre de 
ces plaques peut varier suivant l'âge , augmenter à 
mesure que les serpents grandissent, et dépendre 
d'ailleurs de beaucoup de circonstances particulières 
et accidentelles. Nous n'avons pas cru cependant de- 
voir rejeter un caractère aussi simple, aussi sensible, 
et qui ne s'efface pas lors même que l'animal a été 
conservé pendant long-temps dans les Cabinets; nous 
l'avons employé d'autant plus qu'il établit une grande 
unité dans la méthode , el qu'il est quelquefois ie seul 
indiqué par les auteurs pour les espèces que nous 
n'avons pas vues. D'ailleurs nous marquerons toujours 
séparément, ainsi que les naturalistes qui nous ont 
précédés, le nombre des plaques qui revêtent le 



DES SERPENTS. 287 

dessous du corps, et celui des plaques situées au 
dessous de la queue; et corarae il peut être très rare 
que ces deux nombres aient varié dans le même in- 
dividu, l'un pourra servir à corriger l'autre. Mais nous 
avons cru que ce caractère, tiré du nombre des écail- 
les placées au dessous du corps ou de la queue, de- 
voit être réuni avec d'autres caractères. Nous avons 
donc multiplié nos observations sur le grand nombre 
de serpents que nous avons été à portée d'examiner; 
nous avons comparé le plus d'individus de chaque 
espèce que avons pu , afin de parvenir à distinguer 
les formes constantes d'avec celles qui sont variables. 
rSous n'avons presque pas voulu nous servir des nuan- 
ces des couleurs, si peu permanentes dans les indi- 
dus vivants, et si souvent altérées dans les animaux 
conservés dans les collections. Malgré cette conlrainle 
que nous nous sommes imposée , nous croyons être 
parvenus à trouver ce que nous désirions. Nous avons 
pensé que neuf caractères différents pouvoient, par 
ieurs diverses combinaisons avec le nombre des gran- 
des ou des petites plaques placées sous le corps et 
sous la queue , suffire à distinguer les espèces des 
genres les plus nombreux, d'autant plus qu'on y peut 
ajouter, à certaines circonstances, un dixième carac- 
tère souvent aussi permanent et plus apparent que 
les neuf autres. 

Nous tirons principalement ces caractères de la 
forme des écailles. En effet, si les plaques du dessous 
du corps ont à peu près la même forme dans tous les 
serpents; si elles sont presque toujours très allongées; 
si elles ont le plus souvent six côtés très inégaux, et 



288 ' HISTOIRE NATURELLE 

si elles ne varient guère que par leur longueur el leur 
largeur, la forme des écailles qui revêtent le dessus 
du corps n'est pas la même dans les diverses espèces; 
dans les unes, ces écailles sont hexagones; dans les 
autres, ovales on taillées en losange; plates et unies 
dans celles-ci , relevées dans celles-là par une arête 
tressaillante; se touchant quelquefois à peine, ou se 
recouvrant, au contraire, comme les ardoises des 
toits. Voilà donc sept formes différentes et bien dis- 
tinctes, que les écailles du dos peuvent présenter. 

De plus , si quelques espèces de serpents ont le 
dessus de la tête recouvert d'écaillés semblables à 
celles du dos, les autres ont, ainsi que nous venons 
de le dire, cette partie du corps défendue par des 
lames plus grandes , au nombre de neuf, et placées 
sur trois rangs , ce qui compose un hnifième carac- 
tère, spécifique. Nous tirons le neuvième de la forme 
el quelquefois du nombre des écailles placées sur les 
mâchoires; et tous ces caractères nous ont paru con- 
slanls dans chaque espèce, et indépendants du sexe 
ainsi que de l'âge. 

D'ailleurs, autant les nuances des couleurs sont 
variables dans les serpents, autant leurs distributions 
générales en taches, en bandes, enraies, etc., sont, 
le plus souvent permanentes; de telle sorte que, dans 
une même espèce de serpents distingués par un grand 
nombre de taches, quelques individus peuvent, par 
exemple, être blanchâtres avec des taches vertes, et 
d'autres Jaunes avec des taches bleues; mais dans la 
même espèce, ce sont presque toujours des taches 
disposées de la même manière. 



DES SERPENTS. 289 

Cette distribution de couleurs est d'ailleurs peu al- 
térée dans les serpents qui font partie des collections, 
et ce n'est que la nuance des diverses feinles qui 
change après la mort de l'animal, ou naturellement 
ou par l'effet des moyens employés pour le con- 
server. 

Cependant comme l'âge et le sexe peuvent intro- 
duire d'assez grands changements dans la distribu- 
tion des couleurs, nous n'employons qu'avec réserve 
ce dixième caractère. 

C'est d'après les principes que nous venons d'ex- 
poser, que nous avons fait la table suivante. Les es- 
pèces n'y sont pas présentées dans le même ordre que 
celui dans lequel nous avons exposé quelques traits 
de leur histoire. Nous avons dû, en effet, pour bien 
présenter ces traits, séparer, par exemple, les vipères 
d'avec les couleuvres ovipares, qui en diffèrent beau- 
coup par leurs habitudes; traiter d'abord de la vipère 
commune, comme du serpent le mieux connu, et 
dont on est, en Europe , très à portée d'étudier les 
mœurs; commencer l'histoire des couleuvres ovipares 
par celle de la couleuvre verte et jaune, ainsi que de 
la couleuvre à collier, que l'on rencontre en très grand 
nombre en France, et dont les habitudes naturelles 
peuvent être très aisément observées, etc. Dans la 
table méthodique , au contraire , où nous n'avons dû 
chercher qu'à donner aux naturalistes, et principa- 
lement aux voyageurs, le moyen de reconnoître les 
diverses espèces, de voir si elles n'ont pas été décrites, 
ou de leur rapporter les observations des différents 
auteurs ; nous avons cru diminuer beaucoup le nom- 



290 HISTOIRE NATURELLE 

bre des comparaisons qu'ils auroient été obligés de 
faire, et leur épargner beaucoup de recherches, en 
plaçant les espèces d'après i'uQ des caractères que 
nous avons employés, en les rangeant, par exemple, 
d'après le nombre des plaques qui revêtent le dessous 
du corps , et en commençant par les espèces qui en 
ont le plus*. 

Cette table est divisée en dix colonnes. 

La première présente les noms des espèces; la se- 
conde , le nombre des grandes plaques , des rangées 
de petites écailles, ou des anneaux écailleux qui re- 
vêtent le dessous du corps des serpents , ou le nom- . 
bre des plis que l'on voit le long des côtés du corps, 
selon le genre auquel ils appartiennent; les espèces 
sont placées , ainsi que nous venons de le dire , sui- 
vant le nombre de ces grandes plaques, rangées de 
petites écailles, anneaux écailleux ou plis latéraux, 
afin qu'on puisse trouver très aisément une espèce de 
serpent que nous y aurons comprise, ou celles avec 
lesquelles il faudra comparer le reptile dont on vou- 
dra connoître l'espèce. 

La troisième colonne renferme le nombre des pai- 
res de petites plaques, ou de grandes plaques, ou de 
rangées de petites écailles , ou d'anneaux écailleux 
que l'on voit sous la queue des serpents, ou le nom- 
bre des plis latéraux placés le long de cette partie. 

La quatrième offre la longueur totale des reptiles, 
et la cinquième, la longueur de leur queue. Ces 

1. Nous n'avons jamais compris dans le nombre des plaques du 
dessous du corps , les grandes écailles , ordinairement au nombre de 
deux ou trois , qui les séparent de l'anus. 



DES SERPENTS. 291 

longueurs ne sont souvent ni les plus grandes ni les 
plus petites que présentent les espèces; elles ne sont 
que les longueurs mesurées sur les individus que 
nous avons décrits , et nous n'en avons fait mention 
dans notre Table méthodique , que pour indiquer le 
rapport de la longueur totale des reptiles à celle de 
leur queue*. 

La sixième colonne apprend si les serpents ont des 
crochets venimeux ou non , et laquelle de leurs mâ- 
choires est armée de ces crochets. 

Le septième désigne le défaut de grandes écailles 
sur la partie supérieure de la tête , ou le nombre et 
l'arrangement de ces grandes pièces, lorsque le des- 
sus de la tête des serpents en est garni. Cette expres- 
sion abrégée , neuf sur quatre rangs, signifie qu'elles 
sont grandes, conformées et placées à peu près comme 
celles qui couvrent une partie de la tête de la cou- 
leuvre à collier, de la couleuvre verte et jaune, et du 
plus grand nombre de couleuvres sans venin. Il est 
bon d'observer que, dans certaines espèces, comme, 
par exemple, dans celle du Molure, la grande pièce 
du milieu du troisième rang, à compter du museau, 
est quelquefois divisée par une suture; ce qui poiir- 
roit faire croire que la tête de ces espèces de rep- 
tiles est couverte de dix grandes pièces. 

i . Nous venons de voir que ce rapport varioit clans plusieurs es- 
pèces de serpents, suivant l'âge ou le sexe ; cependant comme il paroît 
constant dans le plus grand nombre d'espèces de reptiles , ou du moins 
que ses variations y sont renfermées dans des limites très rapprochées, 
nous avons cru qu'il pourroit servir assez souvent à reconnoître l'es- 
pèce des individus que l'on examineroit. 



ag2 IIISTOIlîE NATURELLE 

Sur In huitième colonne est marquée la forme des 
écailles du dos; leur figure, en losange, ou ovale, 
ou hexagone, peut être variable; mais nous n'avons 
jamais vu des individus de la même espèce avoir, les 
uns, des écailles unies, et les autres, des écailles re- 
levées par une arête. 

La neuvième colonne montre quelques traits re- 
marquables de la conformation des serpents; et enfin 
la dixième indique leurs couleurs. Nous nous sommes 
attachés beaucoup plus à désigner la disposition de 
ces couleurs que leurs nuances; et c'est aussi le plus 
souvent à celte disposition qu'il faut presque unique- 
ment avoir égard; quelques nuances sont cependant 
peu sujettes à varier sur l'animal vivant, et même à 
être altérées par les divers moyens employés pour 
la conservation des reptiles; nous les avons marquées 
de préférence , dans la Table méthodique *^. Au reste, 

1. Ou s'apercevra aisément, en Usant les divers articles de cet Oa- 
Arage , qu'il éloit impossible de donner, dans des planches noires, une 
idée de toutes les couleurs brillantes, et surtout des reflets variés d'un 
grand nombre de serpents. Nous aurions désiré substituer des plan- 
ches enluminées à ces planches noires ; mais on ne peut pas faire, dans 
un seul pays, des dessins enluminés et exacts d'animaux f|ni , habi- 
tant presque toutes les contrées des deux mondes, ne peuvent être 
transportés vivants qu'en très petit nombre , et dont les couleurs s'al- 
lèrent après leur mort. Ce ne sera qu'après beaucoup de temps qu'oa 
|)ourra réunir des dessins en couleur de tous les reptiles connus, des- 
sinés en vie et dans leur pays natal , par différents voyageurs. 

Au reste , nous devons prévenir que nos descriptions indicfuent 
(|uelquefois une distribution de couleurs un peu différente de celle 
que la gravure présente, parce que quelques dessins ont été faits d'a- 
|>rès des individus dont les couleurs étoient altérées, quoique leurs 
formes fussent bii n consorvées; nous avons clé bien ;:ises que le des- 



DES SERPENTS. 29O 

il ne faut pas perdre de vue que c'est uniquement 
d'après la réunion de plusieurs caractères que l'on 
doit presque toujours se décider sur l'espèce du ser- 
pent que l'on examinera. 

Les places vides de la Table méthodique pourront 
être remplies avec le temps ; elles présenteront alors 
des caractères dont nous n'avons pas pu parler, à 
cause du mauvais état des serpents que nous avons 
vus, ou de la trop grande brièveté des descriptions 
des naturalistes. 

siuateur ne représentât que ce qu'il avoit sous les yeux; mais nous 
avons fait notre description d'après tout ce que nous avons pu recueil- 
lir de plus certain relativement aux couleurs de l'animal envie. Quel- 
quefois aussi la gravure n'a pu indiquer la véritable forme des écailles 
dont on trouve la description dans le texte *. 

* Les traraux et les recherches des sarants qui depuis quelques années ont fait faire de si rapides 
progrès aux sciences naturelles, ont permis de donner des planches coloriées arec cette édition ; un 
soin minutieux a été apporté à leur exécution , et l'on peut assurer que rien n'a été négligé pour 
rendre chaque sujet avec le plus de vérité possible , la description qu'en donne M. de Lacépède 
avant été comparée avec les modèles qui ont été fournis. { Noie Je l'Éditeur. ) 



LACCI'EDE. III. 



»9 



l- VV% V VVVV VVVVVVVVV\ VVVXVIAA^^VVV^-V VVVVVVVV \ VVV VVVVVVVVVVVVVVVV VVVV VVA VVX-V VVX'V v^\^ 



TABLE 



ANIMAUX SANS PIEDS 



«»4490 944 aOQ4i>»4<>a9aaa09<Md'9»a 09^404 



SERPENTS. 



Serpents qui ont de grandes plaques sous le corpSj 

COULEUVRES. Colubri. 



ESPÈCES. 




CA 


RACTÈR 

a 

= l 
« î 


ES. 

à 

Si 

►^ a 


« < 2 

a f» 
u 


ce a « 

a o B. 
B ce a 

lis 

^g§ 


PAIRES DE 
PETITES plaques] 
SOUS LA QUEUE. 1 


CoqI. jaune et 

bleue. 
Coluber flavo- 

cœruleus. 


3l2 


95 


9 pi- 







Goul. double- 
tache. 

C.bimaculatus. 


297 


7a 


ipi. 
8po. 
2lig. 


3 po. 

lolig. 





C. galonnée. 
C. lemniscatus. 

1 


a5o 


35 










t\VV\VVV\VV\\VVVVVVVVVV\VVV\VVVV\\'V\\\\\\V\>\'X\V\\VVv\VVVVV\VV\V\'tXVVV\A/V\VVVVVV\.VlVV\'V\VVVVVVVV 

MÉTHODIQUE. 

ET SANS NAGEOIRES. 



PREMIER GENRE. 

et deux rangées de petites plaques sous la queue. 

COULEUVRES. CoUtbri. 



SUITE DES CARACTERES. 



AUTRES TRAITS 
PARTICULIERS 

DE LA 

CONFORMATION 

EXTÉRIEURE. 



COULEUR. 



grandes. 



9 sur 4 
rangs. 



f) sur 4 
rangs. 



unifis et en 
losange. 



rlioinboï- 

dales 
et unies. 



Des raies bleues bordées de 
jaune, qui se croisent et for- 
ment une sorte de treillis sur 
un fond bleuâtre. 



la tête très 
allongée 

et large par 
derrière. 



Rousse ; de petites tâches 
blanches irrégulières , bor- 
dées de noir et assez éloignées 
l'une de l'autre ; deux taches 
blanches derrière la tête. 



le corps aussi 

gros que la 

tête. 



La tête blanche; le museau 
noir ; une bande noire et 
transversale entre les yeux ; 
le dessus du corps noir avec 
des bandes transversales blan- 
ches ; de trois en trois, une 
bande quatre fois aussi large 
que les deux .uitres. 



296 



HISTOIRE NATURELLE. 



ESPÈCES, 

Mohii-e. 
Molurus. 


CARACTÈRES. ; 


1 PLAQUES \ 
OU DESSOUS 
DU CORPS. 


PAIRES DE 
l'IiTlTES PLAQUES i 
SOUS LA QUEUE. 1 




a 

►^ 

a 


CROCHETS 
VENIN. / 


24s 


59 


6 pi. 







C. domestique. 
C. domesticus. 


a 45 


94 








Fer-à-cheval. 

Hippocrepis. 


238 


94 








C. de Minerve. 
C. Minervœ. 


2 38 


90 








Siliile, 
Situla. 


236 


45 








Dhara. 
Dhara. 


205 


48 


près 

de 

2 pi. 






Fer-de-lance. 
C. laticeolutus. 


228 


61 


1 pi. 

2 po. 
2lig. 


3 po. 
1 lig. 


à U mâ- 
choire 
supé- 
rieure. 


C. riide. 
C. scaber. 


228 


44 






1 



TABLE METHODIQUE. 



'97 



SUITE DES CARACTERES. 



ECAILLES 

DD 

DOS. 



AUTRES TRAITS 
PARTICULIERS 

DE LA 

CONFORMATION 

EXTÉRIEURE. 



COULEUR. 



9 s"i" 4 
raugs. 



ovales 
et unies. 



9 sur 4 
rauss. 



la tête très 
allongée 

et large par 
derrière. 



Blanchâtre; une rangée lon- 
gitudinale de grandes taches 
rousses bordées de brun; d'au- 
tres ta chespresque semblables 
le long des côtés du corps. 



Une band<? diTiséeendeux, 
présentant deux taches noires 
et placées entre les yeux. 



Livide ; un grand nombre 
de taches rousses ; des taches 
en croissant sur la tête ; une 
bande transversale brune en- 
tre les yeux , une tache en 
forme d'arc vers l'occiput. 



D'un vert de mer ; une 
bande brune le long du dos ; 
trois bandes brunes sur la tête. 



Grise ; une bande longitu- 
dinale bordée de noir. 



ovales et 
relevées par 
une arête. 



relevées par 
une arête. 



le corps très 
menu. 



le dessus de la 
tête aplati de 
manière à re- 
présenter un 
triangle. 



Le dessus du corps d'un gris 
un peu cuivré ; toutes les écail- 
les bordées de blanc ; le des- 
sous du corps blanc. 



Jaune ou grisâtre ; quelque- 
fois marbrée de brun et de 
blanchâtre, avec une tache 
très brune et allongée der- 
rière chaque œil. 



Le dessus du corps onde de 
noir et de brun ; une taclie 
noire placée sur le sommet de 
la tête, et qui se divise en deux 
dans la partie opposée au mu- 
seau. 



2C)8 



HISTOIRE NATURELLE. 



ESPÈCES. 


PLAQUES \ 
DU DESSOUS 1 
DU CORPS. 


CARACTÈRES. 

° < i 1 ^ ë 1 

s H « C g >* 
^ S » - -5 a 

0, " 


CROCHETS 

VENIN. y 


C. mouchetée. 
C. guttatus. 


227 


60 








Queue-plate. 

C. laticauda- 
tus. 


226 


42 


2 pi. 


2 po. 




C. rousse. 
C. rufus. 


224 


68 


1 pi. 

5 po. 

4% 


3 po. 




C. tigrée. 
C. tigrinus. 


225 


67 


1 pi. 

X po. 
61ig. 


2 po. 


à la mâ- 
choire 
supé- 
rieure. 


Cenco. 
Cenco. 


220 


124 


4 pi. 


1 pi. 
4po. 




C. blanchâtre. 
C. candidukis. 


220 


5o 








C. réticulaire. 
C. reticulatm. 


21S 


85 


3 pi. 
1 1 po. 


10 po. 





TABLE METHODIQUE. 



299 



SUITE DES CARACTERES. 



! AUTRES TRAITS 

ÉCAILLES PARTICULIERS 

DE LA 

CONFORMATION 

EXTÉRIEURE. 



I!U 
DOS. 



COULEUR. 



9 sur 4 
rangs. 



9 sur 4 
rangs. 

sembla- 
bles à 
celles 

du dos. 



rhomboï- 

dales et 

unies. 



rbomboî- 

dales et 

unies. 



ovales et re- 
levées par 
une arête 
longitudi- 
nale. 



la queue très 
aplatie par les 

côtés , et 

terminée par 

deux grandes 

écailles. 



la tête sem- 
blable à celle 
de la Vipère 
commune. 



D'un gris livide ; trois ran- 
gées longitudinales de taches 
rouges dans la rangée du mi- 
lieu , et jaunes dans celles des 
côtés ; le dessous du corps 
blanchâtre avec des taches 
carrées , noires et placées al- 
ternativement à droite et à 
gauche. 



Dessus du corps d'un cen- 
dré bleuâtre ; de larges bandes 
transversales très brunes , et 
qui fout le tour du corps. 



Rousse ; le dessous du corps 
blanchâtre. 



Le dessus du corps d'un 
roux bl?nchâtre , et présen- 
tant des taches foncées bor- 
dées de noir. 



9 sur 4 

rangs. 



ovales et 
unies. 



la tête très 
grosse et pres- 
que globu- 
leuse; le corps 
très délié. 



Brune , des taches blanchâ- 
tres ; quelquefois des bandes 
transversales et blanches. 



Blanchâtre ; des bandes 
transversales brunes. 



9 sur 4 
rangs. 



ovales et 
en losange. 



Les écailles du dessus du 
corps d'une couleur pâle et 
bordées df blanc. 



ooo 



HISTOIRE NATURELLE. 





ESPÈCES. 


PLAQUES \ 
DU DESSOUS \ 
DU CORPS, 1 


CARACTÈRES. 

g 0. g g . « 1 

£ S 2 j^ g g 2 

2 Ë g S ° 2 " 

go e 

0< '^ 


CROCUETS 

VENIN. y 


a 




Quatre-iaies. 

C. quataor-ii- 
neatus. 


•ii8 


73 


3 pi. 
9 po- 


8po. 
61ig. 








Large-tête. 

C. laticapita- 
tus. 


218 


52 


4 pi. 
9 Po- 


7po. 









C. noire et 
fauve. 

C. nigrorufus. 


218 


3i 


1 pi. 

11 po. 


2 po. 








C. verte. 
C. vlridissi- 
miis. 


217 


122 


2 pi. 
2 po. 


7 P*^- 
1 lig. 









C. minime. 
C. pullatus. 


217 


108 


5 pi. 

2 po. 

6Iig. 


1 pi. 









C. bleuâtre. 
C. subcyaneus. 


2x5 


170 











TABLE METHODIQUE. 



JO 1 



SUITE DES CARACTERES. 



ÉCAILLES 



AUTRES TRAITS 
PARTICULIERS 

DE LA 

CONFORMATION 

EXTÉRIEURE. 



COULEUR. 



9 î'urA 
rangs. 



9 sur 4 
rangs. 



9 sur 4 

rangs. 



9 ■'^"r 4 
rangs. 



9 sur 4 
rangs. 



ovales et re- 
levées par 
une arête ; 
celles des 
côtés unies. 



deux paires de 

petites plaques 

entre les 

grandes et 

l'anus. 



Blanchâtre ; quatre raies 
longitudinales, d'une couleur 
très foncée ; les deux exté- 
rieures se réunissant au des- 
sus du museau. 



ovales et 
unies. 



hexagones 
et unies. 



ovales et 
unies. 



le museau ter- 
miné par une 
grande écaille 
presque verti- 
cale ; les 
écailles du dos 

un peu 
séparées l'une 

de l'autre 
vers la tête. 



Blanchâtre ; de grandes ta- 
ches irrégulières dune cou- 
leur foncée , et réunies plu- 
sieurs ensemble ; des taches 
plus petites et disposées lon- 
gitudiualement de chaque 
côté du ventre. 



la tête allon- 
gée ; d'assez 
grandes 
écailles sur les 



Des bandes transversales 
noires , ordinairement au 
nombre de vingt -deux, et 
autant de bandes fauves bor- 
dées de blanc et tachetées de 
brun , placées alternative- 
ment ; quelquefois le museau 
et la partie supérieure de la 
tête noirâtres. 



Verte , plus claire sous le 
ventre que sur le dos. 



Minime ; quelquefois des 
bandes transversales noires ; 
chaque écaille du dos à demi 
bordée de blanc. 



Bleuâtre ; la tête couleur de 
plomb. 



LACEPEDE. ni. 



Ô02 



HISTOIRE NATURELLE. 



ESPECES. 



CARACTERES. 




Chaîne. 
C. Catena. 



Triangle. 

C. Triangu- 
lum. 



C. pétaiaire. 
C. petalarius. 

Tyrie. 
C. Tyria. 
Pétole. 
C. Petoia. 

C. très blan- 
che. 

C. candidissi- 
mus. 

Haje. 
C. Haje. 



2l5 



209 



209 



44 



48 



85 



90 



62 



109 



2 pi. 
6 po. 



2 pi. 

7 po. 
2 lig. 



1 pi. 
9 po- 



6 pi. 



6 po. 



ù po. 



4 po. 



TABLE METHODIQUE. 



00 a 



ÉCAILLES \ 
DU DESSUS \ 
DE LA TÊTE. 


sun 

ÉCAILLES 
DU 
DOS. 


[E DES CAIW 

AUTRES TRAITS 
PARTICULIERS 

DE LA 

CONFORMATION 

EXTÉRIEURE. 


ICTÈRES. 

COULEUR. 










D'un bleu très foncé ; do 
petites taches jaunes disposées 
en bandes transversales et très 
étroites ; le dessous du corps 
bleu , avec de petites taches 
jaunes presque carrées. 




9 sur 4 
rangs. 


unies et eu 
losange. 




Blanchâtre; unetache trian- 
gulaire chargée d'une autre ta- 
che tri an gui aire plus petite sur 
le sommet de la tête; des taches 
rousses , irrégulières et bor- 
dées de noir sur le dos ; une 
tache noire , allongée et pla- 
cée obliquement derrière cha- 
que œil. 




9 sur 4 
rangs. 


ovales et 
unies. 




Noirâtre , des bandes très 
irrégulières transversales et 
blanches. 










Blanchâtre ; trois rangs lon- 
gitudinaux de taches rhomboï- 
dales et brunes. 




9 sur 4 
rangs. 


ovales et 
unies. 




Livide ; des bandes trans- 
versales d'une couleur rou- 
geâtre. 










Très blanche. 










La moitié de chaque écaille 
blanche: des bandes blanches 
placées obliquement; le reste 
du corps noir. 





5o4 



HISTOIRE NATURELLE. 



ESPECES. 



CARACTERES. 



q H 



C. verte 
iaune. 



et 



206 



C. viridi - fia- 
vus. 



Dione. 
C. Dione. 



S06 



C. double-raie. 
C. bUineatus. 



Ovivore. 
C. ovivorus. 



Lacté. 

C. Lacteus. 



14* de GroDO- 

vius. 
C. \f\^ Gronov. 



C. muqueuse. 
C mucosm. 



2o5 



107 



66 



99 



96 



i4'^ 



4 pi. 



pi. 



2 pi. 

i po. 



1 pi. 

6 po. 



pi. 



6 po. 



6 po. 
6 1iff. 



1 po. 

yiig- 



TABLE METHODIQDi:. 



v)05 



SUITE DES CARACTÈRES. 




ÉCAILLES \ 
DU DESSUS \ 
DE LA TÈTE. 


ÉCAILLES 
DU 

DOS. 


AUTRES TRAITS 

PARTICULIERS 

DE LA 

CCSFORMATIOK 

EXTÉRIEURE. 


COULEUR. 




9 sur 4 
rangs. 


unies. 




D'un vert noirâtre , plu- 
sieurs raies longitudinales , 
composées de petites taches 
jaunes et de diverses figures ; 
le ventre jaunâtre ; une tache 
et un point noir aux deux 
i)OUts de chaque grande pla- 
que. 










Le dessus du corps gris; 
trois raies longitudinales blan- 
ches , et d'auti-es raies longi- 
tudinales brunes ; le dessous 
du corps blanchâtre , avec de 
petites raies brunes, et sou- 
vent de petits points rougeâ- 
tres. 




9 sur 4 
rangs. 


unies et eu 
losange. 




Les écailles rousses et bor- 
dées de jaune; deux bandes 
longitudinales jaunes. 














9 sur 4 
rangs. 


hexagones et 
relevées par 
une arête. 




D'un blanc de lait ; des 
taches noires arrangées deux 
à deux; la tête noire avec une 
petite bande blanche et lon- 
gitudinale. 










Des taches brunes. 








les yeux assez 
gros ; les an- 
gles de la tête 
très marqués. 


La tête bleuâtre ; des raies 
transversales comme nuageu- 
ses et placées obliijuemenl sur 
le dos. 

1 





3o6 



HISTOIRE NATURELLE. 



ESPECES. 



o 'Û 9. 



CARACTERES. 



s 3 



< K 



C. cendrée. 
C. cinerem. 



Padère. 
C. Padera. 



Naja. 
C. Naja. 



C. du Pérou. 
C. Periwii. 



C. du Brésil 
C. Brasiliœ. 



Grosse-tête. 
C. capitatiis. 



C. atroce. 

C. otrox. 



197 



196 



i(j6 



i3- 



56 



58 



77 



69 



4 pi. 
4po. 
6 1ig. 



2 pi. 

5 po. 



pi. 



7 po- 
lo lig. 



6 po. 
3 lig. 



2 po. 
2 lig. 



TABLE MErilODIQUE. 



007 





SUITE DES CAKACTÈTJES. 




U2 'S 

»:■ a H 


ÉCAILLES 


AUTRES TRAITS 
PARTICULIERS 






li: 


DU 


DE LA 


COULEUR, 




1 = ^ 

•J a a 


DOS. 


CONFORMATtOIV 
EXTÉRIEURE. 












Grise ; le ventre blanc ; les 










écailles de la queue bordées 










de couleur de ter. 










Le dessus du corps blanc ; 










plusieurs taches placées par 










paires le long du dos , et réu- 










nis par une petite raie ; autant 










de taches isolées sur les côtés. 










Jaune; une bande transver- 










sale large et foncée sur le cou; 




9 sur 4 
rangs. 


ovales et 
unies. 


une extension 

membraneuse 

de chaque côté 

du cou. 


une raie souvent bordée de 
noir, repliée en avant des deux 
côtés , terminée par deux cro- 
chets tournés eu dehors, imi- 








tant des lunettes , et placée sur 










la partie élargie du cou du 










mâle. 








le cou ne pré- 






9 sur 4 




sente point 


A peu près comme dans le 




rangs. 




d'extension 
membraneuse. 


Naja. 








une extension 

membraneuse 

de chaque côté 

du cou. 


D'un roux clair, avec des 
bandes transversales brunes ; 
une grande tache blanche en 
forme de coeur, chargée de 
quatre taches noires et placée 
sur l'extension membraneuse. 








la queue ter- 


D'une couleur foncée ; des 




9 sur 4 


ovales et 


minée par une 


bandes transversales et irré- 




rangs. 


unies. 


pointe très 
déliée. 


gulières d'une couleur très 
claire. 




sembla - 

blés 

à celles 

du dos. 


ovales et re- 
levées par 
une arête. 


la tête 
très large. 


Cendrée; des taches blan- 
châtres. 





;o8 



HISTOIRE NATURELLE. 



ESPÈCES. 




CARACTÈllES. 


CROCHETS 
VENIN. / 


PLAQUES \ 
DU DESSOUS 
DE LA QUEUE. 


PAIRES DE j 
PETITES PLAQUES j 
SOUS LA QUEUE. 1 


LONGUEUR l 
TOTALE. / 


H 


Rouge-gorge. 
C. colbruber. 


195 


102 









Triscale. 
C. Triscalîs. 


195 


86 


1 pi. 

4 po. 

6 1ig. 


3 po. 
lolig. 





Corallin. 

C. coraUinus. 


195 


82 


3 pi. 




à la mâ- 
choire 
supé- 
rieure. 


i5* de Grono- 

vius. 
C. \\^^ Gronov. 


191 


75 








•2%^ de Grono- 

vins. 
C. a S'' Gronov. 


190 


125 








C. blanche et 
bnine. 

C. albofuscus. 


190 


96 


1 pi, 
G po. 


4 po- 
6Ug. 

■ 





C. cuirassée. 
C. scutatus. 


190 


5o 


4 pi- 








TABLE METHODIQIE. 



009 



SUITE DES CARACTERES. 



ECAILLES 

DU 

DOS. 



AUTRES TRAITS 

PARTICULIERS 

DE LA 

CONFORMATION 
EXTÉRIEURE. 



COULEUR. 



9 sur 4 
rangs. 



ovales et 
unies. 



arrondies 

vers la tête, 

et pointues 

du côté de la 

queue. 



les écailles du 

dos sont 
disposées sur 
seize rangs lon- 
gitudinaux , et 
un peu séparés 
les uns des 
autres. 



Toute noire ; la gorge cou- 
leur de sang. 



Le dessus du corps d'un 
vert de mer; quatre raies lon- 
gitudinales rousses qui se réu- 
nissent en trois , en deux , et 
enfin en une, au dessus de la 
queue. 



D'un vert de mer ; trois 
raies longitudinales et rous- 
ses ; le dessous du corps blan- 
châtre et pointillé de blanc. 



Brune ; des points blancs. 



^»V 



Des raies transversales blan- 
ches et noires. 



9 sur 4 

rangs. 



lisses et 
ovales. 



Blanchâtre; des taches bru- 
nes , arrondies , et réunies en 
plusieurs endroits ; deux ta- 
ches derrière les yeux; le des- 
sous du corps roussâtre. 



les grandes 
plaques revê- 
tent près des 
deux tiers de 

la circonfé- 



Noire ; le dessous du corps 
de la même couleur, avec des 
taches blanchâtres , presque 
carrées , placées alternative- 



LACEPEDE. III, 



3io 



HISTOIRE NATURELLE. 



ESPÈCES. 


1 CARACTÈRES. 




PLAQUES \ 
DU DESSOUS 
DU CORPS. 


PAIRES DE j 
PETITES PL A QUEsj 
SOUS LA QUEUE. 1 


es . 

s a 

^ < 


à 

«^ 

Q 


S -! S 
a 

c > 


C. cuirassée. 
C. scutatus. 


190 


5o 


4 pi. 







l'j" de Grono- 

vius. 
C. 1 7^ Gronov. 


189 


122 






Grison. 

C. cineraceus. 


188 


70 








Pélie. 
C. Pelias. 


187 


io3 









C. asiatique. 
C. asiaticus. 


187 


76 


1 pi. 


2 po. 

3 1ig. 





Lien. 

C. Ligamen. 


186 


92 


7 pi. 







Couresse. 
C. cursor. 


i85 


io5 


2 pi. 
10 po. 


9po. 
7% 





C. nébuleuse. 
C. nebalosm. 


i85 


85 








Laphiati. 
C. Laphiati. 


i84 


60 









TABLE METHODIQUE. 



.>1 1 



SUITE DES CARACTERES. 



ECAILLES 
DO 
DOS. 



AUTRES TRAITS 
PARTICULIERS 

DE LA 

CONFORJVIATIOA' 

EXTÉRIEURE. 



COULEUR. 



du corps ; la 

queue est 
triangulaire. 



9 sur 4 
rangs. 



rhomboï- 

dales et 

unies. 



9 sur 4 
rangs. 



ovales et 
unies. 



ment à droite et à gauclie, et 
en très polit nombre sous la 
queue. 



Pourprée ; des taches noi- 



Le dessus du corps blanc ; 
des bandes transversales, rous- 
sâtres; deux points d'un blanc 
de neige sur les côtés. 



Noire ; le derrière de la 
tête brun ; le dessous du corps 
vert et bordée de chaque côlé 
d'une ligne jaune. 



Des raies longitudinales sur 
le dos; les écailles bordées de 
blanchâtre. 



D'un bleu très foncé; le des- 
sous du corps d'une couleur 
bleuâtre ou bronzée ; quelcjue- 
fois la gorge blanche. 



Verdâtre ; deux rangées lon- 
gitudinales de petites taches 
blanches et allongées. 



Le dessous du corps nué de 
brun et de cendré ; le dessous 
varié de brun et de blanc. 



Grise ou rousse ; des bandes 
transversales blanches ou jau- 
nâtres , divisées en deux de 
chaque côté ; le sommet de 
la tête blanc. 



012 



HISTOIRE NATURELLE. 





ESPÈCES. 




CARACTÈRES. 


a . S 

u <! K 
O « 




PLAQUES \ 
DU DESSOUS 
DU CORPS. 


PAIRES DE 
PETITES plaques] 
SOUS LA QUEUE, j 


es 
B a 

S ^ 


ta 

o >^ 




G. agile. 
C. agilis. 


i84 


5o 


1 pi. 

8po. 


4po. 

31ig. 


o 




Schokari. 
C. Schokari. 


i83 


i44 


2 pi. 


6 po. 


o 




Sibon. 
C . Sibon. 


i8o 


85 










20^ de Grono- 
viiis. 

C. 2 0* Gronov. 


i8o 


8o 










Hydre. 
C. Hydrus. 


iSo 


66 


3 pi. 




O 




G. brésilienne. 
C. brasiliensis. 


i8o 


46 


5 pi. 


5 po. 

6 1ig. 


à la mâ- 
choire 
supé- 
rieure. 




Bande-noire. 
C. nigrofascia- 
lus. 


i8o 


43 






o 



TABLE METHODIQUE. 



OU 



SUITE DES CARACTERES. 



ECAILLES 



9 6ur 4 
rangs. 



en losange et 
unies. 



9 sur 4 

rangs. 



sembla- 
bles à 
celles 

du dos. 



9 sur 4 
rangs. 



rhomboï- 
dales. 



ovales et re- 
levées par 
une arête. 



ovales et 
unies. 



AD TRES TRAITS 
PARTICDLIÉRS 

DE LA 

CONFORMATION 

EXTÉRIEURE. 



COULEUR. 



Des bandes transversales et 
irr«gulières , alternativement 
blanches et brunes ; les ban- 
des brunes quelquefois poin- 
tillées de noir. 



le corps très 
menu. 



la queue 

courte 

et menue. 



D'un cendré brun ; quatre 
raies longitudinales blanches ; 
le dessous du corps jaunâtre 
et pointillé de brun vers la 
gorge. 



Le dessus du corps brun 
mêlé de blanc ; le dessous 
blanc tacheté de brun. 



Varié de blanc et de brun. 

Nota. Il est à présumer que 
cette couleuvre est de la même 
espèce que le Sibon. 



Olivâtre , mêlé de cendré ; 
quatre rangs longitudinaux 
de taches noirâtres, disposées 
en quinconce ; le dessous du 
corps tacheté de jaunâtre et 
de noirâtre. 



De grandes taches ovales , 
rousses et bordées de noirâ- 
tre ; d'autres petites taches 
brunes. 



Une bande noire entre les 
yeux ; le dessus du corps li- 
vide ; plusieurs bandes trans- 
versales et noires, dont quel- 
ques unes font le tour du 
corps. , 



3^4 



HISTOIRE NATURELLE. 







CARACTÈRES. 






ESPÈCES. 


PLAQUES ^ 
DU DESSOUS 
DU CORPS. 


PAIRES DE 
PETITES PLAQUES 
SOUS LA QUEUE. 


es 


*^ 

Q 


H 

S 



u 


> 


C. aurore. 














C. A tir or a. 


179 


37 










C. lisse. 


X78 


46 


1 pi. 

9po. 


3 po. 
Slig. 







C. lœvis. 






6lig. 






Ibiboca. 






5 pi. 


1 pi. 








176 


121 


5 po. 


7 po- 







C. Ibiboca. 






61ig. 


6 lig. 






C. d'Esculape. 
















180 


64 


3 pi. 
10 po. 


9po. 
3 lig. 




G 


C. MsculapiL 














2 2" de Grono- 














vius. 


180 


60 










C. l'i^Gronov. 














Nasique. 


180 


i57 


4 pi. 
9po. 


1 pi. 
11 po. 







C. nasiUus. 















TABLE MÉTHODIQUE. 



5l5 











^— 


sun 


rE DES CARACTÈRES. | 


AUTRES TRAITS 


'" ~^ 


j «I H 

5 a-. 


ECAILLES 
DU 


PARTICULIERS 
DE LA 


COULEUR. 


3 = 2 


DOS. 


CONFORMATION 

EXTÉRIEURE. 










Grise ; une bande longitu- 








dinale jaune; la tête jaune. 








avec des points rouges. 








Bleuâtre ; deux taches d'un 
jaune foncé derrière la tête ; 
deux rangées longitudinales 


9 sur 4 






de taches plus petites , celles 


très unies. 




d'une rangée correspondant 


rangs. 






aux intervalles de l'autre ; 
quelques taches sur les côtés ; 
de plus grandes taches sur le 
ventre. 






les écailles du 


Les écailles du dos grisâtres 


9 sur 4 


rhomboî- 

dales et 

unies. 


dos un peu sé- 
parées les unes 


rangs. 


des autres en 
quelques 
endroits. 


et bordées de blanc. 




ovales et re- 
levées par 
une arête ; 
celles des 

côtés unies. 




Rousse ; une bande noirâtre 


g sur 4 
rangs. 




et longitudinale de chaque cô- 
té du dos ; une rangée de peti- 
tes taches triangulaires et blan- 
châtres de chaque côté du ven- 
tre. 








D'un cendré bleuâtre. (Sé- 








ba, mus. 2, tab. 35, fig. i). 






un prolonge- 




9 sur 4 


rhomboï- 
dales et 


ment écailleux 
au bout du 


Verdâtre; quatre raies lon- 
gitudhiales sur le corps ; deux 


rangs. 


unies. 


museau , qui 

est 
très allongé. 


autres raies longitudinales sur 
le ventre. 



.:)!i 



HISTOIRE NATURELLE. 



ESPÈCES. 


PLAQUES \ 
DU UESSOUS \ 
DU COUPS. 


PAIKES DE j 
PETITES PLAQUES 1 
SOUS LA QUEUE. B D 
1 te- 


RAGTÈRES. 




es 
S H 


à 

il 

Q 


H 

1= ^ s 

3 
u 


ao*" de Grono- 

vius. 
C. ilf Gronov. 


172 


142 








C. suisse» 
C. helvetieus. 


170 


127 


3 pi. 







Demi-collier. 
C. Semlmonile. 


170 


85 


1 pi. 

7po. 


4po. 

10 lig. 





C. azurée. 
C. cœruleus. 


170 


64 


2 pi. 


5 po. 
315g. 





C. à collier. 
C. torquatus. 


170 


55 


2 pi. 


4 po. 





C. hébraïque. 
C. hœbraicus. 


170 


42 






à la mâ- 
choire 
supé- 
i-ieure. 


C. blanche. 
C. albus. 


170 


20 










TABLE METHODIQUE. 



01' 



SUITE DES CARACTÈRES. 




ce à 
a> s i^ 

< ° < 

^ a u 
a 


ÉCAILLES 
DU 
DOS. 


AUTRES TRAITS 
PARTICULIERS 

DE LA 

CONFORMATION 

EXTÉRIEURE. 


C O u L E n B . 










Bleue ; une ligne latérale 
noire. 






ovales et re- 
levées p^r 
une arête. 




Grise ; de petites raies noi- 
res sur les côtés ; une bande 
longitudinale composée de 
raies transversales plus étroi- 
tes et plus pâles. 




9 sur 4 
rangs. 


en losange et 
relevées par 
une arête 
longitudi- 
nale. 




Brune , de petites bandes 
transversales blanchâtres ; 
trois taches brunes et allon- 
gées sur la tête ; trois taches 
rondes et blanches sur le cou. 




9 sur 4 
rangs. 


. ovales et 
unies. 




Bleue foncée sur le dos, très 
claire sous le ventre. 




9 *u'" 4 
rangs. 


ovales et re- 
levées par 
une arête. 


les écailles des 

côtés unies et 

plus grandes 

que celles du 

dos. 


Grise; deux rangées longi- 
tudinales de petites taches 
d'une couleur très foncée ; 
deux autres rangées exté- 
rieures de taches plus gran- 
des , noires et irrégulières ; 
deux grandes taches blanchâ- 
tres sur le cou ; le ventre va- 
rié de noir, de blanc et de 
bleuâtre. 










Roussâtre -, des taches jau- 
nes, bordées de rouge-brun, 
et représentant dus caractères 
hébraïques. 










Blanche ; ordinairement sans 
taches. 





tAOLPEUil. 111. 



3i8 



HISTOIRE NATURELLE. 







CARACTÈRES. 






u, 3 t£ 


1 i 

a H 








ESPECES. 


«Oc. 

» S ss 


a <: B 
te J c 


1 S 


S » 


S K 




c s c 

< s u 


Si^S 


1 ^ 


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5 ^ S 

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9 H 


"^ 


(£ > 




■^ s ° 


Si 


►j ^ 


Q 





C. ravée. 












C. Uneatus. 


169 


84 









Daboie. 
C. Daboie. 


169 


46 


3 pi. 
5 po. 


5 po. 





Trois-raies. 






1 pi. 


2 po. 
8 1ig. 




C. terlineatus. 


169 


04 


5 po. 
6lig. 





Boiga. 














166 


128 


5 pi. 


1 pi. 
5 po. 





C. Boiga. 












Chapelet. 






1 pi. 


5 po. 
6Iig. 




C. Catenula. 


166 


100 


5 po. 

6 1ig. 





Fil. 

C. filiformis. 


16.5 


i58 


ipi. 
6 1ig. 


4 po. 

6 1ig. 





2 5" de Grono- 












vius. 


i65 


74 








C. 2 5" Gronov. 










1 



TABLE METHODIQUE. 



019 



SUITE DES CARACTÈRES. 




'/> '^ 




AUTRES TRAITS 






« S <a 


ECAILLES 


PARTICULIERS 






d ^ 


DU 


DE LA 


COULEUR. 




a " ^ 
-3 s 


DOS. 


CONFORMATION 






a a 




EXTÉRIEURE. 












Bleuâtre ; quatre raies bru- 










nes qui se prolongent depuis 
la tête jusqu'à l'extrémité de 
la queue. 




sembla- 
bles 
à celles 


ovales et re- 
levées par 




Blanchâtre; trois rangs lon- 
gitudinaux de grandes taches 
ovales, rousses et bordées de 




du dos. 


une arête. 




noir ou de brun. 
















Rousse ; trois raies longi- 




9 sur 4 


eu losange et 




tudinales qui s'étendent de- 




rang^. 


unies. 




puis le museau jusqu'au des- 
sus de la queue. 










D'un bleu changeant en 










vert; trois petites raies lon- 




9 sur 4 


unies. 


le corps très 


gitudinales couleur d'or; une 




rangs. 


délié. 


petite bande blanche et bor- 










dée de noir le long de la mâ- 










choire supérieure. 








la tête grosse 
et aplatie par 


Bleue ; deux raies longitu- 
dinales blanches; dans le mi- 
lieu une raie longitudinale 




9 sur 4 


unies et en 


dessus et par 


noire chargée de taches ovales 




rangs. 


losange. 


les côtés ; 


blanches et de points blancs 








le corps 


placés alternativement; deux 








très délié. 


rangs longitudinaux de pointa 
noirs sur le ventre. 




9 sur 4 
rangs. 


en losange et 
relevées par 
une arête. 


la tête grosse : 

le corps 

très délié. 


Noire ou livide ; le dessus 




du corps blanchâtre. 










Blanches ; des bandes trans- 










versales d'une couleur foncée. 










(Séba, înus.2, tab. 31, fig. 3.) 





320 



HISTOIRE NATURELLE. 



ESPÈCES. 


PLAQUES \ 
!)U DESSOUS 1 
DU COUPS. 

- 


CARACTÈRES. 

i " à 

P :3 y 

S C- w .a . H g 

< = P a PS 

^^ ^ g ^ g C 

ses S° s: 
1 S s 


CROCHETS 
VENIN. / 


C. à zones. 
C. cinctus. 


i65 


35 


1 pi. 


I po. 
6 1ig. 





Bliiet. 

C. subcœruteus. 


i65 


a 4 
45 








C. annelée. 
C. dolîatus. 


i64 


7 po. 

4lig. 


1 po. 
5lig. 





Daid. 

C. Jaculus. 


i65 


77 








C. miliaire. 
C. miliaris. 


162 


■''g 






i) 


C. chatoyante. 
C. versicolor. 


161 


1 lÔ 


1 pi. 
6 po, 







TABLE METHODIQUE. 



Ô2I 



ÉCAILLES \ 

DU DESSUS \ 
DE LA TÊTE. 1 


SUI 

ÉCAILLES 
DU 
DOS. 


FE DES CARACTÈRES. 

AUTRES TRAITS 

PARTICULIERS 

DE LA COULEUR. 
CONFORMATION 

EXTÉRIEURE. 




9 ^^ui" 4 
rangs. 


rhomboï- 

dales et 

unies. 




Blanche ; souvent quelques 
écailles tachetées de roussâtre 
à leur extrémité ; des bandes 
transversales d'une couleur 
très foncée , qui font tout le 
tour du corps. 






ovales. 


la queue 
très déliée. 


Les écailles qui garnissent 
le dos presque mi-parties de 
blanc et de bleuâtre; le dessous 
du corps blanc ; la queue d'un 
bleu foncé sans aucune tache. 




9 sur 4 
rangs. 


unies et en 
losange, 




Blanche ; des bandes trans- 
versales noirâtres qui se réu- 
nissent à d'autres bandes sem- 
blables placées sur le ventre , 
mais sans se correspondre 
exactement ; le cou blanc ; le 
dessus de la tête noirâtre. 










Grise cendrée ; trois bandes 
longitudinales noirâtreset bor- 
dées d'un noir foncé ; celle du 
milieu plus large que les deux 
extérieures;le dessous du corps 
blanchâtre. 










Le dessus et les côtés du 
corps bruns ; une tache blan- 
che sur chaque écaille; le des- 
sous du corps blanc. 




9 sui' 4 
rangs. 






Grise ; une bande longitu- 
dinale brune , composée de 
petites raies transversales et 
disposées en zigzags ; les pla- 
ques rougeâtres , tachetées de 
blanc et bordées en partie de 
bleuâtre. 





Ô'2'A 



HISTOIRE NATURELLE. 



ESPECES. 



CARACTERES. 



Malpole. 
C. Malpolon. 



160 



28° de Grono- 

vius. 
C. 2S^ Gronov. 



160 



29^ de Grono- 

vius. 
C. 20)^ Gronov. 



169 



60 



42 



1 pi. 

lû po. 



5 po. 

6 1ig. 



C. carénée. 
C. carinatus. 



i57 



ii5 



C. rhomboï- 

dale. 
C. rkombeatus. 



167 



70 



o po. 
9 lig- 



Saiirite. 
C. Saurita. 



i56 



4 po. 
4 lig. 



C. verdâtre. 
C. subviridis. 

C. pâle. 
C. pallidus. 



i55 



i55 



144 



96 



le tiers 
de )a 
lon- 
gueur du 
corps 



1 pi. 
6 po. 



TABLE METHODIQUE. 



Ô20 





SUI 


TE DES CAKi 


\.CTÈRES. 




.. g i 

s i H 

5 =" :3 

-M = 


*^^^B 


-~^^^^^^^^ ~^ 




ÉCAILLES 
DU 
DOS. 


AUTRES TRAITS 
PARTICULIERS 

DE LA 

CONFORMATION 

EXTÉRIEURE. 


COULEUR. 




9 sur 4 
rangs. 


ovales et re- 
levées par 
une arête. 


la langue lon- 
gue et très 

déliée; le corps 
très menu. 


Bleu ; de tiès petites taches 
noires disposées en raies lon- 
gitudinales ; une tache blan- 
che bordée de noir sur le 
sommet de la tête. 










Des raies blanches et noii-es 
transversales. 










D'un roux plus ou moins 
foncé. 

(Séba , mus. i, tab. 53, 
fig. 6.) 








le dos relevé en 
carène. 


Toutes les écailles du des- 
sus du corps couleur de 
plomb et bordées de blanc ; le 
dessous du corps blanchâtre. 




9 sur 4 
rangs. 


ovales et re- 
levées par 
une arête. 




Bleue; des taches bleues en 
losange et bordées de noir. 








le corps très 
délié. 


Brune ; trois raies longitu- 
dinales blanches ou vertes; le 
ventre blanc. 






unies. 




Bleue ou verte ; le dessous 
du corps d'un vert plus ou 
moins mêlé de jaune. 




9 sur 4 
rangs. 


ovales et 
unies. 


le corps et la 

queue très 

déliés. 


D'un grJs pâle ; un grand 
nombre de points bruns et de 
taches grises répandues sans 
ordre , une ligne noire de 
chaque côté du corps. 





324 



HISTOIRE NATURELLE. 



ESPÈCES. 


CARACTÈRES. 




. 2 i 
s g s 

CSC- 

i 5 -< 

c, a -> 

Q H 


PAIRES DE 
PETITES PLAQUES 
SOUS LA QUEUE. 


1=5 . 

g 


ù 
.^ a 

-^ 

2 


3 <! s 

M 
K S» 






Lébetin. 

C. Lebetinus. 


i55 


46 






à la mâ- 
choire 
supé- 
rieure. 




Aspic. 
C. Asph. 


i55 


37 


5 pi. 


5 po. 
8lig. 


à la mâ- 
choire 
supé- 
rieure. 




34^ de Grono- 

vius. 
C. 34"* Gronov. 


i55 


5o 










Cenchriis. 
C. Cenclirus. 


i55 


47 


2 pi. 


3 po. 







C. schythe. 
C. scliytlms. 


i53 


3i 


1 pi. 
6 po. 


1 po. 

7lig- 


à la mâ- 
choire 
supé- 
rieure. 




Dipse. 
C. Dipsas. 


l52 


i55 






à la mâ- 
choire 
supé- 
rieure. 




C, maure. 
C. maurus. 


l5'2 


66 











G. noire. 
C. niger. 


162 


32 


2 pi. 


9 po. 
4lig. 


à la mâ- 
choire 
supé- 
rieure. 





TABLE METHODIQUE. 



.>25 



SUITE DES CxVRACTÈRES. 




■ji à 

5 S ^ 
< ~ "< 


ÉCAILLES 
DU 
DOS. 


ADTRES TRAITS 

PARTICULIERS 

DE LA 

CONFORMATION 

EXTÉRIEURE. 


COULEUR. 










Nuageuse ; le dessous du 
corps parsemé de points roux 
ou noirs. 




sembla- 
bles 
à celles 
cl a dos. 


OTales et re- 
levées par 
une arête. 




Trois rangées longitudina- 
les de taches rousses bordées 
de noir. 










Blanche ; des raies et des 
taches noires. 




9 sur 4 
rangs. 


hexagones et 
unies. 




Le dessous du corps marbré 
de blanchâtre et de brun ; des 
bandes transversales, étroites, 
irrégulières et blanchâtres. 








la tête a un peu 

la forme d'un 

cœur. 


Noire ; le dessous du corps 
très blanc. 






ovales. 


la queue lon- 
gue et déliée. 


Les écailles hieuâtreset bor- 
dées de blanchâtre; les gran- 
des plaques blanches; une raie 
bleuâtre et longitudinale au 
dessous de la queue. 




9 s"i' 4 
rangs. 


ovales el re- 
levées par 
une arête. 




Brune; deux raies longitu- 
dinales ; des bandes transver- 
sales et noires depuis les raies 
jusqu'au dessous du corps ; le 
ventre noir. 




3 sur 2 
rangs. 


ovales et re- 
levées par 
une arête. 




Noire ; quelquefois des ta- 
ches d'un noir plus foncé . et 
disposées comme celles de la 
vipère commune. 





LACEPEDE. III. 



>26 



HISTOIRE NATURELLE. 







CARACTÈRES. 






i> 






« i 


■f. 


ESPECES. 


a Q a. 
a S £5 


« 2 è 


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« "■■' 








Sirtalo. 


i5o 


ii4 


2 pi. 


5 po. 





C. Sirtalis. 






9 'ig- 




Tête- triangu- 
laire. 




















a la mâ- 


i5o 


64 






choii'c 


C. Capitetrlan- 










supé- 


gulatus. 










rieure. 


Cobel. 






1 pi. 






C. Cobella. 


i5o 


54 


4po. 

9%- 


û po. 

lo Jig. 





Triple-rang. 












C. terordina- 


i5o 


59 


\ pi. 
lolig. 


4 po. 





tus. 












Ghersea. 










à la mâ- 




i5o 


54 






choire 


C. Chersea. 










supé- 
rieure. 


C. sombre. 














1^9 


117 









C. subfuscris. 












53^ de Grono- 












vius. 


i49 


63 








C. 35" Gronov. 













TARLK METllODlOl E. 



Ô2' 





SUITE DES CARACTÈRES. 


3 « i 
u a "" 


ÉCAILLES 
DD 
DOS. 


AUïBES TRAITS 
PARTICULIERS 

DE LA 

CONFORMATION 

EXTÉRIEURE. 


<; o U L E U li . 




relevées par 
une arête. 




Brune; trois raies longitu- 
dinales d'un vert changeant 
en bleu. 


sembla- 
bles à 
celles 

du dos. 


eu losange et 
unies. 


la tête presque 
triangulaire ; 
le corps délié 

du côté de la 
tête. 


Verdâtre; des taches de di- 
verses figures sur la tête , et 
réunies sur le corps en bande 
irrégulière et longitudinale ; 
les grandes plaques d'une cou- 
leur l'oncée et bordée de blan- 
châtre. 


9 sur 4 
rangs. 






D'un gris cendré; un grand 
nombre de petites raies blan- 
ches placées obliquement ; 
quelquefois une tache obli- 
que et livide derrière chaque 
œil, et des bandes Iransver- 
sal-es et blanchâtres sur le dos. 


9 sur 4 

rangs. 


ovales et re- 
levées par 
une arête. 




Blanchâtre; trois rangs lon- 
gitudinaux de taches d'une 
couleur foncée; le dessous du 
corps varié de blanchâtre et 
de brun. 


sembla- 
bles à 
celles 

du dos. 


relevées par 
une arête. 




D'un gris d'acier ; une lâ- 
che noire en forme de cœur 
sur la têle, et une bande com- 
posée de taches noires et ron- 
des sur le dos. 








D'un cendré mêlé de brun ; 
une tache brune et allongée 
derrière chaque œ'il. 








Blanche ; des raies noires 
et transversales. 



328 



HISTOIRE NATURELLE. 



ESPÈCES. 




CARACTÈRES. 


10 

H 

a .î 

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Mélariis. 
C. Melanis. 


i48 


27 






à la mâ- 
choire 
supé- 
rieure. 


C. décolorée. 
C. exoletus. 


i47 


102 









C. saturnine. 
C. salurninm. 


147 


120 









Céraste. 
C. Cérastes. 


i47 


65 


2 pi. 


4po. 

6Iig. 


à la niâ.- 
clioire 
supé- 
rieure. 


Vipère. 
C. Vipera. 


i46 


.^9 


2 pi. 


4 po. 


à la mâ- 
choire 
supé- 
rieure. 


Sipède. 
C. Sipedon. 


i44 


70 








Cbayqiie. 
C. Calqua. 


i45 


76 






à la mâ- 
choire 
supé- 
rieure. 


C. violette. 
C. violacem. 


\[\T) 


25 


1 pi. 

5 po. 
5 1ig. 


2 po. 
ôlig. 






TABLE xMETHODIQUE. 



029 



SUITE DES CARACTERES. 



ADTRES TRAITS 
PAUTICULIÉnS 

DE LA 
CONFOUMATION 

ESTÉRIEURE. 



COULEUR. 



sembla- 
bles 
à celles 
du dos. 

sembla- 
bles 
à celles 
du dos. 



JNoire ; le dessous du corps 
couleur d'acier avec des ta- 
ches plus obscures et d'autres 
taches bleuâtres et comme 
nuageuses vers la gorge et 
I des deux côtés du corps. 



le corps très 
délié. 



D'uu bleu clair mêlé de 
cendré ; les lèvres blanches. 



ovales et re- 
levées par 
une arête. 



relevées par 
une arête. 



9 sur 4 

rangs. 



unies et en 
losange. 



les jeux assez 
gros. 



La tête couleur de plomb ; 
le dessus du corps d'une cou- 
leur nuageuse mêlée de livide 
et de cendré. 



une petite 
corne de na- 
ture écailleuse 
au dessus de 
chaque œil. 



Jaunâtre ; des bandes trans- 
versales irrégulières et d'une 
couleur plus ou moins foncée. 



D'un gris cendré ; des ta- 
ches noirâtres formant une 
bande dentelée , et disposée 
en zigzags. 



Brune. 



Deux bandes blanchâlres 
et longitudinales ; deux points 
noirs sur chaque grande pla- 
que; neuf taches rondes et 
noirâtres de chaque côlé du 
cou du mâle. 



Violette; le dessous du corps 
blanchâtre et des taches violet- 
tes, irrégulières, placées alter- 
nativementà droite et à gauche. 



33o 



HISTOIRE NATURELLE. 



ESl^ÈCES. 


■r. "^ 'T 

■S O t 
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o S o 
< a o 


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K ACTE RE S. 

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H 

5 ■< ?: 
« 

K > 

U 


C. rubannéc. 
C. vittatus. 


142 


78 









56" de Grono- 

vius. 
C. 36" Gronov. 


142 


60 








Ainmodyle. 
C. Ammodyies. 


142 


55 






à la mâ- 
choire 
supé- 
rieure. 


C. symétrique. 
C. symetricus. 


142 


26 


1 pi. 

5 po. 
«lig. 


2 pc. 
olig. 





Tète-noire. 
C. capite-nlger. 


\L\(i 


63 


2 pi. 
1 po. 

7%- 


4po. 
6 1ig. 





Typbie. 

C. Typhius. 


\l\o 


55 









TABLE METHODIQUE. 



OJI 



SUITE DES CARACTERES. 



AUTRES TKAITS 
PARTICULIERS 

DE LA 

COîVFORMATIOIV 

EXTÉRIEURE. 



ovales et 
petites. 



cou I, E U R. 



la tête très 
allongée 

et large par 
derrière. 



Blanchâtre ; plusieurs raies 
longitudinales noires ou hru- 
nes; la tête noire avec plu- 
sieurs petites lignes blanches 
et tortueuses; les grandes pla- 
ques bordées de brun ; une 
bande blanche, longitudinale 
et dentelée sous la queue. 



Bleuâtre ; les grandes pla- 
ques blanchâtres , avec des 
taches noires et un léger sillon 
longitudinal. 

(Séba , mus. 9 , tab. 35 , 

fig- 4.) 



sembla- 
bles 
à celles 
du dos. 



ovales et 
uides. 



une petite émi- 
nence mobile 
et deux tuber- 
cules sur 
le museau. 



Des taches noires formant 
une bande longitudinale et 
dentelée. 



9 sur 4 
rangs. 



ovales et 
unies. 



Foncée ; une rangée de pe- 
tites taches noires de chaque 
côté du dos, auprès de la tête; 
des bandes et des demi-bandes 
transversales et placées symé- 
triquement sur le ventre. 



9 sur 4 
ranes. 



ovales et 
unies. 



Le dessus du corps brun : 
la tête noire ; le dessous du 
corps varié de blanchâtre et 
d'une couleur très foncée, par 
taches transversales et rectan- 
gulaires. 



Bleuâtre. 



.>.)2 



lIÏSTOir.E NATURELLE. 



ESPÈCES. 


PLAQUES \ 
DU DESSOUS \ 
DU COUPS. 


CA 

à a 

a a 

K c a 

c S* a 

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2 H .« 


RACTÈRES. 

a 
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au a :^ 
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Q 


CROCHETS 
A 
VENIN. / 


Calmar. 

C. Calemarius. 


i4o 


11 









Ibibe. 
C. Ihlbe. 


i38 


72 


2 pi. 


4po. 

lolig. 





Régine. 
C. Reginœ. 


i57 


70 









C. ponctuée. 
C. punctatus. 


i36 


43 






58" de Grono- 

vius. 
C. 38" Gronov. 


i36 


39 








TiQ)" de Grono- 

vius. 
C. ocj" Gronov. 


i35 


42 








C. mexicaine. 
C. mexicanus. 


i34 


77 








Lutrix. 
C. Lutrix. 


i54 


27 









TABLE METHODIQUE. 



ÛJÔ 



SUITE DES CARACTERES. 



ECAILLES 
DU 
DOS. 



AUTRES TRAITS 
PARTICULIERS 

DE LA 

CONFORMATION 

EXTÉRIEURE. 



COULECR. 



Livide ; des baedes trans- 
versales brunes ; des rangs de 
points bruns; des taches pres- 
que carrées et placées symétri- 
quement sous le corps ; une 
raie longitudinale et couleur 
de feu sur la queue. 



9 sur 4 
rangs. 



ovales et re- 
levées par 
une arête. 



quelquefois 
quatre grandes 
plaques entre 
l'anus et les 
premières pai- 
res de petites. 



Bleue ou verte, tachetée de 
noir; une rangée de points 
noirs de chaque côté du 
coips; quelquefois une raie 
longitudinale sur le dos. 



Le dessus du corps brun ; 
le dessous varié de blanc et 
de noir. 



D'un gris cendré; le dessous 
du corps jaune, avec neuf pe- 
tites taches noires disposées 
sur trois rangs , chacun de 
trois taches. 



Variée de couleur de fer, 
de bleu et de blanc. 



Blanche ; des taches blan- 
ches et noires. 



LACI-.I'EL'K, III. 



Le dessus et le dessous du 
corps jaunes ; les côtés bleuâ- 
tres. 

24 



o54 



insTOlRE NATURELLE. 



ESPÈCES. 


PLAQUES \ 
DU DESSOUS \ 
DU CORPS. 


CARACTÈRES. 

i g « 

^ <=" « g • Sa 

S 2 g 1 S 1 g, 

s s 2 g g g 2 
2 S s s ° s 
Si « 


CROCHETS 
A 

VENIN. / 


Hœiîiachate. 
C. Hœmachata. 


l32 


22 


I pi. 

4 po. 

5 1ig. 


I po. 
lolig. 


à Ja mâ- 
choire 
supé- 
rieure. 


Bali. 
C. Bali. 


i5i 


46 


6 pi. 
6 po. 







Atropos. 
C. Atropos. 


i5i 


22 






à la mâ- 
choire 
supé- 
rieure. 


Vampum. 
C. Vampum. 


128 


67 


1 pi. 
ÎO po. 


6 po. 





C. striée. 
C. siriatus. 


126 


45 









C. camuse. 
C. simtis. 


124 


46 








Aliclre. 

C. Alidras. 


121 


58 









TABLE METHODIQUE. 



ÔJ'J 



I 

SUITE DES CARACTERES. 


« •« S 

J s H 

- a 

a a 

a 


ÉCAILLES 
DU 
DOS. 


AUTRES TRAITS 
PARTICULIERS 

DE LA 

COIVFORIIATION 

EXTÉRIEURE. 


COULEUR, 


9 sur 4 
rangs. 


unies et en 
losange. 




Rouge; des taches blanches. 


9 sur 4 
rangs. 


rhcmboï- 

dales et 

unies. 




Une bande longitudinale 
l'ouge et tachetée de blanc , 
de chaque côté du corps, dont 
le dessus est jaunâtre mêlé de 
blanc ; quatre rangs longitu- 
dinaux de points jaunes sous 
le corps. 


sembla- 
bles 
à celles 
du dos. 


ovales et re- 
levées par 
une arête. 


la tête a un peu 

la forme d'un 

cœur. 


Blanchâtre; quatre rangs 
longitudinaux de taches rous- 
ses , rondes et blanches dans 
leur centre; des taches noires 
sur la tête. 


9 sur 4 
rangs. 


ovales et re- 
levées par 
une arête. 


la tête petite à 

proporlion du 

corps. 


Bleue; des bandes transver- 
sales blanches et partagées en 
deux sur les côtés; une petite 
bande transversale brune sur 
chaque grande plaque. 








Brune ; le dessous du corps 
d'une couleur pâle. 






la tète arron- 
die, relevée en 

bosse , 

et le museau 

très court. 


Une petite bande noire et 
courbée entre les yeux ; une 
croix blanche, avec un point 
noir au milieu sur le sommet 
de la tête; le dessus du corp.s 
varié de noir et de blanc ; 
des bandes transversales blan- 
ches; le dessus du corps noir. 








D'un blanc éclatant. 



336 



HISTOIUE NATURELLE. 





ESPÈCES. 




CARACTÈRES. 




PLAQUES \ 

I)U DESSOUS 
DU CORPS. 


PAIRES DE 
PETITES I>LAQUES 
SOUS LA QUEUE. 


LONGUEUR l 
TOTALE. / 


à 

Q 


CROCHETS 
VENIN. / 


C. verte et 
bleue. 

C. viridicœru- 
leus. 


119 


110 


2 pi. 


6po. 







G. tachetée. 
C. maculatus. 


119 


70 


2 pi. 


5 po. 

4%. 







G. des dames. 

C. domiceila- 
rum. 


118 


60 











G. d'Egypte. 
C. Mgyptiacus. 


ii8 


22 






à la mâ- 
choire 
supé- 
rieui'e. 




C. anguleuse. 
C, angulatus. 


117 


70 


1 pi. 









Léberis. 
C. Leberis. 


1 10 


5o 






à la mâ- 
choire 
supé- 
rieure. 




C. joufflue. 
C. buccatus. 


107 


72 









TABLE METHODIQUE. 



ÔÙJ 



SUITE DES CARACTÈRES. 




0! ÏÏ H 

i ^ H 

5 a < 

a 


ÉCAILLES 
DC 
DOS. 


AUTRES TRAITS 

l'AUTlCULIERS 

DE LA 

CONFORMATION 
EXTÉRIEURE. 


COULEUR. 




grandes. 






D'un bleu foncé ; le dessous 
du corps d'un vert pâle. 




9 sur 4 
rangs. 


hexagones et 
relevées par 
une arête. 




Blanchâtre ; de grandes ta- 
ches en losange ou irrégu- 
lières ; roussâtres et bordées 
de noir ou de brun ; le ventre 
blanchâtre et quelquefois ta- 
cheté. 










Blanche; des bandes trans- 
versales , iri'égulières et noi- 
res ; une raie noirâtre , irré- 
gulière et longitudinale sous 
!e ventre. 






très petites. 


le derrière de 

la tête relevé 

par deux 

bosses. 


D'un blanc livide ; des ta- 
ches rousses. 


9 sur 4 
rangs. 


ovales , un 
peu échan- 
crées et rele- 
vées par une 
arête. 




Blanchâtre; des bandes bru- 
nes, noirâlresvers leurs bords, 
anguleuses et très larges vers 
le milieu de la longueur du 
corps. 










Des raies transversales, étroi- 
tes et noires ; la iéle blanche, 
avec deux taches rousses sur 
le sommet , et une tache trian- 
gulaire sur le museau. 










Rousse; des bandes trans- 
versales et blanches. 





HISTOIRE NATURELLE. 




SECOND 

Serpents qui ont de grandes plaques 
BOA. 



ESPÈCES. 

• 




CARACTÈRES. 


PLAQUES \ 
DU DESSOUS 
DU CORPS. 


i i i 

2 =5 <! 

S p -^ 


LONGUEUR y 
TOTALE. / 


a = 

12 


CROCHETS 
VENIN. 1 


Broderie. 290 


128 


3 po. 
6 lig. 


7 po- 





Ophrie. 

^ . 281 
B. Ophrias. 


■64 








Enydre. 
B. Enydris. 


270 


ii5 









TABLE METHODIQUE. 



539 



SUITE DES CARACTERES. 



ECAILLES 
DU 
DOS. 



AUTRES TRAITS 

PARTICULIERS 

DE LA 

COÎVFORMATIOîV 

EXTÉRIEDHE. 



COULEUR. 



le derrière de 

la tête relevé 

par deux 

bosses. 



Une tache blanche sur cha- 
que écaille; plusieurs rangs de 
taches blanches, rondes, bor- 
dées de rouge, et rouges dans 
leur centre. 



GENRE. 

sous le corps et sous la queue. 



BOA. 





SUITE DES CARx 


LCTÈRES. 


U2 a 

« 3 ri 
►J S H 


ÉCAILLES 
DU 
DOS. 


AUTRES TRAITS 
PARTICULIERS 

DE LA 

CO?iFOR5IATION 

EXTÉRIEURE. 


COULEUE. 


sembla- 
bles 
à celles 
du dos. 


rhomboï- 

dales et 

unies. 


la tête large par 
derrière ; le 
museau al- 
longé. 


l'iie chaîne de taches irré- 
gulières en forinedebroderie, 
le long du dos, et surtout sur 
la tête. 








Brune. 






les dents 
de la mâchoire 
inférieure très 

longues. 


D'un gris varié d'un gris 
plus clair. 



54<> 



HISTOIRE NATURELLE. 



ESPECES. 



CARACTERES. 



o S c 



Ceachris. 
B. Cetîchria. 



B« Ralivore. 
B. murina. 



Schylale. 
B. Schytale. 



265 



254 



25o 



Devin. 

B. divinatrix. 



B. Muet. 
B. muta. 



57 



65 



2 pi. 
6 po. 



!46 



217 



54 



4po. 

2 lig. 



quelque- 
fois 

plus de 
trente 
pieds. 



01 



orcîiaai- 

rement 
le 9' de 

la lon- 
gueur du 

corps. 



à la mâ- 
choire 
supé- 
rieure. 



TABLE METHODIOl'E. 



ô/n 









liUliï! 






sur 


rE DES CARj 

ACTRES TRAITS 
PARTICULIERS 


\CTÈRES. 




ce a 

■^ s H 

s g ^ 
< " ^ 


ÉCAILLES 






DU 


DE LA 


COULEUR. 




-S g 


DOS. 


CO^FORMATIOIS 
EXTÉRIEURE. 












D'un jiiuiie clair; des ta- 










ches blanchâtres et grises 










dans leur centre. 








la tête large 






sembla- 
bles 
à celles 
du dos. 




par derrière ; 


Blanchâtre ou d'un vert de 




rhomboï- 
dales et 


le museau al- 
longé ; 


mer, cinq langées longitudi- 
nales de taches rousses, dont 




unies. 


de grandes 


plusieurs sont chargées de 






écailles sur les 


taches blanchâtres. 








lèvres. 












D'an gris mêlé de vert; des 










taches noires et arrondies le 










long du dos; d'autres taches 










noires vers leurs bords, blan- 










ches dans leur centre et dis- 










posées des deux côtés du 










corps ; des points noirs for- 
mant des taches allongées sur 










le ventre. 








le museau 










allongé et ter- 










miné par une 










grande écaille 


De grandes taches ovales , 




sembla- 




presque verti- 


souvent écliancrées à chaque 




bles 


hexagones et 


cale ; la tête 


bout et en demi-cercle , bor- 




à celles 


unies. 


élargie par 


dées d'une couleur foncée, et 




du dos. 




derrière ; 

le front élevé ; 

un sillon lon- 
gitudinal 
sur la tète. 


entourées d'autres petites lâ- 
ches. 








l'extrémité de 










Ja queue 
garnie par 


Des taches noires, rhom- 








dessous de 







LACEPEDE- lir. 



95 



54 2 



HISTOIRE N AT y RE I, LE. 



ESPECES. 



CARACTERES. 



B. Muet. 
B. muta. 



Bojobi. 
B. Bojobi. 



Hipiiale. 
B. Hipnale. 

Groin. 

porcaria. 



2o3 



179 



i5o 



34 



77 



40 



2 pi. 
11 po. 



po. 



7 po- 



li po. 



8 po. 



TABLE METHODIQLE. 



)45 



SUITE DES CARACTÈRES. 




ÉCAILLES \ 

UU DESSUS \ 
UE LA TÊTE. 


ÉCAILLES 

DU 

DOS. 


tttniia ^^ •«llMIfffff'**^^^ ~~~~^ 




AUTRES TRAITS 
. PARTICULIERS 

DE LA 

CONFORMATION.' 

EXTÉRIEURE. 


COULEUR. 








quatre rangs 
de petites 
écailles. 


boïdales et réunies les unes 
aux autres. 




sembla- 
bles 
à celles 
du dos. 


rhomboï- 

dales et 

unies. 


la tête large 
par derrière ; 
le museau 
allongé ; les 
lèvres garnies 

d'écaillés 
grandes et sil- 
lonnées. 


Verte ou orangée ; des ta- 
ches irrégulières , éloignées 
l'une de l'autre , blanches ou 
jaunâtres , et bordées de 
rouge. 




sembla- 
bles 
à celles 
du dos. 


rhomboi- 

dales et 

uuies. 


les lèvres gar- 
nies d'écaillés 
très grandes et 
sillonnées. 


Jaunâtre; des taches blan- 
châtres bordées d'un brun 
presque noir. 




sembla- 
bles 
à celles 
du dos. 




le museau ter- 
miné par une 
grande écaille 
relevée. 


Cendrée ; des taches noires 
disposées régulièrement ; des 
bandes transversales jaunes 
vers la queue. 





344 



HISTOIRE NATURELLE. 



TROISIEME 

Serpents qui ont le ventre couvert de grandes plaques^ et 
de grandes pièces articulées les unes 

SERPEiNTS A SONNETTE. Crotali. 



ESPÈCES. 

Boiquira. 
Crotalus Boi- 
quira. 


'■Tj 

•ji a c/j 

M O c. 

a 5= ta 
■^^ a o 

Q 


GA 

a ïï 

« S « 
a « a 

CMC- 

-, a 
c 


RACTÈR 

es 
a à 

2 H 


ES. 

à 
=5 a 

q ►J 

"" a 

a 


CROCHETS 
VENIJV. / 


182 


27 


4 pi- 
10 po. 


4 p"- 


à la mâ- 
choire 
supé- 
rieure. 


Durissiis. 
Crut. Durissus. 


172 


2 1 


1 pi. 
5 po. 
6lîg. 


1 po. 
3 lig. 


à la mâ- 
choire 
supé- 
rieure. 


Dryinas. 
Cro. Dryinas. 


iG5 


5o 






à la mâ- 
choire 
supé- 
rieure. 


Milieu 
Crot.miliarius. 


l5^! 


02 


1 pi. 

5 po. 

10 lig. 


1 po. 
10 lig. 


à la mâ- 
choire 
supé- 
rieure. 


Serp. à sonn. 
Piscivore. 

Crat. piscivo- 




5 pi. 




à la mâ- 
choire 
supé- 
rieure. 



TABLE METIIODIQLE. 



545 



GENRE. 

la queue terminée par une grande pièce écailleme, ou par 
dans les autres, mobiles et bruyantes. 

SERPENTS A SONNETTE. CrotalL 





SUITE DES CARACTÈRES. 




s il 

a se j, 
a a 

^ ~ 1 

a 


ÉCAILLES 

DU 

DOS. 


AUTRES TRAITS 

PARTICULIERS 

DE LA 

CONFORMATION 

EXTÉRIEURE. 


COULEUR. 




6 sur 5 
rangs. 


ovales et re- 
levées par 
une arête. 




D'un gris jaunâtre; une ran- 
gée longitudinale de taches 
noires bordées de blanc. 




6 sur 3 
rangs. 


ovales et re- 
levées par 
une arête. 




Variée de blanc et de jaune; 
des taches rhomboïdales , noi- 
res et blanches dans leur cen- 
tre. 




2 
grandes. 


ovales et re- 
levées par 
une arête. 




Blanchâtre ; des taches d'un 
jaune plus ou moins clair. 




9 siii" 4 
rangs. 


ovales et re- 
levées par 
une arête. 




Grise ; trois rangs longitu- 
dinaux de taches noires ; cel- 
les de la rangée du milieu 
rouges dans leur centre , et 
séparées l'une de l'autre par 
une tache rouge. 


m 






la queue ter- 
minée par une 
pointe longue 
et dure. 


Brune ; le ventre et les cô- 
tés du cou noirs , avec des 
bandes transversales jaunes et 
irrégulières. 



346 



HISTOIRE NATURELLE. 



QUATRIÈME 

Serpents dont le dessous du corps et de la queue 

ANGUIS. Angues. 



ESPÈCES. 




GA 


RACTÈRES. 


RANGS 

«'ÉCAILLES 

SOUS LE CORPS. 


RANGS 

DÉCAILLES 

SOUS LA QUEUE. 


1 3 


II 

Q 


« , S 

u -^ K 
« 
es S" 
u 


Rouleau. 

An. cylindrica. 


240 


i3 


2 pi. 
6 po. 


1 po. 





Rouge. 
An. rubra. 


240 


12 


1 pi. 
6 po. 


6 lig. 





Lombric. 

An. Lumbrica- 
lis. 


23o 


7 


8 po. 
1 1 lig. 


1 1 lig. 


les mâ- 
choires 
presque 
toujours 
sans 
dents. 


Long-nez. 
Aît. nasuta. 


•218 


12 


1 pi. 






Queue -lancéo- 
lée. 

An. laticauda. 


200 


1 

i 50 









TABLE METHODIQUE. 



>47 



GENRE. 



est garni d'écaillés semblables à celles du dos. 



AN GUI s. Ansrues. 



SUITE DES CARACTÈRES. 




rj - H 

a 


ÉCAILLES 
DU 

DOS. 


AUTRES TUAITS 
PARTICULIERS 

DE LA 
CONFORMATION 

EXTÉRIEURE. 


COULEUR. 




3 
grandes. 


unies. 




Les diverses écailles blan- 
ches bordées de roux; des 
bandes transversales d'une 
couleur foncée , et dont plu- 
sieurs se réunissent. 




3 

grandes 

sur 2 

rangs. 


hexagones et 
unies. 




Les écailles rouges et bor- 
dées de blanc ; des bandes 
transversales noirâtres au des- 
sus et au dessous du corps. 




5 
grandes. 


très unies et 
très petites. 


la bouche au 
dessous du 

museau et très 
petite , ainsi 
que l'anus. 


Le dessus et le dessous du 
corps d'un blanc livide. 








la bouche au 

dessous du 
museau qui est 
très allongé ;la 
queue termi- 
née par une 
pointe dure. 


D'un noir verdâtre ; une 
tache jaune sur le museau; 
deux bandes obliques de la 
même couleur sur la queue ; 
le ventre jaune. 








la queue très 

comprimée 

par les côtés 

et terminée en 

pointe. 


Pâle ; des bandes transver- 
sales brunes. 





548 



HISTOIRE NATURELLE. 



ESPÈCES. 


d'écailles \ 
SOLS le corps, i 


CARACTÈRES. 

p ri - la i - 

"j < < u 5 3 


H 

n 

u 


An. Cornu. 
An. cornuta. 


200 


i5 








Miguel. 
Miguel. 


200 


12 


1 pi. 


]ig. 





Trait. 

Sagitta. 


186 


25 









Colubrin. 
An. colubrina. 


180 


i8 






Réseau. 

An. reticulata. 


177 


57 








Peintade. 

Meleagris. 


i65 


32 








Orvet. 
Orvet. 


i55 


io5 


5 pi. 


1 pi. 
6 po. 






TABLE METHODIQUE. 



049 



a 
1 


SUITE DES CARACTÈRES. 






1 il 

H f- j^ 

^ ^ j 
- a 


ÉCAILLES 
DU 
DOS. 


AUTRES TRAITS 
PARTICULIERS 

DE LA 

CONFOEMATIOIM 

EXTERIEURE. 


COULEUR, 










deux dents qui 

percent 
la lèvre supé- 
rieure , et ont 
l'apparence de 

deux 
petites cornes. 








9 sur 4 
rangs. 


unies. 




Jaune; une ou trois raies lon- 
gitudinales brunes ; des ban- 
dos transversales très étroites 
et de la même couleur. 










les écailles qui 
recouvrent le 
ventre sont un 
peu plus larges 
que celles qui 
garnissent 
le dos. 


. 






grandes. 






Varié de brun et d'une cou- 
leur pâle. 












Les écailles brunes et blan- 
ches dans leur centre. 












Verdâlre; plusieurs rangées 
longitudinales de points noirs 
ou bruns. 






9 sur 4 
rangs. 


hexagones et 
unies. 




Les écailles du dessus du 
corps rousses et bordées de 
blanchâtre ; quatre raies lon- 
gitudinales, brunes ou noires ; 
le ventre d'un brun très foncé; 
la gorge marbrée de blanc, de 
noir et de jaunâtre. 





LACKPEDi;. XII. 



26 



HISTOIRE NATURELLE. 







CA 


RACTÈR 


ES. 






id 


• 


^ 




S S 




a 


s g 


os 


ESPECES. 


s :â 5 


œ J p 


1 S 








< 5 u 


5 < < 


i s 


5 ^ S 




« -g ►^ 


M .g ;^ 


2 g 


'^ 


§ ^ 




o 


Q 3 









u 


Au. jaune et 








1 pi. 

j po. 
6 1Jg. 




brun. 
An. flavofusca. 


127 


125 


1 pi. 

6po. 












un peu 




Eryx. 








plus 
grande 






126 


i56 















que 




Eryx. 








celle du 
corps. 




Plature. 










les mâ- 








ipi. 
6 po. 


2 po. 


choires 
sans 


Platura. 








dents. 



TABLE METHODIQUE. 



35 I 



SUITE DES GAllACTERES. 



ECAILLES 
DU 
DOS. 



AUTRES TRAITS 
PARTICULIERS 

DE LA 

CONFORMATION 

EXTÉRIEURE. 



COULEUR. 



arrondies et 
unies. 



arrondies, 
très petites , 

et placées à 
côté les unes 

des autres. 



D'un vert mêlé de brun ; 
plusieurs rangées longitudi- 
nales de points jaunes ; le 
ventre jaune. 



la mâchoire 
supérieure un 
peu plus avan- 
cée que l'infé- 
rieure. 



D'un roux cendré; trois raies 
noires et longitudinales. 



la queue com- 
primée par les 

côtés, et un 
peu arrondie à 
son extrémité. 



Noire ; le dessous du corps 
blanc ; la queue variée de 
blanc et de noir. 



352 



HISTOIRE NATURELLE. 



CliNQUIÈME 

Serpents dont te corps et la queue 

A M l' H I s B È N E S. Amphisbœnœ. 



ESPÈCES. 




CARACTÈRES. 


i " i 


» S; 
S 5 

e 
< s 

Q 


= 1 

Q 


... 

LONGUEUR y 
TOTALE. / 


LONGUEUR 1 
DE LA QUEUE. ' 


Blanchel. 
Ampli, iilba. 


2à3 


i6 


1 pi. 

5 po. 
9^8- 


1 po. 
6 1ig. 




Ampli, enfumé. 
Ampli. fuUgi- 
nosa. 


200 


5o 


1 pi. 
1 po. 
6 13g. 


6 1ig. 


o 



SIXIEME 

Serpents dont les côtés du corps présentent 



CŒGILES. Cœciliœ. 



ESPECES. 



CARACTERES. 



a \i 



Cœ. visqueux. 
Cœ. glutinosa. 

Ibiare. 
Ihiare, 



540 



i55 



pi. 



TABLE METHODIQUï;. 

GENRE. 

sont entourés d'anneaux écaiUeux. 

AMPHISBÈNES. Amphisbœnœ. 



353 



y 



SUITE DES CARACTERES. 



ECAILLES 
DU 
DOS- 



AUTRES TRAITS 

l'ARTICULIEBS 

DE LA 

CONFORMATION 

EXTÉRIEURE. 



COULEUR. 



3 sur O 
rangs. 



huit tuber- 
cules près de 
l'anus. 



Blanchf 



6 sur 3 
rangs. 



huit tuber- 
cules près de 
l'anus. 



Noirâtre ; variée de blanc. 



GEINRE. 

une rangée lo7igitudinale de plis. 



COEGILES. Cœciliœ. 





SUITE DES CARACTÈRES. 




ÉCAILLES \ 
DU DESSUS \ 
DE LA TÊTE. 


ÉCAILLES 
DU 
DOS. 


AUTRES TRAITS 
PARTICULIERS 

DE LA 
CONFORMATIO.\ 

EXTÉRIEURE. 


COULEUR. 






' 




Brune; une raie blanchâtre 
sur les côtés. 








la mâchoire 
supérieuro 
garaie de deux 
petits barbil- 
lons ; la queue 
très courte. 







354 



HISTOIRE NATURELLE. 



SEPTIEME 

Serpents dont le dessous du corps ^ présentant vers la 
écailleuXj et dont l'extrémité de la queue est 

LAN G AH A. Langaha. 



ESPÈCES. 




CARACTÈRES. 






Q P 


a B 


a 3 




P 






o B, 


a 1-; 

< u 


9 H 




»5 




< 


g < s 






-S 


















Q 




Langaha de Ma- 












à la mâ- 


dagascar. 


i84 


42 


2 pi. 






choire 


Langaha. 






po. 




supé- 
rieure. 



HUITIÈME 

Serpents qui ont le corps et la queue 

ACROCHORDE S. Acroclwrdi. 



ESPÈCES. 


CARACTÈRES. 


i ^ i 

ts > 







es . 
P 'i 

S ° 


C4 

«a g 


Acrochorde de 

Java. 
Acrochordus 

javanicus. 






8 pi. 
3 po. 


11 po. 






TABLE MKTHODIQUE. 



555 



GENRE. 

tête de grandes plaques, montre vers L'anus des anneaux 
garnie par dessous de très petites écailles. 

LAN G AH A. Lansaha. 





SUITE DES CARACTÈRES. 




3 s " 

< '- 1 

-Si => 

= a 


ÉCAILLES 
DU 
DOS. 


ADTRES TRAITS 
PARTICULIERS 

DE LA 

CO>'FORMATIOIS 

EXTÉRIEURE. 


COULEUR. 




7 sur 2 
raugs. 


rhomboï- 
dales. 




Les écailles rougeâtres , 
chargées à leur base d'un pe- 
tit cercle gris et d'un point 
jaune. 



GENRE. 

garnis de petits tubercules. 



ACROGHORDES. Acrochordi. 



SUITE DES CARACTERES. 



ECAILLES 
DU 
DOS. 



AUTRES TRAITS 

PARTICULIERS 

DE LA 

COiNFORMATION 

EXTÉRIEURE. 



COULEUR. 



petites 
et en 
grand 



la queue très 
menue à pro- 
portion du 
corps. 



Noire ; le tlessous du corps 
blanchâtre ; les côtés blanchâ- 
tres, tachetés de noir. 



556 HISTOIRE NATURELLE 



ta'»6)Mbeqrek O M>»»^a»o*o<fr»»»* fr»w rq » g ^ e*e»* » »*o<et»» ft^ 



PREMIER GENRE. 



SERPENTS 

QUI ONT DE GRANDES PLAQUES SOUS LE CORPS, ET DEUX 
RANGÉES DE PETITES PLAQUES SOUS LA QUEUE. 



o oaooMOoo 0*0-000 aoo »fti 



COULEUVRES. 



>^S«^0<£Bi 



COULEUVRES VIPÈRES. 



LA VIPÈRE COMMUNES 

Pelias BeruSj Merr. — Coluber BeruSj var. a^ Linn., 
Laur., Lacep. , Shaw. — Vipera vidgarls, Latr. — 
Vipera Berus, Daud., Fitz. — Vipera Chersea^ 
Sturm. 



L'ordre des Serpents paroît être un de ceux qui 
renferment le plus de ces espèces funestes dont les 

1. En grec, Echis, le mâle, Echidna, la femelle. 
Viper or adder, en anglois. 



PL 29. 



:^erpens. 





I. lA TIPEPvE COJMMGTÏE 2 lE CEEAS'JTÎ 



DES SERPENTS. 357 

SUCS empoisonnés donnent la mort lorsqu'ils se mê- 
lent avec le sang. Il ne faut pas croire cependant que 
le plus grand nombre de ces reptiles soient venimeux; 
l'on doit présumer que, tout au plus, le tiers des 
diverses espèces de serpents renferme un poison très 
actif. Ce sont ces espèces redoutables qu'il importe 
le plus de connoître, pour les éviter; aussi coramen- 



La vipère, M. Daubentou , Hist. nalur. des Serpents, Encyclopédie 
méthodique. 

Colub. Berus, Linneus , Systema naturae, amphibia Serpentes, 

Coluber Berus. — Vipera Francisa Rcdi. — Vipera mosis , cliaras. — 
Laurenli Spécimen medicuin. Vicnuae , 1768 , fol. 97 et seq. 

Vipera, Ray, Synopsis Quadrupcdum et seipentini generis. Londr. 
1693 , p. 285. 

Vipera, Gesuer, de Serpentum nalura, fol. 71. 

Col. Berus, Wulf, Ichthyologia ciim ampliibiis regni Borussici. 

Viper or adder, Essay Touwards a nalural History of Serpents by 
Charles Owen. London, 1742, p- 5i,pl. 1. 

Viper, Zoologie britannique, vol. 3, p. 20, pi. 4» n° 19. 

Vipera angtica, fusca dorso linea undala nigricantcconspicua. Petiv. 
mus. fol. 17, u° 100. 

Vipère , M. Valmonl de Bomare. 

Vipera vera Indice orientalis. Seba , mus. 2 , tabula 8, fig. 4- 

Nous croyons devoir prévenir ici , relativement à la nomenclature 
des diverses espèces de serpents dont nous allons traiter, que plusieurs 
noms dont les modernes se sei'vent pour les désigner, ont été égale- 
ment employés par les anciens; tels sont les noms de berus, prester, 
aspic, boa, padera, cœciliu, miliaris, triscatis , dipsas , driynus, eiops , 
elaps, molurus, schytale , etc. Mais les anciens ont si peu caractérisé 
les différentes espèces auxquelles ils ont attribué ces noms , qu'il est 
presque impossible de les reconnoitre; tout ce que j'ai cru découvrir, 
en général, par une comparaison attentive des expressions des anciens, 
avec les descriptions des serpents qui ont élé bien observés, c'est que 
les anciens n'ont pas toujours appliqué ces noms à des espèces dis- 
tinctes , et qu'ils les ont souvent employés pour de simples vaiùélés 
d'âge ou de sexe , aparletiantes à des espèces communes en Europe, 
el particulièrement en Grèce. 

I.ACÉ1'B.UE. m. 27 



558 HISTOIRE NATURELLE 

cerons-nous, en traitant de chaque genre de ser- 
pents, par donner l'histoire de ceux qui , pour ainsi 
dire, recèlent la mort, et dont l'approche est d'au- 
tant plus dangereuse, que leurs armes empoisonnées, 
presque toujours enveloppées dans une sorte de four- 
reau qui les dérobe aux regards, ne peuvent faire 
naître aucune méfiance ni inspirer aucune précau- 
tion. 

Parmi ces espèces, dont le venin est plus ou moins 
funeste , une des plus anciennement et des mieux 
connues, est la vipère commune. Elle est en effet 
très multipliée en Europe ; elle habite autour de 
nous , elle infesie nos bois et souvent nos demeures ; 
aussi a-t-elle inspiré depuis long-temps une grande 
crainte; et cependant avec quelle attention n'a-t- 
elle pas été observée! Objet d'importantes recher- 
ches et de travaux multipliés d'un grand nombre de 
savants, combien de fois n'a-t-elle pas été décrite , 
disséquée et soumise à diverses épreuves! Nous avons 
donc cru devoir commencer l'histoire de tous les 
serpents parcelle de la vipère commune; sa confor- 
mation , tant intérieure qu'extérieure , ses proprié- 
tés , ses habitudes naturelles ayant été très étudiées, 
et pouvant par conséquent être présentées avec clarté, 
répandront une grande lumière sur tous les objets 
que nous leur comparerons , et dont on pourra con- 
noître plusieurs parties, encore voilées pour nous, 
par cela seul qu'on verra un grand nombre de leurs 
rapports avec un premier objet bien connu et vive- 
ment éclairé. 

La vipère commune est aussi petite , aussi foible , 
aussi innocente , en apparence , que son venin est 



DES SERPENTS. 359 

dangereux. Paroissant avoir reçu la plus petite part 
des propriétés brillantes que nous avons reconnues 
en général dans l'ordre des serpents, n'ayant ni cou- 
leurs agréables, ni proportions très déliées, ni mou- 
vements agiles, elle seroit presque ignorée, sans le 
poison funeste qu'elle distille. Sa longueur totale est 
communément de deux pieds ; celle de la queue, de 
trois ou quatre ponces, et ordinairement celte partie 
du corps est plus longue et plus grosse dans le mâle 
que dans la femelle ; sa couleur est d'un gris cendré, 
et le long de son dos , depuis la tête jusqu'à l'extré- 
mité de la queue, s'étend une sorte de chaîne com- 
posée de taches noirâtres de forme irrégulière, et 
qui, en se réunissant en plusieurs endroits les unes 
aux autres, représentent fort bien une bande dente- 
lée et sinuée en zig-zag. On voit aussi, de chaque 
côté du corps, une rangée de petites taches noirâtres, 
dont chacune correspond à l'angle rentrant de la bande 
en zig-zag. 

Toutes les écailles du dessus du corps sont relevées 
au milieu par une petite arête, excepté la dernière 
rangée de chaque côté , où les écailles sont unies et 
un peu plus grandes que les autres. Le dessous du 
corps est garni de grandes plaques couleur d'acier et 
d'une teinte plus ou moins foncée, ainsi que les deux 
rangs de petites plaques qui sont au dessous de la 
queue ^. 

1. Nous avons compté sur le plus grand nombre d'indÎTidus que 
nous avons examinés, i46 grandes plaqueset 69 rangées de petites. 

« Depuis le commencement du cou jusqu'au commencement de la 
8 queue , il y a autant de grandes écailles qu'il y a de vertèbres , et 
» comme chaque vertèbre a de chaque côté une côte , chaque écaille 



5(>0 UISTOIllE NATUUEILE 

Quelquefois, dans Ja vipère commune , de même 
que dans un très grand nombre d'autres espèces de 
serpents, les grandes pièces qui recouvrent le ventre 
et le dessous de la queue sont, ainsi que les autres 
écailles, plus pâles ou plus blanches dans la partie qui 
est cachée par la plaque ou l'écaillé voisine, que dans 
la partie découverte , et le défaut de lumière paroît 
nuire à la vivacité des couleurs sur les écailles des 
serpents, comme sur les pétales des fleurs; mais on 
ne remarque communément cette nuance plus foible 
de la partie cachée, que sur les serpents en vie ou 
sur ceux qui ont été desséchés. Il arrive le plus sou- 
vent , au contraire, que sur les serpents conservés 
dans l'esprit-de-vin , la partie des grandes plaques ou 
des autres écailles qui est toujours découverte, est 
d'une nuance plus blanchâtre, comme plus exposée 
à l'action de l'esprit ardent qui altère toutes les cou- 
leurs. 

Le dessus du museau et l'enlre-deux des yeux sont 
noirâtres; et sur le sommet de la tête, deux taches 
allongées, placée obliquement, se réunissent par un 
bout et sous un angle aigu. 

La tête va en diminuant de largeur du côté du mu- 
seau , où elle se termine en s'arrondissant ; et les bords 
des mâchoires sont revêtus d'écaillés plus grandes 
que celles du dos, tachetées de blanchâtre et de 
noirâtre , et formant un rebord assez saillant^. 

» rencontre par ses deiis bouts la pointe de toutes les deux , cl loiir 
» sort comme de défense et de soutien. » Mémoires pour servir à l'his- 
toire naturelle des animaux. Description auatomique de la vipère , 
tome 5 , page 608. 

1. Noup avons cru qu'on verroit avec d'autant plus de plaisir ici une 



BES SERPENTS. 3Gf 

Le nombre des dents varie suivant les individus; 
îl est souvent de vingt-huit à la mâchoire supérieure, 

eourle expositioa des principales parties intérieures de la vipère, que 
sa conformation interne est très semblable à celle du plus grand nom- 
bre de serpents dont nous traiterons dans cet ouvrage, et qui , par là , 
seront connus à l'intérieur aussi bien qu'à l'extérieur. Nous n'avons 
pu mieux faire que de rapporter les propres paroles de M. Cliaras , 
qui a disséqué avec soin la vipère commune, et dont nous avons vé- 
rifié les observations q\ie l'on trouvera ici. « Le museau est composé 
I) d'un os en partie cartilagineux, garni aux environs de quelques bouts 
» de muscles qui viennent de plus loin , qui sont aussi accompagnés 
» de quelques petites veines et de quelques petites artères. Cet os est 
» encore couvert de la peau écailleuse , retroussée , comme nous l'a- 
» vons dit , dans ses extrémités. 11 y a deux conduits dans ses deux 
> côtés qui forment les narines , lesquelles ont chacune une ouverture 
o petite et ronde , à droite et à gauche sur le devant , et leur nerf pro- 
» pre, qui vient de la partie antérieure du cerveau jusqu'à leur orifice, 

a et qui leur conimunique l'odorat Cet os cartilagineux a tout au- 

a tour divers angles, et est articulé par de forts ligaments au dedans 
I. et autour de la partie creuse et antérieure du crâne; ce qui n'era- 
» pèche pas qu'il ne soit un peu flexible dans cette articulation. 

» Le crâne se trouve creusé dans sa partie antérieure, et représente 
» une forme de cœur lorsqu'on en sépare l'os du museau. Il a deux 
» pointes avancées qui embrassent en partie cet os là ; il est entouré 
a en sa partie supérieure d'un petit bord avancé en forme de corniche ; 
• il est échancré aux deux côtés où sont situés les yeux , et y forme 
» leurs orbites , dont la postérieure est étendue en pointe qui répond 
a à celle de devant. Tout le crâne, en toutes ses parties, est d'une 
» substance fort compacte et fort dure ; il y a trois sutures principales 
n dans sa partie supérieure ; l'une qu'on peut nommer sagittale , qui 
» divise de long en long la partie du dessus des deux yeux; l'autre , 
» qui se peut nommer coronale , qui divise le crâne en travers der- 
» rière les deux orbites; et la troisième, qui le sépare encore en Ira- 
» vers près du commencement de i'épinc. Uaus la superficie de la par- 
» tie supérieure du crâne , on remarque la forme d'un cœur bien re- 
» présenté, situé dans son milieu , qui a sa base près de la suture que 
» j'ai nommée coronale, et qui porte sa peinte vers la partie postérieure 
1) du crâne , qui est séparée par la troisième suture. Il Y a aussi un^- 
t autre grande suture tout autour des parties latérales iulérieures i\i^ 



562 HISTOIRE NATURELLE 

et de vingt-quarre dans l'inférieure; mais toutes tes 
vipères ont , de chaque côté de la mâchoire supé- 

» crâne , par laquelle il se peut diviser en deux corps , l'un supérieur 
» et l'autre inférieur : ce dernier est fait en forme de dos renversé , 
» allant de long en long , creusé au dedans , et représentant la forme 
» d'un soc qui a comme des ailerons à ses côtés , et dont la pointe 
» avance au dessous de l'entre-deux des yeux ; sa partie postérieure 
» descend jusqu'au fond du palais, où elle a , dans son dessous, une 
» pointe descendant en forme de monticule renversé. Toutes les su- 
>i lures du crâne sont si bien unies dans leur jonction , et si fortement 
» annexées, qu'il est fort difficile de les distinguer, et encore plus d'en 
» séparer les parties sans les casser, à moins que de faire bouillir le 
» crâne dans quelque liqueur. 

» La substance du cerveau de la vipère est divisée eu cinq corps pria- 
1) cipaux , dont les deux premiers sont ronds et longuets, chacun de la 
.) grandeur et de la forme d'un grain de semence de chicorée; ils sont 
» situés de long en long entre les deux yeux , et c'est de ces corps que 
» partent les nerfs de l'odorat ; les trois autres sont dans la partie 
"1 moyenne du erâne , et au dessous de celte forme de cœur dont nous 
» avons parlé ; chacun de ces corps approche de la grosseur d'un grain 
« de semence de mitium solis , et représente à peu près la forme d'une 
•) poire , dont la pointe est tournée vers la partie antérieure de la tête. 
Deux de ces corps sont situés dans la partie supérieure , de long cji 
» long et à côté l'un de f autre : le troisième , qui est tant soit peu plus 
» petit , est situé sous le milieu des deux , et peut être nommé le cerve- 
» let ou le petit cerveau. 

D La moelle spinale semble être un même corps avec ce dernier, 
» quoiqu'elle ait sa place séparée dans la partie postérieure du crâne : 
» elle est d'une substance un peu plus blanche et un peu plus molle 
a que le corps dont nous venons de parler, et de la grossseur dun pe- 
» tit grain de froment ; elle produit un corps de la même substance , 
» qui s'étend eu long, et passant en droite ligne au travers de toutes 
)' les vcrtèbresde l'épine du dos, vient aboutir à l'extrémité de la queue. 
» Les corps du cerveau de la vipère sont couverts d'une tunique assea 
» épaisse, et qui leur est assez adhérente, qu'on peut nommer dure- 
1) mère ; elle est de couleur noire , d'où il est airivé que quelques au- 
c leurs , qui n'avoient pas pris la peine de regarder sous la tunique , 
» ont dit que le cerveau de la vipère étoit de couleur noire. Sous cette 
a dure mère, chaque corps du cerveau, séparément, a encore une 



DES SERPENTS. 36.) 

Heure, une ou deux, et quelquefois trois ou quatre 
dents longues d'environ trois lignes, blanches, dia- 

B petite membrane qui l'enveloppe, qu'on peut nommer pie-mère. Ou 
» remarque de petits interstices entre ces corps, et même dans le corps 
» de la moelle spinale , qui pourroient passer pour des ventricules; et 
» je ne doute pas que , si le sujet étoit un peu plus gros, on n'y pûl 
n remarquer la plupart des parties considérables qui se voient dans 
» les animaux plus grands. 

» A chaque côté supérieur du milieu de ce cœur, que l'on voit au 
» dessus du crâne, il y a un petit os plat qui a environ une ligne et 
» demie de long , qui lui est fortement articulé, lequel, suivant et ad- 
» hérent au même côté du crâne jusqu'à sa partie postérieure, vient 
a s'articuler de nouveau à un autre os plat plus long et plus fort, et y 
» forme comme un coude : ce dernier os descend en bas et vient s'ar- 
« ticuler fortement au bout interne de la mâchoire inférieure , au mi- 
» lieu de laquelle articulation la mâchoire supérieure vient aboutir et 
» s'y articule , mais non pas si fortement, parce qu'elle a d'autres ar- 
» ticulations dont l'inférieure est dépourvue. Ces os , qui sont comme 
» des clavicules , servent et de soutien aux mâchoires, et à les ouvrir 
» et resserrer-, et ils y sont aidés par les nerfs et par les muscles dont 
» la nature les a pourvus. 

» li y -a ^assi à chaque bout avancé de l'orbite, un petit os plat, ayant 
n environ deux lignes et demie de long , qui est fortement articulé et 
» conjointement avec la racine de la dent canine, lequel, par son 
» autre bout , est aussi fortement articulé au milien de la mâchoire 
» supérieure , tant pour la soutenir que pour la faire avancer ensemble 
3 avec la grosse dent lorsqu'elle se relève pour mordre. La mâchoire 
» supérieure est divisée en deux sur le devant , et est séparée par l'os 
« cartilagineux du museau, où ses deux bouts sont articulés de chaqui- 
» côté. Ces deux mâchoires sont beaucoup plus internes que celles de 
» dessons, et les grosses dents sont situées hors de leur rang et à leur 
» côté, en tendant en dehors, et leur servent comme de défenses, 
o elles sont composées chacune d'un seul os , qui a environ dix lignes 
a de long. 

» La mâchoire de dessous est aussi divisée en deux : ces mâchoires 
» sont annexées par devant l'une à l'autre, par un muscle qui les ou- 
• Tre ou les resserre au gré de l'animal, et n'ont d'autre articulation 
» que ceîle que nous avons dit de leur bout interne avec la clavicule 
» qui descend du crâne , et avec le bout interne des mâchoires supé- 



364 HISTOIRE NATURELLE 

])hanes, crochues et très aiguës; on les a appelées les 
dents canines de la vipère, à cause d'une ressemblance 

» rieures. Chacune de ces mâchoires est composée de deux os, articu- 
» lés ensemble vers le milieu de la mâchoire ; celui de devant em- 
» brasse dessus et dessous celui de derrière, et se peut ployer en 
» dehors en cet endroit lorsque la vipère veut mordre , et il est tant 
» soit peu recourbé en dedans ven"s son extrémité ', c'est sur cet os seul 
» que les dents de dessous sont fichées. 

» Les nerfs principaux de la tête de la vipère sont, en premier lieu , 
» ceux dont nous avons parlé; savoir, ceux de l'odorat , ceux des yeux. 
» et de l'ouïe. Il y a , outre ceux-là , ceux du goût , celui qu'on peut 
» appeler la sixième paire errante , qui se distribue après dans toutes 
» les parties vitales et naturelles, et ceux qui, sortant de la moelle 
» spinale, sont portés par toute l'habitude du corps. Il y a aussi plu- 
» sieurs nerfs qui partent de la partie inférieure du cerveau , et qui 
» passent au travers du crâne ; mais à cause de leur délicatesse , il est 
» très difficile de les suivre jusqu'à leur insertion. 

» Il y a encore un nerf considérable qui sort du crâne derrière celui. 
» de l'ouïe, qui laisse dans l'en tre-deux une petite apophyse au crâne, 
» et qui descendant le long de la clavicule , fait son cours sur la mâ- 
1) choire inférieure, et s'insère dans son milieu, puis il poursuit aa 
» dedans jusqu'à son extrémité , et se distribue dans toutes les dents 
» qui y sont fichées. 

a La tête a aussi ses veines et ses artères , qui, venant du foie et du 
» cœur, s'y distribuent en une infinité de rameaux, dont toutes ses 
» parties sont arrosées. Elle est aussi garnie de plusieurs muscles aux 
» côtés et au dessous du crâne , et aux environs des clavicules et des 
» mâchoii'es supéi-ieures et inférieures , qui servent non seulement à 
» remplir les creux du crâne et à couvrir les os qui y sont articulés , 
» mais à donner le mouvement à toutes les parties qui en ont besoin ; 
)) à quoi aussi les nerfs contribuent de leur part. 

» Le grand nombre des os qui restent au corps de la vipère , après 
» ceux de la tête , ne consiste qu'en vertèbres et en côtes. Les vertè- 
» bres commencent à la partie postérieure du crâne , à laquelle la 
» première est articulée ; les autres sont arrangées de suite , fortement 
" articulées l'une à l'autre, et continuent jusqu'à l'extrémité de la 
" queue. Chaque vipère, tant mâle que femelle , a cent quarante-cinq 
1) vertèbres depuis la fia de la télé jusqu'au commencement de la 
a queue; ol deux cent quatre-vingt- dix côtes, qui e.-l le nombre. 



DES SERPENTS. 565 

îiîiparfaite qu'elles ont avec les dents canines de plu- 
sieurs quadrupèdes. Ces dents, longues et crochues, 

» double des vertèbres, à chacune desquelles il y a deux côtes articu- 
» lées, une de chaque côté , qui sont plojées et qui embrassent les par- 
» lies vitales et les naturelles de la vipère, et dont chaque pointe vient 
B se rendre à un des bouts de la grande écaille de dessous le ventre , 
» qui e?t propre à toutes les deux; en sorte qu'il y a autant de grande» 
a écailles sous le ventre, depuis la fin de la tète jusqu'au commence- 
» ment de la queue, qu'il y a de vertèbres assorties de leurs deux côtes. 
» Outre cela , il y a vingt-cinq vertèbres depuis le haut de la queue 
» jusqu'à son extrémité , et ces vertèbres n'ont plus de côtes, mais elles 
» ont, en leur place, de petites apophyses qui diminuent en grandeur, 
» de môme que les vertèbres , en tendant vers le bout de la queue. 

» Les vertèbres ont une apophyse épineuse eu leur partie supérieure, 
» qui va de long en long, et qui a près d'une ligne de haut ; elles en 
a ont au dessous une autre pointue, qui est courbée vers le côté delà 
I) queue , et qui est de même hauteur que la supérieure : elles ont 
» aussi des apophyses transverses aux deux côtés, auxquelles les côtes 
» sont articulées; elles sont creuses dans leur milieu, et reçoivent le 
» corps de la moelle qui part du derrière de la tête, qui fournit au- 
» tant de paires de ner^fs qu'il y a de vertèbres, et qui continue jusqu'à 
« l'extrémité de la queue. 

B II y a quatre grands muscles bien forts et bien longs, qui prennent 
» leur origine du derrière de la tête , et qui descendent deux de cha- 
» que côté des apophyses épineuses, l'un joignant l'épine , et l'autre 
» au côté et un peu au dessous du premier, qu'il accompagne de long 
» en long jusqu'au bout de la queue. Il y a aussi deux grands muscles 
» de pareille longueur qui sont attachés à la partie inférieure des ver- 
» tèbres , et qui les accompagnent d'un bout à l'autre , de même que 
B les supérieurs. Nous remarquons aussi de chaque côté , autant de 
» muscles intercostaux qu'il y a de vertèbres, servant au même usage 
a que ceux des autres animaux , qui séparent les côtes depuis la racine 
» jusqu'à leur pointe ; tous ces muscles sont aussi accompagnés de 
» veines et d'artères , de même que les plus grands. 

s La trachée-artère est située au dessus et tout le long de la langue , 
11 et lui sert comme de couverture par sa partie antérieure ; elle a son 
a commencement à l'entrée de la gueule , où elle présente un trou 
a ovale relevé en haut , et ayant comme un petit bec en sa pairtie ia~ 
» férieure. Elle est composée, à l'entrée, de plusieurs anneaux carti- 



366 HISTOIRE NATURELLE 

sont très mobiles, ainsi que celles des autres seipenLs 

vipères; l'animal les peut incliner ou redresser à vo- 

» l.Tgineux joints les uns aux autres, qui continuent environ la lon- 
» gucur d'un bon pouce , et qui se jollent dans le côté droit de la tï- 
» père, où ils rencontrent le poumon ; et depuis cet endroit là , on ne 
» voit plus que les demi-anneaux renversés, lesquels étant joints des 
» deux côtés à des membranes qui dépendent du poumon et qui lui 
» sont annexées par dessous d'un bout à l'autre, étant aidés du mêni# 
» poumon , servent à la respiration, et continuent leur rang et leur 
>) connexion jusque vers la quatrième partie du foie , qui lui est sou- 
» mis, aussi bien que le cœur. La trachée-artère a en tout huit ou neuf 
» pouces de long, et à l'endroit où ses demi-anneaux finissent, elle 
» s'unit avec une membrane qui attire et reçoit l'air jusqu'au com- 
» mencement des intestins, où elle forme comme un cul-de-sac en 
» rond. 

» Le poumon étant joint à la trachéc-arlère , et faisant avec elle un 
» même corps , est , par conséquent, situé, comme elle, au côté droit ; 
» ils commencent là où finissent les anneaux entiers de la trachée-ar- 
» tère, Le poumon est fait en forme de rets , il n'a aucuns lobes , il 
» est d'une couleur rouge, fort claire et fort vive, d'une substance as 
» sez mince, assez transparente, et un peu rugueuse ; il est attaché par 
» des membranes à la partie supérieure des anneaux imparfaits , il a 
» sept ou huit pouces de long, et un jîctit travers de dojgt de large ; il 
» est tout semé de veines et d'artères. 

» Le cœur et le foie sont aussi situés au côté droit de la vipère ; et 
i> au devant du cœur il y a , à environ le tiers d'un travers de doigt, un 
» petit corps charnu et un peu plat , de la grosseur d'un petit pois, qui 
» est rempli d'eau ; ce petit corps est situé au dessous du poumon , de 
» même que le cœur et le foie , et est suspendu par les mêmes mem- 
» brancs qui les soutiennent; on peut le prendre pour une espèce de 
» sagouë ou de tymus, et il peut avoir les mêmes usages. 

» Le cœur est situé environ quatre ou cinq pouces au dessons du 
» commencement du poumon; il est de la grosseur d'une féverole 
» ou d'une petite fève : il est longuet , charnu , et environné de son 
» péricarde , qui est composé d'une tunique assez épaisse ; il a deux 
» ventricules, l'un du côté droit , et l'autre du côté gauche ; il a aussi 
» deux ouvertiu'cs. Le sang qui vient de la veine-cave entre dans 
» le venliiculo droit, et se jetant dans le gauche, en sort par 
» l'artère aorte , qui se divise d'abord en deux gros rameaux , dont 



DES SERPENTS. 067 

louté : communément elles sont couchées en arrière 
le long de la mâchoire, et alors leur pointe ne paroît 

» l'un monte vers les parties supérieures , et l'autre , passant au des- 
» sous de l'œsophage et prenant son chemin en biais, se divise dans 
» la suite en plusieurs rameaux , qui se répandent et sont portés à 
» toutes les parties, jusqu'au bout de la queue. 

» Le foie est un corps charnu , de couleur rouge brun , situé deuii- 
» pouce au dessous du cœur, et soutenu des mêmes membranes ; sa 
B longueur et sa grosseur sont assez inégales, mais les plus grands foies 
» ont jusqu'à cinq et six pouces de long, et un demi-pouce de large. 
» Le foie est composé de deux grands lobes, dont le droit descend un 
» bon pouce plus bas que le gauche. Ces deux lobes sont arrosés de 
» la veine-cave, qui semble les séparer de long en long en deux corps, 
» et même elle le fait dans leur moitié inférieure , coulant dans leur 
» entre-deux , et leur servant pour les joindre en un même corps. La 
» moitié supérieure du foie est continue , et ne se peut diviser sans la 
» couper. Le tronc de la veine-cave se divise en deux rameaux en sa 
>) partie supérieure , dont le principal et le plus gros aboutit au cœur, 
>i et l'autre passe sous le-poumon , et de là aux parties supérieures j la 
» même veine-cave , dans sa partie inférieure , se divise en plusieurs 
" rameaux qui descendent dans toutes les parties du dessous. 

» La vipère est dépourvue de diaphragme , n'y ayant aucune tuni- 
» que transversale qui sépare les parties vitales d'avec les naturelles i 
» on pourroit néanmoins dire que cette tunique déliée qui dépend de 
» la trachée- artère et du poumon, et qui descend vers les intestins et y 
a forme comme un cul-de-sac, en fait en quelque sorte la fonction. 

» La vessie du fiel est située un travers de doigt au dessous du foie. 
6 et à côté du fond de l'estomac , et elle penche sur le côté gauche ; 
» elle est presque de la forme et de la grosseur d'une petite fève cou 
• chée sur son plat. Le fiel est d'une couleur fort verte, son goût est 
a très amer et très acre , sa consistance approche de celle d'un sirop 
» peu cuit. Je n'ai trouvé, dans la vessie du fiel , qu'une issue par un 
» petit vaisseau , qui, sortant du côté interne de sa partie supérieure, 
)) est recourbé dès son origine, et tiescendant et adhérant, même dans 
» son commencement , à la partie interne de cette vessie , se divise 
» après en deux rameaux , dont le principal et le plus droit , passant 
» par ce corps que les anciens ont pris pour la raie, se jette dansl'in- 
n testin qui le reçoit, et l'autre moindre, en rebroussant chemin, sem 
s ble remonter contre le foie ; mais se divisant en plusieurs petits ra 



368 HISTOIRE NATURELLE 

poiat; mais, lorsque la vipère veut mordre, elle les 
relève et les enfonce dans la plaie en même temps 
qu'elle y répand son venin. 

Auprès de la base de ces grosses dents, et hors de 

» meaux, on ne sauroit plus le discerner ni le suivre. Ce n'est pas et» 
» ce lieu que je veux combaltre le sentiment des anciens sur la qualité 
» vénéneuse qu'ils ont attribuée au fiel ; je renvoie cela à un autre 
» lieu , où je tâcherai de soutenir la qualité balsamique de ce suc , en 
» faisant voir quil est exempt de toute sorte de venin. Le pancréas , 
» que tous les auteurs ont nommé rate , est situé près et tant soit peu 
» au dessous du fiel et au côté droit de la vipère ; il est de la grosseur 
» d'un bon pois , de substance cbarneuse en apparence , mais en effet 
» glanduleuse ; sa situation , qui est tout joignant le fond de l'estomac, 
a et vers l'entrée des intestins, considérée avec sa substance glandu- 
» leuse, me fait croire que c'est plutôt un pancréas qu'une rate ; j'en 
» laisse néanmoins la décision à ceux qui voudront prendre la peine 
a de l'examiner. 

• L'œsophage prend son commencement au fond du gosier; sa si- 
» tuatiou est au côté gauche, et son chemin est tout droit au côté du 
» poumon et du foie, jusqu'à son union avec l'orifice de l'estomac. 
» Elle est composée d'une seule membrane , fort molle et fort aisée 
» à s'étendre , et qui même peut être enflée de la grosseur de deux 
» doigts ; c'est elle qui reçoit la première tous les animaux que la vi- 
» père a tués avec ses grosses dents et quelle a avalés tout entiers , 
» étant propre à cela , tant par sa large capacité , que par sa longueur, 
« qui est d'un lion pied. 

» L'estomac qui la suit , est comme cousu à son fond, et semble no 
» faire qu'un même corps avec elle ; il est toutefois beaucoup plus 
» épais, et composé de deux fortes tuniques l'une dans l'autre, et ad- 
■ hércntes l'une à l'autre. L'épaisseur de ses tuniques fait qu'on ne peut 
» l'enfler de la même grosseur de l'œsophage, car il ne peut guère ex- 
» céder la grosseur d'un pouce; il a trois à quatre pouces de loug, son 
» orifice est assez large, de même que son milieu, mais sou fond va eu 
» rétrécissant , et est d'ordinaire fort étroitement fermé, et ne s'ouvre 
» que pour rejeter ses excréments dans les intestins. Sa tunique interne 
n est pleine de rugosités lorsqu'il est vide, et ou y ti'ouve fort souvent 
» plusieurs petits vers de la longueur et de la grosseur de petites épin- 
» gles. L'estomac est situé du côté gauche, comme lœsophagc, mais. 



DES SKllPENTS. 569 

leurs alvéoles, on voit, dans des cnfouceraenls de la 
gensive , un certain nombre de petites dents cro- 
chues, inégales en longueur, conformées comme les 
dents canines, et qui paroissent destinées à rempîa- 

» sou fond est tourné vers le milieu du corps, pour se vider dans le 
» premier intestin. 

» La longueur et la capacité de l'œsophage, et la largeur de l'entrée 
» de l'estomac , sont fort accommodés au naturel de la vipère, laquelle 
» n'envoie rien de mâché à son estomac , mais avale, pour sa nourri- 
B ture , des auimaux tout entiers, quelquefois plus gros, et quelque- 
» fois plus petits ; et lorsqu'ils se rencontrent plus longs que la profon- 
•> deur de l'estomac , le reste demeure dans l'œsophage , en attendant 
» que l'estomac ait tiré et envoyé s tout le corps , le suc des parties 
» dévorées qu'il pouvoit contenir, après quoi il reçoit celles qui res- 
» toient encore dans l'oesophage ; mais il faut un grand temps pour 
» tout cela, à cause que l'estomac ne se ferme point, et qu'il ne sau- 
» roit ramasser aucune chaleur considérable pour faire une [>romplo 
» digestion. 

» Les intestins des vipères sont situés au milieu du corps , sous l'é- 

» pîne du dos, et immédiatement après le fond de l'estomac. J'en 

» ai remarqué seulement trois, dont le premier et le plus étroit de 

» tous, peut être appelé duodénum; le second, qui est plus large et 

» qui est rempli de plusieurs sinuosités, peut être nommé colon ; et le 

a troisième et dernier, rectum; lequel aussi est fort large et fort droit, 

» et lequel a son ouverture au dessous et près du commencement do 

» la queue, par où les excréments sortent. Ces intestins ont à leurs 

» côtés les testicules avec leurs vaisseaux, tant des mâles que des fe- 

1 nielles , et les deux corps de la matrice des dernières , dont nous 

» parlerons après cette section ; ils ont aussi les reins , avec leurs vais- 

» seaux qui en partent , et qui sont accompagnés de leurs veines et do 

.) leurs artères, de même que tous les vaisseaux qui servent à la géné- 

» ration; et les intestins n'en sont pas aussi dépourvus. 

» Les reins sont situés au dessous des testicules ; ils sont composés 
» de plusieurs corps glanduleux, contigus étranges de long en long, 
u les uns après les autres ; ils ont d'ordinaire deux pouces et demi de 
n long , et deux lignes et demie de large sur leur rondeur, qui est un 
» peu aplatie ; ils sont de couleur rouge pâle : le droit est toujours si- 
» tué plus haut que le gauche dans l'un et dans l'autre sexe ; ils ont 



O'JO HISTOIRE NATURELLE 

cer ces dernières lorsque la vipère les perd par quel- 
que accident. On en a trouvé depuis deux jusqu'à 
huit*. L'on peut présumer que le nombre de ces dents 
de remplacement est limité , et que lorsque la vipère 
a réparé plusieurs fois la perte de ses crochets, elle 
ne peut plus les remplacer; elle demeure privée de 
dents canines pendant le reste de sa vie; et peut-être 
qu'alors on en seroii mordu sans éprouver l'action 
de son venin , qu'elle ne pourroit plus faire pénétrer 
dans la blessure. Ce défaut absolu de crochets , au- 
quel la vipère seroit sujette, devroit être une raison 

» aussi leurs uretères, par où ils déchargent les sérosités près de l'ex- 
» trémité de l'intestin; 

» Tous les intestins, les testicules et les reins sont couverts de graisse 
» fort blanche et fort molle, laquelle étant fondue, demeure en forme 
» d'huile ; on voit aussi quelquefois, en certaines vipères, quelque peu 
» de graisse auprès du cœur, du poumon et du foie, et surtout près du 
» fiel, et près de celte partie que les uns prennent pour rate, et les 
» autres pour pancréas. Toutes ces parties sont enveloppées d'une tu- 
» nique forte et fermement attachée aux extrémités des côtes, quipour- 
» roit passer pour épiploon, si on y joignoit la graisse, mais comme 
» la vipère, qui est une espèce de serpent , ne peut passer que parmi 
» les animaux imparfaits, je ne déterminerai pas le nom de cette tuni- 
» que , à laquelle ceux qui seront plus éclairés que moi donneront le 
a nom qui leur semblera le plus raisonnable. » Mémoires pour servir 
à l'Histoire naturelle des animaux, vol. 5, pages 611 et suiv. 

i . « Lorsqu'on les examine attentivement avec une loupe , on Toit 
r. qu'elles tiennent , par leur base , à une espèce de tissu membraneux 
•) 1res fin et très mou. Ces petites dents vont en diminuant de grosseur, 
>> à mesure qu'elles s'éloignent des alvéoles des dents canines ; celles qui 
» sont le plus près de ces alvéoles , sont aussi les mieux formées et les 
» plus dures ; les autres sont plus petites , plus tendres , moins bien for- 
» mées , et comme muqueuses , particulièrement à leur base ; elles 
» paroissent , en effet , devoir leur formation à une matière blanchâtre 
» et gélatineuse. » Ouvrage de M. l'abbé Fontana, sur les poisons , et 
paiticulièremeul sur celui de la vipère. Florence, 1781, vol. 1, p. 6. 



DES SERPENTS. 071 

cîe plus de chercher des caractères extérieurs, autres 
que les dents canines, pour distinguer les vipères 
d'avec les serpents ovipares. 

Ces dents canines de la vipère sont creuses, elles 
renferment une double cavité et comme un double 
tube, dont l'un est contenu dans la partie convexe 
de la dent, et l'autre dans la partie concave. Le pre- 
mier de ces deux conduits s'ouvre à l'extérieur par 
deux petits trous, dont l'un est situé à la base delà 
dent, et l'autre vers sa pointe; et le second n'est ou- 
vert que vers la base, où il reçoit les vaisseaux et les 
nerfs qui attachent la dent à la mâchoire^. 

Ces mêmes dents canines sont renfermées, jus- 
qu'aux deux tiers de leur longueur, dans une espèce 
de gaîne composée de fibres très fortes et d'un tissu 
cellulaire; cette gaîne ou tunique est toujours ou- 
verte vers la pointe de la dent; elle s'y termine par 
une espèce d'ourlet, souvent dentelé, et formé par 
un repli de deux membranes qui la composent. 

Le poison de la vipère est contenu dans une vési- 
cule placée de chaque côté de la tête, au dessous du 
muscle de la mâchoire supérieure; le mouvement 
du muscle pressant cette vésicule, en fait sortir le ve- 
nin, qui arrive par un conduit à la base de la dent , tra- 
verse la gaîne qui l'enveloppe, entre dans la cavité de 
cette dent par le trou situé près de la base , en sort 
par celui qui est auprès de la pointe, et pénètre dans 
la blessure. Ce poison est la seule humeur malfaisante 
que renferme la vipère , et c'est en vain qu'on a pré- 
tendu que l'espèce de bave qui couvre ses mâchoires 

1 . Voyez à ce sujet l'ouvrage déjà cité, de M. l'abbé Fontaaa, vol. 1 , 
page 8. 



O'J^ HISTOIRE NATURELLE 

lorsqu'elle est en fureur, est un venin plus ou moins 
dangereux; l'expérience a démontré le contraire*. 

Le suc empoisonné , renfermé dans les vésicules 
de chaque côté de la tête, est une liqueur jaune dont 
la nature n'est ni alkaline ni acide, comme on l'a 
écrit en divers temps; elle ne produit pas non plus 
les effets d'un caustique, aiusi qu'on l'a pensé ; et il 
paroît qu'elle ne contient aucun sel proprement dit, 
puisque lorsqu'elle se dessèche, elle ne présente pas 
un commencement de cristallisation, comme les sels 
dont l'eau surabondante s'évapore, mais se gerce, 
se 1 élire, se fend, se divise en très petites portions, 
de manière à représenter, par toutes ses fentes très 
déliées et très multipliées, une espèce de réseau que 
l'on a comparé à une toile d'araignée 2. 

Quelque subtil que soit le poison de la vipère , il 
paroît qu'il n'a point d'efl'et sur les animaux qui n'ont 
pas de sang ; il paroît aussi qu'il ne peut pas donner 
la mort aux vipères elles-mêmes; et à l'égard des ani- 
maux à saog chaud, la morsure de la vipère leur est 
d'autant iiioins funeste que leur grosseur est plus 
considérable, de telle sorte qu'on peut présumer qu'il 
n'est pas toujours mortel pour l'homme ni pour les 
grands quadrupèdes ou oiseaux. L'expérience a prouvé 
aussi qu'il est d'autant plus dangereux qu'il a été dis- 
tillé en plus grande quantité dans les plaies par des 
morsures répétées. Le poison de la vipère est donc 
funeste en raison de sa quantité, de la chaleur du 
sang et de la petitesse de l'animal qui est mordu; ne 
iloit-il pas aussi être plus ou moins mortel, suivant 

1. M. l'abbé Fontana , ouvrage déjà cilé. 

2. M. l'abbé Font aua , daus le même ouvraffe. 



DES SERPENTS. 5']5 

la chaleur de la saison, la température du climat et 
l'état de la vipère, plus ou moins irritée, plus ou moins 
animée, plus ou moins pressée par la faim, etc. ? Et 
voilà pourquoi Pline avoit peut-être raison de dire 
que la vipère, ainsi que les autres serpents venimeux, 
ne renfermoit point de poison pendant le temps de 
son engourdissement*. Au reste, M. l'abbé Fontana, 
l'un des meilleurs physiciens et naturalistes de l'Eu- 
rope , pense que le venin de la vipère tue en détrui- 
sant l'irritabilité des nerfs, de même que plusieurs 
autres poisons tirés du règne animal ou du règne vé- 
gétal 2; et il a aussi fait voir que cette liqueur jaune 
et vénéneuse étoit un poison très dangereux lors- 
qu'elle étoit prise intérieurement , et que Rédi , ainsi 
que d'autres observateurs, n'ont écrit le contraire que 
parce qu'on avoit avalé de ce poison en trop petite 
quantité pour qu'il pût être très nuisible^. 

On a fait depuis long-temps beaucoup de recher- 
ches relativement aux moyens de prévenir les suites 
funestes de la morsure des vipères ; mais M. l'abbé 
Fontana, que nous venons de citer, s'est occupé de 
cet important objet plus qu'aucun autre physicien : 
personne n'a eu, plus que lui, la patience et le cou- 
rage nécessaires pour une longue suite d'expériences; 
il en a fait plus de six mille; il a essayé l'effet des di- 
verses substances indiquées avant lui comme des re- 
mèdes plus ou moins assurés contre le venin de la 
vipère; il a trouvé, en comparant un très grand 

1. Pline, livre 8. 

2. Traité des Poisons. Florence, 1781. 

3. Ibid. vol. 2 , page. 3o8. 

LACÉPÈDE. lU, aS 



5^4 HISTOIRE NATUIIELLE 

nombre de faits, que, par exemple, l'alkaîi volatil, 
appliqué extérieurement ou pris intérieurement, éèoit 
sans effet contre ce poison. Il en est de même , sui- 
vant ce savant, de l'acide vitriolique, de l'acide ni- 
treux, de l'acide marin, de l'acide phosphorique, de 
l'acide spatique , des alkalis caustiques ou non caus- 
tiques, tant minéraux que végétaux, du sel marin et 
des autres sels neutres. Les huiles, et particulière- 
ment celle de térébenthine, lui ont paru de quelque 
utilité contre les accidents produits par la morsure 
des vipères, et il a pensé que la meilleure manière 
d'employer ce remède, étoit de tremper, pendant 
long-temps , la partie mordue dans cette huile de té- 
rébenthine extrêmement chaude. Le célèbre physi- 
cien de Florence pense aussi qu'il est avantageux de 
tenir cette même partie mordue dans de l'eau, soit 
pure, soit mêlée avec de l'eau de chaux, soit chargée 
de sel commun , ou d'autres substances salines; la 
douleur diminue, ainsi que l'inflammation, et la cou- 
leur de la partie blessée est moins altérée et moins 
livide. Les vomissements produits par l'émétique, 
peuvent aussi n'être pas inutiles; mais le traitement 
que M. l'abbé Foatana avoit regardé comme le plus 
assuré contre les effets du venin de la vipère, con- 
sistoit à couper la partie mordue, peu de secondes 
ou du moins peu de minutes après l'accident, sui- 
vant la grosseur des animaux blessés, les plus petits 
étant les plus susceptibles de l'action du poison. Bien 
plus, cet observateur ayant trouvé que les nerfs ne 
peuvent pas communiquer le venin , que ce poison 
ne se répand que par le sang, et que les blessures 



DES SERPENTS. 5^5 

envenimées, mais superficielles de la peau, ne sont 
pas dangereuses, il avoit pensé qu'il suffisoit d'empê- 
cher la circulation du sang dans la partie mordue , et 
qu'il n'étoit pas même nécessaire de îa suspendre dans 
les plus petits vaisseaux, pour arrêter les effets du poi- 
son. Un grand nombre d'expériences l'avoient con- 
duit à croire qu'une ligature mise à la partie blessée 
prévenoit îa maladie interne et générale qui donne 
la mort à l'animal ; que dès que le venin avoit agi 
sur le sang, dans les parties mordues par la vipère, 
il cessoit d'être nuisible, comme s'il se décomposoit 
en produisant un mal local, et qu'au bout d'un temps 
déterminé il ne pouvoit plus faire naître de maladie 
interne. A la vérité, le mal local étoit très grand et 
paroissoit quelquefois tendre à la gangrène; et, 
comme il étoit d'autant plus violent que la ligature 
étoit plus serrée et plus long-temps appliquée , il 
étoit important de connoître , avec quelque préci- 
sion , le degré de tension de la ligature et le temps 
de sou application, nécessaires pour qu'elle pût pro- 
duire tout sou effet. Au reste , M. l'abbé Fontana , 
en remarquant avec raison qu'un mauvais traitement 
peut changer la piqûre en une plaie considérable qui 
dégénère en gangrène, assuroit eu même temps que 
le venin de la vipère n'est pas aussi dangereux qu'on 
l'a pensé. Lorsqu'on a été mordu par ce serpent, on 
ne doit pas désespérer de sa vie, quand bien môme 
on ne feroit aucun remède, et la frayeur extrême 
qu'inspire l'accident, est souvent une grande cause 
de ses suites funestes^. 

i. Uuo simple aïoisure de vipères n'est p;is morteile naturelle 



Ô'j6 HISTOIRE NATURELLE 

Pour faire connoître avec plus d'exactitude le ré- 
sultat que ce physicien croyoit devoir tirer lui même 
de ses belles et très nombreuses expériences , nous 
avons cru devoir rapporter ses propres paroles dans 
la note suivante^, d'après laquelle on verra aussi que 

» ment ; quand même il y am'oit eu deux ou trois vipères , la maladie 
u seroit plus grave , mais elle ne seroit probablement pas mortelle ; 
» quaud une vipère auroit mordu un homme six ou sept fois , quand 
» elle auroit distillé dans les morsures tout le venin de ses vésicules , 
» ou ne doit pas désespérer. » Ouvrage déjà cilé, vol. 2, p. 45. 

1. « Le dernier résultat de tant d'expériences sur l'usage delà liga- 
a ture contre la morsure de la vipère, ne présente ni cette certitude , 
» ni cette généralité auxquelles on se seroit attendu dans le commen- 
» cernent. Ce ne n'est pas que la ligature soit à rejeter comme absolu- 
» mentiuatile, puisque nous l'avons trouvée un remède assuré pour les 
» pigeons et les cochons d'Inde; elle peut donc l'êlre pour d'autres ani- 
» maux, et peut-être seroit-elle utile pour tous si l'on connoissoit 
» mieux les circonstances dans lesquelles il faut la pratiquer. Il paroU, 
» en général , qu'on ne doit rien attendre des scarifications plus ou 
» moins grandes , plus ou moins simples, puisqu'on a vu mourir, avec 
1) cette opération , les animaux mêmes qui auroient été le plus facile- 
» ment guéris avec les seules ligatures. 

» Je n'ose pas décider de quelle utilité elle pourroit être dans 
» l'homme, parce que je n'ai point d'expériences directes. Mais comme 
» je suis d'avis que la morsure de la vipère n'est pas naturellement 
« meurtrière pour l'homme , la ligature, dans ce cas, ne pourroit 
« faire autre chose que diminuer la maladie; peut-êlre une ligature 
o très légère pourroit-elle suffire ; peut-être pourroit-on l'ôter peu de 
» temps après ; rajais il faut des expériences pour nous mettre en état 
» de prononcer, et les expériences sur les hommes sont très rares. 

» Je dois encore avertir qu'une partie de mes expériences sur le 
» venin de la vipère , ont été faites dans la plus rude saison, en hiver. 
» U est naturel de concevoir que les vipères dont je me suis servi , ne 
i> pouvoient être^ans toute leur vigueur ; qu'elles dévoient mordre les 
» animaux avec moins de force , et que n'étant pas nourries depuis 
» plusieurs mois , leur venin devoit être en moindre quantité. Je n'ai 
n aucune peine à croire que dans une autre saison plus favorable , 



DES SERPENTS. '3']'] 

M. l'abbé Foîitana reconnoît, ainsi que nous, l'in- 
flu^nce des saisons et de diverses autres causes lo- 
cales ou accidentelles sur la force du venin des 
serpents, et qu'il croit qne plusieurs circonstances 
particulières ont pu altérer les résultats de ces diffé- 
rentes expériences. 

Mais enfin , dans un Supplément imprimé à la fin 
de son second volume, M. l'abbé Fontana annonce , 
d'après de nouvelles épreuves, que la pierre à cau- 
tère détruit la vertu malfaisante du venin de la vi- 
père, avec lequel on la mêle; que tout concourt à la 
faire regarder comme le véritable et seul spécifique 
contre ce poison, et qu'il suffit de l'appliquer sur la 
plaie, après l'avoir agrandie par des incisions conve- 
nables^. 

Quelquefois cependant le remède n'est pas apporté 
à temps, ou ne se mêle pas avec le venin. On ne peut 
pas toujours faire pénétrer la pierre à cautère dans 
tous les endroits dans lesquels le poison est parvenu. 
Les trous que font les dents de la vipère sont très 
petits, et souvent invisibles; ils s'étendent dans la 

» comme dans l'été , dans un climat plus chaud , les effets dussent 
» être , en quelque sorte , différents , et , en général , plus grands. 

» Je puis encore avoir été trompé par ceux qui me fournissoient 
» les vipères. J'étois en usage , dans le commencement , de rendre les 
» vipères même dont je m'étois servi pour faire mordre les animaux, 
» et que je n'avois pas besoin de tuer. J'ai tout lieu de croire qu'on 
» m'a vendu pour la seconde fois les vipères que j'avois déjà em- 
» ployées; mais , dès que je me suis aperçu de cela , je me suis déter- 
f miné à tuer toutes les vipères, après m'en être servi dans mes ex- 
» périences. » Ouvrage déjà cité , vol. 2, p. 69 et suiv. 

j, Ibid. volume second , page 5i3. 



7)^8 IIISTOIllE NATURELLE 

peau en différentes directions et à diverses profon- 
deurs, suivant plusieurs circonstances très variables. 
L'inflammation et l'enflure qui surviennent, augmen- 
tent encore la difficulté de découvrir ces directions , 
en sorte que les incisions se fout presque au hasard. 
D'ailleurs le venin s'introduit quelquefois tout d'un 
coup et en grande quantité dans l'animal , par le 
moyen de quelques vaisseaux que la dent pénètre ; 
et la morsure de la vipère peut donner la mort la 
plus prompte, si les dents percent un gros vaisseau 
veineux, de manière que le poison soit porté vers le 
cœur très rapidement et en abondance. L'animal 
mordu éprouve alors une sorte d'injection artificielle 
du venin , et le mal peut être incurable. On ne peut 
donc pas, suivant M. Fontana, regarder la pierre à 
cautère comme un remède toujours assuré contre les 
effets de la morsure des vipères; mais on ne doit pas 
douter de ses bons effets, et même on peut dire qu'elle 
est le véritable spécifique contre le poison de ces 
serpents. 

Tels sont les résultats des expériences les plus in- 
téressantes qu'on ait encore faites sur les effets ainsi 
que sur la nature du venin que la vipère distille par 
le moyen de ses dents mobiles et crochues. Ache- 
vons maintenant de décrire cet animal funeste. 

Elle a les yeux très vifs et garnis de paupières , 
ainsi que ceux des quadrupèdes ovipares; et, comme 
si ellesentoit la puissance redoutable du venin qu'elle 
recèle, son regard paroît hardi; ses yeux brillent, 
surtout lorsqu'on l'irrite ; et alors non seulement elle 
Ips anime . mais, ouvrani sa gueule, elle darde sa lan- 



DES SERPENTS. ,^'jg 

giie, qui est communément grise, fendue en doux, 
et composée de deux petits cylindres charnus adhé- 
rents l'un à l'antre jusque vers les deux tiers de leur 
longueur ; l'animal l'agite avec tant de vitesse, qu'elle 
étincelle, pour ainsi dire, et que la lumière qu'elle 
réfléchit la fait paroître comme une sorte de petit 
phosphore. On a regardé pendant long-temps cette 
langue comme une sorte de dard dont la vipère se 
servoit pour percer sa proie; on a cru que c'étoit à 
l'extrémité de cette lange que résidoit son venin , et 
on l'a comparée à une flèche empoisonnée. Celte er- 
reur est fondée sur ce que, toutes les fois que la vi- 
père veut mordre, elle tire sa langue et la darde avec 
rapidité. Cet organe est enveloppé , d'un bout à l'au- 
tre, dans une espèce de fourreau qui ne contient 
aucun poison^; ce n'est qu'avec ses crochets que la 
vipère donne la mort, et sa langue ne lui sert qu'à 
retenir les insectes dont elle se nourrit quelquefois. 
Non seulement la vipère a ses deux mâchoires ar- 
ticulées de telle sorte qu'elle peut beaucoup les écar- 
ter l'une de l'autre, ainsi que nous l'avons dit-; mais 
encore les deux côtés de chaque mâchoire sont at- 
tachés ensemble de manière qu'elle peut les mouvoir 
indépendamment l'un de l'autre, beaucoup plus li- 
brement peut-être que la plupart des autres reptiles? 
et cette faculté lui sert à avaler ses aliments avec plus 
de facilité : tandis que les dents d'un côté sont im- 
mobiles et enfoncées dans la proie qu'elle a saisie, 

1. Voyez, Fur la forme de la lan2;ue de* serpents, te Discours sus- 
la uatare de ces reptiles. 

a. Discours sur la nature des Serpents. 



580 HISTOIRE NATURELLE 

les dents de l'autre côté s'avancent, accrochent celte 
même proie, la tirent vers le gosier, l'assujétissent , 
s'arrêtent à leur tour, et celles du côté opposé se 
portent alors en avant pour attirer aussi la proie et 
rester ensuite immobiles. C'est par ce jeu , plusieurs 
fois répété, et par ce mouvement alternatif des deux 
côtés de ses mâchoires, que la vipère parvient à ava- 
ler des animaux quelquefois assez considérables, qui, 
à la vérité, sont pendant long-temps presque tout 
entiers dans son œsophage ou dans son estomac , 
mais qui , dissous insensiblement par les sucs di- 
gestifs , se résolvent en une pâte liquide, tandis que 
leurs parties trop grossières sont rejetées par l'ani- 
mal^. INon seulement, en effet, la vipère se nourrit 
de petits insectes, qu'elle retient par le moyen de sa 
langue, ainsi qu'un grand nombre d'autres serpents 
et plusieurs quadrupèdes ovipares ; non seulement 



1, o Nous avons remarqué cela depuis peu dans une grande partie 
» du corps du lézard quune vipère a vomi douze jours après avoir été 
» prise , où uous avons vu qu'à la tête et aux jambes de devant , et à 
B la partie du corps qui les touchoit et qui avoit pu être placée com- 
» modément dans l'estomac de la vipère, il ne restoil guère que les 
« os ; mais qu'une bonne partie du tronc, avec les jambes de derrière 
B et toute la queue, étoient presque en même état que si la vipère les 
.) eût avalées ce jour là, comme on le verra dans la figure que j'en ai 
» fait graver; mais on fut surpris, entre autres choses, de voir que 
n les parties qui n'avoient pu entrer dans l'estomac , et qui avoient 
» lesté dans l'œsophage, se fussent conservées si long-temps sans souf- 
» frir aucune altération dans la peau , bien que celles du dessous eus- 
» sent de la lividité, qui étoit en apparence un eifet du venin de la 
» morsure. » Description anatomique de la vipère , par M. Charas. 
Mém. pour servir à l'histoire naturelle des animaux, par MM. de 
l'Acad. royale des Sciences, vol. 5, p. 6o5. 



DES SERPENTS. 58 I 

elle dévore des insectes plus gros, des buprestes , des 
cantharides, et même ceux qui souvent sont très 
dangereux, tels que les scorpions 2, mais elle fait sa 
proie de petits lézards, de jeunes grenouilles, et 
quelquefois de petits rats, de petite taupes, d'assez 
gros crapauds, dont l'odeur ne la rebute pas, et dont 
l'espèce de venin ne paroît pas lui nuire. 

Elle peut passer un très long temps sans manger, 
et l'on a même écrit qu'elle pouvoit vivre un an et 
plus sans rien prendre; ce fait est peut-être exagéré; 
mais du moins il est sûr qu'elle vit plusieurs mois 
privée de toute nourriture. M. Pennant en a gardé 
plusieurs renfermées dans une boîte , pendant plus 
de six mois, sans qu'on leur donnât aucun aliment, 
et cependant sans qu'elles parussent rien perdre de 
leur vivacité. Il semble même que, pendant cette 
longue diète, non seulement leurs fonctions vitales 
ne sont ni arrêtées ni suspendues, mais même qu'elles 
n'éprouvent pas une faim très pressante, puisqu'on a 
vu des vipères renfermées pendant plusieurs jours 
avec des souris ou des lézards, tuer ces animaux sans 
chercher à s'en nourrir^. 

Les vipères communes ne fuient pas les animaux 
de leur espèce; il paroît même que, dans certaines 
saisons de l'année, elles se recherchent mutuelle- 
ment. Lorsque les grands froids sont arrivés, on les 
trouve ordinairement sous des tas de pierres ou dans 
des trous de vieux murs, réunies plusieurs ensemble 

1. Aristote. liv. 8, chap. 29, De Histor. animal. 

2. Description anatomique de la vipère , par M. Charas, à l'endroit 
déjà cité. 



.182 HISTOIl'.K NATURELLE 

et enlorlillées les unes autour des autres. Elles ne se 
craignent pas, parce que leur venin n'est point dan- 
i:;ereux pour elles-mêmes, ainsi qiîc nous l'avons vu ;, 
et l'on peut présumer qu'elles se rapprochent ainsi 
les unes des autres pour ajouter à leur chaleur natu- 
relle, contrebalancer les eifets du froid, et reculer le 
temps qu'elles passent dans l'engourdissement et dans 
une diète absolue. 

Pour peu que leur peau extérieure s'altère , les sucs 
destinés à l'entretenir cessent de s'y porter, et com- 
mencent à en former une nouvelle au dessous; et 
voilà pourquoi, dans quelque temps qu'on prenne 
des vipères, on les trouve presque toujours revêtues 
d'une double peau, de l'ancienne, qui est plus ou 
moins altérée, et d'une nouvelle, placée au dessous 
et plus ou moins formée. Elles quittent leur vieille 
peau dans les beaux jours du printemps, et ne con- 
servent plus que la nouvelle, dont les couleurs sont 
alors bien plus vives que celles de l'ancienne. Souvent 
cette peau nouvelle, altérée par les divers accidents 
que les vipères éprouvent pendant les chaleurs, se 
dessèche, se sépare du corps de l'animal dès la fin 
de l'automne, ev^t remplacée par la peau qui s'est for- 
mée pendant l'été, et, dans la même année, la vipère 
se dépouille deux fois. 

Les vipères communes ne parviennent à leur entier 
accroissement qu'au bout de six ou sept ans; mais, 
après deux ou trois ans, elles sont déjà en état de se 
reproduire; c'est au retour du beau temps, et com- 
numémenl ai: mois de mai , que le mâle et la femelle 
se recherchent. La femelle porte ses petits trois ou 



DES SERPENTS. 58j 

quatre mois, et si, lorsqu'elle a mis bas, le temps 
des grandes chaleurs n'est pas encore passé, elle 
s'accouple de nouveau et produit deux fois dans la 
même année. 

Les anciens, trop amis du merveilleux, ont écrit que, 
lors de l'accouplement, le mâle faisoit entrer sa tête 
dans la gueule de la femelle; que c'éloit ainsi qu'if 
la fécondoit ; que la femelle, bien loin de lui rendre 
caresse pour caresse, lui coupoit la tête dans le mo- 
ment même où elle devenoil mère ; que les jeunes 
serpents, éclos dans le ventre de la vipère, déchi- 
roient ses flancs pour en sortir ; que par là ils ven~ 
geoient , pour ainsi dire, la mort de leur père, etc.*. 
Nous n'avons pas besoin de réfuter ces opinions ex- 
traordinaires; les vipères communes viennent au jour 
et s'accouplent comuie les autres vipères-; mais les 
anciens, ainsi que les moderues, ont quelquefois pris 



1. « Vjpcra niascaput inserit iii os, quodilla abrodil volnplatisdiil- 

» cedine Eadem teitia die intra uterucn calulos exf^liidit : dciiide 

o singnlos singulis diebus paril, viginti fere numéro. Itaque caelori 
■ tarditatis impatienies, perrumpunt latcra occisa parenle. » Pl'uxe, 
livre lo. 

2. « Le mâie a deux testicules qui sont de forme longue, arrontiie 
» et un peu aplatie dans sa longueur; ils vont aussi un peu eu pointe 
» vers leurs deux bouts; leur couleur est blanche et leur sul)slanrf 
» glanduleuse; leur longueur est inégale, car le droit a plus d'un 
c pouce de long , mais le gauche est plus court et un peu nioindrc en 
» grosseur : l'un et l'autre ne sont pas plus gros que le Itiyau fl'uue 
» plume de l'aile d'un gros chapon. Leur situation est différente , car 
» le droit commence proche et au dessous du fiel , au lieu que le 
» gauche commence environ liuit lignes pins l)as que le droit, ils sont 
» tous deux suspendus en leur partie supérieure, par deux fortes mem- 
/. branes qui viennent du dessous du foio , soiil dordinaire envelop- 



384 HISTOIUE NATURELLE 

(les faits particuliers, des accidents bizarres, ou des 
observations exagérées, pour des lois générales, et 

» pus de graisse , qui fait qu'on a peine à les discerner , à cause de la 
» conformité de couleur qu'ils ont avec celte graisse. 

» Du milieu de chacun de ces testicules de la partie interne , on 
» voit sortir un petit corps long et menu , assez solide , et même 
» un peu plus blanc que la substance des testicules , qui descend et 
» qui leur est attaché tout le long jusqu'à leur bout inférieur; on 
» peut l'appeler épîdidyrae. On voit au bout de chacun le commen- 
» cément d'un petit vaisseau variqueux, qu'on peut nommer sperma- 
» tique, à cause de sa fonction, qui est un peu aplati, de couleur 
» fort blanche et assez luisante , et qui est d'ordinaire rempli de se- 
» mence en forme de suc laiteux. Ce vaisseau est assez délicat , et il 
» est replié dans tout son cours en forme de plusieurs S jointes en- 
» semble d'une façon fort agréable à voir ; de là il descend entre l'in- 
» lestin et le rein, duquel il suit l'uretère jusqu'au trou du dernier 
» intestin , par où sortent les excréments. Il est aussi accompagné de 
» veines et dartères d'un bout à l'autre, de même que les testicules, 
» et il cesse d'être anfractueux un peu avant que d'arriver à l'ouver- 
» ture de l'intestin. Chacun de ces deux vaisseaux spermatiques vient 
» se rendre à son propre réservoir de semence , dont il y en a deux 
)) qu'on peut nommer parastates, qui sont comme des glandes blan- 
» ches , chacune de la longueur, de la grosseur et de la forme d'un 
» grain de semence de chardon bénit. Ces glandes sont situées de long 
» en long au dessous et entre les deux parties naturelles; elles sont 
» toujours remplies d'un suc laiteux et tout semblable à celui des vais- 
» se uux spermatiques que nous venons de décrire; et pour fournir à 
» l'éjaculation, lors du coït, elles transmettent la semence qu'elle» 
» contiennent dans les canaux éjaculatoires des deux parties naturelles 
» qui leur sont voisines. 

a Je puis dire là dessus que ceux qui ont pris ces deux réservoirs de 
» semence pour d'autres testicules , se sont bien trompés dans l'opi- 
» nion qu'ils avoient qu'y ayant deux parties naturelles , il y devoit 
» aussi avoir pour chacun deux testicules : mais leur substance étant 
» tout-à-fail différente des véritables testicules que nous avons décrits, 
» et leur fonction étant de recevoir et non déformer, nous ne les con- 
« noissons que pour parastates , qui reçoivent peu à peu la semence 
» que les testicules leur envoient, qu'ils réservent et qu'ils tiennent 



DES SERPENTS. 385 

d'ailleurs il semble qu'ils avoient quelque plaisir à 
croire que la naissance d'une génération d'animaux 

» tonte prête pour le temps du coït et pour faire, dans un moment 
■ et à propos, ce que les vaisseaux spermatiques ne sauroicnt exécuter 
» si tôt ni si bien , à cause de leur longueur et de leur entortillement. 
» Le mâle a deux parties naturelles toutes pareilles, qui, étant at- 
a tachées, sont chacune de la longueur de la queue de l'animal ; leur 
» naissance vient de l'extrémité de la queue , sous laquelle elles sont 
B situées de long en long , l'une près de l'autre; elles vont en grossis- 
» sant, de même que la queue, au commencement de laquelle elles 
» finissent, et elles ont leur issue auprès et à côté l'une de l'autre , et 
» tout joignant Touverture de l'intestin, qui fait en quelque sorte 
1) le<ir séparation. 

» Chacune de ces parties est composée de deux corps longs et ca- 
» verneux , situés ensemble l'un contre l'autre, et qui se joignent vers 
n leur sommité en un même corps , qui se trouve environne de son 
» prépuce, et qui a ses muscles érecleurs , conformément à ceux de 
» plusieurs animaux. Ces parties sont remplies par dedans de plusieurs 
» aiguillons fort blancs, fort durs, fort pointus et piquants, qui y sont 
a plantés, et qui ont leur pointe diversement tournée, dont la gran- 
» deur et la grosseur se rapportent à l'endroit de la partie naturelle où 
» ils sont situés , en sorte que comme la sommité est plus grande et 
» plus grosse, ses aiguillons le sont aussi , et ils ne s'avancent et ne 
» paroissent que lorsque le prépuce qui les couvre s'abaisse , qui est 
» lorsque l'animal se dispose pour le coït. 

» Ces pai'ties naturelles sont d'ordinaire cachées, et elles ne s'en- 
» flent et ne sortent que pour le coït, si ce n'est qu'ayant pris l'ani 
B mal , on les fasse sortir par force en les pressant ; car alors on les 
» voit sortir toutes deux également , chacune environ de la grosseur 
» d'un noyau de datte et des deux tiers de sa longueur , et leur scm- 
« mité se trouve toute couverte et toute environnée de ces aiguillons, 
» comme la peau d'un hérisson, et ces aiguillons se retirent et se ca- 
a chent sous le prépuce lorsqu'on cesse de les presser. 

» L'issue de ces deux parties est environnée d'un muscle bien fort 
» et bien épais, auquel la peau est fortement attachée, en sorte qu'il 
» est fort difficile de l'en séparer ; le même muscle sert aussi à ouvrir 
» et à resserrer l'intestin. 

» La vipère femelle a deux testicules, de même que le mâle; ils 



586 HISTOIRE NATURELLE 

aussi redoutés que la vipère, ne ponvoit avoir lieu 
que par l'extinction de la génération précédente. 

X sont toutefois plus longs et plus gros, mais de la même forme. Ils 
» sont situés aux côtés et proche du fond des deux corps de la ma- 
» trice, et le droit est plus haut que le gauche, de même qu'aux mâles; 
» leur substance et leur couleur sont aussi fort semblables : le droit 
» a environ un pouce et demi de long et deux lignes et demie de 
o large, le gauche a quelque chose de moins ; ils ont leur épididyme 
» et leurs vaisseaux spermaliques, qui portent la semence dans les 
» deux corps de la matrice, et qui sont bien plus courts que ceux des 
u mâles. Je dirai néanmoins que ces teslicules ne paroisseut pas tou- 
» jours tels en toutes les femelles , surtout en celles qui sont amai- 
» gries, ou par maladie, ou pour avoir été long-temps gardées, car 
B leurs testicules s'accourcissent , se rétrécissent et se dessèchent , de 
» même qu'en celles qui ont leurs œufs déjà grands ; .lyant remar- 
» que qu'en celles-ci , les testicules sont fort raccourcis et fort des- 
» séchés , el même qu'ils sont descendus plus bas , quoique le droit se 
» trouve toujours plus haut que le gauche. 

» La matrice commence par un corps assez épais, qui est composé 
» de deux fortes tuniques , et qui , étant situé au dessus de l'intestin , 
» a au même lieu son orifice , qui est large, et qui se dilate aisément , 
» pour recevoir tout à la fois , par une même ouverture, les deux par- 
>' ties naturelles du mâle dans le coït. Ce corps est environ de la gran- 
» deur de l'ongle d'un doigt médiocre, et il se divise, fort près de son 
» commencement , en deux petites poches ouvertes au fond , et que 
» la nature a formées pour recevoir et pour embrasser les deux mem- 
» bres du mâle dans le coït. Leur tunique intérieure est pleine deru- 
1) gosités et est fort dure, de même que celle de tout le corps doui 
» nous avons parlé 

» La matrice commence par ces deux petites poches , à se divise»" 
» en deux corps qui montent, chacun de leur côté, le long des 
li reins , et entre eux et les intestins , jusque vers le fond de l'estomac, 
« où ils sont suspendus par des ligaments qui viennent d'auprès du 
a foie , étant aussi soutenus, d'espace eu espace, par divers petits li- 
u gamcnts qui viennent de lépiue du dos. Ces deux corps sont com- 
« posés de deux luni(ines molles, minces et transparentes, qui sont 
» l'une dans Taulre ; leur commencement est au fond de ces deux 
» jietites poches qui embrassent les deux membres du mâle , dont ils 



DES SUP.PEiNTS. v'^S7 

Les œufs de la vipère commune sont distribués eu 
deux paquets; celui qui est à droite est communé- 
ment le plus considérable; et chacun de ces paquets 
est renfermé dans une membrane qui sert comme 
d'ovaire ; le nombre de ces œufs varie beaucoup sui- 
vant les individus, depuis douze ou treize jusqu'à 
vingt ou vingt-cinq, et l'on a comparé leur grosseur 
à celle des œufs de merle. 

Le vipereau est replié dans l'œuf; il y prend de 
la nourriture par une espèce d'arrière- faix attaché 
à son nombril, et dont il n'est pas encore délivré 
lorsqu'il a percé sa coque ainsi que la tunique qui 
renferme les œufs, et qu'il est venu à la lumière. Il 
entraîne avec lui cet arrière-faix, et ce n'est que par 
les soins de la vipère-mère qu'il en est débarrassé. 

On a prétendu que les vipereaux n'étoient aban- 
donnés par leur mère que lorsqu'ils étoient parvenus 
à une grandeur un peu considérable, et qu'ils avoient 
acquis assez de force pour se défendre. L'on ne s'est 
pas contenté d'un fait aussi extraordinaire dans l'his- 
toire des serpents ; on a ajouté que, lorsqu'ils étoient 
effrayés, ils alloient chercher un asile dans l'endroit 
même où leur mère recéloit son arme empoisonnée ; 
que, sans craindre ses crochets venimeux , ils entroient 
dans sa bouche, se réfugioient jusque dans son ventre, 

» reçoivent la semence, chacun de leur côté, pour eu former des œufs, 
i> et ensuite des vipereaux, par la jonction de leur propre semcnec 
» que les testicules y envoient. Ces deux corps de matrice sont fort 
» aisés à se dilater, pour contenir uu grand nombre de vipereaux jus- 
» fju'à leur perfection. » Mémoires pour servir à Thist, nalur. des ani- 
maux , vol. III, pag. 63o et suiv. 



388 HISTOIRE NATURELLE 

qui s'étendoit et se gonfloit pour les recevoir, et que 
lorsque le danger étoit passé, ils ressortoienl par la 
gueule de leur mère. Nous n'avons pas besoin de ré- 
futer ce conte ridicule, et s'il a jamais pu paroître 
fondé sur quelque observation, si l'on a jamais vu des 
vipereaux effrayés se précipiter dans la gueule d'une 
vipère, ils y auront été engloutis comme une proie, et 
non pas reçus comme dans un endroit de sûreté ; l'on 
auroit eu seulement une preuve de plus de la voracité 
des vipères, qui, en effet, se nourrissent souvent de 
petits lézards, de petites couleuvres, et quelquefois 
même des vipereaux auxquels elles viennent de don- 
ner le jour. Mais quelles habitudes peuvent être plus 
éloignées de l'espèce de tendresse el des soins mater- 
nels qu'on a voulu leur attribuer? 

La vipère commune se trouve dans presque toutes 
les contrées de l'ancien continent; on la rencontre 
aux grandes Indes, où elle ne présente que de lé- 
gères variétés ; et non seulement elle habite dans 
toutes les contrées chaudes de l'ancien monde , 
mais elle y supporte assez facilement les températures 
les plus froides , puisqu'elle est assez commune en 
Suède, où sa morsure est presque aussi dangereuse 
que dans les autres pays de l'Europe. Elle habite 
aussi la Russie et plusieurs contrées de la Sibérie ; elle 
s'y est même d'autant plus multipliée, que, pendant 
long-temps, la superstition a empêché qu'on ne cher- 
chât à l'y détruire^. Et comme les qualités véné- 

i. o On porte un respect singulier aux vipères en Russie et en Si- 
» bérie, et on les épargne soigneusement , parce qu'on croit que si on 
» fait du mal à celte espèce de reptiles, ils se vengeront d'une ma- 



DES SERPENTS. 389 

neuses s'accroissent ou s'aflbiblissent à mesure que la 
chaleur augmente ou diminue, on peut croire que 
les humeurs de la vipère sont bien propres à acqué- 
rir cette espèce d'exaltation qui produit ses proprié- 
tés funestes, puisque sa morsure est danf^iereuse 
même dans les contrées très septentrionales. C'est 
peut-être à cette cause qu'il faut rapporter l'activité de 
ces sucs, que la médecine a souvent employés avec 
succès; peu d'animaux fournissent même des remèdes 
aussi vantés, contre autant d'espèces de maladies: 
les modernes en font autant d'usage que les anciens ; 
ils se servent de toutes les parties de son corps , ex- 
cepté de celles de la tête qui peuvent être imprégnées 
de poison ; ils emploient son cœur, son foie , sa graisse ; 
on a cru cette graisse utile dans les maladies de la 
peau , pour effacer les rides, pour embellir le teint; 
et de tous les avantages que l'on retire des préparations 
de la vipère, ce ne seroit peut-être pas celui que la 
classe la plus aimable de nos lecteurs estimeroit le 
moins. Au reste, comme des effets opposés dépendent 
souvent de la même cause, lorsqu'elle agit dans des 
circonstances différentes, il ne seroit pas surprenant 
que les mêmes sucs actifs qui produisent, dans les 
vésicules de la tête de la vipère, le venin qui l'a fait 
redouter, donnassent au sang et aux humeurs de ceux 
qui s'en nourrissent , assez de force pour expulser les 

» nière terrible. On raconte à ce sujet hieh des aventures où l'on ne 
• voit qu'une superstition ridicule; il y a cependant aujourd'hui des 
» gens qui en ont secoué le joug, et j'ai vu, dit M, Gmelin , un sol- 
» dat qui tua quinze vipères dans un jour. » Hist. géu. des Voyages . 
cdilioa iu-12 , tom. LXXI, page s65. 

LACÉrÈDE. m. 2g 



59"0 HISTOIRE NATURELLE 

poisons dont ils ont été infectés, ainsi que l'on pré- 
tend qu'on l'a éprouvé plusieurs fois. 

On ignore quel degré de température les vipères 
communes peuvent supporter sans s'engourdir; mais,^ 
tout égal d'ailleurs, elles doivent tomber dans une 
torpeur plus grande que plusieurs espèces de ser- 
pents, ces derniers se renfermant, pendant l'hiver, 
dans des trous souterrains, et cherchant, dans ces 
asiles cachés, une température plus douce, tandis 
que les vipères ne se mettent communément à l'abri 
que sous des tas de pierres et dans des trous de mu- 
railles , où le froid peut pénétrer plus aisément. 

Quelque chaleur qu'elles éprouvent, elles rampent 
toujours lentement ; elles ne se jettent communé- 
ment que sur les petits animaux dont elles font leur 
nourriture; elles n'attaquent point l'homme ni les 
gros animaux ; mais cependant lorsqu'on les blesse , 
ou seulement lorsqu'on les agace et qu'on les irrite , 
elles deviennent furieuses et font alors des morsures 
assez profondes. Leurs vertèbres sont articulées de 
manière qu'elles ne peuvent pas se relever et s'en- 
tortiller dans tous les sens aussi aisément que la plu- 
part des serpents, quoiqu'elles renversent et retour- 
nent facilement leur tête. Cette conformation les rend 
plus aisées à prendre; les uns les saisissent au cou à 
l'aide d'une branche fourchue , et les enlèvent ensuite 
par la queue pour les faire tomber dans un sac, dans 
lequel ils les emportent; d'autres appuient l'extré- 
mité d'nn bâton sur la tête de la vipère, et la ser- 
rent fortement au cou avec la main ; l'animal fait des 
etforts inutiles pour se défendre, et tandis qu'il tient 



DES SERPENTS. 09 1 

sa gueule béante , on lui coupe facilement, avec des 
ciseaux, ses dents venimeuses; ou bien, comme ses 
dents sont recourbées et tournées vers le gosier, on 
les fait tomber avec une lame de canif que l'on passe 
entre ces crochets et les mâchoires, en allant vers le 
museau : l'animal est alors hors d'état de nuire , et 
on peut le manier impunément. Il y a même des chas- 
seurs de vipères assez hardis pour les saisir brusque- 
ment au cou et pour les prendre rapidement par la 
queue; de quelque force que jouisse l'animal , il ne 
peut pas se redresser et se replier assez pour blesser 
la main avec laquelle on le tient suspendu. 

L'on ignore quelle est la durée de la vie des vipères; 
mais comme ces animaux n'ont acquis leur entier 
accroissement qu'après six ou sept ans, on doit con- 
jecturer qu'ils vivent, en général, d'aulant plus de 
temps, que leur vie , est pour ainsi dire , très tenace , 
et qu'ils résistent aux blessures et aux coups beaucoup 
plus peut-être qu'un grand nombre d'autres serpents. 
Plusieurs parties de leur corps, tant intérieures qu'ex- 
térieures , se meuvent en effet, et, pour ainsi dire, 
exercent encore leurs fonctions lorsqu'elles sont sé- 
parées de l'animal. Le cœur des vipères palpite long- 
temps après avoir été arraché, et les muscles de leurs 
mâchoires ont encore la faculté d'ouvrir la gueule et 
de la refermer lorsque cependant la tête ne tient plus 
au corps depuis quelque temps *^. On prétend même 

1. «L'on voit que les esprits demeurent encore plusieurs heures- 
» dans la tête ei dans toutes les parties du tronc , après qu'il a été 
» écorehé , vidé de toutes ses entrailles , et coupé en plusieurs nior- 
» ceaux î ce qui fait que le mouvement et le fléchissement y conlinuenl 



39a HISTOIRE NATURELLE 

que ces muscles peuvent exercer cette faculté avec 
assez de force pour exprimer le venin de la vipère , 
serrer fortement la main de ceux qui manient la tête , 
faire pénétrer jusqu'à leur sang le poisoQ de l'animal; 
et , comme lorsqu'on coupe la tête à des vipères pour 
les employer en médecine , on la jette ordinairement 
dans le feu, on assure que plusieurs personnes ont 
été mordues par cette tête , perdue dans les cendres , 
môme quelques heures après sa séparation du tronc, 
et qu'elles ont éprouvé des accidents très graves^. 

Il est d'ailleurs assez difficile d'étoufl'er la vipère 
commune ; quoiqu'elle n'aille pas naturellement dans 
l'eau, elle peut y vivre quelques heures sans périr; 

"> fort long-temps , que la tête est en état de mordre , et qne sa mor- 
» sure est aussi dangereuse que lorsque la vipère étoit tout entière ; 

* et que le cœur même, quand il est arraché du corps et séparé des 
a autres entiailles, conserve son battement pendant quelques heure?.» 
Description anatomique de la vipère, à l'endroit déjà cité. 

1. Plusieurs personnes, maniant imprudemment des vipères, tant 
communes que d'autres espèces , desséchées ou conservées dans l'es- 
prit-de-viu , se sont blessées à leurs crochets , encore remplis de ve- 
nin , très longtemps et même plusieui's années après la mort de l'a- 
nimal ; le venin, dissous par le sang sorti de la blessure, s'est échappé 
par le trou de la dent , a pénétré dans la plaie et a donné la mort. 

• Le venin de la vipère, dit M. l'abbé Fontana , se conserve pendant 
» des années dans la cavité de sa dent, sans perdre de sa couleur ni 
■> de sa transparence ; si on met alors dans de l'eau tiède cette dent . 
s il se dissout très promptement , et se trouve encore en état de tuer 
» les animaux ; car d'ailleurs le venin de la vipère, séché ot mis eei 
» poudre , conserve pendant plusieurs mois son activité , ainsi que je 
» l'ai éprouvé plusieurs fois d'après Rédi ; il suffit qu'il soit porté , 
» comme à l'ordinaire, dans le sang, par quelque blessure; mais il 
» ne faut cependant pas qu'il ait été gardé trop long-temps : je l'ai vu 
» souvent sans effet au bout de dix mois, u M. l'abbé Fontana, vol, I- 
pag. 52. 



DES SERPENTS. ÔCjJ 

lors même qu'on la plonge dans l'esprit-de-vin , elk^ 
y vit Irois ou quatre heures et peut-être davantage , 
et non seulement son mouvement vital n'est pas alors 
tout-à-fait suspendu , mais elle doit jouir encore de la 
plus grande partie de ses facultés, puisqu'on a vu des 
vipères que l'on avoit renfermées dans un vase plein 
d'esprit-de-vin , s'y attaquer les unes les autres et s'y 
mordre trois ou quatre heures après y avoir été plon- 
gées. Mais, malgré cette force avec laquelle elles ré- 
sistent, pendant plus ou moins de temps, aux effets 
des fluides dans lesquels on les enfonce, ainsi qu'aux 
blessures et aux amputations, il paroît que le tabac 
et l'huile essentielle de cette plante leur donnent \h 
mort, ainsi qu'à plusieurs autres serpents. L'huile du 
laurier-cerise leur est aussi très funeste, lors même 
qu'on ne fait que l'appliquer sur leurs muscles , mis 
à découvert par des blessures*. 

3. M. l'abbjé Fontana, -vol. II, pag. 35a. 



094 



[x HISTOIRE NATURELLE 



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LA VIPERE CHERSEA*. 



Pelias BeruSj, var, b^ Merr. — CoL. Ckersea, Linn., 
Gmel., Lacep., Latr. — Vlpera Chersea^DADo., 

FiTZ. 



Ce serpent a d'assez grands rapports avec la vipère 
commune , que nous venons de décrire : il habile 
('gaiement l'Europe , mais il paroît qu'on le trouve 
principalement dans les contrées septentrionales; il 
y est répandu jusqu'en Suède , où il est même très 
venimeux. M. Wuif l'a observé en Prusse. Cette vi- 
père a communément au dessous du corps cent cin- 
quante plaques très longues , et trente-quatre paires 
de petites plaques au dessous de la queue. liCs écail- 
les dont son dos est garni , sont relevées par une 
petite arête longitudinale ; sa couleur est d'un gris 
d'acier : on voit une tache noire en forme de cœur 
sur le sommet de sa tête qui est blanchâtre , et sur 

1. ^Esping , en SucJe. 

Coiuber Chersea. Linn., amphib. Serpent. 

Act. Stockli. 1749, p. i!46, tab. 6. 

Aspis colore ferrugineo. Aldr. Serp. 197. ' 

C. Chersea. Wulf , Icbtbyologia cum ampbiblis regai Borussici, 

Coli.iber Chersea. liauieuli Speciinen mcdicum, p. 97. 



DES SERPENTS. jgS 

son dos règne une bande formée par une suite de 
taches noires et rondes qui se touchent en phisieurs 
endroits du corps. Elle se lient ordinairement dans 
les lieux garnis de broussailles ou d'arbres touffus; 
on la redoute beaucoup aux environs d'Upsal. M. Lin- 
née ayant rencontré, dans un de ses voyages , en di- 
verses parties de la Suède, une femme qui venoit 
d'être mordue par une chersea, lui fit prendre de 
l'huile d'olive à la dose prescrite contre la mor- 
sure de la vipère noire; mais ce remède fut inutile, 
et la femme mourut. On trouvera dans la note sui- 
vante^ les divers autres remèdes auxquels on a eu 

1. « La vipère Msping est très venimeuse, et l'huile ne suffit pas 
" pour en arrêter Teffet ; les racines du mongos , du mogori , du po- 
» îygala seueka , gucriroicnt sans doute en ce cas ; mais elles sont ex- 
trêmement rares en Europe , et il faut des remèdes faciles et peu 
» chers dans les campagnes , où ces accidents arrivent toujours. 

» Un paysan fut mordu par un aesping, au petit doigt du pied gau- 
» che ; six heures après, le pied , la jambe et la cuisse éloient rouges 
.. et enûés, le pouls petit et intermittent; le malade se plaignoit de 
" mal de tête, de tranchées, de mal-aise dans le bas ventre, de !as- 
" situde, doppression ; il pleuroit souvent et n'avoit point d'appétit; 
» ces symptômes prouvoient que le poison étoit déjà répandu dans 
>' toute la masse du sang. 

» On avoit éprouvé plusieurs fois que le suc des feuilles du frêne 
» éloitun spécifique certain contre ia morsure de la couleuvre Bérus, 
.1 mais on ignoroit s'il réussiroit contre celle de l'sesping; comme on 
" n'avoit aucun remède plus assuré que l'on pût employer à temps , 
" on mit dans un mortier une poignée de feuilles de frêne, tendres 
» et coupées menu ; ou y versa un verre de vin de France, on en ex- 
» prima le suc à travers un linge , et le malade en but un verre de 
" demi-heure en demi-heure ; on appliqua de plus sur le pied mordu 
.. un cataplasme de feuilles écrasées de la même plante ; vers dix heures 
" <lu soir ou lui fit boire une tasse d'huile chaude. 

» Il dormit assez bien pendant la nuit, et se trouva beaucoup mieux 
» le lendemain ; la cuisse n'étoit plus enflée , mais la jambe et le pied 



?)()6 niSTOlUE NATURELLE DES SERPENTS. 

recours en Suède , contre le venin de la cbeisea, que 
l'on y nomme Mspirig. 

» l'étoient encore un peu. Le malade dit qu'il ne senloit plus qu'une 
» légère oppression et de la foiblesse ; le pouls étoit plus fort et plus 
» égal. On lui conseilla de continuer le suc de frêne et l'Luile ; comme 
» il se trouvoit mieux , il le négligea , et les symptômes qui revinrent 
1 tous , furent dissipés de nouveau par le même remède. Dans cette 
» espèce de rechute, il parut sur les membres enflés des raies bleuâ- 
« très; le pouls étoit foible et presque tremblant : on fit prendre de 
« plus, le soir, au malade , une petite cuillerée de tbériaque ; il sua 
« beaucoup dans la nuit; les raies bleues, la rougeur et la plus grande 
» partie de l'enflure se dissipèrent; le pouls devint égal et plus fort, 
» l'appétit revint. Les mêmes remèdes furent continués, et ne laissèrent 
» au pied qu'un peu de roideur avec un peu de sensibilité au petit 
» doigt blessé ; l'une et l'autre ne durèrent que deux jours , et on cessa 
« les remèdes. 

• Le malade étoit jeune , mais il avoit beaucoup d'âcreté dans le 
» sang ; il est vraisemblable que le suc de feuilles de frêne seul l'au- 
» roit guéri ; mais comme on n'éloit pas certain de son eflicacité , 
» on y ajouta la tliériaque et l'huile, qui du moins ne pouvoieut pas 
1) nuire. » Lars Moulin, médecin. Mémoires abrégés de l'Académie 
de Stockholm. Collection académique, partie étrangère, tora. XI, 
pages 3oo et 3oi. 



FIN DU TROISIEME VOLUME. 



TABLE 

DES ARTICLES 



CONTENUS 



DANS LE TROISIEME VOLUME. 



HISTOIRE NATURELLE DES QUADRUPEDES OVIPARES. 

SUITE DES LÉZARDS. 
La Tête-plate Page 7 

Sixième division. — Lézabds qui n'ont que trois doigts aux 

pieds de devant et aux pieds de deirîère. — Le Seps. . \!\ 

Le Chalcide 23 

Septième division. — Lézards qui ont des membranes en forme 

d'ailes. — Le Di'agon. • 27 

Huitième division. — Lézards qui ont trois ou quatre doigts 
aux pieds de devant et quatre ou cinq aux pieds de der- 

lière. — La Salamandre terrestre 34 

Addition à l'article de la Salamandre terrestre. 47 

La Salamandre à queue plate. 5i 

La Ponctuée , 68 

La Quatre-raies 69 

Le Sarroubé 70 

La Trois-doigts 76 

Des Quadrupèdes ovipares qui n'ont point de queue 76 

Premier genre. Quadrupèdes ovipares sans queue , dont la 
tête et le corps sont allongés , et l'un ou l'autre angu- 
leux. — ■ Grenouilles. — La Grenouille commune, ... 80 

LACÉPÈDli. III. 5q 



098 TABLE. 
La Rousse 


• • ,-..... Vssf loi 


La Pluviale 




La Sonnante 




La Bordée.. • 


ir>8 


La Réticulaîre «nn 


La Patte-doie 




L'EpauIe-artnée. 




La Mugissante 


ii5 


La Perlée. 




La Jackie. ••• 




La Galonnée 






i-i'i 



Deuxième genre. Quadrupèdes ovipares qui n'ont point de 
queue , et qui ont , sous chaque doigt, une petite pelote 

visqueuse. — RiiNLs. — La Raine verte ou commune. . . laS 

La Bossue i5ô 

La Brune .104 

La Couleur-de-lait i55 

La Flûteuse i36 

L'Orangée i58 

La Rouge ]4" 

Troisième genre. Quadrupèdes ovipares sans queue , qui ont 
le corps ramassé et arrondi. — Crapauds. -^ Le Crapaud 

commun i^'i 

Le Vert i58 

Le Rayon-vert 160 

Le Brun 169 

Le Calamité 164 

Le Couleur- de-feu 166 

Le Pustuleux 168 

ijC Goitreux jfJg 

Le Bcssu 170 

Le Pipa 171 

Le Cornu i7'> 

-1/Agua 177 

Le Marbré 178 

Le Criard i79 



TABLE. 599 

Reptiles bipèdes Page 180 

Première division, — Bipèdes qui manquent de pattes de der- 
rière. — Le Cannelé 184 

Seconde division, — Bipèdes qui manquent de pattes de de- 
vant. — Le Sheltopusik 188 

Mémoire sur deux espèces de quadrupèdes ovipares que l'on 

n'a pas encore décrites. igi 

Sur une espèce de quadrupèdes ovipares non encore décrite. 201 

Avertissement de l'Auteur. ( 1789. ) 209 

Éloge du comte de Buffon 212 

Extrait des registres de l'Académie royale des Sciences. . . . aao 

HISTOIRE NATURELLE DES SERPENTS. 

Discours sur la nature des Serpents 227 

Nomenclature et Table méthodique des Serpents 378 

Table méthodique. — Animaux sans pieds et sans nageoires. 

— Serpents. Premier genre. — Couleuvres 294 

Second genre. — Boa 538 

Troisième genre. — Serpents à sonnette 544 

Quatrième genre. — Anguîs 545 

Cinquième genre. — Amphisbènes 352 

Sixième genre. — Cœciles ibid. 

Septième genre. — Langaha 354 

Huitième genre. — Acrochordes ibid. 

Premier genre. — Serpents qui ont de grandes plaques sous 
le corps, et deux rangées de petites plaques sous la 
queue. — Couleuvres. — Couleuvres vipères. — La Vipère 

commune 3.56 

La Vipère Chersea 5(^4 



FIN DE LA TABLE. 



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